L’ Huître …

 » L’huître, de la grosseur d’un galet moyen, est d’une apparence plus rugueuse, d’une couleur moins unie, brillamment blanchâtre. C’est un monde opiniâtrement clos.Pourtant on peut l’ouvrir : il faut alors la tenir au creux d’un torchon, se servir d’un couteau ébréché et peu franc, s’y reprendre à plusieurs fois. Les doigts curieux s’y coupent, s’y cassent les ongles : c’est un travail grossier. Les coups qu’on lui porte marquent son enveloppe de ronds blancs, d’une sorte de halos.

A l’intérieur l’on trouve tout un monde, à boire et à manger : sous un firmament (à proprement parler) de nacre, les cieux d’en dessus s’affaissent sur les cieux d’en dessous, pour ne plus former qu’une mare, un sachet visqueux et verdâtre, qui flue et reflue à l’odeur et à la vue, frangé d’une dentelle noirâtre sur les bords.

Parfois très rare une formule perle à leur gosier de nacre, d’où l’on trouve aussitôt à s’orner.  » Francis PONGE ( Écrivain, poète français / Extrait de son ouvrage Le parti des choses ( 1942 ) 

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BEAUTÉ CLASSIQUE … John William GODWARD

 » Godward conçut, à la fin des années 1880, une typologie spécifique qu’il développa jusqu’à la première guerre mondiale. Faisant jouer ses talents pour rendre la matière et son travail sur l’idéal de beauté classique, il peignit une série de bustes de jeunes femmes aux traits légèrement idéalisés, presque de grandeur naturelle, généralement placées de profil contre un fond de paysage ou un mur de marbre délicatement traité faisant ressortir la carnation des traits du modèle. La formule connaît ses plus grands succès dans les années 1908/1912. La Beauté classique de la collection Pérez Simon en est un des exemples les plus raffinés. Godward semble y jouer sur les portraits en buste de la fin du Quattrocento italien en reprenant ( tout en l’inversant ) la succession du portrait, du parapet et du paysage à l’arrière. La ligne d’horizon, très basse, soutenue par la dégradation des couleurs des collines anglaises, permet de découper nettement la ligne ferme du visage sur le fond de ciel légèrement et uniformément rosé. Ce ciel met en valeur les carnations modelées par l’ombre et la lumière. Le rose des lèvres et le bleu vert des yeux rêveurs donnent les deux couleurs dominantes de la peinture que l’on retrouve soit dans le paysage et le vêtement, soit dans le marbre. Le drapé diaphane et bleuté du chiton, ayant, avec sa finesse et sa transparence, toute l’apparence de la coa vestis, tissu de Cos, s’harmonise avec le paysage contre lequel il est en partie placé. Les marbres, travaillés dans une tonalité plus franche, font écho à la chevelure brune et à la ceinture rose cramoisi pour faire ressortir le cou et le visage. La position oblique du corps laisse deviner la rondeur de l’épaule sous les drapés tandis que le profil parfait du visage répond totalement à l’idéal classique. » Véronique GÉRARD-POWELL (Agrégée en Histoire de l’Art, maître de conférences )

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 » Beauté classique  » 1908 – John William GODWARD