La Muse et le Poète …

 » LA MUSE

Qu’aviez-vous donc, ô mon poète !
Et quelle est la peine secrète
qui de moi vous a séparé ?
Hélas ! je m’en ressens encore.
Quel est donc ce mal que j’ignore
et dont j’ai si longtemps pleuré ?

LE POÈTE

C’était un mal vulgaire et bien connu des hommes ;
mais, lorsque nous avons quelque ennui dans le cœur,
Nous nous imaginons, pauvres fous que nous sommes,
Que personne avant nous n’a senti la douleur.

LA MUSE

Il n’est de vulgaire chagrin
que celui d’une âme vulgaire.
Ami, que ce triste mystère
s’échappe aujourd’hui de ton sein.
Crois-moi, parle avec confiance ;
le sévère dieu du silence
est un des frères de la Mort ;
en se plaignant on se console,
et quelquefois une parole
nous a délivrés d’un remord.

LE POÈTE

S’il fallait maintenant parler de ma souffrance,
je ne sais trop quel nom elle devrait porter,
si c’est amour, folie, orgueil, expérience,
ni si personne au monde en pourrait profiter.
Je veux bien toutefois t’en raconter l’histoire,
puisque nous voilà seuls, assis près du foyer.
Prends cette lyre, approche, et laisse ma mémoire
au son de tes accords doucement s’éveiller.

LA MUSE

Avant de me dire ta peine,
Ô poète ! en es-tu guéri ?
Songe qu’il t’en faut aujourd’hui
parler sans amour et sans haine.
S’il te souvient que j’ai reçu
le doux nom de consolatrice,
Ne fais pas de moi la complice
des passions qui t’ont perdu,

LE POÈTE

Je suis si bien guéri de cette maladie,
que j’en doute parfois lorsque j’y veux songer ;
et quand je pense aux lieux où j’ai risqué ma vie,
j’y crois voir à ma place un visage étranger.
Muse, sois donc sans crainte ; au souffle qui t’inspire
nous pouvons sans péril tous deux nous confier.
Il est doux de pleurer, il est doux de sourire
au souvenir des maux qu’on pourrait oublier……  » Extraits d’un poème dans le recueil La nuit d’Octobre d’Alfred DE MUSSET

poete et sa muse parc monceau musset
 » Le poète et sa muse  »  représente Alfred De Musset   et sa muse – Sculpture  réalisée en 1906 par Antonin MERCIÉ et se trouve au Parc Monceau à Paris