Un RÊVE D’ITALIE – La collection du marquis CAMPANA …

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CAMPANA PORTRAIT
Giampietro CAMPANA d’après Viola SIEBERT

L’aristocrate et marquis italien, collectionneur  compulsif, Giampietro Campana, a réussi, entre 1830 et 1850, la constitution d’une collection d’œuvres d’art fabuleusement incroyable, donnée comme la plus grande du XIXe siècle – C’est un mélange abondant et éclectique comprenant, d’après les douze catalogues qui furent publiés en 1858  (Cataloghi Campana ),  différentes catégories  : les vases ( il y en avait près de 3800 , grecs, étrusques, romains ) – les bronzes  – les bijoux et monnaies (une grande partie des monnaies venait des collections de son père / Pour les bijoux, leur restauration fut confiée à des éminents joailliers de l’époque )  –les terres cuites ( elles ont toujours suscité admiration et intérêt de la part de Campana )  – les verres les peintures antiques – les sculptures antiques les peintures avant 1500 les peintures après 1500 (en peinture, il avait un goût prononcé pour les primitifs italiens)  – les majoliquesles sculptures de la Renaissanceles objets de curiosité . Certaines de ces pièces sont à considérer comme de véritables chefs-d’oeuvre.

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 » Sarcophage des époux  » (terre cuite) – vers 520/510 avant J.C. – Collection Campana ( Musée du Louvre-Paris/France ) – C’est une des pièces très importantes de la collection. On pense qu’elle fut découverte vers 1845/46.
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 » Figure féminine dite Le Printemps  » – enduit peint sur fresque – Fin du Ier siècle après J.C. ( Collection Campana / Musée du Louvre-Paris/ France ) – Elle serait issue des fouilles de Tusculum.  ( Sert d’illustration à l’affiche de l’expo )
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 » Jeune apôtre  » – 1490§1500 – Andrea DELLA ROBBIA – Collection CAMPANA (Musée du Louvre-Paris / France )
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 » Buste d’Antinoüs  » ( provient de la villa d’Hadrien près de Tivoli/Rome) – Collection CAMPANA Musée de l’Ermitage-Saint Pétersbour/Russie)

Si, au départ, cette collection fut constituée dans une espèce d’esprit  » patriotique  » puisque désireux de porter haut le patrimoine italien, elle connaîtra un avenir mouvementé, pour ne pas dire dramatique, compte tenu du fait que Campana sera condamné pour malversation, ce qui entraînera sa ruine et  la vente des œuvres par les Etats pontificaux. Le tsar Alexandre II va en acquérir une partie ( environ 470 pièces )  , Napoléon III une autre ( sur les conseils du surintendant des Beaux Arts de l’époque, à savoir Emilien de Nieuwerkerke – total : 11.835 objets  ) ,  respectivement, pour le musée de l’Ermitage, le musée du Louvre et autres musées de province en France (dont notamment celui d’Avignon ) . L’Angleterre elle aussi, va en acheter une partie non négligeable, pour le Victoria et Albert Museum ( notamment la belle collection Gigli)

Au départ, Napoléon III eut dans l’idée d’exposer cette collection au Louvre. Malheureusement rien n’avait été préparé dans ce lieu pour la recevoir. C’est donc au Palais de l’Industrie ( en lieu et place désormais du Petit et Grand Palais de Paris ) dans le musée Napoléon III, qu’il fut possible de la découvrir dans dix salles . Lorsque ce musée sera fermé en 1862  , les collections furent placées pour une partie au Louvre en 1863 , et pour une autre dans différents établissements muséaux de France  pour respecter la politique de distribution.

Parmi eux, se trouvait celui du Petit Palais d’Avignon où furent déposés (après restauration )  environ 350 tableaux italiens.

SALLE CAMPANA
 » Salle des terres cuites au Louvre / Galerie Campana  » – 1866 – Charles GIRAUD
CAMPANA Salle mont de piété
 » Salle des terres cuites au Mont-de-Piété / Rome  » – 1851 – Collection Campana ( Bibliothèque universitaire de Naples)

Le musée du Louvre, en collaboration  avec le  musée de l’Ermitage de Saint Pétersbourg, a souhaité mettre une partie de cette collection  en lumière , mais au-delà de cela, s’intéresser à la personnalité romanesque de ce marquis, aborder aussi  la société dans laquelle il a évolué et bien entendu, savoir comment il a réussi à constituer ladite collection. Elle s’intitule :

 » Un RÊVE D’ITALIE  – Collection du marquis Campana  » jusqu’au 18 Février 2019 ( Après Paris, elle sera accueillie à Saint Pétersbourg du 19.7.2019 jusqu’au 20.10.2019, en ayant fait un petit détour au musée du Capitole à Rome –

Giampietro Campana ( marquis de Cavelli ) est né à Rome en 1808 ( certains disent en 1809 )  dans un milieu bourgeois assez aisé. Dans la famille bon sang ne saurait mentir :  grand-papa avait déjà une folle passion pour les fouilles et en avait réalisé de nombreuses dans la région romaine. Quant à papa il collectionnait les médailles. De plus, Giampietro a  grandi dans une propriété où se trouvaient rassemblées toutes sortes d’antiquités gréco-romaines que les deux hommes avaient pris grand soin d’accumuler.

Tout comme eux, il deviendra inspecteur puis directeur du mont-de-piété de la capitale italienne. Ce qui n’était pas rien à l’époque compte tenu du fait qu’elle représentait l’une des plus importantes institutions financières des États Pontificaux. De cette  institution plutôt archaïque, il va en faire une banque florissante qu’il va gérer jusqu’en 1840, un établissement puissant, ce qui lui amènera les honneurs, la réputation et le succès.

Ce poste va lui permettre de développer certaines innovations comme par exemple obtenir de l’État pontifical des fonds qui permettaient une augmentation des prêts. Par ailleurs, la Caisse des dépôts fut annexée au mont-de-piété. Campana prendra la décision de lui donner un rôle de banque avec un intérêt annuel par rapport aux sommes qui étaient déposées, ce qui aura pour conséquence d’augmenter les prêts et d’enrichir cette institution.

Dès 1820, il va commencer à ressentir les symptômes de la collectionnite aigüe et de l’anticomanie ( passion des objets anciens) ! Certes il a chiné dans des marchés d’antiques comme cela pouvait se faire, que ce soit à Rome, mais aussi à Florence et à Naples . Et bien sur il a beaucoup acheté  ! Mais il ne s’est pas cantonné uniquement à cela …. Compte tenu du fait qu’il était membre de certaines sociétés archéologiques, il va entreprendre, en 1831,  différentes fouilles tout autour de Rome, notamment celle de la Porta Latina qui débouchera sur la découverte du Pomponius d’Hylas, laquelle lui apportera  l’assurance d’une continuité et  succès auprès du cardinal Pacca qui  l’engagera afin de diriger les fouilles d’Ostie. Dans la foulée, il  le nommera directeur du Mont-de-Piété.

La présence des tombes de l’époque impériale, des vases, des terres cuites, des fragments de plaques architecturales importantes vont l’amener à multiplier les fouilles pour déterrer des véritables chefs-d’œuvres.  Il va acquérir  la réputation d’être un collectionneur curieux, sérieux,  attentif, avec un œil   avisé et averti.

CAMPANA Cratère en calice à figures rouges Athènes signé par Euphronios peintre et attribué à Euxithéos potier. Vers 515 510 av JCÉtruri
 » Cratère en calice à figures  signé par Euphronios ( peintre ) et attribué à Euxithéos  » – Collection CAMPANA ( Musée du Louvre / Paris – France )
CAMPANA Buste d_Ariane IIIe siècle av JC Falerii Novi près de l'actuelle Civita Castellana
 » Fragment de statue d’Ariane  » IIIe siècle avant J.C. / Collection CAMPANA – Musée du Louvre-Paris/ France ) –

Quant à son épouse Emily Rowles non seulement elle soutenait son mari dans cette folie insatiable , mais  elle profitera des bijoux que les fouilles archéologiques, lancées par son boulimique de mari, découvriront . On pense que ce soit sa mère, Madame Crawford,  qui ait agi auprès de Napoléon III pour qu’il s’intéresse  au sort de son beau-fils lors de son emprisonnement, mais également à la collection. Un retour de service en quelque sorte, car elle avait, non seulement,  aidé l’empereur lors de son exil en Angleterre , mais lui avait versé de l’argent pour le coup d’État de 1852.

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 » Diadème en or, verre et émail – IIIe siècle avant J.C.  » Collection CAMPANA ( Musée du Louvre-Paris / France )

 

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Planche lithographique extraite de L’Art étrusque de Jules MARTHA -Firmin DIDOT/ Paris 1889. qui montre certains bijoux de la collection Campana

Il va également courir vers d’autres lieux, d’autres fouilles , rencontrer des marchands d’art, voir les collections particulières, mais également s’attacher les services d’un agent florentin (Ottavio Gigli : détenteur, lui aussi, d’une collection personnelle de sculptures médiévales et de la Renaissance italienne, laquelle fut mise au Mont-de-Piété à Rome en 1855 – Elle fut associée à la collection Campana). De plus, on note la présence de plusieurs restaurateurs fort compétents qui ont également travaillé pour lui  sur des fragments de pièces antiques.

CAMPANA ragment d_un basrelief de l'Ara Pacis Entre 13 et 9 av JC Musée du Louvre département des Antiquités grecques étrusques et romaine
 » Fragment d’un bas-relief de l’Ara Pacis  découvert à Rome en 1564/1566   »- Collection CAMPANA ( Musée du Louvre- Paris / France )
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 » Plat : l’enlèvement d’Hélène  » de Francesco Xanto AVELLI ( un peintre d’Urbino) – Collection CAMPANA-Musée du Louvre/France ( Il représente une fresque de Raphaël qui se trouvait à la Villa Olgiati de Rome et qui est désormais au musée de l’Ermitage à Saint Pétersbourg. )

Les œuvres accumulées seront dispersées dans ses différentes résidences : la villa familiale de Latran ( pièces du palais et extérieurs ) ,  le palais du Corso, et diverses salles du  Mont-de-Piété, ainsi que d’autres divers  endroits qu’il possédait  ( comme par exemple la villa Margutta ) qui ont accueilli, plus tard, des peintures, des sculptures de la Renaissance. Il est bien certain que plus la collection grandissait, plus il fallait trouver des lieux pour l’entreposer  etc….

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« La galerie des sculptures de la Villa Campana au Latran  » – Lorenzo SCARABELLOTTO (Collection Campana – Collection particulière )

 

En ce qui concerne les peintures, très peu de documents nous renseigne sur l’origine de cette collection, regroupant des tableaux des XIIIe – XIVe et XVe siècles. On pense qu’il a commencé à s’y intéresser vers le milieu du XIXe siècle.  Parmi les œuvres, certaines étaient assez monumentales (Croix de Giotto ou Bataille de San Romano d’Ucello, notamment)

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 » La bataille de San Romano : la contre-attaque de Micheletto Attendolo da Cottignola  » de Paolo di DONO dit Paolo UCELLO – ( Ce panneau se trouve au Musée du Louvre-Paris/France)

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Ces lieux deviendront quasiment des musées, mais surtout des réserves et peu de monde pouvait les voir dans leur intégralité d’ailleurs. Le problème c’est que sa fièvre de collectionneur s’amplifie et qu’il n’a plus les fonds nécessaires pour ses acquisitions et pour de nouvelles fouilles . Alors comment faire ? … Eh bien il va se mettre à tout confondre, prendre la caisse des fonds-publics pour la sienne et piocher allègrement dedans, s’accordant des prêts personnels dirons-nous , pour assouvir sa soif de nouveaux achats.

Malheureusement, ces pratiques allant toujours crescendo, elles finiront par alerter les contrôleurs financiers dès 1847 (  il ne sera pourtant arrêté que dix ans plus tard ) . Il va se retrouver dos au mur, pris à la gorge et décidera de vendre quelques-unes de ces pièces, ce qui se révélera pas très difficile vu leur qualité et leur beauté. La France, la Russie et l’Angleterre seraient les trois pays potentiellement intéressés pour les acquérir … Oui mais voilà … La guerre de Crimée va opposer ces trois pays et très franchement, acheter les œuvres de Mr Campana, à ce moment précis, fut  le cadet de leurs soucis.

En 1857, le célèbre marquis est arrêté pour malversations. Cette arrestation débouche sur un procès et toutes ses collections furent saisies par l’État pontifical la même année. L’affaire fait scandale et la une des journaux nationaux et internationaux, notamment lorsque l’on apprend que Mr le marquis avait copieusement pioché dans les caisses , ce qui amèna à penser que peut-être l’État pontifical était complice lui aussi ! Pour mettre fin à ce genre de suppositions et que la situation ne s’envenime davantage, on le condamne aux galères pour vingt ans  –   Il fut emprisonné, mais grâce à l’intervention française de Napoléon III il ne restera pas longtemps en prison puisqu’il sort en 1859, deux ans plus tard.  Sa peine sera commuée en un exil à perpétuité.

 » Dans la nuit du 28 novembre, l’autorité a fait arrêter dans son palais une personne l’entourait l’éclat d’une grande situation et à laquelle quelques travaux d’archéologie et surtout la beauté et la richesse de ses collections, avaient donné une sorte de célébrité. Il s’agit de Mr le marquis Campana, directeur général du Mont-de-Piété. A Rome, cet établissement n’est pas destiné seulement à soulager les pauvres par des prêts sur gages, il est aussi une espèce de banque de dépôts fort accrédités. Les motifs qui ont amené l’arrestation de Mr Campana sont des irrégularité de la plus grave nature dans sa gestion administrative … » ( Article dans le Journal des Débats en 1857 )

En 1861, la papauté décide d’une vente qui permettra de remettre l’argent là où le marquis l’avait pris, à savoir les caisses de l’État. Beaucoup de monde se rendra à Rome pour voir cette incroyable collection et bien sur, faire des offres. . L’Angleterre, dans le plus grand des secrets, avant même la vente publique, avait déjà envoyé un émissaire à Rome afin qu’il puisse étudier sur place ce qu’il conviendrait d’acquérir ( notamment  des œuvres de la Renaissance et des majoliques  ). Nicolas II se lance, pour la Russie, dans l’achat de marbres et vases antiques. Napoléon III, mécontent de voir qu’on l’avait devancé, fera le maximum pour rafler une mise importante à savoir plus de 11.000 pièces qui seront réparties au musée du Louvre et dans d’autres institutions muséales françaises. Sa riche collection sera donc dispersée !

Une fois libre, le couple Campana partit en exil pour la Suisse en 1865. Une revue diffusée dans ce pays ( Art Passions ) nous informe sur ce détail et indique que les frais d’avocat du marquis furent payés par six antiques qu’ils avaient pu mettre de côté.

CAMPANAGiotto Croix peinte Vers 1315 1320 Musée du Louvre département des Peintures
 » Croix   » Giotto DI BONDONE (Colle di Vespignano ou Florence vers 1267 ) – Collection CAMPANA – Musée du Louvre / France ( C’est l’un des chefs-d’œuvre de la collection. Le marquis pensait qu’elle avait été réalisée par Pietro Cavallini dont l’on disait qu’il comptait parmi les fondateurs de la peinture italienne. Lors de sa restauration en France, elle sera ré-attribuée à Giotto di Bondone )
CAMPANA Sandro Botticelli La Vierge et l_Enfant vers 1467 1470 Musée du Louvre département des Peintures
 » La vierge et l’enfant  » – 1467/1470 – Sandro BOTTICELLI ( Collection CAMPANA – Musée du Petit Palais / Avignon – France )
CAMPANAPietro di Domenico da Montepulciano La Vierge de miséricorde vers 1425 1427 Avignon musée du Petit Palais
 » Vierge de la Miséricorde  » – 1425/27 – Domenico Da MONTEPULCIANO ( Collection CAMPANA – Musée du Petit Palais -Avignon / France )