L’assassinat de Marat … Jacques-Louis DAVID

 » David n’était pas seulement peintre mais aussi organisateur des fêtes révolutionnaires. Les fêtes et les spectacles servaient de moyen de propagande. Leurs organisateurs s’inspiraient des cérémonies catholiques et du faste déployé pendant la Renaissance pour glorifier les princes. Même si l’on avait maintenant destitué et guillotiné les princes, fermé les églises et chassé les prêtres, on se servait encore de ces moyens de propagande qui s’étaient avérés efficaces pendant des siècles. C’est ainsi que David profita de la mort de Marat pour organiser des funérailles grandioses destinées à frapper les esprits.

Les spectacles de David appartiennent au passé, mais beaucoup de ses tableaux ont survécu à leur époque. Son style était marqué par la Renaissance mais aussi et surtout par l’Antiquité romaine. Avant la Révolution, David affectionnait déjà les sujets antiques. En 1784 il peignit le Serment des Horaces et en 1789 Les licteurs portant à Brutus le corps de ses fils. Ces deux œuvres montrent la victoire du patriotisme sur le bonheur personnel, elle exaltent l’amour de la patrie qui doit passer avant les liens familiaux.

L’Antiquité était revenue à la mode, se manifestant même dans le domaine vestimentaire, mais Davis s’y référait d’une façon plus conséquente, et plus convaincante que ses confrères. Il maîtrisait ce que l’on appelait en France «  le grand goût « . Privilégiant les grands formats, il montrait des gestes éloquents et laissait de côté l’accessoire. La sobriété des lignes dominait le tableau dont la composition était orchestrée de façon monumentale. On retrouvait dans ses œuvres cet effet à distance, indispensable dans les spectacles publics.

La Convention demanda en public à David de peindre un tableau de Marat.  » Où es-tu David ? Tu as transmis à la postérité l’image de Lepelletier mourant pour la patrie. Il te reste un tableau à faire  » . Et David répondit  » Aussi le ferai-je ! » . La veille du meurtre, David avait rendu visite à Marat. Il devait décrire ensuite la scène qui s’offrit à ses yeux : une caisse sur laquelle étaient posés encre et papier, était placée à côté de son bain et  » sa main sortie de la baignoire, écrivait ses dernières pensées pour le salut du peuple. J’ai pensé qu’il serait intéressant de l’offrir dans l’attitude où je l’ai trouvé.« . David devait embellir cette épave humaine de telle manière que le spectateur puisse l’admirer.

Il omit dont toutes les imperfections de la peau et situa la scène dans une pièce imaginaire. En réalité la baignoire se trouvait devant des papiers peints représentant des colonnes. Rien de tel chez David : il laisse l’arrière-plan, près de la moitié de l’espace pictural, dans l’obscurité, ce qui lui permet, non seulement de suggérer l’indigence, la vie ascétique de Marat, mais aussi de situer le personnage dans un espace qui peut se concevoir comme l’éternité. Cet arrière-plan a un effet comparable aux fonds dorés des tableaux du Moyen-Âge.

Le peintre a probablement ajouté la lettre et l’assignat posés devant l’encrier. Voici ce que l’on peut lire dans cette lettre : «  Vous donnerez cet assignat à cet mère de cinq enfants dont le mari est mort pour la défense de la patrie. «  – Au cours du procès qui suivi le meurtre, on consigna minutieusement tous les objets de la salles de bain. Pourtant,  ni l’assignat ni la lettre ne furent mentionnés. David se sert de ces objets pour montrer que Marat est l’ami du peuple. Le journal de ce dernier écrivait que Marat avait passé une grande partie de sa vie  » à écouter les plaintes d’une foule de malheureux et à soutenir leur revendications par des pétitions. » En indiquant la pauvreté de Marat, avec la caisse en bois en guise de table et le drap rapiécé à gauche, David soulignait encore la noblesse du donateur.

La pose dans laquelle David représente Marat produit en revanche une toute autre impression. Le bras qui pend, la tête renversée et soutenue uniquement par l’épaule, les draps blancs : voilà comment pendant des siècles on avait représenté le Christ après la descende de la croix. David se sert du souvenir d’images vues et revues, et sans doute aussi du besoin d’adoration religieuse. Son symbole de la souffrance s’appelait Marat.

Pour son tableau, David se procura un masque mortuaire de Marat et fit porter dans son atelier la baignoire, l’encrier et le couteau. Selon le modèle romain, il écrivit sur la caisse une brève dédicace :  » A Marat, David « , son nom étant à peine plus petit que celui du héros martyr. Comme date il indique  » l’An deux «  suivant le nouveau calendrier révolutionnaire.

En Octobre 1793, il exposa le tableau dans son atelier puis dans la cour du Louvre. En novembre il le remit à la Convention avec son pendant le tableau de Lepelletier. «  C’est à vous mes collègues que j’offre l’hommage de mes pinceaux ! « . La Convention fit accrocher les deux œuvres dans la salle des séances et, aveuglément confiante en l’avenir, promulgua un décret interdisant aux futurs législateurs de les décrocher. « Rose-Marie et Rainer HAGEN  (Tous deux sont  auteurs d’ouvrages sur l’histoire de l’Art et explications sur les œuvres d’art. Elle est suisse et lui allemand)

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 » Marat assassiné  » 1793 – Jacques-Louis DAVID

 

 

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