Federico et Salvador …

FEDERICO ET SALVADOR
à gauche Federico GARCIA LORCA – à droite Salvador DALI

 » Federico Garcia Lorca et Salvador Dali se sont rencontrés à Madrid en 1922. Le premier était déjà un auteur et un dramaturge reconnu, tandis que le second avait participé à des expositions collectives à Figueras et Barcelone, et il était perçu en Catalogne comme un artiste à suivre.

Leur relation, leur admiration mutuelle et leur intense collaboration, en particulier entre 1925 et 1928, allaient avoir un impact considérable sur leur œuvre. Bien que la plupart des lettres de Lorca soient aujourd’hui perdues, les dessins et les cadeaux qu’ils échangèrent, ainsi que les courriers de Dali au poète, révèlent la profondeur et la complexité de leurs discussions basées sur un langage conceptuel et où abondent les traits d’esprit. De nombreuses références sexuelles ambigües et l’homosexualité revendiquée de Lorca ont nourri sur l’étendue de leur intimité des spéculations renforcées par l’insistance ultérieure de Dali à propos de l’obsession du poète à son endroit, et sa frustration quant à leur relation (  » non consommée  » ) – Dans son Ode à Salvador Dali, publiée en 1926 dans La revista de Occidente, Lorca célèbre l’univers artistique et les récentes réalisations de Dali en détournant ses tropes créatifs les plus idiosyncrasiques : «  Ô Salvador Dali à la voix olivâtre, plus que ton imparfait pinceau adolescent, ou la couleur cernée de celle de ce temps, je veux louer ta soif d’éternel limité« .

Même si ces deux artistes se nourrissaient de la culture espagnole, leurs esthétiques diffèrent : Lorca était intensément inspiré par son Andalousie natale, tandis qu’à l’époque l’œuvre de Dali était marquée par le passé classique gréco-romain de la Catalogne, par la vielle moderne cosmopolite qu’était Barcelone, ainsi que par la lumière et les formations géologiques méditerranéennes de Cadaquès. Dali était en quête d’une compréhension apollinienne de l’art, de celles qui encouragent une «  hygiène des émotions  » rigoureuse, tandis que les écrits de Lorca célébraient les réalités dyonisiennes de la chair, du cœur et d’une spiritualité intérieure.

En 1927, Dali publia Saint Sébastien dans le numéro 16 de l’Amic de les Arts : dans ce premier article critique dédié à Lorca, il fait du martyr une représentation très symbolique de Lorca. L’année suivante marqua à la fois la publication et le succès des Complaintes gitanes de Lorca et la fin de leur intense relation : Dali critiqua durement ce recueil de poèmes, le jugeant trop profondément enraciné dans la tradition. Leur œuvre commune continua d’évoluer dans des directions différentes et leurs chemins ne se croisèrent plus qu’en une seule occasion avant l’assassinat de Lorca par la milice franquiste en 1936. » Coralie MALISSARD (Auteur anglaise )  – Traduit par Guillaume GOUBER ( Auteur français)

Le Café… par Jacques DELILLE

 » Il est une liqueur, au poète plus chère,
qui manquait à Virgile, et qu’adorait Voltaire ;
c’est toi, divin café, dont l’aimable liqueur
sans altérer la tête épanouit le cœur.
Aussi, quand mon palais est émoussé par l’âge,
avec plaisir encore je goûte ton breuvage.
Que j’aime à préparer ton nectar précieux !
Nul n’usurpe chez moi ce soin délicieux.
Sur le réchaud brûlant moi seul tournant ta graine,
à l’or de ta couleur fais succéder l’ébène ;
moi seul contre la noix, qu’arment ses dents de fer,
je fais, en le broyant, crier ton fruit amer,
charmé de ton parfum, c’est moi seul qui dans l’onde
infuse à mon foyer ta poussière féconde ;
qui, tour à tour calmant, excitant tes bouillons,
Suis d’un œil attentif tes légers tourbillons.
Enfin, de ta liqueur lentement reposée,
dans le vase fumant la lie est déposée ;
ma coupe, ton nectar, le miel américain,
que du suc des roseaux exprima l’Africain,
tout est prêt : du Japon l’émail reçoit tes ondes,
et seul tu réunis les tributs des deux mondes.
Viens donc, divin nectar, viens donc, inspire-moi.
Je ne veux qu’un désert, mon Antigone et toi.
A peine j’ai senti ta vapeur odorante,
soudain de ton climat la chaleur pénétrante
réveille tous mes sens ; sans trouble, sans chaos,
mes pensées plus nombreuses accourent à grands flots.
Mon idée était triste, aride, dépouillée ;
elle rit, elle sort richement habillée,
et je crois, du génie éprouvant le réveil,
boire dans chaque goutte un rayon du soleil.  » Abbé Jacques DELILLE (Poète et ecclésiastique français )

CAFE 5