» Souvenir de Florence  » OP.70 … Piotr.I.TCHAÏKOVSKY

(Vidéo  : LE QUATUOR BORODIN ( Rotislav DUBINSKY 1er violon / Yaroslav ALEXANDROV 2nd violon / Dmitri SHEBALIN alto / Valentin BERLINSKY violoncelle/ Genrikh TALALYAN 2nd alto & Mstislav ROSTROPOVITCH violoncelle.

tchaikovsky

» Florence est une ville chère à mon cœur. Plus vous y habitez, plus vous vous y attachez. Elle n’est plus la capitale bruyante dans laquelle vos yeux ne savent plus où se poser et qui vous épuise par son agitation. En même temps, il y a tant de chose d’intérêt artistique et historique qu’il n’y a aucune chance de s’y ennuyer.  » Piotr I.TCHAÏKOVSKY

Tchaïkovsky  a toujours été très attiré par l’Italie et du reste, il lui est souvent arrivé, à une certaine période de sa vie ,  de quitter sa froide Russie pour passer l’hiver dans ce  pays. Florence fut une ville qui va beaucoup lui plaire. Il dira que son souvenir restera à jamais gravé en lui.

C’est un compositeur qui, d’une manière générale, a toujours eu un tempérament assez mélancolique, et à l’époque où il écrivait cette partition, il traversait une période particulièrement difficile et tourmentée.   Pourtant, rien ne transparaît de cet état  dans cette musique . Elle est lumineuse, heureuse passionnée, rayonnante, et l’Adagio est magnifiquement mélodieux.

Une page composée  en 1890, révisée entre 1891/92.

Jean de LA FONTAINE …Poète ?Fabuliste ? Conteur ? Moralisateur ?

LA FONTAINE Pierre Julien 1731 Louvre.jpg
 » Statue de Jean de La Fontaine  » -1731 – Pierre JULIEN ( Musée du Louvre – Paris / France )

 » Avant d’être fabuliste, La Fontaine est un conteur. Ce n’est qu’après avoir publié deux volumes de Contes et Nouvelles qu’il a fait paraître en 1668 son premier recueil de Fables choisies et mises en vers. Valéry, qui aimait les Fables, rejetait les Contes dont il disait ne pas souffrir le ton rustique et faux. C’est étonnant parce qu’aucun des recueils de fables n’est pur : le poète y a introduit des contes, des discours, des églogues, et même des allégories mythologiques. Les Fables ne sont pas un chef-d’œuvre isolé. Au risque de commettre un anachronisme, je dirait qu’il y a quelque chose de balzacien dans cet ensemble. Deux siècles avant la Comédie Humaine, le poète entend faire de son œuvre une ample comédie à cent actes divers et dont la scène est l’univers. 

De ce fait, le tout forme une épopée de mille saynètes gaies, moqueuses, gauloises, mais aussi dramatiques et cruelles dans lesquelles La Fontaine fait vivre des hommes, des dieux, des animaux ainsi que la société du temps avec ses rois, ses riches, ses misérables. Il les dépeints avec leur orgueil, leur avarice, leurs envies et leurs colères, leurs hypocrisies, leurs sottises, mais aussi, pour d’autres, leur tendresse, leur solidarité, leur amour. C’est un long film composé de sketchs divers mais rattachés entre eux. Vu sous cet angle, La Fontaine n’apparaît pas comme un fabuliste plus ou moins moralisant qui se serait égaré à commettre des contes grivois. Il s’impose au contraire, comme le conteur par excellence qui, poussé par une exigence esthétique sévère, élève le conte à son degré le plus haut jusqu’à le convertir en apologue, ce qui, à cette époque, était considéré comme un genre noble venu des Antiques.

Je ne pense absolument pas que La Fontaine soit moralisant ou moralisateur. D’ailleurs, très souvent, la moralité ne semble être là que par habitude, sinon par réflexe, histoire de se sacrifier à la loi du genre. Comme je vous l’ai dit, La Fontaine est essentiellement un conteur. Je pense qu’il a trouvé dans les Fables, des sujets qu’il avait envie de raconter à sa manière : selon moi les Fables dont des contes travestis. D’ailleurs, bon vivant, notre poète est dépourvu de toutes sévérité et même austérité :  » il rit et ne hait point  » disait Chamfort ; et il ajoute  » le mal qu’il a peint, il le rencontre. Les autres, La Bruyère et Pascal, ils l’ont cherché. »

En réalité, La Fontaine a cette heureuse disposition qui lui permet de supporter les défauts des autres et les siens. Il sera toujours indulgent pour les faiblesses et les travers humains.  Inimaginable pour lui d’exiger une vertu parfaite, ni de prêcher des maximes démesurées. Rien ne lui est plus sympathique que la vertu fanatique. Nous pouvons le rapprocher du Philinte du Misanthrope :  » il n’éprouve ni n’inspire ces haines vigoureuses que doit donner le vice aux âmes vertueuses » . Si vertu il doit y avoir, celle-ci doit être traitable. Le regard narquois qu’il pose sur tout ce qui l’entoure, le préserve des envolées bruyantes. Il n’a rien d’un sermoneur. Les actes de générosité qu’il raconte, ne sont pas héroïques. Ce sont des gestes spontanés, désintéressés, qui ne répondent à aucun principe de vertu. La Fontaine n’a jamais été dans le superbe. Nous sommes loin de Corneille.  » André VERSAILLE ( Écrivain et éditeur belge )