NAPOLÉON III …  » sa Majesté l’Ampleur  » – Amoureux obsessionnel

NAPOLEON III Franz Xaver WINTERHALTER
 » Portrait de Napoléon III  » – par Franz Xaver WINTERHALTER

 » L’expression ça saute une génération  » s’applique parfaitement à Louis-Napoléon Bonaparte et à sa grand-mère maternelle, l’impératrice Joséphine. La même totale amoralité chez l’une comme chez l’autre, la même ardeur sensuelle éveillée par un frôlement, un regard ou un simple parfum, la même impudent.  » C’est dans les gênes  » dit-on également. Dans les gênes du libertinage que Napoléon III ne chercha jamais à discipliner, depuis son adolescence fougueuse passée sur le plus romantique des lacs européens jusqu’aux dernières étreintes du sexagénaires épuisé dont on disait qu’il avait les yeux plus gros que le bas-ventre.

 » Il avait l’air bon, sentimental, et mélancolique  » disait de lui la lectrice du château d’Arenenberg. Au vrai, le jeune homme était aussi charmeur et malicieux, un  » modèle d’humour  »  ajoutait sa mère, la reine Hortense, qui s’efforçait de ne jamais le contrarier s’il quittait la table entre la poire et le fromage sans crier gare. Elle rajoutait  » quand on laisse un dessert, c’est que l’on court à un autre … » Les desserts il les aima très vite : la jeune Léna, fille du jardinier du château, Dame Laübly épouse du menuisier du village, Mme de Frauenfeld une amie de sa mère, sans oublier Agatha Cirghton une jeune londonienne de trente ans, et la mignonne Melle de Lancy belle-fille de Sir Hudson Lowe ...  » Il était à la fois romantique et réaliste dira plus tard son complice Persigny, il traitait l’amour avec la même contradiction que la politique, tantôt à la barde, tantôt en soldat aux volontés impatientes réclamant une satisfaction immédiate !  » Si la dame lui plaisait, il voulait l’épouser.  » J’ai réellement besoin d’affection que si je trouvais une femme qui me plaisait et qui convînt à ma famille, je n’hésiterai pas à me marier  » confiait il à son père Louis, la veille de son vingtième anniversaire.

D’ailleurs il caressa le rêve d’épouser sa cousine Mathilde qui, à seize ans, avec ses petits seins pommelés, le modelé de son épaule et ses lèvres délicieusement ondulées en accent circonflexe était un régal aux yeux du gourmet qu’il était. Mais le fiancé ne passa pas la bague au doigt de la fille du prince Jérôme car à l’heure de la noce, condamné au bannissement perpétuel, il débarquait à Baltimore. A vingt-huit ans à Strasbourg, avec une poignée d’amis, il aurait tenté de se mettre la garnison dans la poche avant de marcher sur Paris et congédier le roi Louis-Philippe. Le fiasco complet. Le roi des Français lui aurait alors simplement tiré l’oreille en lui disant «  partez vous faire oublier au Nouveau Monde et que je ne vous y reprenne plus !  »

A l’automne suivant, Louis-Napoléon débarqua à Londres où il devint très vite le dandy de la gentry et la coqueluche des ladies : «  grandes dames ou petites vertus, au lit il ne faisait aucune différence entre la soupe aux choux et les feuilletés  » souriait le fidèle Persigny. A Londres il était l’homme de deux obsessions : 1 ) trouver quelque femmes peu farouches pour se livrer au simulacre de la propagation de la race, et 2) quand et où il allait tenter un nouveau coup d’État ? Les femmes elles se nommaient : Carlotta Grisi danseuse préférée de Théophile Gautier, Emily Rowles fille d’un grand magistrat , Marie Taglioni comédienne et danseuse … Le coup d’État ? Il allait le tenter à Boulogne-sur-mer au matin du 5 août 1840. A Strasbourg l’opération avait été lamentable, ici il se couvrira de ridicule. Et cette fois, le roi des français le fit condamner à l’emprisonnement perpétuel.

Un verdict qui, selon ses proches, équivalait à la peine de mort car ils savaient qu’il ne pourrait vivre sans femme, qu’il ne supporterait pas la chasteté.  Mais il n’eut pas à le supporter, car, au fort de Ham, en Picardie, là où il était appelé à croupir éternellement, il obtint du commandant de la prison, la possibilité d’utiliser les services d’une lingère afin que son trousseau soit correctement entretenu. Et, il se trouve, qu’à force de mettre ses fers au feu et à passer la couche d’amidon réglementaire sur les cols de chemise  de son Altesse impériale, la jeune Éléonore Vergeot, mignonne repasseuse de vingt-trois ans, constata un jour qu’elle était dans une situation intéressante. En réalité le prisonnier de Ham aura deux rejetons de la petite picarde : Eugène-Alexandre-Louis et Louis-Ernest sur lesquels il veillera toujours affectueusement sans jamais les légitimer pour autant.  Et il était à ce point tourmenté par la chair, qu’il n’hésita pas à solliciter également les services de Miss O’Hara la fraîche compagne du vieux comte de Montholon qui purgeait une peine de vingt ans pour sa participation à la tentative de putsch de Boulogne.

Le 25 mai 1846, le petit-fils de Joséphine s’évade de Ham. Le surlendemain il était à Londres où deux tragédiennes : Eugénie Doche et Rachel surent lui redonner goût à la vie. Puis Harriett (Harryet)Howard apparut : le coup de foudre. Pour la première fois, Louis Napoléon paraissait amoureux et elle semblait éprise.  » Installez-vous chez moi et faisons bourse commune voulez-vous ?  » lui aurait alors proposé Miss Howard. Il s’installa donc à Berkeley Stress et c’est la qu’il apprit que Paris avait poussé Louis Philippe hors du trône et que plusieurs départements français l’avaient choisi pour député. Non, en accord avec sa belle et riche égérie, Louis Napoléon avait, cette fois, décidé de laisser du temps au temps. Un sage comportement qui allait lui permettre d’accéder paisiblement à la présidence de la République avant de travailler secrètement à la restauration de l’Empire. Le tout avec les capitaux de sa belle Anglaise ! Qui ne sera pas payée de retour d’ailleurs, puisqu’elle n’aura même pas droit de cité à l’Elysée où son amant, il est vrai, ne tardera pas à retomber dans le stupre et la fornication, c’est-à-dire aux creux des reins de la Théric ou la Guyon, Fanny le Hon ( partagée avec son frère) , Alice Ozy. Maintenant il était à la tête de l’État, les femmes se pressaient autour de lui même s’il avait changé, et que ses paupières s’étaient alourdies, si yeux s’étaient bouffis, et ornés de poches un peu mauves. Mais n’est-il pas vrai que le pouvoir rend beau ?

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Au matin du dimanche 22 janvier 1853, Miss Howard poussa un cri déchirant. La gazette lui apprenait que la veille, devant les grands corps de l’État, le tout nouvel empereur Napoléon III avait officiellement annoncé ses fiançailles avec Melle Eugénie de Montijo, comtesse de Téba. Elle n’ignorait pas, bien sur, que quelques mois plus tôt, il faisait une cour assidue à la belle espagnole, mais comme celle-ci semblait indifférente, Harriett caressait encore le rêve de devenir elle-même impératrice. Elle se trompait gravement car comme l’avait finement observé le vieux Jérôme  » mon neveu épousera la première femme qui lui montrera à la tête et qui lui refusera ses faveurs. » Un jour où Eugénie avait été invitée à Compiègne, Napoléon III lui aurait demandé :  » quel chemin faut-il prendre pour accéder à votre chambre ?  » , elle lui aurait répondu du tac-au-tac :  » Il faut passer par la chapelle Monseigneur «  – Elle avait bel et bien ferré le poisson ! Car l’empereur ne rêvait que de la mettre dans son lit. En parfait obsédé sexuel qu’il était, dès qu’il l’apercevait il ne pouvait plus dissimuler son  émotion intime. A tel point qu’on avait fini par le surnommer  » sa Majesté l’Ampleur « .

EUGENIE DE MONTIJO Franz Xaver WINTERHALTER
 » Portrait de l’impératrice Eugénie de Montijo  » -par Franz Xaver WINTERHALTER

«  Pendant six mois je me suis employé à être un bon mari  » déclaré l’empereur à sa cousine Mathilde. Ce qui, en clair, signifiait que dès le septième mois de son mariage, il avait repris ses fantaisies. Ce qui n’étonna nullement puisqu’elle disait à qui voulait l’entendre que l’impératrice «  n’avait pas plus de cœur que de cul !  » Le 16 mars 1856, Eugénie donnait pourtant un petit prince impérial à son mari. Mission accomplie. Alors à compter de ce jour, Napoléon III pouvait s’en donner à cœur joie !

NAPOLEON III et son fils
Portrait de Napoléon III et son fils par W & D DOWNEY

Le palmarès amoureux de l’empereur Napoléon III est mirobolant, plus copieux sans doute que celui de Henri IV ou Louis XV. Afin de n’être jamais pris de court, devenu réellement sexomane, il avait fait louer par son chef de cabinet, six ou sept petits appartements répartis dans différents quartiers de la capitale, son préféré étant assurément celui de la rue du Bac. La Castiglione y joua de ses charmes, Cora Pearl y apparut coiffée de ses seuls cheveux flamboyants, la Païva espéra devenir la Montespan de l’Empire, Anna Deslion y joua les tigresses, Clara Blum y aima les murs tapissés de miroirs, Pauline d’Angerville y fut une hystérique érotique, la Frezzolini et Hortense Schneider y donnèrent du contre-ut, Giulia Barruci y afficha ses rondeurs, et Valtesse de la Bigne, Marie-Anne Walewska, Lodizia Zelewska l’épouse de Ernest Feydeau, Valentine la fille du préfet Haussmann … plus toutes les rousses, les blondes et brunettes anonymes qui furent légion rue du Bac, à s’offrir à sa lubricité et à le fatiguer outrancièrement.  Margot la Rigoleuse en vint même à l’exténuer à un point tel que l’impératrice fut contrainte de sévir. Elle aurait déclaré :  » Mademoiselle, veuillez m’écouter, vous tuez l’empereur ! Je vous somme de rompre avec lui. C’est une question de vie ou de mort !  »

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Il est vrai que Napoléon III était de plus en plus fréquemment harassé, avachi, et que son teint avait jauni de façon inquiétante. Eugénie en était même venue à envisager d’assurer une manière de régence en attendant que le jeune prince impérial fut en âge de tenir les rênes.  Mort le 9 janvier 1873 des suites d’une intervention chirurgicale (on avait tenté d’extraire un énorme calcul de sa vessie) Napoléon III laissait officiellement un fils qui mourra au printemps 1879 en Afrique du Sud, tué par des zoulous. Officieusement, il laissait six bâtards : Mademoiselle Knussy, qui était venue le trouver en disant qu’elle était l’enfant de Mme Laübly connue intimement autrefois ; les deux enfants de la repasseuse de Ham ( il les avait faits comtes d’Ox et de Labenne ) ; le rejeton de Miss O’Hara-Montholon ; Georges Feydeau fruit de ses amours avec Lodizia  Zelewska ; Valentine Haussmann avait vu sa taille s’arrondir. Elle avait confié son bébé à Marguerite Bellanger la Rigoleuse qui l’avait officiellement adopté. Il vécut avec  elle jusqu’en 1941. On peut en recenser encore une bonne vingtaine d’autres possibles descendants.

Napoléon III est mort dans les bras de son épouse qui semblait lui avoir complètement pardonné sa folle vie d’infidélité.  » Michel DE DECKER ( Écrivain, spécialiste de l’histoire)