Diane ARBUS …

 » Une photo est un secret sur un secret. Plus elle vous en dit, moins vous en savez ! J’ai très peu été intéressée par la photographie de personnes connues ou même de sujets connus. Il me fascinent quand j’en ai à peine entendu parler. Ce que j’essaie de décrire, c’est qu’il est impossible de sortir de sa peau pour entrer dans la peau de quelqu’un d’autre. La tragédie de quelqu’un d’autre n’est pas la même que la vôtre. Je crois que j’ai une sorte de don pour percevoir les choses comme elles sont. C’est assez subtil et ça m’embarrasse un peu, mais je pense vraiment qu’il y a des choses que personne n’avait vues si je ne les avait pas photographiées. Ce qui me touche c’est le fait que la technique vient d’un endroit profond et mystérieux. Elle est liée au papier et au développement mais au fond, l’ensemble vient des choix très intimes d’une personne qui y a longtemps réfléchi et qui a été hantée par ses choix  » Diane ARBUS ( Photographe américaine )

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Diane Arbus fut une immense photographe américaine, emblématique portraitiste,  qui a eu le talent de savoir magnifiquement capter les failles de celles et ceux qu’elle a photographiés. Ces sujets furent des hommes, des femmes, des enfants, des travestis, des nudistes, des monstres (ses célèbres feaks), des géants, des nains, des déficients mentaux, des fanatiques, des handicapés, des transexuels, des autistes, des forains, des mongoliens, des excentriques, des jumeaux,  portraits en noir et blanc audacieux, qui, à son époque, ont choqué la société bien pensante qui les jugeait gênants, provocants, pour ne pas dire  » anormaux  » . On l’a même accusé de les exploiter, de profiter de leur déficience pour en tirer profit. Ce qu’elle a totalement rejeté car n’étant absolument pas la vérité. En ce qui la concernait, elle avait pour eux des sentiments d’affection et de respect. De nos jours, ses clichés sont légendaires. On les trouve  tout à fait fascinants et touchants !

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 » L’homme percé Ronald Harrison  » – New Jersey – 1962 – Diane ARBUS
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 » Couple d’adolescents à New York  » – Hudson Street 1963 – Diane ARBUS
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 » L’homme masqué dans un fauteuil roulant  » 1970 – Diane ARBUS
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 » La fille au bonnet de bain  » – 1970 – Diane ARBUS

Elle aurait pu, en effet, s’attarder sur des thèmes plus banals, plus conventionnels. Ce ne fut pas le cas. Elle a nettement mieux préféré s’attacher à ces êtres  ayant  des profondes fêlures, des fragilités, des troubles qu’ils n’ont, d’ailleurs, absolument pas voulu soustraire à son objectif. Tout au contraire, ils ont été assez fiers de montrer leurs différences. On a souvent dit qu’ils étaient étranges. Elle ne les a pas vus ainsi. Pour elles ils n’étaient pas étranges, mais humains tout simplement. Pour aller à leur rencontre, elle  n’a pas hésité, souvent,  à braver les interdits, à se rendre dans des endroits pas toujours fréquentables.

Diane Nemerov est née en 1923 à New York. Son père David et sa mère Gertrude étaient propriétaires d’une chaîne de magasins de vêtements et fourrures. Elle a un frère : Howard qui deviendra un célèbre poète et une sœur, Renée, qui sera sculpteur. Elle a grandi à Manhattan, non loin de Central Park, dans un milieu assez aisé où les parents, très occupés, les ont laissés aux bons soins d’une gouvernante ( chacun la sienne ), un chauffeur et une cuisinière.

Elle a eu très tôt un goût prononcé pour l’art et le dessin, encouragé par son père qui pratiquait la peinture en amateur. Par ailleurs elle joue fort bien du piano. Adolescente elle rencontre Allan Arbus, étudiant photographe amateur. Il a 19 ans et elle 14.  C’est à ses côtés qu’elle s’initie à l’art photographique et au développement. En 1941 ils se marient. Ils auront deux filles : Doon en 1945 et Amy en 1954. Entre ces deux naissances, ils travailleront ensemble dans un studio spécialisé dans la photo de mode, des photos qui plairont beaucoup. Lui photographie, elle s’occupe des contacts avec les magazines  (notamment Vogue et Glamour )  et se fait styliste à l’occasion.

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Diane et Allan

En 1956, elle décide de travailler à son compte et tient à se perfectionner dans le domaine photographique en prenant des cours avec Alexey Brodovitch ( directeur de Harper Bazaar ) , travaillera aux côtés de Richard Avedon à la New School Social Research, puis rencontre un jour Lisette Model, une photographe autrichienne très connue qui va lui donner cette envie de voler de ses propres ailes. En 1959, elle divorce d’Allan.

Au départ, on va lui confier des photos sur des célébrités pour des magazines. Une dizaine d’années plus tard, elle change totalement de style, adopte le flash  et se tournent définitivement sur des portraits de gens inconnus, particuliers, se rappelant ce que Lisette Model lui avait dit un jour à savoir de ne porter aucun jugement sur les personnes, d’être proche d’eux, et de ne pas leur donner l’impression qu’ils sont exposés comme des objets de foire.

Elle obtiendra deux bourses de la Fondation  Guggenheim en 1963 et 1966 pour ses travaux  photographiques sur les habitudes et rites de la société américaine, sur ces personnes que ladite société préfère mettre à l’ombre plutôt qu’en lumière. Personne ne va comprendre cette passion qui la taraude. Le public rejette ses photos, certaines personnes vont jusqu’à cracher sur elles lors des vernissages. On trouve les thèmes choisis morbides et la critique ne l’épargne pas.

Le contact de lieux malfamés, et la grande proximité auprès de certains marginaux  avec lesquels elle entretiendra des relations intimes, feront qu’elle attrapera une hépathite. A partir de là elle va sombrer dans une forte dépression et décidera d’en finir avec la vie. Elle se suicide en 1971 en avalant des barbituriques et se taillant les veines. On la retrouvera deux jours plus tard dans sa baignoire.

Son œuvre, ce sont de très nombreux tirages ( environ 1000 ) des films. Elle sera la première photographe a être exposée en 1972 à la 36e biennale de Venise. De très nombreuses expositions et rétrospectives seront organisées après sa mort un peu partout dans le monde . Des catalogues monographiques seront publiés et obtiendront un grand succès. Ce sont désormais ses deux filles qui sont les gardiennes de sa mémoire.

A noter que du 18 février au 6 mai 2019, elle sera à l’honneur dans une très importante exposition organisée par la London’s Hayward Gallery.

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 » Jeune garçon avec une grenade à la main à Central Park  » – Diane ARBUS
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 » Un jeune homme chez lui avec des bigoudis  » – Diane ARBUS