Auto-portrait au collier d’épines et au colibri. …

 » Du collier de Frida Kahlo pend un colibri noir mort. La forme de ses ailes déployées rappelle celle des sourcils de la jeune femme. Dans la tradition populaire mexicaine, le colibri mort est un porte-bonheur. Il évoque ici l’espoir après un divorce douloureux. Dans la culture aztèque, qu’elle a souvent traitée dans ses œuvres, le colibri est associé au dieu de la guerre, Huitzilopochtli. Les épines du collier meurtrissent la peau de Frida Kahlo, allusion à ses souffrances et à la couronne d’épines du Christ sur la Croix.  Le petit singe noir, assis sur l’épaule droite de Frida Kahlo, fait référence à son singe apprivoisé, cadeau de Diego Rivera, de sorte que l’on considère  souvent qu’il le représente. Le singe est joueur de nature et tire sur le collier. Il représente aussi ses fausses couches et l’enfant qu’elle ne pouvait avoir en raison de sa santé fragile.

Le tableau, dans son ensemble, représente la souffrance de Frida après son divorce avec Diego Rivera. Le chat noir, sur son épaule gauche, est un symbole de sa dépression car, dans sa culture, le chat noir porte malheur et évoque la mort. Ce chant menaçant semble guetter le colibri telle une proie avant de bondir sur lui. Il tire sur le collier, ce qui fait saigner la jeune femme davantage.  Sous ses épais sourcils noirs, le regard de Frida Kahlo, n’exprime aucune émotion et fixe le spectateur. Derrière elle, on voit une luxuriante végétation tropicale aux feuilles jaunes et vertes. Dans ses cheveux, les papillons représentent à la fois la résurrection du Christ et la renaissance qu’elle espère après son divorce : «  j’ai subi deux grave chocs dans ma vie : un accident de la circulation et Diego Rivera «  confiait-elle.

Si l’œuvre de Frida Kahlo est particulièrement personnelle, elle puise son inspiration dans de nombreuses sources historiques, artistiques et culturelles, notamment l’art populaire mexicain, la Renaissance et l’art pré-colombien, sans oublier l’influence de son père photographe. Elle s’inspira aussi de plusieurs grands maîtres tels que Vélasquez, El Greco, Léonard ou Rembrandt. Les auto-portraits de Frida Kahlo, entourée d’animaux et de plantes exotiques, ne sont pas sans rappeler les peintures du Douanier Rousseau. Les couleurs vives, les textures marquées de feuilles reflètent son intérêt pour l’art méridien. La feuille évoque une aura, comme si elle était une figure sainte. La libellule est un symbole chrétien de résurrection. L’individualisme est un aspect essentiel dans l’œuvre de Frida Kahlo. Pourtant, on remarque ici une composition conventionnelle pour un portrait, avec la tête et les épaules presque au centre de la toile, face au spectateurs. La position centrale du visage, rappelle les icônes et les rétables, petites peintures réalisées par des croyants pour les églises.  » Susie HODGE (  ( Historienne de l’Art, auteur de nombreux ouvrages sur l’art pictural)

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 » Portrait au collier d’épines et colibri  » – 1949 – Frida KAHLO