Les Échecs … Conseils d’Aaron NIMZOWITSCH

 » Il arrive souvent que l’amateur se demande combien de coups d’avance un grand maître calcule habituellement. A cette question, le grand Richard Réti répondait « un seul » – Lorsque vous vous retrouvez devant une position atroce, ne tendez pas un ultime piège dérisoire avec l’intention d’abandonner si l’adversaire le déjoue ! Faites-vous plutôt un devoir de résister comme si votre vie en dépendait. Jouez le coup qui vous déplairait au centuple si vous étiez dans la peau de votre tortionnaire ! Les cavaliers se révèlent fort utiles dans les positions fermées. D’habitude les fous sont un peu plus fort que les cavaliers dans les positions ouvertes. Qu’on le veuille ou non, il restera toujours des exceptions ! Une confiance aveugle en des principes élevés au niveau de dogmes, freine la croissance personnelle, aux échecs comme dans tout autre domaine. Même si gagner du matériel vous excite, n’acceptez- aucun sacrifice qui fasse cadeau de votre initiative à l’ennemi. Après avoir gagné du matériel, modérez vos ardeurs. Pensez plutôt à tout protéger, à renforcer vos points faibles, à coordonner à nouveau vos pièces. Ensuite, vous déclencherez l’assaut final. Toutes les manœuvres exécutées sur une colonne ouverte ont pour but ultime l’intrusion définitive sur la septième ou la huitième rangée, en plein cœur de la position ennemie.  » Aaron NIMZOWITSCH ( Joueur d’échecs russe et danois)

ECHECS hans august LASSEN
 » Les échecs  » – Hans August LASSEN

Le portrait de Victor CHOCQUET par Paul CÉZANNE …

«  Défi au bon sens, à la nature, à la vérité, horrible mascarade, démence artistique !  » – La troisième exposition impressionniste a ouvert ses portes le 4 avril 1877 au 6, rue Le Peletier. Cézanne, qui y présente dix-sept œuvres, y est conspué. Les attaques fusent. Et toujours ces rires en cascade dont résonnaient déjà les salles de l’exposition de 1874.  » On vient devant les tableaux de Mr Cézanne pour se dilater la rate  » se désole Georges Rivière qui ne s’explique pas toutes ses réactions.  » Pour ma part, j’avoue que je ne connais pas de peinture qui prête moins à rire que celle-là  » ….

Une toile attire à elle toutes les critiques et fait l’objet de tous les sarcasmes. C’est le Portrait de Victor Chocquet – Elle   » mettrait en gaiété une douzaine de fondeurs de cloches »  s’égaie un journaliste du Petit Moniteur Universel. Les reflets bleu-vert dans les cheveux, les touches bleues dans la barbe, les tons rouges et jaune de la peau, les tâches verdâtres autour de la bouche et de la barbe, déconcertent le public.  » Le visage long, long comme si il avait été passé au laminoir, et jaune, jaune comme celui d’un teinturier habitué au maniement des ocres » heurte louis Leroy, le fameux critique qui avait forgé la notion d’impressionnisme en 1874. A une femme enceinte, il conseille de passer  »rapidement  » devant  » l’homme à la jaunisse  » ainsi qu’il a rebaptisé l’œuvre. «  Cette tête, couleur de revers de botte, d’un aspect si étrange, pourrait impressionner trop vivement et donner la fièvre jaune à son fruit avant son entrer dans le monde. »

L’homme portraituré par Cézanne est un employé des douanes, passionné d’art, premier collectionneur du peintre d’Aix qu’il avait découvert en 1875. Chocquet va jouer un rôle admirable, bien que vain, au cours de cette exposition. Résolu à triompher de l’incompréhension qui frappe cette nouvelle esthétique, et spécialement Cézanne qu’il placera toujours au premier rang, il arpente, pendant toute la durée de la manifestation, les salles de l’exposition. La foi chevillée à l’âme et au corps, déterminé à convertir les plus récalcitrants, il ne se fait pas seulement l’avocat de ces jeunes  » révolutionnaires  » mais le pédagogue. Il démontrerait à ce public hostile, tel était le défi qu’il entendait relever, qu’il entre plus de fidélité au réel, à l’expérience sensible, dans cette peinture que dans les beautés de chlorose de la peinture officielle, il lui prouverait que «  la teinte rose des chairs, typique des œuvres qu’on voit dans les expositions officielles, n’est qu’une pure convention. » «  Il fallait le voir, rapporte George Rivière, tenir tête à cette foule hostile. Il trouvait d’éloquentes paroles, des arguments ingénieux pour convaincre les auditeurs. Il leur exposait, avec clarté, les raisons de sa prédilection. Tour à tour pensif, véhément, impérieux, il se dépensait inlassablement sans jamais se départir de cette urbanité qui faisait de lui le plus charmant et le plus redoutable des contradicteurs. »

Les résistances persistent néanmoins. Les flèches décochées contre Cézanne restent tout aussi venimeuses qu’en 1866 ou en 1874. Il est et il reste aux yeux de la critique le  »véritable intransigeant  » du groupe. Cézanne aurait pu se contenter de traiter par le mépris cet éreintement. Mais,  certainement parce que lui-même était travaillé par le doute, il ne pouvait se convaincre que le public et la critique se trompaient fatalement et sempiternellement.  » Manque de dessin  » …. » Utilisation immodérée de la couleur  » … Il devait y avoir quelque vérité dans ces observations. Ne nous méprenons pas : Cézanne ne doute nullement de la singularité de son regard, mais de la pertinence des moyens picturaux de l’impressionnisme qu’il avait peu ou prou adoptés pour dire sur la toile sa rencontre avec le monde, son commerce avec le visible. Une lettre adressée à Zola, peu de temps après la clôture de l’exposition, l’atteste : «  Il paraît qu’une désolation profonde règne dans le camp impressionniste . Nous vivons dans des bien troublés, et je ne sais quand la pauvre peinture reprendra un peu de son lustre. »

 » L’école de l’impression  » l’avait assurément rapproché de lui-même par le primat accordé à la perception, mais ne l’avait que rapproché. Ce qu’il cherchait à fixer sur la toile était d’une autre nature ….  » Bérénice LEVET ( Essayiste, écrivain, psychologue française  )

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 » Portrait de Victor CHOCQUET  » 1876/77 – Paul CÉZANNE ( Collection particulière)