Raphaël et la Fornarina …

RAPHAEL ET LA FORNARINA par Jean-Domin ique INGRES
 » Raphaël et la Fornarina  » – Jean Dominique INGRES

 » Raphaël est mort jeune. Fauché, le jour même de ses 37 ans, par un accès de fièvre. Les deux autres maîtres de son époque, ont eu bien plus de temps que lui pour entrer dans la légende. La nature a offert à Vinci trois décennies supplémentaires et elle a doté Michel-Ange d’une force colossale lui laissant le loisir de besogner hardiment jusqu’en 1564, lui qui était né en 1475 !

Ce fut tout Rome qui pleura Raphaël et lui octroya des funérailles somptueuses. Vasari, qui écrivit des biographies de tous les plus illustres créateurs de la Renaissance italienne, insiste sur le caractère exquis de Raphaël. C’était un être  » aussi exceptionnel que charmant  » dit-il. Aussi le deuil s’avère t-il particulièrement violent, le 6 avril 1520. Vasari affirma :  » lorsqu’il mourut, la Peinture pouvait bien mourir elle aussi, et, quand il ferma les y eux, elle sembla demeurer aveugle. » Sublime hommage ! Mais qu’est-ce donc qui a fait de ce Dieu un mortel ? La charge herculéenne de travail ? Pas du tout rétorque Vasari. C’est le sexe qui a tué l’artiste.

On ne lui a connu aucune épouse mais beaucoup de femmes. Il assumait la chose sans vergogne, expliquant, dans une lettre de juillet 1514 que ‘‘s’il n’était pas demeuré célibataire,  jamais il ne se serait retrouvé en possession, à Rome, de 3000 ducats  » et ajoutait être  » très heureux et remercier Dieu de sa situation « . Vasari raconte que Raphaël était resté très attaché à sa passion pour une jeune fille, de modeste extraction, surnommée le Fornarina et que ‘‘ il continuait à se livrer, sans mesure, aux plaisirs amoureux » Jusqu’à la séance de trop :  »  Une fois qu’il s’y adonna avec plus d’ardeur encore que d’habitude, il rentra chez lui extrêmement fiévreux et les médecins crurent à une congestion. » Il aurait caché sa conduite légère et une saignée l’aurait achevé.

Peut-on sérieusement croire à cette histoire ? S’imagine t-on Raphaël copulant avec une frénésie telle qu’elle l’aurait poussé dans la tombe. La thèse fut, en tous les cas, défendu par un artiste et pas des moindres. Elle plaisait énormément à Picasso qui, quatre siècles et demi après les faits, fantasma allègrement les folles débauches de son ancêtre dans des gravures plus ou moins toniques. Picasso ne fut pas le seul à spéculer sur les relations des deux personnages. C’est ainsi que les artistes, qui à partir du XIXe siècle, ont affectionné cette idée romantique selon laquelle Raphaël se serait détourné de ses obligations, de ses commandes et des puissants au profit d’une muse solaire qui l’aurait tout à la fois conduit à l’inspiration et condamné à expirer.  Une muse absolue, une source mêlant le souffle créatif à l’haleine du trépas.

Que sait-on d’elle exactement ? Pas grand-chose malgré une quantité de suppositions. Peut-être était-elle une fille de boulanger dans le quartier de Trastevere ; peut-être était-ce tout simplement une courtisane. En revanche son existence est attestée par un souvenir plus beau, plus frappant que n’importe quelle pièce d’archives. Ses traits furent, en effet, immortalisée par Raphaël dans une œuvre tardive, conservée au Palazzo Barberini, dans une toile devenue mythique qui figure une jeune fille brune et enrubannée, à demi-nue, tenant le bout d’un voile transparent contre le sternum ( est-elle en train de le recouvrir pudiquement ? ) et laissons poindre deux seins ronds et plutôt menus. C’est elle qui aurait, seulement Vasari, possédé l’artiste au point d’en épuiser toutes les forces.

La production de ce tableau n’avait aucun rapport avec quelque commande que ce soit et, quand on le trouva dans l’atelier de l’artiste, après sa mort, deux volets de bois en fermaient l’accès. Preuve que ce portrait se destinait à un usage privé. Peut-être dévotionnel. Il faut aussi constater que le modèle n’est pas idéalisé, il faut remarquer que Raphaël n’efface pas ses petites imperfections qui lui donnent un aspect légèrement ingrat, en particulier le nez un peu trop fort et a silhouette légèrement affaissée. Or, la marque du désir, le signe bouleversant de l’élan pour une femme incarnée, bien réelle, émanent précisément de ces aspérités. Raphaël n’a pas peint Vénus, parfaite et incorruptible : il a peint sa maîtresse ! Manon LANCELOT ( Critique d’art, écrivain français)

RAPHAEL FORNARIINA 1518 1519
 » Portrait d’une femme jeune  » ( La Fornarina ) – 1518/19 – RAPHAËL ( Palais Barberini -Rome / Italie) -Amélie FERRIGNO ( Historienne de l’art) a donné une explication sur l’identité de la Fornarina :  »  On pourrait identifer la Fornarina à Francesca Ordeaschi, épouse d’Agostino Chigi, fameux banquier des papes Jules II et Léon X, grand mécène et ami de Raphaël. Plusieurs détails me permettent de formuler cette hypothèse : à commencer par la date d’exécution 1518/1519. Cette date correspond à l’année de préparation du mariage d’Agostino et Francesca. La Fornarina présentant bien les caractéristiques d’un tableau nuptial, il est curieux que Raphaël ait attendu précisément cette année-là pour choisir de peindre sa maîtresse de cette façon. Les radiographies ont démontré que l’alliance portée par le modèle était sertie d’une pierre avec une étoile. C’est probablement l’étoile de l’écusson des Chigi. En effaçant la bague, on efface ainsi l’identité du modèle. Fille d’un simple épicier, Francesca n’a, en effet, jamais été acceptée par la bonne société romaine, ni même au sein de la famille Chigi. Cette famille, et en particulier son frère Sigismondo, s’opposait à cette relation qui fit véritablement scandale. Agostino était le trésorier du pape, l’homme d’affaires le plus influent de Rome. Épouser une fille de modeste condition, qu’il avait ramenée d’un voyage d’affaires à Venise, était tout simplement inacceptable. Il attendra huit ans avant d’officialiser leur union par un mariage le 28 août 1819. »

 

 

 

 

 

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