CATHERINE de RUSSIE …

CATHERINE DE RUSSIE Rokotov Fyodor Stepanovich
 » Portrait de Catherine II de Russie  » par Fyodor Stepanovich ROKOTOV

 » Qui aurait pu imaginer le destin fabuleux de cette petite princesse germanique répondant au nom de Sophie Frédérique Augusta d’Anhalt-Zerbst ? L’enfant qui naît à Stettin, petite ville allemande de Poméranie occidentale appartenant au Saint-Empire romain germanique, le 2 mai 1729, est de sexe féminin et répond au prénom de Sophie Frédérique Augusta. A ce titre, elle n’est pas attendue par ses parents qui lui auraient préféré un garçon. Cette frustration, non dissimulée, aura sur elle, toute sa vie durant, une influence majeure sur ses actes et son comportement. Son père, Christian Auguste d’Anhalt-Zerbst est un petit prince sans envergure. Ses parents, lui préférant ses frères, lui font donner une éducation austère dans un milieu protestant. Elle fréquente, très jeune, les Cours d’Allemagne où elle se fait remarquer par son esprit et sa culture. Son éducation est dirigée par une huguenote qui lui enseigne la langue française, la lecture et les matières scientifiques. La future Catherine de Russie n’est pas belle. C’est une petite femme aux formes rondes et au visage ingrat. A ce titre elle passe volontiers inaperçue. C’est pourquoi, elle va s’employer à compenser son manque de beauté par le charme qu’elle déploie grâce à sa finesse d’esprit et à son rire qui deviendront légendaires et qu’elle saura utiliser pour se faire remarquer de tous.

A l’âge de 15 ans, elle est conviée à la Cour de Russe et Frédéric II de Prusse pense sérieusement la marier au prétendant du trône : Pierre de Russie, qui n’est autre que son cousin et le neveu de l’impératrice. A la Cour de Saint-Pétersbourg, les deux jeunes gens se rencontrent. Sophie est très vite déçue. Certes Pierre III n’est pas un Apollon, mais tout de même … Le jeune homme est un fanfaron, vaniteux, grossier et sa bêtise n’a d’égale que sa cruauté sans limites. Totalement inféodé au foi de Prusse Frédéric II, il livre même des renseignements confidentiels au monarque au détriment de la Russie. Pierre III et Sophie n’ont donc rien en commun. Lui, reste fidèle secrètement à sa religion et à son pays de naissance, et elle, elle a décidé de devenir russe ! Sophie et Pierre se marient le 21 août 1745 à Saint-Pétersbourg. La jeune princesse qui s’est convertie à la religion orthodoxe, prend alors le nom de Catherine. Elle sait à présent qu’elle portera la couronne et se donne entièrement à la culture russe. Elle dira à ses médecins à ce sujet :  » saignez-moi de ma dernière goutte de sang allemand pour que je n’ai plus que du sang russe dans les veines. »

PIERRE III DE RUSSIE Lucas Conrad Pfandzelt
 » Portrait de Pierre III de Russie  » par Lucas Conrad PFANDZELT

En 1762, à la mort d’Elisabeth II de Russie, Pierre III devient tsar. En quelques mois, il s’attire les foudres de tous les corps d’État, il fustige la religion orthodoxe et on ne compte plus le nombre de ses ennemis. Catherine, bafouée publiquement, accepte difficilement la maîtresse de Pierre III.Maltraitée par ce mari qu’elle déteste à présent, Catherine réunion autour d’elle la grande majorité de la Cour qui prend parti pour elle. Elle comprend soudain qu’elle est en grand danger et qu’elle risque, outre la répudiation, tout simplement sa vie, si elle ne prend pas une décision rapide à l’encontre de son mari.

Ayant rallié la noblesse et l’Église à sa cause, épaulée par son amant du moment, le Comte Orlov, elle décide de déclencher une révolte qui, très vite va se transformer en coup d’État. Son mariage aura duré dix -sept ans, au cours desquels chacun aura pris des maîtresses et des amants jusqu’à ce jour d’été de 1762 où l’amant de Catherine, Orlov, fait arrêter Pierre III qui doit abdiquer et qu’il fait étrangler dans sa prison. Catherine devenue Impératrice de Russie va alors régner sous le nom de Catherine II après avoir fait courir le bruit que le tsar avait succombé à une crise d’hémorroïdes !

Ses besoins d’expansion, son goût pour faire et défaire les royaumes et les gouvernements lui feront prendre des chemins loin d’être orthodoxes : alliance de la Pologne, de la Suède, de la Prusse et de la Russie contre les Bourbons, les Habsbourg, installation sur le trône de Pologne de son amant le prince Stanislas Poniatowski, démembrement de la Pologne, guerre contre l’Empire ottoman, alliance avec la Grande-Bretagne contre les troupes indépendantes en Amérique, guerre avec la Suède … S’appuyant sur la pensée des Lumières, elle commencera l’étude d’un nouveau code des lois qui ne verra jamais le jour. Elle vient à bout des révoltes paysannes et édicte une charte de la noblesse, donnant aux nobles plus de pouvoir et de droits. Elle permet l’expansion des usines de fer, de fonte et de cuivre et encourage les ateliers de manufacture, permettant à la production industrielle de doubler et de renforcer les exportations. Toutefois, jamais la Russie n’a connu une noblesse qui s’est autant enrichie, à l’inverse d’un peuple devenu extrêmement pauvre ! Contrairement à l’image qu’elle souhaite donner à l’Occident, c’est avec férocité qu’elle réprime les révoltes dues aux famines qui se succèdent dans les campagnes de l’empire.

Le matin du 17 novembre 1796, on prétendit qu’elle s’était effondrée dans sa garde-robe, agonisant ainsi durant des heures jusqu’à rendre l’âme. Elle avait 67 ans et laissait derrière elle un fils répondant au prénom de Paul, lequel était certainement le fils de l’un des nombreux amants de la tsarine, Sergei Saltykov. Ce fils, elle l’avait toujours détesté, s’en était méfié,pensant qu’il pouvait lui nuire et fomenter, à son tour, un coup d’État pour la renverser. Persuadé que sa mère avait ordonné l’assassinat de son père Pierre III et décidé à le venger, celui qui allait devenir Pierre Ier de Russie eut connaissance d’un testament le déshéritant . Il le brûla et décida , en guise d’ultime vengeance, de rassembler les corps de ses parents dans un même tombeau, eux qui s’étaient toujours détesté. C’est ainsi que la grande Catherine de Russie gît près de Pierre III, l’homme qu’elle avait fait exécuter trente quatre ans plus tôt. Ils reposent tous deux dans la cathédrâle Pierre et Paul de Saint-Pétersbourg.  » Michel BENOIT (Écrivain français, essayiste et historien )

PAUL Ier de Russie par Vladimir Borovikovsky
 » Portrait de PAUL Ier de Russie  » par Vladimir BOROVIKOVSKY