L’école … par Jérôme COLIN

 » L’école n’a pas changé. Elle juge toujours nos enfants sur leur capacité à accepter tête baissée son système hiérarchique. Elle continue de célébrer ceux qui acceptent ses règles et d’éconduire au fond de la classe ceux qui ne parviennent pas à s’y plier. Elle persiste dans l’idée que toute promotion sociale doit automatiquement passer par elle. Et disqualifie ce faisant toute autre forme d’univers formatif : le groupe, la famille, les loisirs, la culture. Il n’y a que ses notes qui comptent. et elles sont fondées sur l’obéissance à des règles primitives : gavage, régurgitation. Pour ce faire, elle prend nos enfants en otage à temps plein dès qu’ils ont trois ans, pour qu’ils ne puissent jamais se douter de la possibilité d’une vie au-dehors. » Jérôme COLIN ( Journaliste belge, écrivain)

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CLAUDE – Un empereur au destin singulier …

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 » Claude en nudité héroïque  » – Gabiès près de Rome vers 40 après J.C. ( Musée du Louvre / Paris – France ) – Marbre illustrant l’affiche de l’expo.

Devenu empereur sur le tard, ( 51 ans ) et par hasard, Tiberius Claudius Drusus (dit Claude) fait partie d’une grande famille : les Julio-Claudiens , une dynastie dans lesquels apparaissent entre autres, et après avoir éliminé ceux qui , malheureusement, sont morts de façon naturelle ou pas ,  les noms de  Octave Auguste , héritier de Jules César et Tibère qui lui succédera.

Rien, en effet,  ne destinait Claude  au pouvoir. Il préférait nettement sa vie discrète,  les Lettres, l’écriture et l’histoire. On lui doit d’avoir introduit trois nouvelles lettres à l’alphabet latin .

Le meurtre de son neveu Caligula va changer la donne : durant la confusion qui entourait ce crime, certains ont affirmé qu’il se serait réfugié derrière une tenture, que les soldats de la garde prétorienne  l’auraient découvert, se seraient inclinés devant lui  car, en tant que plus proche parent de la lignée familiale pouvant prétendre à ce titre  ,  il était, désormais,  le nouvel empereur. C’est à cette garde prétorienne, garante de sa protection et du maintien de l’ordre,  qu’il doit son titre.

Des historiens plus récents sont convaincus qu’il fut probablement complice de ce crime, vengeant ainsi sa mère que feu l’empereur aurait fait empoisonner ou pousser au suicide. Quelle que soit la version,  exacte ou erronée, une fois le titre suprême obtenu, il va se trouver transporter dans un monde fait d’intrigues, de rivalités, de trahisons, et ce durant les quatorze années de son règne.

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 » Caligula assis – » Vers 40 – Collection Campana ( Musée du Louvre/ Paris – France )
Claude proclamé empereur
 » Claude nommé empereur  » – 1886 – Claude LEBAYLE ( Beaux Arts de Paris – France )

Durant de très longues années, les écrivains antiques ont dressé de lui un portrait vraiment négatif de l’homme et de l’empereur qu’il a été . Ils s’étaient forgés un avis en se référant à des potins  diffusés à l’époque  sur des sortes de petits journaux , dans lesquels on pouvait savoir tout ce qui se passait ou se disait à la Cour et pas que le meilleur ! C’est vrai que  placé entre d’autres grands empereurs dont on a retenu plus facilement les noms comme Caligula ou Néron, il a pu faire pâle figure, mais il n’en reste pas moins très intéressant.

Il n’avait pas d’expérience que ce soit en politique ou d’un point de vue militaire,  mais c’était un homme très érudit, fort avisé, ambitieux,  loin de cette image négative que l’on avait de lui. Il a su avoir une vision des deux , fort judicieuse, que d’autres, quoi qu’on en dise, ne peuvent se vanter d’avoir eu. Il est bien que l’histoire, de nos jours, le réhabilite.

On l’a dit, en effet,  stupide, sans charisme, faible, étourdi, manipulé, se laissant facilement influencer ; il a fait l’objet de critiques, de moqueries,  de préjugés, d’opinions erronées, et pourtant, en bon Pater Patriae (père de la patrie)  qu’il a tenu à être dès sa prise de fonction, il s’est toujours évertué à ce que les romains soient heureux et vivent de façon assez confortable ,  mettant au point des réformes administratives qui se montreront utiles pour eux. Il  se révélera être un vaillant conquérant, réussissant à faire annexer de nouvelles provinces pour étendre l’empire (la Bretagne en 43 le portera en triomphe à Rome) .

Il saura être un  bon gestionnaire qui  fera preuve d’un certain talent pour le juridique, le fiscal, l’organisation d’un gouvernement et à l’origine de grandes réalisations comme  le port d’ Ostie à Rome, dans le delta du Tibre, qui a servi à alimenter les romains en blé.

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 » Sesterce de Néron avec le port d’Ostie  » 60 après J.C.  – ( Atelier de Lyon / France )

Il a mis en place un bureau impérial constitué d’affranchis (esclaves libérés)  qui, non seulement vont s’occuper de tâches diverses, mais d’importance : secrétariat, comptabilité, enquêtes etc…. , mais se verront attribuer des responsabilités. Cela ne sera pas du goût des sénateurs parce que leurs propres responsabilités  (et leurs revenus par la même occasion) s’en trouvaient diminuer.

Quant à la  Cour impériale , elle a connu un gros développement sous son règne, ce n’est pas ce qui a été le mieux d’ailleurs parce que monopolisée surtout par les femmes, notamment Messaline qui a énormément comploté contre lui.

Il a également œuvré pour que soit bien organisée, établie, définie l’image que l’on pouvait se faire de la dynastie  à laquelle il appartenait à savoir les Julio-Claudiens  donnant à chacun la place héréditaire qui lui revenait, y compris la sienne et celle de ses épouses et ses enfants. Pour ce faire,  une sorte de campagne publicitaire fut lancée dans tout l’Empire, avec portraits, pièces de monnaie, camées, statues etc… de chacun.

Le musée des Beaux Arts de Lyon  (sa ville natale) a souhaité lui rendre hommage au travers d’une exposition basée sur des travaux récents historiques, épigraphiques  et archéologiques, réunissant environ 150 pièces : des peintures, sculptures, bijoux, camées, objets divers, bas reliefs, cartes, monnaies, photos de ruines, vidéos.

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 » L’apothéose de Claude  » – Camée de sardonyx ( Rome 54 ) monture en or et sertie de diamants (Bibliothèque Nationale de France/Paris – France )
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 » Bas relief dit Les Prétoriens  » – Provenance : l’Arc de Claude à Rome – 51/52 après J.C. ( Musée du Louvre / Paris – France )

et …. la célèbre Table Claudienne qui fut découverte en 1528 à la Croix Rousse près de Lyon. Il s’agit là d’un document de bronze sur lequel se trouve un discours que Claude prononça à Rome en 48 devant le Sénat,  en faveur des gaulois, citoyens de Rome depuis un certain temps, et  qui souhaitaient obtenir le statut de magistrats et de sénateurs . Un geste qui traduisait sa vision universaliste de Rome, son souhait de la voir s’ouvrir à des étrangers venus y vivre et désireux de s’intégrer .

« Ce n’est certes pas sans crainte, Pères conscrits, que j’ai dépassé les limites provinciales qui vous sont habituelles et familières, mais il faut, à présent, plaider sans détermination, la cause de la Gaule chevelue. A ce propos, si on rappelle que les Gaulois ont donné du mal au dieu César en lui faisant la guerre durant dix ans, il faut pareillement mettre en regard une fidélité invariable pendant cent ans et une obéissance plus qu’éprouvée dans mille circonstances préoccupantes pour nous. »   » ( Table Claudienne – Traduction française Bérard)

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Table Claudienne – ( Musée archéologique Lugdunum à Lyon / France )

Cette expo aborde l’empereur qu’il a été bien sur, mais l’homme également, son  entourage consanguin ( pas ce qu’il y a eu de  très positif dans sa vie ), ainsi que  ses célèbres et sulfureuses épouses : Messaline et Agrippine,  et ses enfants  (notamment son fils Britaninicus)- Elle s’intitule :

 » CLAUDE – Un empereur au destin singulier – (Lyon, 10 avant J.C. / Rome, 54 après J.C.)  » jusqu’au 14 mars 2019 – Les prêts proviennent du musée du Louvre, Cabinet des médailles de la Bibliothèque Nationale de France, l’École supérieure des Beaux Arts de Paris, musées nationaux romains, Palazzo Massimo, British Museum, musées royaux d’art et d’histoire de Bruxelles, et le Römisch-Germanisches museum de Cologne.

Claude est né à Lugdunum ( Lyon ) en 10 avant J.C  (il y a  2000 ans env.) –  Des fouilles effectuées en 1990 attestent que sa demeure se trouvait sur la colline de Fourvières. Il est le fils d’Antonia la jeune et Drusus l’aîné. Ce dernier s’était très probablement arrêté dans cette ville pour des opérations militaires devant le mener sur le Rhin. Il  meurt quand son fils est à peine âgé de deux ans . Claude a un frère, Germanicus, et une sœur, Livilla.

Il bégaie, il boite, il est sujet à des problèmes psychiques : en conséquence de quoi, on se moque,on se désintéresse de lui et on le tient éloigné des responsabilités. On lui donne , malgré tout, une bonne éducation. Tout au plus on lui accorde le droit d’assister à certaines fêtes. C’est ainsi que Germanicus, son frère, l’enfant roi, succède à Tibère à la demande d’Auguste.  Malheureusement le vaillant, populaire  et jeune général admiré de tous, décède par empoisonnement en Syrie .

Son fils Caïus dit Canigula, autoritaire , violent , pas très stable mentalement parlant, prend sa place en 37. En 41 il est assassiné et Claude, de par sa descendance,  se retrouve empereur : sa grand-mère maternelle est Octavia, fille d’Auguste et sa grand-mère paternelle Livie est la mère de son père Drusus, lui -même fils d’Auguste. Quant à Tibère, c’était son oncle paternel  … !

Empereur ( le premier à être né hors de Rome ) à 51 ans et déjà une vie derrière lui : fiancé deux fois ( dont une à l’arrière petite fille d’Auguste)  et marié  à différentes reprises. Il a eu des enfants : Claudius Drusus (de  Plautia Urgulanilla) lequel décèdera à la suite d’un accident, Antonia (de Aelia Paetina) puis Octavia Claudia et Britannicus (nom donné après la conquête de la Bretagne )  nés de son mariage avec Messaline.

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 » Messaline portant Britannicus  » 45 après J.C. – ( Musée du Louvre / Paris – France )

Messaline était la fille de Marcus Valerius et de Domitia Lepida, arrière petite fille de Marc Antoine, nièce du père de Néron, Gneius Domitius. Elle est adolescente lorsqu’elle épouse Claude, qui approche de la cinquantaine. Très active sexuellement parlant, elle ne va pas se montrer fidèle ( lui non plus d’ailleurs )  et on lui attribuera le surnom de Augusta Meretrix (la putain impériale)  –

Non seulement elle le trompe, mais elle n’hésite pas à se prostituer,  à  se re-marier alors qu’elle est toujours son épouse, et à comploter avec son jeune nouveau mari pour tuer Claude. Scandale à la Cour à la suite de cette dénonciation d’adultère et bigamie ! Elle s’enfuit, on la rattrape, lui demandant de se suicider, elle refuse. Qu’importe , elle sera exécutée sur le champ  , en 48,  d’un coup d’épée par un soldat.

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 » La mort de Messaline  » – 1879 – Fernand LEMATTE

Claude jure alors  qu’il ne se remariera plus,  allant même jusqu’à affirmer que s’il violait ce serment on pourrait le tuer .. Oui mais voilà l’empereur avait la réputation d’aimer les femmes, de ne pas résister au charme féminin, d’être esclave de ses sens et c’est la raison pour laquelle ses prétoriens ont préféré (plutôt que de le voir courir à droite et gauche) chercher celle qui pourrait devenir sa nouvelle épouse…Et le choix va se porter  sur  sa nièce, Julia Agrippina, dite Agrippine la jeune , 34 ans, fille de son frère Germanicus et  la sœur de Canigula.

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 » Agrippine la jeune  » Statue trouvée à Rome, Mont Célius en 1885 – ( Musée Centrale Montemartini / Italie )

 

Elle a déjà été mariée  à l’âge de  13 ans avec un homme cruel, alcoolique et brutal choisi par Tibère, dont elle a eu un enfant :  Néron. Elle aussi ne fut pas ce que l’on peut appeler un modèle de vertu puisqu’elle sera accusée d’adultère, de complicité de complot et exilée jusqu’à la mort de Canigula…. Sa réputation semble n’avoir effrayé personne. Elle va savoir user de ses charmes et de son affection pour se faire aimer de son oncle Claude,  non pas en tant que nièce, mais en tant que femme. Il décide de l’épouser, ce qui normalement est interdit entre un oncle et une nièce comme le stipule la loi romaine de l’époque. Qu’importe, le Sénat annule la précédente loi pour en émettre une autre qui permettra ce mariage .

Avec ruse et manigances , elle  réussira à faire adopter Néron ( alors âgé  de 12 ans )par Claude – Un acte obtenu très probablement en lui mettant la  pression, et qui, du coup, écartera Britannicus de la succession.  Elle est omni-présente dans la vie de son mari y compris lors de ses réunions de travail voire même oser se rendre au Capitole.  Elle va s’acheter une conduite et contrairement à celle qui l’avait précédée, ne pas ternir sa réputation en trompant l’empereur. Tout au contraire, elle fait en sorte d’être irréprochable … face aux autres, parce que dans l’ombre elle agit, complote, démet de leurs fonctions les personnes gênantes, et place ses pions  !

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 » Néron enfant  » 50 après J.C. ( Musée du Louvre/Paris- France)

Claude s’en rendra malheureusement trop tard. Elle comprend alors  qu’elle peut perdre la partie et profitera d’un repas officiel pour le faire empoisonner avec un plat de champignons. Il meurt à Rome en 54 après J.C. – Agrippine s’empressera  d’écarter les enfants de Claude en les enfermant jusqu’au sacre de  Néron  par la garde prétorienne .

Pour avoir le champ libre, Néron suit les bonnes habitudes familiales et fait empoisonner Britannicus. Agripppine tentera, malgré tout,  de garder une main mise sur le pouvoir.  Cinq ans plus tard, sentant que sa mère est un danger pour lui, Néron la fera assassiner par un centurion. Il règnera 14 ans et sera, de  par son adoption, le dernier des Julio-Claudiens.

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 » Buste de Claude  » – Marbre Ier siècle – Collection Farnèse – ( Musée archéologique de Naples / Italie)

 

 

 

Dorothea LANGE …

 » Dorothea Lange appréciait la collaboration. Elle parlait avec quelqu’un pendant quinze minutes avant de sortir son appareil photo, que ce soit de leurs enfants, ou de ses enfants. Elle a laissé certains d’entre eux poser leurs doigts sales sur son objectif. Il était important pour elle que ses sujets sachent pourquoi elle était là et ce qu’elle essayait d’accomplir. Lange a résisté à l’idée de créer des icônes avec des gens. La plus grande leçon que nous puissions tirer de son travail en tant que photographe, fut qu’elle a su aborder les personnes avec dignité et respect, en faisant des efforts honnêtes pour comprendre leur situation et savoir la capturer fidèlement. Ses photographies sont souvent belles et parfois choquantes, mais pas subversives dans la situation ou le contenu qu’elle documente. Je suis désolé de constater que peu de photographes-documentaires n’ont pas retenu cette leçon, ni même suivi son exemple. Elle a pourtant beaucoup de leçons à nous apprendre sur le pouvoir et la responsabilité d’utiliser un appareil, une caméra pour capturer le monde et influencer les attitudes.  » Drew JOHNSON (Curateur de la photographie et des arts visuels à l’Oakland Museum of California)

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Dorothea LANGE (Photographe américaine, pionnière de la photographie-sociale )  :  » Ma façon de photographier a été basée sur trois règles : d’abord ne rien  toucher ! Quelles que soient les choses que j’ai photographiées, elles n’ont pas été dérangeantes et je m’en suis accommodée . Deuxièmement : le sens du lieu. Quelles que soient les choses que j’ai photographiées, elles ont toujours dues apparaître  comme faisant partie de mon ambiance , comme enracinées en moi. Troisièmement, j’essaie de montrer que le passé est inséré dans le présent.  » 
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 » Country Store – Caroline du Nord  » 1939 – Dorothea LANGE
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 » Mère migrante en Californie  » – 1956 – Dorothea LANGE  » Je l’ai vue et je me suis approchée de cette mère affamée et désespérée comme si j’étais attirée par un aimant. Je ne me souviens plus comment je lui ai expliqué ma présence ou mon appareil photo, mais je me rappelle qu’elle ne m’a posé aucune question. J’ai fait cinq photos en me rapprochant de plus en plus.Elle m’a donné son âge : 32 ans. Elle m’a dit qu’ils vivaient en mangeant des légumes gelés des champs alentour ou des oiseaux tués par les enfants. Elle venait juste de vendre les pneus de sa voiture pour s’acheter à manger. Elle était assise dans sa tente avec ses enfants autour d’elle et elle a semblé que mon image pourrait l’aider, alors elle m’a aidée. C’était comme un échange de bons procédés. Elle  porte en elle tout le malheur du monde, mais aussi la persévérance, de la retenue et un étrange courage. Vous pouvez voir ce que vous voulez à travers elle. Elle est immortelle. »
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 » Migrant dans la culture du coton  » – 1940 – Dorothea LANGE
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« Petit-fils du locataire nègre dont le père est au pénitencier. Comté de Granville, Caroline du Nord  »  1939 – Dorothea LANGE 

 

Portrait de femme, dite LA BELLE … Léonard DE VINCI

 » Cette belle aristocrate, dont nous ignorons l’identité, appartenait sans doute à la cour du duc d’Urbin, Guidobaldo della Rovere, pour laquelle Titien a effectué quelques une de ses peintures les plus célèbres. Ce tableau est dominé visuellement par la couleur bleue de l’élégante robe de brocart portée par le modèle. L’artiste prête une attention particulière à la description de son étoffe brodée de fines arabesques dorées et au rendu des différents tissus qui le composent. Les deux grandes manches bouffantes se resserrent à mi-bras et se prolongent par une étoffe de couleur indigo décorée de fleurs blanches. Un long collier en or descend sur la chair délicate de la jeune femme, dont les cheveux blond sont tressés et attachés autour de la tête, en composant une coiffure élaborée. Le visage et la pose détendue et naturelle expriment une profonde sérénité que corrobore le regard tourné directement vers l’observateur. Dans ce portrait, comme dans presque tous les autres de ce type, Titien se concentre sur la représentation de la personnalité du personnage, sans renoncer pour autant à mettre pleinement en valeur son apparence et son statut social élevé.  » Gianlorenzo BARACCHI ( Historien de l’art, italien )

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 » Portrait de Femme, dite La Belle  » – Vers 1536 – TITIEN

Harmonies poétiques et religieuses … Franz LISZT

«  Ce que je peine à m’expliquer, c’est l’inconcevable invasion ( passez ce mot ) du sentiment religieux qui est en moi ! Ma vie est une prière, une adoration perpétuelle. Si ce n’était pas si long, je vous transcrirai ici, l’harmonie de Lamartine  » Bénédiction de Dieu  » car jamais on ne me rendra si complètement ce que j’ai pu éprouver alors … » Extrait d’une lettre de Liszt adressée en 1833 à sa première compagne : Marie d’Agoult.

C’est en 1834 que Franz Liszt a composé  sa première Harmonie ( Pensée des Morts) , mais  c’est véritablement chez Carolyne  de Sayn-Wittgenstein ( sa deuxième compagne ) ,à Woronince ( Ukraine ), où il séjourna une dizaine de jours, qu’il a commencé son œuvre, laquelle se poursuivra  à Weimar. La composition totale a duré de 1847 à 1852.

Entre méditations intimes et inspiration grandiose, ce recueil est incroyablement visionnaire. Les pièces sont très différentes les unes des autres, Certaines d’entres elles sont courtes et simples comme si elles étaient là pour servir d’intermédiaire entre d’autres beaucoup plus importantes. Ce sont toutes, malgré cette impression, des chefs d’oeuvre.

Lamartine avait une vingtaine d’années de plus que Liszt. Il a tout comme lui , avec son côté bourgeois et ses pensées rêveuses, baigné dans le même climat intellectuel, sensible de l’époque romantique. En 1830, après les fameuses Journées de Juillet, Lamartine avait abandonné la diplomatie et faisait partie de l’Académie française. C’est de cette époque que date la publication des Harmonies Poétiques et Religieuses : 4 livres – 47 poèmes – un recueil vendu  à 45 000 exemplaires en 4 ans !

C’est à Florence en 1826, alors qu’il occupait le poste de secrétaire d’ambassade qu’il a eu l’idée de cet ouvrage appelé, au départ, Psaumes Modernes. Il écrivait à son propos :  » Ces Harmonies, prises séparément, semblent n’avoir aucun rapport l’une avec l’autre. Considérées en masse, on pourrait retrouver un principe d’unité dans leur diversité même, car elles étaient destinées, à reproduire un grand nombre des impressions de la nature et de la vie sur l’âme humaine. »

Ces mots suggestifs  amèneront Liszt à écrire son recueil, non pour traduire un texte, mais pour transcrire l’âme de ce texte  en musique. Par ailleurs, il va beaucoup se reconnaître dans cette candeur, cette quête sincère du sens de la vie et de l’être suprême ressentis souvent par Lamartine. Elle est l’expression mystique profonde et presque intime du compositeur.

Il y a dix pièces au total : Invocation – Ave Maria – Bénédiction de Dieu dans la solitude – Pensée des morts – Paster Noster – l’Hymne de l’enfant à son réveil – Funérailles – Misere ( d’après Palestrina ) – Andante Lagrimoso – Cantique d’Amour. Elles sont assez difficiles à jouer et rares sont celles ou ceux qui les ont enregistrées dans leur intégralité. Certaines d’entre elles reprennent le nom attribué par Lamartine. Des longs extraits des poèmes ont été, également, insérés sur les partitions.  En voici quelques-unes :

Pensée des morts est une pièce sublime datant de 1834, publiée un an plus tard. Le climat de la pièce prend sa source dans une phrase de Lamartine qui aura suffi à inspirer Liszt :  » La vue de ces beaux cyprès, immobiles, de détachant en noir sur le tapis éclatant du ciel et rappelant le tombeau  » … Le compositeur  a fort bien su exprimer la douleur, la méditation, l’espoir. Elle est assez saisissante, audacieuse. Elle commence doucement, puis devient rapide, sombre, orageuse rythmiquement parlant.

(Vidéo : Andrea BONATTA au piano – Lequel a enregistré l’intégralité des Harmonies sur le piano demi-queue  du compositeur qui se trouve à Bayreuth : un Steingraeber qui a été l’instrument de Liszt durant les quinze dernières années de sa vie.  Eduard Steingraeber avait dit un jour à Liszt  » Maître je vais vous construire un piano à la puissance de vos doigts  » et c’est lui qui viendra, en personne, lui livrer.

L’hymne de l’enfant à son réveil : Il semblerait ( d’après le manuscrit conservé à la Bibliothèque d’Angers – France ) que Lamartine ait écrit ce poème en 1829, tout inspiré qu’il était par sa fille bien aimée qui avait alors 7 ans.

Liszt en a fait une sorte d’Impromptu en pensant, probablement, à ses propres enfants. C’est plein de fraîcheur, simple, tendre, avec une sorte de rythme  »  barcarolle  » mélodieux.

( Vidéo : Aldo CICCOLINI au piano )

Funérailles : pièce magnifique, célèbre, très souvent jouée seule en concert. C’est l’expression de la douleur, celle à la fois personnelle de Liszt, mais aussi celle d’une souffrance universelle envers ceux qui meurent en héros pour une cause et des idéaux. Au départ elle ressemble à une marche funèbre, laquelle s’amplifie peu à peu comme un tonnerre assez tonitruant.

Compte tenu qu’elle a été écrite un mois après la mort de son ami Frédéric Chopin en 1849, beaucoup ont pensé qu’il pouvait s’agir là d’un hommage. Liszt lui-même dira qu’en la composant il a pensé à lui, mais  il s’agit, avant toute chose, d’un hommage aux héros de la révolution hongroise de 1848 et plus particulièrement à trois personnes qui vont mourir en héros : le prince Felix Von Lichnowsky – le comte Lajos Batthyany – le comte Lazslos Teleky ( exécutés par les monarchistes des Hasbourg ) – La rage et la révolte sont bien là saupoudrées par moments d’une certaine tendresse !

(Vidéo Kystian ZIMERMAN au piano )

Bénédiction de Dieu dans la solitude : est vraiment une pièce d’une grande beauté, avec infiniment de virtuosité. Ce sont les premiers vers de Lamartine qui l’ont inspirés :

 » D’où me vient, ô mon Dieu, cette paix qui m’inonde ?
D’où me vient cette foi dont mon cœur surabonde ?
À moi qui tout à l’heure, incertain, agité,
et sur les flots du doute à tout vent ballotté,
cherchais le bien, le vrai, dans les rêves des sages,
Et la paix dans des cœurs retentissant d’orages ?
À peine sur mon front quelques jours ont glissé,
il me semble qu’un siècle et qu’un monde ont passé,
et que, séparé d’eux par un abîme immense,
un nouvel homme en moi renaît et recommence....  »

Liszt a toujours eu énormément de plaisir à jouer ce morceau en privé ou ses amis ou ses élèves. Il l’a écrit  à une époque où il se sentait relativement optimiste compte tenu qu’il avait une nouvelle compagne, des idées musicales correspondantes à ce qu’il souhaitait , le défi en tête de faire de Weimar la Nouvelle Athênes, et il revenait également vers la foi.

C’est une pièce qui transporte un peu  » hors du temps  » ; son langage est riche, voluptueux. Elle est élégante, contemplative ( au sens spirituel du terme ) , subtile dans ses changements, mélodieusement chantante; il y a la joie aussi,dans sa vérité profonde. Il l’a vue comme une histoire d’amour entre une âme et Dieu, une façon d’échapper à la réalité de la vie pour aller, seul,  vers Dieu. On retrouve là le dilemme qui a toujours existé chez Liszt à savoir les difficultés qu’il a rencontrées pour pouvoir concilier sa vie, sa fougue, ses amours, ses envies, sa musique, voire même ses penchants comme l’alcool et le tabac, avec l’appel spirituel qui était en lui. Il a toujours voulu tenter de  » garder le contact  » avec l’être suprême en dépit de tout.

( Vidéo : Claudio ARRAU au piano )

La LIBERTÉ de PENSÉE …

 » Faut-il le répéter ? La liberté de pensée ne se trouve ni à droite ni à gauche ni même dans l’anarchisme. Elle ne loge dans aucune religion, dans aucun système politique ou philosophique, pas plus dans l’athéisme que dans la laïcité. Tout cela représente des robes, des voiles et des attaches et Pensée va toute nue, tel le jeune François d’Assise abandonnant entre les mains de l’évêque les vêtements par lesquels le prélat voulait le retenir afin de le remettre dans le chemin balisé de la droite raison. Or la liberté n’a pas raison mais elle va son allure, impertinente, juvénile, elle déjoue la barbarie comme l’esprit de productivité, l’imposture intellectuelle comme la facilité. Elle est dans ce refus de tout conditionnement et de toute appartenance, elle se trouve dans la ville et dans le désert, elle passe tel un vent dans la forêt, une tempête sur la demeure provisoire. Elle n’a pas de dévots, elle n’a pas de suiveurs mais seulement des relais. On ne voit guère ses progrès dans la conduite des hommes mais elle avance, seule. Elle n’a pas de famille, de clan ni de parti, elle ne regarde jamais son visage et les années glissent sur ses épaules de jeune fille. Elle ne veut rien prendre mais tout dénouer. Elle avance mais on ne la remarque pas; elle est si nue, tandis que les passants sont engoncés dans leurs croyances, dans leurs principes. Elle est nue, elle va son chemin, elle ne requiert nulle acclamation. » Jacqueline KELEN ( Écrivain, productrice française à France Culture, diplômée en Lettres classiques)

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 » Freedom of Toughts  » ( Liberté de pensées )  par Roy SCOTT Illustrations

La chute de l’homme … Jacob JORDAENS

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 » Avec Rubens et Van Dyck, Jacob Jordaens forme la triade des peintres baroques flamands. Il est l’auteur de grands retables, d’œuvres à caractère mythologique et allégorique, et de portraits splendides, ancrés dans la tradition flamande. A la différence de ces deux célèbres collègues, Jordaens n’alla jamais en Italie mais il fit la connaissance du style caravagesque à travers Rubens. La théâtralité qui le caractérise servira autant ses sujets  » sérieux  » comme celui-ci, que sa peinture de genre. Car Jordaens a une prédilection indiscutable pour un réalisme de goût populaire. Dans ce type de production, il caractérise très fortement ses personnages avec une veine humoristique très prononcée. La chute de l’homme date de la période de maturité du peintre. Dans un paradis terrestre luxuriant et peuplé d’animaux, Eve montre le fruit défendu avec une expression de curiosité paisible, tandis que le visage d’Adam trahit une certaine inquiétude. Au XIXe siècle, on jugea nécessaire de cacher les parties  » honteuses  » des corps nus dès protagonistes sous une couche de peinture qui fut ensuite enlevée, ramenant l’oeuvre à sa version originale. » Ilaria PRINCIPE ( Historienne de l’art italienne)

Le P’TIT DÉJ … de Rémy CECCHETTO

La présentation de ce texte peut surprendre, mais c’est ainsi que l’auteur le propose :

 » Au p’tit déj on a le nez trempé de café / luisant de beurre / rouge de fraise / humecté de thé / on écoute les mouches un peu beaucoup pas forcément passionnément louvoyer / croiser / crapahuter / puis se coller au papier tue-mouche où bientôt / déjà / expirent / cela est à l’identique des infos radio où chacun vit puis meurt à tire-d’aile / donc foin des infos / les mouches / loin des ragots / le papier collant / en plus plus de pub / zéro Loto / nul nulle météo / les mouches / l’agonie des mouches / cela repose / cela dispose meilleurement / ma foi on est contents / on se frotte les mains / mais / mais la radio une petite pression sur le bouton et ses ordures sont finies / alors que le papier tue-mouche il faut encore le décrocher et le jeter.  »

« Quant au beurre c’est extra fin de le sortir la veille / mieux mou l’est / dur sûr pète biscottes s’étale que dalle sur mie choit même du couteau / mou mieux ami de la mie plus complice de la bis ou tris ou crack cotte / l’est ainsi aussi souple désinvolte que la minette / la cocotte / qu’on aura sortie tard en dancing ou bowling / elle s’étalera à qui mieux mieux / dira plus aisément être notre mie / c’est extra / par contre l’avoir en vis-à-vis au p’tit déj c’est autre chose / surtout si elle est la cause qu’on a oublié de sortir le beurre du Faure / on pétera alors bis tris ou crack cotte / et co cotte / ses larmes saleront son café / elle en sera malade / dira c’est à cause de vous / alors qu’à cause du café salé / on regardera le beurre / on dira / bon c’est l’heure du boulot. »

 » On est d’accord / d’accord la confiture ça dégouline ça passe par les trous de la tartine / d’accord / d’accord / d’accord / mais aussi principalement ça colle les doigts / faut qu’on se lève / faut qu’on se lave à l’évier / faut qu’on se sèche au torchon / c’est trop de boulot si tôt / c’est misère / c’est galère / fin des confitures à notre vie si dure / plus de compote / plus de marmelade / cessation de tout ça / annulation de tout ça / on verra bien postérieurement si ça fera notre bonheur / on verra bien / en attendant cela nous fait moins de sucre dans les artères / c’est bien / ça désencombre en nous / ça nous permet de nous souvenir que notre cœur est sucré / qu’il est une friandise qui ne colle pas / oui oui oui / qui ne colle pas / non non et non / il ne colle pas »

 » Il y a les sons du p’tit déj / les sons propres au p’tit déj / le son du beurrage de la biscotte / le son du beurrage quand le beurre est mou / quand le beurre n’est pas mou il n’y a pas production du son caractéristique du beurrage de la biscotte / c’est quand le beurre est mou qu’il se produit un son caractéristique / à condition qu’on étale le beurre d’un unique coup / dans un seul sens / d’un bout à l’autre tout le long du long de la biscotte / si on s’y reprend plusieurs fois ça marche aussi / le bruit caractéristique alors produit est celui du raclage / raclement / de la lame du couteau sur la biscotte / c’est ce raclage / clement / qui produit le son caractéristique du p’tit déj / il n’y a pas de sons caractéristiques du p’tit déj / il y a 1 son caractéristique du p’tit déj.  » Rémy CECCHETTO ( Poète, écrivain et dramaturge français

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PEINDRE LA NUIT …

PEINDRE LA NUIT CENTRE POMPIDOU METZ

 » Souvent, il me semble que la nuit est encore plus colorée que le jour.  » Vincent VAN GOGH

 » J’ai réalisé que si je voulais peindre la nuit, je devais mettre la couleur à la porte car elle ne supporte que la lumière du jour.  » Lee KRASNER (Peintre américaine de l’expressionnisme-abstrait)

La nuit a été, elle aussi, comme le jour,  une source inépuisable d’inspiration pour les peintres. Peindre dans la nuit (certains l’ont même fait de façon obsessionnelle ), c’est affiner sa vision par rapport à celle que l’on peut avoir dans la journée. Il y a une grande diversité à représenter la nuit : elle peut se faire festive, rêveuse, menaçante, magique, fantomatique, protectrice, bienveillante, méditative, subtile, poétique, mystérieuse, effrayante, apocalyptique, démoniaque, étincelante, lumineuse.

Plus que la nuit, les peintres du passé ont beaucoup représenté l’obscurité avec, parfois, pour seul éclairage une chandelle. Après eux sont arrivés  les peintres qui ont eu envie de sortir en plein air de jour comme de nuit et dans ce dernier cas on trouve beaucoup de marines, des villes, ou des paysages ayant pour seule source d’éclairage, la lune ou les réverbères des rues qui apportent une sorte de clair-obscur,  un faux jour à la nuit pourrions-nous dire  . Ils ont aimé la nuit car tout semble différent, la perspective comme l’atmosphère. Tout apparaît plus compact, tassé, les arbres ont des allures de silhouettes.

La nuit est parfois utilisée pour apporter un caractère dramatique à une scène, ou mettre en valeur un sujet bien particulier. Le réel et l’imaginaire se confondent. Elle n’est pas nécessairement noire , mais peut être grise, brumeuse avec quelques lumières blafardes qui éclairent le reste du tableau, ou avec la lune qui perce les nuages et devient une source de lumière. Certains l’ont vue dans des tons de vert, ou bien de bleu-étoilé comme Van Gogh, ou dans des tons brun-marron qui apporte une touche de mélancolie ou de tristesse.

 » Il n’y a pas de nuit noire . Le noir absolu est le fantasme de la nuit, tout comme une lumière éternelle est le fantasme du jour. En vérité, la nuit commence lorsque le noir est traversé par des couleurs. Rien ne montre mieux que l’art de peindre. » Michael FŒSSEL (Philosophe)

La nuit c’est aussi la ville et ses lumières nocturnes éclatantes, ou bien encore la nuit des fêtes festives intérieures , ou celle de personnages réunis autour d’un feu ou attablés au comptoir d’un bar lui-même étant la seule source de lumière d’une rue dans la nuit.

NUIT PAYSAGE NOCTURNE DELAUNAY
 » Paysage nocturne – Le fiacre  » – 1906/07 – Robert DELAUNAY ( Collection particulière)
NUIT D ETE WINSLOW HOMER
 » Nuit d’été  » – 1890 – Winslow HOMER ( Musée d’Orsay-Paris / France )

La nuit c’est  le monde nocturne des songes souvent repris en peinture avec soit les rêves pleins de douceur, ou les cauchemars avec des représentations de monstres qui intensifient le côté maléfique du tableau comme ont pu le faire les surréalistes  avec leurs toiles où apparaissent des créatures un peu irréelles créées par des ombres nocturnes . Cette exposition explore d’ailleurs,  avec une certaine pertinence , le côté psychanalytique des artistes pour peintre ce sujet.

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 » Créatures nocturnes  » 1965 – Lee KRASNER ( Metropolitan Museum of Art – New York / Etats Unis )

La nuit c’est  la voie lactée , là où il n’y a finalement ni commencement ni fin. Les peintres ont été poussés vers le cosmos, il les a beaucoup inspiré. Il a été pour eux un nouveau territoire opaque et empreint d’un infini mystère,  et ils ont souhaité le sonder en profondeur. Tous les éléments qui en font partie,  les ont attirés aussi , que ce soit la lune, les étoiles, les météores, les comètes, les planètes etc…ce qui a permis d’aboutir sur  des œuvres très originales, étranges, diverses.

NUIT LA COMETE MAX ERNST
 » La comète  »  1959 – Max ERNST  ( tapisserie ) – ( Musée national d’Art Moderne / Centre Pompidou – France)
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 » Étoile cosmique  » 1923 – Raymond ROUSSEL ( biscuit et étiquette – Collection littéraire Pierre Leroy -Paris / France .  »Pour mieux décrire ce qui se passe (ce petit craquement ouvrant un monde encore inaccessible), je chercherai à représenter les rapports de l’homme et de l’univers en me servant de l’« étoile de Roussel ». D’un déjeuner chez Camille Flammarion (qui suivait la visite d’un observatoire), Raymond Roussel rapporta un petit gâteau sec en forme d’étoile à cinq branches. Il fit faire une boîte d’argent de la même grandeur et de la même forme, avec un couvercle vitré, puis il y enferma l’étoile à l’aide d’un cadenas d’argent minuscule (ce cadenas mesure quelques millimètres à peine). Une étiquette de parchemin rattachée à la boîte d’argent rappela l’origine du petit gâteau. L’objet vendu après la mort de Roussel fut trouvé par chance au marché aux puces. Il ne m’a pas appartenu, mais il resta plusieurs mois dans mon tiroir, et je ne puis pas en parler sans trouble. L’obscure intention de Roussel apparaît bien liée au caractère comestible de l’étoile : il a visiblement voulu s’approprier l’étoile mangeable avec plus de conséquence et de réalité qu’en l’absorbant. L’étrange objet signifiait pour moi que Roussel avait accompli à sa façon le rêve qu’il avait dû former de « manger une étoile du ciel » Georges BATAILLE ( Écrivain français)

Van Gogh disait «  la vue des étoiles me fait rêver  »  . Sa Nuit étoilée en est une preuve magnifique. Elle avait inspiré et fait rêver Jean-François Millet avant lui à une époque où il se posait ( comme Vincent ) des tas de questions sur l’univers et la place que l’homme y tient.

NUIT ETOILEE VAN GOGH
 » Nuit étoilée  » – 1889 – Vincent VAN GOGH ( Collection MoMA- New York / Etats Unis)

«  J’ai un besoin terrible de, dirai-je le mot, de religion … Alors je vais la nuit dehor pour peindre les étoiles … Il me faut une nuit étoilée avec des cyprès ou, peut-être, un champ de blé mur …  » Van GOGH ( lettre à Théo )

NUIT ETOILEE MILLET
 » Nuit étoilée  » 1850 – Jean-François MILLET ( Collection Yale University Art Gallery – Hew Haven / Etats Unis )

Vassily Kandinsky a été un peintre également  très intéressé par le cosmos. Non seulement il s’est documenté, mais n’a pas manqué de suivre les recherches basées sur l’astronomie. Au travers de sa peinture, il a cherché à reproduire  les planètes par des cercles de différentes couleurs qui se croisent et se métamorphosent au simple contact des unes et des autres …. Miró nous a fait voyager, lui aussi, poétiquement , dans le cosmos avec ses Constellations…. Associés au couple Delaunay, Duchamp, Arp et Calder, ces deux peintres ont signé le Manifeste dimensioniste ( 1936) qui mettait en valeur l’art cosmique et avec lui l’astronomie. On ne peut pas dire qu’il ait eu une longue vie mais toutes les idées qui y furent exprimées, ont continué d’exister et se sont diffusées.

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 » Un cercle  » – 1928 – Vassily KANDINSKY ( Musée National d’Art Moderne- Centre Pompidou / Paris )

D’autres artistes ont, eux aussi, été très sensible aux domaines de l’astronomie et de la biologie. Et le cosmos a été un terrain tout à fait propice à leurs délires : Jackson Pollok avec Galaxy, Shooting Star, Comet ou Reflection on the big Dipper …. Gerhard Richter et ses tableaux représentant la surface lunaire ( Constellations ) … Lucio Fontana et son Concetto Spaziale … Augusto Giacometti et ses tâches cosmiques reproduites dans Michlstrasse…  Man RAY ( A la lumière lunaire )…  j’ajouterai etc.. car il y en a eu tant d’autres !

NUIT A LA LUMIERE LUNAIRE MAN RAY
 » A la lumière lunaire  » – 1940 – MAN RAY – ( Collection particulière )
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 » Galaxty  » – 1947 – Jackson POLLOCK ( Collection Joslyn Art Museum / Omaha )
NUIT CONCETTO SPAZIALE FONTANA
 » Concetto Spaziale  » 1951 – Lucio FONTANA ( Collection Fondazione Lucio Fontana à Milan )
NUIT GIACOMETTI
 » Sternenhimmel ( Michstrasse) – 1917 – Augusto GIACOMETTI ( Bündner Kunstmuseum à Chur / Suisse)

Parce qu’en effet, qui disait espace, disait  bien entendu conquête spatiale, les hommes qui sont partis voler là-haut, marcher sur la lune comme Youri Gagarine ou Neil Armstrong. Cette aventure, cette plongée au cœur même du cosmos et de ses profondeurs, les photographies des fusées, et la surface lunaire etc… n’a pas manqué, elle aussi, de les attirer, de les pénétrer, de les envelopper et de les faire partir dans un autre monde d’inspiration.

Le Centre Pompidou de Metz a tenu à se pencher, de façon originale et intéressante,  sur le cœur de la nuit plutôt que le passage de l’aube au crépuscule, parce que s’il avait fallu aborder ce dernier point, c’était encore autre chose … Qui sait l’objet d’une autre expo un jour prochain ! Celle-ci aborde  les différentes manières qu’il pouvait y avoir d’envisager la nuit, en présentant également  des parallèles avec la musique notamment ; tente de comprendre notre place dans l’univers, de répondre aux questionnements que les artistes se sont posés. Elle s’intitule :

 » Peindre la nuit  » – Jusqu’au 15 Avril 2019 – Soit environ 200 œuvres ( essentiellement des tableaux, mais aussi quelques  photographies, vidéos)  des XIXe et XXe siècles, prêts du Centre Pompidou Paris, musée d’Orsay, musée Karlruhe, Tate Gallery de Londres ou National Gallery Washington ; et des œuvres signées Winslow Homer, Paul Klee, Henri Michaux, Martin Kippenberg, Gerhard Richter, Francis Bacon, Louise Bourgeois, Brassaï, Peter Doig, Rodney Graham, Martin Kippenberger, Augusto Giacometti, Claude Monet, Lucio Fontano, Pablo Picasso, Ozenfant, Jackson Pollock, Winslow Homer, Anna-Eva Bergman, Amédée Ozenfant, Olaf Nicolai, Gerhard Richter, Brassaï, Etel Adnan, Ann Craven  etc etc… j’en passe et des meilleurs !

Des artistes qui non seulement ont peint la nuit mais ont su la saisir. Il faut bien reconnaître que bon nombre de tableaux représentant le nuit sont très souvent assez remarquables et fascinants.  Pour ce faire, il a fallu que ces artistes passent la nuit dehors pour mieux l’observer .

 » Le sublime de la nuit enseigne à l’homme qu’il possède une autre destination que le savoir. Il ne suffit pas de dire que l’on y voit moins bien la nuit, il faut comprendre pourquoi l’obscurité invite à regarder (et à sentir) autrement. En même temps qu’elle représente un risque, l’absence de témoin confère une plus grande liberté au regard  » Michæl FŒSSEL (Philosophe français)

 

Voyager … Voyageur …

 » Voyager, c’est donc imaginer un lieu, s’y rendre effectivement, et en revenir. Mais la définition est encore incomplète; j’ai certes repoussé le voyage immobile, ainsi que le simple déplacement; mais il manque, me semble-t-il, un élément. Pourquoi allons-nous là-bas ? Je crois que c’est la rencontre avec la singularité d’un lieu et d’une culture que l’on attend du voyage, de tout voyage. C’est pour voir quelque chose d’autre que l’on voyage, et rester au bar ou à la piscine d’un hôtel, ce n’est pas voyager. Justement : cette quête d’un ailleurs différent suppose, de la part du voyageur, un état d’esprit bien spécifique sans lequel son périple sera raté. Il s’agit essentiellement de laisser de côté ses préjugés, ses habitudes, ses convictions, d’ouvrir son esprit et ses sens à la radicale nouveauté de ce qui se présente, bref d’être curieux, bien disposé, ou encore disponible pour toutes sortes de rencontres. Se dépouiller de ses certitudes, accepter la remise en question d’une vie antérieure dont on saisit la relativité, et enfin s’étonner : voilà, peut être, les devoirs du voyageur. Il ne s’agit pas, à la vérité, de douter de tout, ce qui serait stupide, mais d’essayer tant bien que mal de suspendre son jugement, de n’être le partisan de rien, de n’être, comme l’historien idéal selon Fénélon,  » d’aucun temps ni d’aucun pays  » . Pour autant, on ne demande pas au voyageur d’abdiquer ce qui fait la singularité de sa personnalité, c’est à dire son identité; on attend simplement de lui l’effort d’ouverture qui lui permettra de s’adapter à la particularité de cet ailleurs, sans cesser d’être lui-même. On peut dire que se dépouiller correspond à l’état d’esprit du voyageur; qu’il s’agisse d’objets ou de certitudes, le voyageur partira les mains presque vides et l’esprit léger.

Le voyageur est donc un être qui part vers un ailleurs dont il reviendra, mais avec la ferme intention d’accomplir un travail sur lui-même qui lui permettra de savourer pleinement la différence de cet ailleurs. L’état d’esprit de celui qui part est donc déterminant et fera le tri entre voyage, déplacement et aventure. L’essentiel, pour voyager, est d’avoir du temps devant soi, et cette condition est si importante qu’elle mérite, au même titre que l’espace, de faire partie de la définition du voyage. Après tout, si l’on part, c’est que l’on n’a rien à faire, que l’on a du temps, que l’on est pas absorbé par une activité quelconque. Voyager est donc signe que l’on est maître de son temps : une brèche s’est ouverte dans le flux des occupations habituelles, et un intervalle de temps libre nous est offert. Il en est, enfin, qui voyageront, et qui mettront donc à profit leur disponibilité pour partir à la découverte du monde. Le voyageur est finalement un être dont le temps est consacré à l’espace. Cette connivence de l’espace et du temps est enfin confirmée par le fait qu’un flâneur sommeille en tout voyageur digne de ce nom, c’est-à-dire un individu qui aime et qui sait prendre son temps, car il a compris qu’il n’y avait pas de meilleure méthode pour que le monde se découvre. C’est pourquoi le voyageur doit prendre toutes les dispositions pour éviter la désastreuse précipitation qui l’empêche d’approfondir ses rencontres, ses contemplations, ses sensations. Sans doute est-ce cet art de la lenteur qui manque à ces touristes en excursion, ou à ces vacanciers qui ont opté pour un circuit : le rythme qu’on leur impose n’est pas le leur, mais celui d’une industrie touristique qui ne peu que survoler sommairement les paysages et les cultures. C’est aussi ces stupides vacances en club où des animateurs envahissants sont chargés de vous occuper, comme si l’ennui était la pire catastrophe. Voyager, c’est au contraire s’arranger pour n’avoir rien de tout cela, mais du temps pur, vide, libre, condition sine qua non à la pleine découverte de l’ailleurs que l’on a choisi.  Le véritable voyage ne commencera qu’à partir du moment où nous aurons su modifier notre rapport avec le temps. Mais revenir de voyage est tout aussi fascinant, à bien y penser, que l’action de partir, et ce même si l’on a alors l’impression que l’aventure est terminée.  » Thierry TAHON ( Professeur de philosophie, écrivain français / Extraits de Petite philosophie de voyage )

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Tableau de Antonio MANCINI