L’ASIE RÊVEE de YVES SAINT LAURENT …

SAINT LAURENT ASIE AFFICHE

« Il me suffit d’un livre d’images pour que mon esprit se fonde dans un lien ou un pays.  Je n’éprouve aucun besoin de m’y rendre. J’en ai tellement rêvé !  » Yves SAINT LAURENT

«  Je suis très seul. J’exerce mon imagination sur les contrées que je ne connais pas. Je déteste voyager. » Y.S.L.

SAINT LAURENT avec  une geisha.jpg

Le musée Yves Saint Laurent a ouvert ses portes en Octobre 2017. Il se situe 5 avenue Marceau à Paris en lieu et place de ce qui fut autrefois l’hôtel particulier de ce merveilleux couturier français . C’est là que de 1974 à 2002, il a créé toutes ses superbes collections. On peut d’ailleurs visiter son studio ( bureau) , mais aussi les salons où les clientes se pressaient pour admirer ses nouveautés.

SAINT LAURENT ASIE MUSEE
Musée Yves SAINT LAURENT
SAINT LAURENT ASIE SON ATELIER BUREAU
Bureau du couturier laissé en l’état

Cet endroit mythique propose jusqu’au 27 janvier 2019, une intemporelle, belle et élégante exposition temporaire réunissant une cinquantaine de modèles Haute-Couture portant sa griffe (tous issus du musée qui en détient environ 7000), ainsi que des objets d’art  (bijoux ethniques, vases, tissus etc…) prêts du musée des Arts asiatiques Guimet , des collections privées également, visibles dans cinq espaces ( deux pour l’inspiration chinoise – une pour l’indienne – et deux pour la japonaise)  Elle s’intitule :

  » L’ASIE RÊVÉE d’ Yves SAINT LAURENT  »  : confiée aux soins experts de Aurélie Samuel, historienne de l’art,  qui fut, autrefois, responsable des collections textiles au musée Guimet et qui, désormais, est la conservatrice du musée Yves Saint Laurent. C’est une éminente spécialiste de l’Asie (Pierre Bergé avait du reste fait appel à elle pour l’exposition Kabuki-Costumes du théâtre japonais qui avait eu lieu à la Fondation Yves Saint Laurent l’an dernier.

On sait combien l’Asie a inspiré un grand nombre d’artistes. Saint Laurent fut de ceux-là. Un nostalgique, un mélancolique tourmenté qui nous a touché … Mis à part le Japon où il s’est rendu en 1963,  il n’a effectué aucun voyage sur ce continent. D’ailleurs exclusion faite du Maroc ( qu’il a profondément aimé , très probablement, parce qu’il devait lui rappeler son Algérie natale – né à Oran ) il détestait voyager.   Mais finalement il n’a pas eu besoin de le faire,  parce que son imaginaire prolifique, débordant, «  voyageur immobile  » comme il aimait à le définir, l’a fait à sa place.

« Byron, Delacroix, Rimbaud et Baudelaire, tous ont compris la beauté exotique de l’Orient sans avoir à s’y rendre. Si vous n’avez pas le pouvoir de l’imagination vous n’avez rien !  » Y.S.L

Un imaginaire  puisé dans ses lectures (Saint Laurent et Yves Bergé détenaient une magnifique collections d’ouvrages sur le sujet), ses connaissances, le cinéma, ses visites dans les musées, les brocantes,  le goût des objets d’art et antiquités ( là encore tous deux étaient de grands collectionneurs – malheureusement aucun n’est présent dans l’expo compte tenu du fait qu’ils ont été dispersés dans le monde lors de la vente en 2009  ) , ses recherches sur ces contrées lointaines, les us-coutumes-traditions de chacune, le folklore, les costumes, le théâtre ( kabuki  ).

C’est ainsi que ce grand rêveur éveillé a  » voyagé  » dans différents pays et que ces rêves ont fantasmé ses collections : après avoir traité les Espagnoles, ce sera la Chine impériale avec les Chinoises en 1977,  au moment où sortait également son parfum Opium, puis la Collection Indienne en 1982 et le Japon en 1994.

Elles ne seront pas des reconstitutions mais plutôt des ré-interprétations parfaitement maîtrisées, avec infiniment de détails précieux, riches, beaucoup d’élégance dans certaines de ses collections flamboyantes, éclectiques, qui sont véritablement une représentation de toutes les traditions vestimentaires de ces différents pays :

-en 1962 il aborde une collection raffinée, inspirée par l’Inde , un pays qui l’intéresse et le fascine ne serait-ce qu’en raison de son exotisme, son  esthétique, des tissus, des parures, des couleurs. Il le fait au travers de collections qu’il sublime complètement avec de  très riches manteaux comme ont pu les porter les souverains du Nord  de ce pays, des pantalons dans le style des maharadjahs, des saris de soie costume traditionnel de l’Inde du Sud) pour des robes drapées dans des mousselines transparentes, des costumes brodés d’or et des turbans ornés de broches métalliques en forme de palme (boteh) . Quelques années plus tard , il reviendra  sur ce thème avec des créations dans des tons dorés.

 » l’or est la pureté et la coulée de la source qui moule le corps jusqu’à n’en faire qu’une ligne. » Y.S.L.

Robes inspiration Inde/  Sari – Yves SAINT LAURENT ( Collections du musée Yves Saint Laurent/Paris-France :

SAINT LAURENT ASIE ROBE DU SOIR 1991

SAINT LAURENT ASIE ROBES INDE

 

-En 1977 c’est la Chine Impériale qui sera l’esprit de sa collection «  Les chinoises  » avec des coupes droites, de  l’ampleur. On trouve, d’une part des vestes traditionnelles caractérisées par des  manches très larges similaires à celles de  l’ethnie Han ( en Chine continentale) , des petits chapeaux, des tuniques fluides ; et d’autre part une Chine plus florale représentée par des robes et des blouses brodées de magnifiques papillons ou des fleurs (un peu dans l’esprit des vêtements  de loisirs appelés bianfue,avec des tons très accentués, ainsi que des robes-dragons évocatrices de celles que l’on peut trouver dans la dynastie mandchoue.

 » des fumées de mon cerveau déchiqueté ressurgissent toutes les dynasties, leur fureur, leur arrogance, leur noblesse, leur grandeur. Je parviens enfin à percer le secret de la Cité impériale ou je libère mes fantômes esthétiques, mes tourbillons de fête, mes nuits d’encre et de crêpe de Chine, mes laques de Coromandel, mes lacs artificiels, mes jardins suspendus. » Y.S.L

SAINT LAURENT ASIE ensemble du soir 1977
Ensemble du soir – Yves SAINT LAURENT – ( Collections du musée Yves Saint Laurent à Paris – France)
SAINT LAURENT ASIE veste VAN GOGH
Veste 1977 – Chine florale – Inspiration des Iris de VAN GOGH – Yves SAINT LAURENT ( Collections du musée Yves Saint Laurent à Paris – France)

– Viendra par la suite le Japon , un pays qui a exercé un grand intérêt, une admiration, une fascination, un modèle pourrait-on dire, notamment l’époque Edo. Tout comme Pierre Bergé, il a été terriblement intéressé par la culture de ce pays.  Il va sans dire que le kimono est fortement présent, certainement pas ignoré et re-visité ! Tous les tissus sont très fluides malgré leur épaisseur, les créations sont raffinées, originales, assez gaies, dans des tons de noir, de violet, de lilas, de vert tendre. L’expo offre un parallèle avec des tenues traditionnelles  japonaises empreintes de finesse et délicatesse   (costume kabuki ) mais aussi des estampes (Ukiyo-e)

« Très tôt je suis allé à la rencontre du Japon et tout de suite j’ai été fasciné par ce pays ancien et moderne et j’ai, depuis, à diverses reprises subi son influence. D’autres avant moi connurent cette admiration : Monet, Van Gogh et tous les artistes art-déco qui furent si importants à notre époque. Aujourd’hui, le Japon ne cesse de grandir et a réussi le miracle suprême de célébrer les noces du passé et du présent.  » Y.S.L.

SAINT LAURENT ASIE ensemble du soir 1997 musée SAINT LAURENT
Ensembles du soir ( Kimonos re-visités) – Yves SAINT LAURENT ( Collections du musée Yves Saint Laurent à Paris – France)

Cet article ne se peut se terminer sans parler de son sulfureux parfum OPIUM , créé en 1977 par Jean-Louis Sieuzac avec pour designer Pierre Dinand. Une flagrance ayant en notes de tête : aldéhydes, coriandre,mandarine,orange, prune … En notes de cœur : Ylang-Ylang,cannelle, jasmin, rose … En notes de fond : Patchouli, benjoin, labdanum, myrrhe,opopanax,vanille.  Comme je l’ai indiqué ci-dessus, c’est un flacon en forme d’Inro, une petite boite que les samouraïs, de l’époque Edo et de l’ère Meiji, accrochaient à leur ceinture et qui contenait des épices et de l’opium.

SAINT LAURENT ASIE Opium

Yves Saint Laurent s’est énormément impliqué dans sa création : il a suivi très attentivement et validé toutes les étapes de sa fabrication . Il a fait de nombreux dessins pour le représenter, a suivi les dossiers de presse etc…

Ce parfum qui, de nos jours, est un classique,  l’un des plus vendus en France depuis sa sortie ( jusqu’à être parfois en rupture de stock),  a amené, au départ, bien des divisions d’opinions : son nom et le message publicitaire ( Opium d’Yves Saint Laurent, un parfum de dépendance ) n’ont pas arrangé les choses. Ce nom a été vu comme  une référence à  la drogue que l’on pouvait trouver en Asie. Certaines autorités  (chinoises et saoudiennes ) l’ont interdit justement en raison de ce nom qui pouvaient représenter une incitation à la consommation. Les Etats Unis ne seront pas en reste puisque lors de la présentation en 1978 à New York, l’American Coalition Against Opium and Drugs va se lancer dans une grande campagne anti-Opium …. Mais ce côté scandale et provocation était voulu ! De nombreuses célébrités l’ont incarné : Kate Moss, Mélanie Thierry, Jerry Hall, Linda Evangelista ( qui fut la première )

 » Si j’ai choisi Opium comme nom, c’est que j’ai espéré intensément qu’il puisse, à travers toutes ses puissances incandescentes, libérer les fluides divins, les ondes magnétiques, les accroche-cœurs, et les charmes de la séduction qui font naître l’amour fou, le coup de foudre, l’extase lorsqu’un homme et une femme se regardent pour la première fois. » Y.S.L.

Depuis sa création il s’est décliné en d’autres propositions : en 2010 ce fut Belle d’Opium, plus floral, et en 2014 Black Opium en note café noir, cèdre et patchouli, offrant une certaine fraîcheur tout en gardant les bases de l’original : caractère, sensualité, piquant.

SAINT LAURENT ASIE modèle présentant un ensemble asie durant la rétrospective Saint Laurent de 2002
Ensemble inspiration Asie – Présenté en 2002 lors de la rétrospective sur ce couturier. Yves SAINT LAURENT