PARLER … ÉCOUTER

 » Tant que le langage vous est nécessaire pour communiquer avec autrui, employez-le, mais très parcimonieusement. Écoutez ce que les gens vous disent et ne répondez que lorsque c’est nécessaire par quelques mots, à dose homéopathique. Vous savez bien que là où les médicaments allopathiques, à fortes doses, restent sans effet, quelques gouttes minuscules produisent parfois des effets miraculeux ! Les gens ne parlent que pour faire étalage de leur supériorité, de leur érudition et de leur habileté dans la discussion. Mais l’action est plus puissante que les mots. La valeur d’un homme ne se mesure pas au volume ou à la force des arguments qu’il peut présenter. Argumentez en vous-même, dans l’introspection, et maîtrisez vos passions. Alors vous constaterez que bientôt l’envie de parler a presque disparu. » Mâ Ananda MOYI ( Sainte de l’Inde – XXe siècle )

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 »  Le pasteur  Anslo conversant avec sa femme Aaltje  » ( Détail ) REMBRANDT

Philippe HALSMAN …

 » En photographiant la beauté d’une personne, j’essaie  de montrer son caractère. Une fois, j’ai photographié un homme avec un gros nez, en soulignant bien son gros nez, et il était content de la photo. Cela ne pourrait pas arriver avec une femme : la femme la plus intelligente rejettera un portrait s’il ne la flatte pas. Une seule fois, au cours de ma carrière, une blonde m’a demandé :  » s’il te plait, fais-moi paraître intelligente  » … Malheureusement c’était impossible ! – Un vrai portrait devrait, dans cent ans à compter de maintenant, témoigner de l’apparence et l’identité humaine. – Parmi les milliers de personnes célèbres ou inconnues qui se sont assises devant ma caméra, on me demande souvent quel était le sujet le plus difficile, le plus facile, ou bien encore quelle photo est ma préférée. Cette dernière question reviendrait à demander à une mère quel enfant elle le plus.  » Philippe HALSMAN ( Photographe-portraitiste américain)

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 » Auto-portrait  » – 1950 – Philippe HALSMAN
HALSMAN 1949 COCTEAU
 » Portrait Jean COCTEAU  » 1949 – Philippe HALSMAN
HALSMAN 1952 MARILYN
« Portrait Marilyn  » – 1952 – Philippe HALSMAN
HALSMAN 1962Promotion pour le film les oiseaux
 » Photo Alfred Hitchcock pour la promotion du film  » Les Oiseaux  » – 1962 – Philippe HALSMAN
HALSMAN 1963 Mohamed ALI Cassius CLAY
 » Portrait Mohamed Ali ( Cassius Clay  » – 1963 – Philippe HALSMAN
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 » Portrait-saut  » – Fernandel – 1948 –  Philippe HALSMAN  («  Lorsque vous demandez à une personne de sauter, son attention est essentiellement portée sur l’action de sauter et le masque tombe, révélant la vraie personnalité. » ) – Il a fait  » sauter  » de très nombreuses personnalités. Toutes ces photos précisément ont été réunies dans un ouvrage qui fut publier en 1959 et qui s’intitule  » Le Jump Book « 

 

 

 

TRISTAN ET ISOLDE … Richard WAGNER

WAGNER par Pierre PETIT
Richard WAGNER ( Photo de Pierre PETIT )

 

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 » Tristan et Isolde  » Rogelio DE EGUSQUIZA

« Ainsi nous mourrions pour n’être plus séparés, éternellement unis, sans fin, sans réveils,sans crainte, oubliant nos noms, embrassés dans l’amour, donnés entièrement l’un à l’autre pour ne plus vivre que l’amour !  » – Richard WAGNER (Acte II )

 

( Vidéo : Ouverture / Carlos KLEIBER à la direction du STAATSKAPELLE DRESDEN )

 

Tristan et Isolde est un opéra en trois actes, composé entre 1856 et 1859, créé en 1865 à Munich. C’est le compositeur qui rédigera, également le livret, puisant son inspiration dans la légende médiévale bretonne  du poète allemand Gottfried Van Strassburg (1210). Une histoire d’amour sublimée par la mort. Un sujet qui n’a certainement pas été choisi de façon anodine par Wagner lorsque l’on connaît celle que lui-même a vécu , en parallèle, avec une femme mariée, qui lui sera  » interdite « , mais qui restera la muse de cette œuvre lyrique .

Il a, pour autant, profondément remanié cette légende, en écartant, tout d’abord,  tout ce qui pouvait apparaître, à ses yeux, comme superflu pour en faire un drame musical rigoureux sans omettre, toutefois,  l’émotion. Le philtre magique de Van Strassburg est à la base de l’amour entre Tristan et Isolde : ils s’aiment sans se le dire et le philtre va leur révéler et conforter leur amour . Chez Wagner, le philtre n’a plus la magie de la légende, mais il apparaît comme  le symbole de leur amour. Par ailleurs, le compositeur   va davantage se tourner vers le désir inaccessible, la  passion, l’intime,  aussi, sans oublier le devoir, la trahison, la mort , cette mort qui sera l’aboutissement de l’amour.

L’homme d’affaires Otto Wesendonk était, à l’époque le mécène de Wagner . Il était marié à Agnès Mathilde  Luckemeyer , une poétesse ( ils auront cinq enfants ) . De son côté, Wagner avait pour épouse Minna Planner. Installé en Suisse, non loin de la résidence des Wesendonk, il va entretenir un lien très fort avec Mathilde, basé sur une grande  entente intellectuelle et artistique ( elle écrit des poèmes qu’il met en musique.  Celle de l’un d’entre eux ,Traüme, sera du reste  la musique de l’acte II ) – Pour autant qu’on le sache , ils ne seront pas amants. Cette relation, platonique mais passionnée, lui fait du bien,  le stimule dans son travail. De  plus, la jeune femme le soutient, et   l’encourage beaucoup dans l’écriture de cet opéra.

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Durant l’année 1858, Minna deviendra suspicieuse vis-à-vis de cette  » amitié  » et elle pense qu’ils sont amants. Devant les tensions et les menaces, il quitte la Suisse avec elle et s’installe à Paris où il poursuit la composition de Tristan et Isolde. Quelques mois plus tard, ils reviennent. C’est à cette époque qu’elle trouve des petits mots échangés entre son époux et Mathilde et qui attestent bien la nature de leurs sentiments profonds et passionnés. Scandale. Le mari est mis au courant, explications entre les deux hommes. L’histoire prend fin. Exit Mathilde … Wagner et Minna repartent pour Paris, et elle le quittera définitivement.

Lorsqu’il aura terminé son opéra, Wagner aura à cœur de voir sa création sur scène. Paris sera écarté en raison de l’échec de son Tannhaüser . Son premier choix sera  Vienne, mais tout va très mal se passer : malgré un nombre incroyable de répétitions, chanteurs et orchestre vont être dans l’incapacité de l’interpréter correctement – Tout est annulé ! Wagner est profondément déçu et se tourne vers Munich et plus particulièrement Louis II de Bavière, lequel est un passionné de musique et accepte de devenir le mécène du compositeur. Tristan et Isolde verra enfin de jour au Théâtre Royal  de Munich en Juin 1865.

Malheureusement, le public  restera dans l’incrédulité totale. Il n’appréciera absolument pas, d’une part l’œuvre , très longue,  et d’autre part il ne comprend absolument pas la musique. Ce n’est pas tant le fait qu’elle soit, en effet, infiniment novatrice et révolutionnaire qui fut mis en cause, mais plutôt le fait qu’elle soit complètement à l’opposé des règles régies par la tradition .

Même si pour toutes ces raisons elle a pu être dérangeante à une certaine époque,  même si, en effet, elle reste très difficile d’interprétation pour celles et ceux qui en sont les héros, elle est d’une beauté impressionnante, émotionnelle , exaltante, intense, enflammée, raffinée, mystérieuse, en clair-obscur, délicate. Au travers de ses incroyables textures harmoniques, Wagner a parfaitement su maîtrisé les sentiments des amants, leur impatience à s’aimer, leurs souffrance surtout.

( Vidéo : Isolde :  » Mild und leise wie er lachelt  » ( Liebestod )  – Waltraud MEIER )

ELISABETH D’AUTRICHE (SISSI) …

SISSI Franz Xaver Winterhalter, 1865.
 » Portrait de Elisabeth d’Autriche  » par Frans Xaver WINTERHALTER

 » En 1853, le jeune François Joseph règne depuis quatre ans sur un empire qui vient de connaître une des plus graves crises de son histoire. Menacé d’implosion par le brutal réveil des nationalistes et la révolution de 1848, le pouvoir des Habsbourg n’a dû son salut qu’à la fidélité indéfectible de l’armée et aux divisions internes des différents mouvements révolutionnaires. L’autorité de l’État rétablie, il reste désormais à assurer la pérennité de la dynastie.

FRANCOIS JOSEPH 1856 Carl Lemmermayer
 » Portrait de François-Joseph  » par Carl LEMMERMAYER

Face à la menace qui font peser les ambitions prussiennes sur l’Autriche, le gouvernement de Vienne entend bien resserrer ses alliances avec les principautés allemandes. Une première négociation avec la Cour de Berlin échoue. L’archiduchesse Sophie se tourne alors vers les Wittelsbach qui règnent en Bavière. C’est la fille aînée d’une branche cadette de la famille, Hélène, qui est alors pressentie pour devenir la future impératrice. Les deux jeunes gens doivent se rencontrer pour l’anniversaire de François-Joseph. Mais celui-ci ne montre aucun intérêt pour sa promise. En revanche il tombe immédiatement sous le charme de la jeune sœur de celle-ci : Elisabeth, que tous, dans la famille, appellent Sissi. Elle n’a que 15 ans, il en a 23 et entend bien faire triompher ses sentiments. Durant le bal qui clôt la fête, il rend publiques ses préférences, n’accordant ses faveurs qu’à l’élue de son cœur. La fête terminée, il tient tête, pour la première fois de sa vie, à sa mère qui n’a plus qu’à s’incliner.

Le mariage est célébré huit mois plus tard le 24 avril 1854 en grande pompe à Vienne, en l’église des Augustins où officient une cinquantaine d’évêques. Les jours précédents Elisabeth a découvert sa nouvelle patrie, le palais de la Hofburg, puis le château de Schönbrunn, et la vie de cour fastueuse et quelque peu pesante où l’intimité est un luxe rare. François-Joseph, qui a grandi dans ce monde et a été éduqué pour être empereur, s’en accommode fort bien. Sissi, beaucoup moins, d’autant que sa belle-mère, qui la juge immature, a décidé de la chaperonner, créant ainsi de multiples frictions entre les deux.

Les premières années du couple semblent pourtant marquées par le bonheur avec la naissance de trois enfants Sophie en 1855, Gisèle en 1856, et Rodolphe en 1858. En outre, Sissi s’affiche ostensiblement aux côtés de son mari au cours des voyages officiels du Milanais à la Hongrie en passant par la Carinthie. Mais, en son for intérieur, elle souffre de son manque de liberté et de sa grande solitude. Accablé par les affaires d’État, François-Joseph consacre l’essentiel de ses journées à examiner ses dossiers et à recevoir des visiteurs.

SISSI et famille
Premier rang assises sur le canapé : Sissi et deux de ses enfants ( Rodolphe et Gisèle ) ainsi que l’archiduchesse Sophie et son époux l’archiduc François-Charles. Debout ( de gauche à droite ) François-Joseph ( empereur d’Autriche ) , Maximilien (empereur du Mexique ) et son épouse Charlotte de Belgique, Louis-Victor et Charles Louis les deux frères de François-Joseph

Sissi tente d’échapper aux contraintes et obligations du protocole en se ménageant des temps et des espaces de liberté. Sa belle-mère ne voit là que des caprices de jeune femme. Le conflit s’envenime en 1856 à la naissance de Gisèle. L’archiduchesse Sophie décide d’enlever ses enfants à Sissi pour les éduquer selon ses propres principes. La chose est inacceptable pour la jeune impératrice qui s’en ouvre à son mari. C’est là une des rares fois où François-Joseph défiera sa mère. Mais la victoire de Sissi sera de courte durée et aura un goût amer. Ne souhaitant pas se séparer de sa fille aînée lors d’un long voyage officiel en Hongrie, elle l’emmène avec elle. Or, la jeune Sophie y trouve la mort en 1857. L’impératrice est non seulement inconsolable mais également en proie à un profond sentiment de culpabilité. Aussi, lorsque naît, un an plus tard, l’héritier au trône, elle ne résistera pas à sa belle-mère qui élèvera Rodolphe.

A partir de 1860 le couple se délitera. Sissi pense que François-Joseph lui est infidèle et s’enferme de plus en plus dans son mal-être. L’anorexie en est la manifestation la plus évidente, mais également sa soif d’exercices physiques : longues chevauchées, séances de gymnastique. Elle manifeste, par ailleurs, des petits gestes provocateurs qui sont tout autant des manifestations de son désir de liberté : elle fume en public, ce qui fait scandale. Ce sont surtout les voyages qui lui permettent de recouvrer cette indépendance tant souhaiter. En novembre 1860, pour soigner une tuberculose qui vient de lui être diagnostiquer, elle s’installe six mois à Madère.A son retour, elle entame un bras de fer avec sa belle-mère sur l’éducation des enfants. Menaçant de quitter définitivement Vienne, elle obtient gain de cause.

Son influence grandissante culmine lors de la négociation du compris avec la Hongrie. La cause hongroise revêt par bien des aspects une dimension romantique qui plaît à Sissi. De plus elle a fait la connaissance, à Buda, du comte Andrassy, une des figures charismatiques du mouvement national hongrois, un aristocrate bel homme, et excellent cavalier. Condamné à mort par contumace en 1849 pour avoir participé à la révolte hongroise du «  printemps des peuples « , il a gardé de son exil parisien le surnom du « beau pendu » . L’impératrice se prend de passion pour la cause hongroise qu’elle voit au travers des yeux de cet homme qui, incontestablement, la séduit. Elle convainc l’empereur de recevoir Andrassy et argumente en faveur d’une large autonomie pour les Hongrois. Le 8 juin 1867, lors du couronnement de François-Joseph à Buda, elle est follement acclamée par la foule qui la considère comme «  la providence de la patrie « . Sissi le lui rend bien : en avril de l’année suivante, elle va s’arranger pour accoucher, en Hongrie, de son quatrième enfant, une fille prénommée Marie-Valérie, et elle effectue de longs séjours au château de Gödöllö que le peuple hongrois a offert au couple impérial, cadeau habilement choisi par Andrassy qui sait qu’Elisabeth a eu un véritable coup de foudre pour l’endroit.

COMTE ANDRASSY Gyula Andrassy par Gyula Benczúr
 » Portrait du Comte Andrassy  » par Gyula BENCZUR

Vienne l’ennuie et François-Joseph reste accaparé par les affaires de l’Empire. Elle va multiplier les séjours en Angleterre et en Irlande où elle s’adonne à la chasse et aux plaisirs équestres. François-Joseph se résigne à cette situation car Sissi est toujours présente lorsque le protocole l’exige.  » Nous sommes heureux ensemble parce que nous ne nous gênons ni l’un ni l’autre  » écrira t-elle … A partir de 1882 sa santé s’altère mais elle ne renonce pas aux chasses en Angleterre. Elle se passionne aussi pour la Grèce. Elle cherche par ses voyages à fuir Vienne, la Cour, mais aussi se fuir elle-même. La réalité se rappelle brutalement à elle le 30 janvier 1889 : ce jour-là son fils Rodolphe se suicide à Mayerling en compagnie de sa jeune maîtresse. Sissi est si effondrée qu’elle ne pourra assister aux obsèques de son fils. Elle suspend ses voyages durant plus d’un an, puis les reprend de plus belle. Ses incessantes pérégrinations lui seront fatales.

Le 9 septembre 1898, alors qu’elle se trouve en Suisse, elle décide de se rendre à Genève pour rendre visite à la baronne de Rothschild. Une indiscrétion du journal local révèle sa présence à l’hôtel Beau Rivage alors qu’elle voyage sous un pseudonyme. L’occasion est trop belle pour un jeune anarchiste italien, Luigi Lucheni. Il fait le guet devant l’hôtel et lorsqu’elle sort, il se jette sur elle et la poignarde une seule fois. Sissi se relève, marche quelques mètres avant de s’effondrer. On la ramène en urgence à l’hôtel, mais il est trop tard, l’arme a perforé le cœur. Apprenant la mort de sa femme, François-Joseph est pétrifié et laisse paraître son émotion en murmurant «  rien ne me sera donc épargné sur cette terre «  ….  » Philippe GRANDCOING ( Historien et écrivain français )

luigi lucheni
 » Luigi LUCHENI  » lors de son arrestation

Le BONIMENT … Kees VAN DONGEN

 » Originaire de Delfshaven, en Hollande, Kees Van Dongen étudie à l’Académie des Arts Décoratifs de Rotterdam. Après un bref séjour à Paris en 1897, il s’installe deux ans plus tard dans le quartier de Montmartre. Le spectacle de la rue avec ses nombreux cafés et cabarets le fascine. Son intérêt pour les idées anarchistes le lie, entre autres, avec les peintres néo-impressionnistes Maximilien Luce et Paul Signac dont la technique, par petits points, va influences ses premiers travaux. La première exposition parisienne où paraissent ses peintures est au XXe Salon des Indépendants en 1904. C’est en 1904, à ce même Salon, qu’il expose Le Boniment, une toile de très grand format. Parmi ses sept envois, quatre ont pour sujet le thème de la fête foraine. Le Boniment est peint à l’issue d’une représentation vue au cirque Médrano. Deux clowns, par des mouvements expressifs, tentent de stimuler la salle avant le début du spectacle. Pour traduire le dynamisme et l’ambiance enthousiaste de la scène, Van Dongen emploie des couleurs chaudes et vives ( du rouge, orange, et jaune) posées par petites touches serrées sans épaisseur. Louis Chaumeil, premier biographe du peintre, note que cette œuvre est « le meilleur exemple de l’abstraction tachiste  » – Les éloges sur cette manière ne manquent pas et ceci incite Van Dongen à faire à sa prochaine exposition chez Druet une exposition de fauvisme-tachiste « . Félix Fénéon, célèbre critique d’art, acquiert ce tableau, à l’issue du Salon pour l’offrir, l’année suivante, aux marchands d’art Josse et Gaston Bernheim-Jeune.  » Claire DURAND-RUEL SNOLLAERTS ( Historienne de l’art )

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 » Le Boniment  » – 1905 env. – Kees VAN DONGEN ( Collection privée)

Virginia & Leonard WOOLF …

 » Virginia Woolf est la fille de l’homme de Lettres Sir Leslie Stephen ( l’influent rédacteur en chef du Dictionary of National Biography, qui célèbre les gloires du royaume et de l’Empire). Elle grandit dans un milieu intellectuel où la rigueur va de pair avec l’amour des livres et de la pensée. Les deuils qui frappent sa jeunesse ( elle perd sa mère en 1895, puis sa sœur, l’un de ses frères et finalement son père en 1904) la laissent durablement ébranlée, et la sensibilité visionnaire de son écriture a souvent été associée à cette expérience précoce de la mort. Elle allait, par la suite, connaître de graves épisodes dépressifs. La souffrance l’emportera finalement et Virginia Woolf mettra fin à ses jours en 1941. Mais ne voir en elle que le génie de la douleur serait faire peu de choses de sa force de vie et de son désir précoce de liberté.

Après la disparition de Sir Leslie Stephen, la fratrie s’installe dans le quartier bohème de Bloomsbury, non loin du British Museum, pour mener une vie émancipée des diktats sociaux, épris d’art, d’écriture et de réflexion politique.  Le cercle des Stephen , qui passe à la postérité sous le nom de groupe du Bloomsbury, réunit nombre d’intellectuels et d’artistes en vue : Roger Fry ( un temps directeur du département de la peinture européenne au Metropolitan Museum of Art de New York) – l’historien de l’art Clive Bell (il épousera la sœur de Virginia, Vanessa, qui est peintre ) – l’artiste Duncan Grant, mais aussi l’économiste John Maynard Keynes, l’écrivain E.M.Forster et le biographe Lytton Strachey. Parmi eux se trouve un jeune administrateur de l’Empire: Leonard Woolf. Son mariage avec Virginia Stephen en 1912 scelle une complicité intellectuelle, esthétique et littéraire qui fera d’eux l’un des couples phare de l’intelligentsia anglaise de la première moitié du XXe siècle.

Très vite, ils s’inventent une vie plurielle où littérature et politique vont de pair. Leur maison d’édition, Hogarth Press, fondée en 1917, publie des signatures majeures de la modernité comme Katherine Mansfield ou T.S. Eliot, mais également la première traduction anglaise des essais de Sigmund Freud. Hogarth Press est aussi l’instrument de l’émancipation littéraire de Virginia Woolf, qui peut librement expérimenter sans craindre la sanction d’éditeurs frileux. Traversées parait en 1915,  Nuit et Jour en 1919, la même année que son essai fondateur La Fiction moderne qui fixe les contours de ce que doit être le roman moderne. Viennent ensuite quatre textes qui feront sa réputation : La chambre de Jacob en 1922 – Mrs Dalloway en 1925 – Vers le phare en 1927 – Les vagues en 1931, mais aussi une ample œuvre d’essayiste. Leonard publie lui aussi des romans, ainsi que des essais économiques et politiques, nourris de son expérience à Ceylan et dans lesquels il interroges les fondements culturalistes de l’Empire.

Cette intense activité éditorial ne peut, pour le couple Woolf, se mener en retrait du monde. L’expérience de Leonard est mise au service du tout nouveau parti travailliste et de sa commission des Affaires internationales et impériales ; son pacifisme inspire le texte qu’il rédige à la demande de la Fabian Society et qui jette les bases de ce qui devait devenir la Société des Nations. Comme le prouvent les deux grands essais proto-féministes de Virginia Woolf : Une chambre à soi ( 1929 ) et Trois guinées ( 1938), penser et dire la modernité impose aussi de dénoncer la violence de l’ordre patriarcal qui mène l’humanité à l’abîme.  » Catherine BERNARD (Journaliste française, écrivain )

Léonard et Virginia Woolf
Leonard et Virginia WOOLF

 

AINSI PARLAIT ZARATHOUSTRA … Richard STRAUSS

RICHARD STRAUSS
Richard STRAUSS

(Vidéo : œuvre complète – Herbert V.KARAJAN à la direction de L.ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE BERLIN

 » La musique a trop longtemps rêvé. Nous voulons maintenant nous réveiller. Nous étions des somnambules, nous voulons devenir des rêveurs éveillés et conscients. Nous étions des somnambules, des voyageurs nocturnes, nous voulons être dorénavant des voyageurs diurnes. » Phrase prononcée par le personnage principal de l’ouvrage de Friedrich NIETZSCHE, paru en 1883. Il s’agit de Zoroastre, un prophète, penseur visionnaire et mystique persan, qui a décidé, un jour, de partir seul et vivre en ermite dans une montagne. Il ne reviendra auprès des hommes que pour leur transmettre sa pensée, sa sagesse et ses prophéties, sa foi en l’homme libre.

L’œuvre d’aujourd’hui est un monumental poème symphonique qui n’a pas manqué d’en scandaliser certains. Il a été écrit et créé en 1896, dirigé par son compositeur Richard Strauss. L’auditoire ne sera pas, à l’époque, très convaincu, mais plutôt septique. Beaucoup d’entre vous connaissent, très certainement, le début, compte tenu du fait qu’il  fut repris par Stanley Kubrick dans son film 2001 : l’Odyssée de l’espace. Mais cette partition ne saurait, en aucun cas, se résumer à ce passage uniquement, car elle est superbe, même si un peu méconnue dans son intégralité.

On sait que c’est l’œuvre éponyme de Nietzsche qui a inspiré Strauss. Il s’agit bien, en effet, d’une inspiration , très libre, sans aucun plan précis,   portant sur différents chapitres de l’ouvrage, notamment ce passage  » de l’ombre à la lumière  » inscrit en début de ce post et qui figure, sur la partition du compositeur ; et surtout pas d’une traduction intégrale musicale  ce qui, d’ailleurs aurait été impensable , ou faire preuve d’une grande crédulité  que de vouloir le faire . Pourtant, connaissant la prétention légendaire de Richard Strauss, les critiques ont pensé que c’était probablement ce qui avait traversé son esprit. Lui  a donné l’explication suivante :  »  Il ne s’agit pas pour moi de faire de la musique philosophique, mais de dresser un cadre du développement de la race humaine depuis ses origines jusqu’à la conception nietzschéenne du surhomme. »

Elle se compose d’une introduction ( brillante, puissante, quasi étrange, non dénuée de mystère, sur la nuit qui, peu à peu, se retire, laissant encore une petite obscurité, et  l’éveil du jour sur une montagne avec le soleil qui pointe et sa lumière en haut des cimes)   et huit parties  : 1) De ceux des mondes de derrière – 2) De l’aspiration suprême – 3) Des joies et des passions – 4 ) Le chant du tombeau – 5) De la science – 6 ) Le convalescent – 7 ) Le chant de la danse – 8 ) Chant du somnambule– Elles ont pour objet les questions que l’homme peut se poser sur lui-même, sur son existence dans les religions, ou face à la nature (laquelle revient souvent ) , quelle place il peut avoir face à elle. C’est aussi la vie, le rire, la joie, la danse mais également l’espoir que la vie continue après la mort, les réponses qu’il espère trouver dans la science mais qu’elle  ne saura pas lui donner.

A travers elles, la musique a une palette d’une richesse incroyable  de couleurs. Elle se fait énigmatique, triste, joyeuse, cosmique, fiévreuse, apaisée,  animée, harmonieuse, pleine de clarté, exaltée, passionnée, angoissante, puissante, lumineuse, triomphale. De plus, il n’a pas omis d’y insérer une valse dans la septième partie ( le chant de la danse )

CAMILLE & PAUL … Le rêve et la vie

CLAUDEL AFFICHE

 

Le musée Camille Claudel de Nogent-sur-Seine ( Aube – France ) a ouvert ses portes le 26.3.2017. Il a été créé, après plusieurs années de travaux de transformations et rénovations, dans la maison où vécut la famille Claudel.

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Musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine

 

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Pour l’anniversaire des 150 ans de la naissance de Paul Claudel, le musée propose une exposition mettant face à face le frère et la sœur, Paul et Camille. Elle la sculptrice talentueuse et douée, lui le poète, l’écrivain, le diplomate. Ce n’est pas une confrontation mais plutôt un dialogue chronologique  permettant de mieux comprendre la relation forte , complexe, contradictoire, conflictuelle qui les a unis au-delà de leur lien fraternel profond . Elle s’intitule :

 » Camille et Paul CLAUDEL – Le rêve et la vie  » – jusqu’au 13 Janvier 2019 – En trois parties :

1)  » Des années d’enfance à l’internement de Camille Claudel  » elle évoque leurs années d’enfance, la vocation de sculptrice de Camille ; mais aussi Paul, ses études, sa carrière d’écrivain, celle au ministère des Affaires étrangères ; leurs voyages ensemble, notamment à Londres où Camille lui permettra d’être introduit dans les cercles artistiques de la capitale anglaise, et réciproquement Paul lui fera découvrir les cercles symbolistes lorsqu’ils rentreront à Paris. Bien sur, cette section aborde la liaison de Camille avec Rodin, leur rupture, la paranoïa, l’internement (ou devrait-on dire l’enfermement injuste car si l’on se réfère aux écrits datant de cette époque, on se dit qu’elle avait l’air d’être totalement folle  )  , le peu de visites qu’elle recevra et son  inhumation dans une fosse commune.

2) » Du japonisme au Japon  » : c’est l’intérêt que tous deux ont porté, comme beaucoup d’autres à une certaine époque, aux arts du Japon. Chacun d’entre eux l’ayant interprété à sa manière. C’est elle qui lui fera partager son intérêt pour le japonisme découvert lors de l’exposition universelle  de 1889. Ils  vont se passionner pour les estampes. Hokusaï inspirera Camille, elle y puisera de nombreux détails. Paul va aller plus loin encore en occupant des fonctions diplomatiques qui le mèneront au Japon et en Chine. Une fois sur place, il va beaucoup s’intéresser au théâtre Nô et au Kabuki, mais également à la littérature japonaise, à la civilisation de ce pays. Il écrira des ouvrages où se retrouveront mêlés les traditions littéraires de l’Orient et de l’Occident.

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 » Tête de vieil aveugle chantant  » – 1894 env. – Camille CLAUDEL ( Inspiration japonisme ) – Musée Camille Claudel à Nogent-sur-seine )

– » Paul, l’œil qui écoute Camille  » : c’est le regard que Paul a porté sur le travail et les œuvres de sa sœur.Camille va beaucoup inspirer son frère dans son travail d’écrivain. Il n’hésitera pas à se montrer critique vis-à-vis de son travail , tout comme il prendra également sa défense lorsque l’on fera sous-entendre que Camille imite Rodin . Après le décès de la sculptrice , il rédigera un grand nombre de textes notamment lors de la première exposition de ses œuvres au musée Rodin en 1951. C’est à cette occasion qui fera don de certaines pièces lui appartenant.

Avant de parler d’eux individuellement, il est bon de les comprendre ensemble.En bien des domaines ils se ressemblaient : même caractère brutal, arrogant, fier, ayant également la même intonation pour parler avec l’accent de leur région qui roule les  » r « . Depuis leur enfance, ils furent très liés, tels un couple. Ils s’aimaient mais se disputaient beaucoup aussi. Camille, intransigeante,  s’emportait facilement et avait souvent le dessus sur lui. Très jeunes, ils ont partagé les jeux,  le goût du risque, de l’inconnu.

Leur vocation artistique s’est développée assez tôt :  à Camille  la passion de la sculpture, et, Paul celle des mots. Elle a appris toute seule et a commencé assez jeune. Lui écrit son premier romain à 13 ans ( L’endormie ) – Leur vocation artistique commune va beaucoup les rapprocher au départ. Elle est même assez fusionnelle. Il pose pour elle, et elle revêt le visage des héroïnes de ses livres.

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 » Paul CLAUDEL enfant  » 1878 env – Camille CLAUDEL ( Musée de la ville de Châteauroux – Don du baron de Rothschild en 1903)
CLAUDEL Paul a 16 ans
 » Paul à 16 ans – 1884 env. – ( Crayon de couleur ) – Camille CLAUDEL – ( Musée Camille Claudel à Nogent-sur-seine)
CLAUDEL jeune romain ou mon frère Camille Claudel
 » Mon frère ou jeune romain  » 1882 – Camille CLAUDEL ( Musée Camille Claudel à Nogent-sur-seine/ Dépôt du département de l’Aube // Sculpture qui illustre l’affiche de l’expo )

Tous deux connaîtront une vie tourmentée à une certaine époque : dans  l’art de la sculpture Camille affrontera  les difficultés d’un tel métier pour une femme  et toutes les incertitudes qui vont avec. Paul étouffera  son mal de vivre en faisant beaucoup de voyages . En amour, ce n’est pas plus brillant  : lorsqu’elle vivra cet amour passionnel, destructeur avec Rodin,  Paul s’éprendra d’une femme mariée, Rosalie Vetch, qui l’abandonnera.

C’est à Paris qu’ils feront tous deux des rencontres déterminantes : pour elle ce sera Auguste  et pour lui de futurs écrivains comme Romain Rolland ou Léon Daudet. C’est elle qui interviendra auprès de Rodin  pour qu’il écrive ( vu sa notoriété ) des lettres de recommandation qui permettront à son frère de présenter le concours des Affaires étrangères.

Paul a éprouvé, à une certaine époque,   de la haine pour Rodin et il n’a pas mâché ses mots le concernant. Pour lui il a été à l’origine du chagrin, de la dépression et de la folie de sa sœur. Toutefois, il se ravisera, après le décès du sculpteur, sur ce qu’il avait pu dire de lui, le qualifiant même de génie … Tout comme il n’hésitera pas à écrire à son propos lors de l’exposition du musée Rodin en 1951. …. Un bien curieux revirement de position.

Paul n’a pas su réellement protéger Camille face à ce qu’elle traversait . Lorsqu’elle a été dans le délire, qu’elle s’est mise à détruire toutes les œuvres qui se trouvaient dans son atelier, qu’elle est devenue quasiment une clocharde, sale et dérangeante vis-à-vis de son voisinage, il a été désemparé et n’a su rien faire d’autre que de la laisser conduire à l’asile …. Montdevergues où la pauvre passera trente ans, ne sortira ni ne retrouvera jamais les siens. Pas une seule visite de sa mère et lui seulement 13 fois en 30 ans !

Alors c’est vrai qu’il voyageait beaucoup parce qu’il était devenu diplomate, consul, ambassadeur : Chine ( 15 ans ) , Japon, Brésil, Etats-Unis …. Elle lui écrivait mais les lettres mettaient beaucoup de temps à lui parvenir. Elle s’est sentie effroyablement seule, il lui a beaucoup manqué. Sa mère n’est jamais venue la voir, elle a même refusé le fait qu’elle puisse être internée dans un établissement qui soit plus près de la famille ainsi que le suggérait le médecin qui s’occupait de sa fille.

Quant à Paul, il  n’a pas été là, ni physiquement, ni moralement, à un moment de sa vie où, désespérée, elle avait le plus besoin de lui.Elle lui en a voulu de s’être finalement montré incapable de la libérer alors qu’il aurait pu le faire. On a souvent émis la thèse que, vu sa renommée, il n’aurait pas souhaiter la faire sortir car elle aurait pu créer le scandale et nuire , en quelque sorte, à sa réputation de diplomate et grand écrivain.

Il est venu la voir 13 fois en 30 ans. La dernière fois, ce fut en  1942 «   Camille dans son lit, une femme de quatre-vingt-ans et qui paraît bien davantage. L’extrême décrépitude, moi qui l’ai connue enfant et jeune fille dans tout l’éclat de la beauté et du génie ! Elle me reconnaît, profondément touchée de me voir et répète sans c cesse  » mon petit Paul ! Mon petit Paul ! L’infirmière me dit qu’elle est en enfance. Sur cette grande figure où le front est resté superbe, génial, on voit une expression d’innocence et de bonheur. Elle est très affectueuse, On me dit que tout le monde l’aime … Amer, Amer regret de l’avoir abandonnée !

Mais elle va mourir morte seule, miséreuse, anonyme en 1943…Lui est alors auréolé de gloire, ambassadeur, académicien, un grand écrivain … Elle sera mise dans une fosse commune … Lui aura des funérailles quasi nationales et sera enterré dans le parc du château de Brangues  …

 » Ce n’est pas ma place au milieu de tout cela, il faut me retirer de ce milieu : après quatorze ans aujourd’hui d’une vie pareille, je réclame la liberté à grands cris. Mon rêve serait de regagner tout de suite Villeneuve et de ne plus en bouger. J’aimerais mieux une grande à Villeneuve qu’une place de 1ère pensionnaire ici … Ce n’est pas sans regret que je te vois dépenser ton argent dans une maison d’aliénés ; de l’argent qui pourrait m’être si utile pour faire de belles œuvres et vivre agréablement ! Quel malheur ! J’en pleurerais. Arrange-toi avec Mr le Directeur pour me retirer tout de suite d’ici, ce qui serait mieux ; quel bonheur si je pouvais me retrouver à Villeneuve. Ce jolie Villeneuve qui n’a rien de pareil sur la terre. Il y a aujourd’hui 14 ans que j’ai eu la désagréable surprise de voir entrer dans mon atelier deux sbires armés de toutes pièces, casqués, bottés, menaçants en tous points. Triste surprise pour un artiste : au lieu d’une récompense, voilà ce qui m’est arrivé ! C’est à moi qu’il arrive des choses pareilles car j’ai toujours été en but à la méchanceté. Dieu ! Ce que j’ai supporté depuis ce jour-là ! Et pas d’espoir que cela finisse. Chaque fois que j’écris à maman de me reprendre à Villeneuve, elle me répond que la maison est en train de fondre. C’est curieux à tous points de vue. Cependant j’ai hâte de quitter cet endroit. Plus ça va, plus c’est dur. Il arrive tout le temps de nouvelles pensionnaires. On est les unes sur les autres. C’est à croire que tout le monde devient fou. Je ne sais si tu as l’intention de me laisser là, mais c’est bien cruel pour moi …  » Camille à Paul en Mars 1927

 » Ma soeur Camille ! Ah c’est un sujet terriblement triste et dont il m’est difficile de parler. La nature s’est montrée prodigue à son égard : ma sœur avait une beauté extraordinaire, de plus une énergie, une imagination, une volonté tout à fait exceptionnelles. Et tous ces dons superbes qui n’ont servi à rien : après une vie extrêmement douloureuse, elle a abouti à un échec complet. Moi j’ai abouti à un résultat. Elle, elle n’a abouti à rien. Tous ces dons merveilleux que la nature lui avait répartis n’ont servi qu’à faire son malheur et finalement elle a abouti dans un asile psychiatrique où elle a terminé dans les ténèbres les trente dernières années de son existence.  » Paul CLAUDEL en 1951

Camille voit le jour en 1864 à Fère-en-Tardenois. Elle est l’aînée de Louise ( 1866 ) et de Paul ( 1868). Après avoir passé son enfance à Villeneuve-sur-Fère, la famille s’installe à Nogent-sur-Seine. Elle y restera trois ans de 1876 à 1879.

C’est là que naîtra son intérêt pour la sculpture, avec des premières petites figurines de terre. Un intérêt qui interpellera son père Louis Prosper, le poussant à inviter un jeune artiste de 26 ans, Alfred Boucher, pour donner son avis sur le talent précoce de sa fille. Ce dernier la trouvera douée et lui prodiguera quelques précieux conseils.

Devant les différentes aspirations artistiques de ses enfants : à Camille la sculpture, Louise la musique et Paul l’écriture, Mr Claudel décidera de partir s’installer à Paris.

Camille a voué un amour absolu, viscéral à son art. On peut même dire que la sculpture l’a complètement possédée. Elle est entrée en elle comme d’autres le font avec la religion, par vocation. Elle a eu une existence assez tragique, douloureuse, a connu des joies et des peines dans son enfance ( mal aimée par sa mère qui lui reprochera toujours d’être née pour consoler la perte d’un premier fils et qui lui en voudra de ne pas être lui ) , l’amour, la trahison, la gloire, le succès, la souffrance, le désespoir.

En 1882, elle rencontre Rodin :elle a 18 ans, lui 42 . Elle vient dans son atelier pour recevoir son enseignement, le regarder modeler, sculpter, mais pour travailler avec lui comme cela se faisant traditionnellement.

Le maître va très vite se rendre compte de l’incroyable talent de son élève. Il dira «  Je lui ai montré où se trouvait l’or, mais l’or qu’elle trouve est à elle » . A une certaine période de sa vie il va devenir son pygmalion, son père, son frère, l’amant, mais jamais le mari. Leur passion amoureuse ( si souvent douloureuse) et leur fusion artistique s’imprégneront jusque dans leurs œuvres. Leur relation sera faite d’amour passionnel, de déchirements, de séparations fréquentes, de réconciliations.

A partir de 1893, la relation avec Rodin va se dégrader : il a une double vie en la personne de Rose Beuret qu’il ne parvient pas à quitter. Camille est lasse de cette vie amoureuse faite de mensonges et infidélités. Par ailleurs, on attaque sa réputation en laissant croire que certaines de ses œuvres sont de Rodin, ou qu’elles ne sont qu’un  » vulgaire plagiat  » des pièces du Maître. Au sommet de sa gloire, elle se révolte car elle veut être mieux comprise et reconnue pour son travail personnel.

A 53 ans il se décide à épouser Rose, de se consacrer à son art et mettra un terme à sa passion dévastatrice pour Camille. Délaissée par Rodin et par sa famille, décriée, elle va s’enfermer dans son atelier, traversera une solitude accompagnée de névrose obsessionnelle qui ne va faire que s’accroître au fil des années. Elle vivra, au milieu de ses œuvres ( dont elle en détruira une partie ) et de ses chats, dans la saleté, vêtue misérablement, et sombrera dans une forme de démence.

En 1913, elle est placée d’abord placée à l’asile de Ville-Evrard entièrement réservé aux femmes, puis elle sera transférée à Montdevergues qui se trouvait dans le département du Vaucluse, un établissement dont on disait qu’il était purement et simplement un mouroir.  Elle ne sculptera plus. Sa vie ne deviendra alors qu’une très longue agonie. Elle meurt trente ans après. Aucun membre de sa famille ne sera présent pour suivre sa dépouille. Elle sera enterrée dans une tombe anonyme dans le carré des indigents .

 » Dis toi bien Paul que ta sœur est en prison. En prison avec des folles qui hurlent toute la journée, font des grimaces et sont incapables d’articuler trois mots sensés. Tant que maman a vécu je n’ai cessé de l’implorer de me sortir de là, de me mettre n’importe où, dans un hôpital ou dans un couvent, mais pas chez les fous … Tu me dis Dieu a pitié des affligés. Parlons-en de ton Dieu qui laisse pourrir une pauvre innocente au fond d’un asile. »

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Camille à Montdevergues

Paul fut un écrivain, dramaturge, poète, essayiste et diplomate français, membre de l’Académie française.

– Il est né à Villeneuve-sur-Fère ( Aisne-France) en 1868. Après des études primaires dans son village natal, il fera des brillantes études secondaires au lycée Louis le Grand à Paris . Il obtient  son bac de philosophie, fait des études de droit et décroche  sa licence. Il a nourri très tôt une passion pour l’écriture et la littérature, a voué une grande admiration à Rimbaud notamment ses Illuminations et Une saison en enfer . Premier essai littéraire  (l’endormie ) lorsqu’il était adolescent. En 1886, c’est la révélation de sa foi, une foi dont il s’était détourné bien qu’ayant été élevé dans une famille très pieuse.  Il se convertit  au catholicisme durant une nuit de noël.

Premiers poèmes en 1887 , puis en 1889 la parution de son premier roman dramatique Tête d’Or , suivi par La ville, la jeune fille Violaine ( qui deviendra l’Annonce faite à Marie.)

En 1893, après avoir suivi des études à l’Institut des Sciences politiques, il sort premier au concours des Affaires étrangères. A partir de là, va commencer son incroyable carrière de diplomate, avec parallèlement, l’écriture de roman ou de poèmes, ses voyages vont, d’ailleurs, lui apporter une grande inspiration : les Etats Unis, l’Extrême-Orient, puis le retour en Europe.  Il sera consul de France dans différentes villes : Prague, Francfort, Hambourg, Shangaï … Ministre plénipotentiaire à Copenhague, Rio de Janeiro mais aussi ambassadeur de France à Tokyo, Washington, Bruxelles. Différents ouvrages verront le jour durant toutes ses années : l’échange – Connaissance de l’Est – Cinq grande Odes – l’Otage – Le pain dur – le père humilié – Vers l’exil -Le repos du septième jourLe partage de midi – L’art poétique – Les muses – Corona Benignitatis Anni Dei –  L’homme au saint sacrement – La cantate à trois voix – Les feuilles des Saints – le Soulier de satin – L’oiseau noir dans le soleil levant

En 1906 il a épousé Reine Sainte-Marie Perrin dont il aura cinq enfants. Sa carrière diplomatique qui prendra fin en 1936. Il s’installera avec sa famille à Brangues, une propriété qu’il avait acquise en 1927.  Il se consacrera alors et jusqu’à sa mort à ses activités littéraires et commentaires bibliques.. D’autres livres naîtront : Les conversations dans le Loir et Cher, Paul Claudel interroge le Cantique des cantiques. Il sera élu à l’Académie française en 1946 et quasiment dix ans plus tard, en 1955, il décèdera.

Fort heureusement un jour le talent de Camille Claudel sortira de l’ombre pour venir rejoindre celui de son frère dans la lumière ……

Quelques autres œuvres de l’expo :

claudel louise
Louise Claudel ( leur sœur) – 1886 – Camille CLAUDEL – ( Palais des Beaux-Arts de Lille / Don de Léon Gauchez en 1892 )
CLAUDEL Louise par camille
Louise Claudel – 1887 – Camille CLAUDEL ( Musée Camille Claudel à Nogent-sur-seine)
CLAUDEL étude pour le buste de Paul a 37 ans 1905 Camille CLAUDEL musée de Poitiers
Étude pour le buste de Paul Claudel à 37 ans — Camille CLAUDEL ( Musée de Poitiers )

 

 

Donne moi tes mains… Louis ARAGON

 » Donne-moi tes mains pour l’inquiétude
Donne-moi tes mains dont j’ai tant rêvé
Dont j’ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon propre piège
De paume et de peur de hâte et d’émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fuit de partout dans mes mains à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Qui me bouleverse et qui m’envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j’ai trahi quand j’ai tressailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d’aimer qui n’a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D’une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d’inconnu

Donne-moi tes mains que mon cœur s’y forme
S’y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.  » Louis ARAGON ( Poète, romancier français – Extrait de son recueil Le fou d’Elsa en 1963 )

FA DONNE MOI TA MAIN

DIDON & ÉNÉE … Henry PURCELL

DIDON ET ENEE POMPEO BATONI
 » Didon et Énée  » – Pompeo BATONI

( Vidéo : Ouverture // Nikolaus HARNONCOURT et le CONCENTUS MUSICUS WIEN )

 

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 » Portrait de Henry PURCELL  » par John CLUSTERMAN 

Ce compositeur baroque, anglais, musicien de Cour, mort à 36 ans, fut réputé pour son inventive écriture musicale et instrumentale, sa théâtralité, son lyrisme et la douceur de ses mélodies. Il n’a composé qu’un seul véritable opéra, c’est celui-ci, car jusque là il avait surtout écrit des semi-opéras et des divertissements  (masks)

Didon et Énée fut créé en 1689 dans un collège pour jeunes filles de Chelsea, puis en public onze ans plus tard, en 1700 . On suppose qu’il ait pu être également représenté devant le roi Charles II et sa Cour. Le livret est de Nahum Tate d’après l’Énéïde de Virgile (29-19 av. J.C.) – La partition originale ne fut pas conservée, mais reconstituée en partant du livret.

C’est une œuvre expressive, audacieuse, globalement empreinte de simplicité, traitant de  mythologie, intensément dramatique mais avec des accents de comédie malgré tout, poétique, poignante dans sa lamentation finale ( qui est donnée comme une des plus belles dans le milieu opératique), et dans laquelle se mêlent le rêve, la gaiété, la mélancolie, la gravité.

L’histoire est celle de Didon, reine de Carthage, et de son protégé Énée, prince de Troie. Ils s’aiment. Malheureusement la reine des sorcières veut la perte de Didon et pour y arriver, elle va utiliser des pouvoirs maléfiques sur Énée, en lui faisant croire qu’il doit partir, au nom des dieux, pour fonder Rome, la nouvelle Troie. Même si cela lui en coûte de laisser celle qu’il aime , il veut faire son devoir. Au départ, Didon le repousse et ne comprend pas, puis l’encourage à partir. Résignée et désespérée elle se donnera la mort peu de temps après.

( Vidéo : Lamentation de Didon  » When I am laid in earth  » // Simone KERMES – Elle est accompagnée par MUSICA AETERNA – Direction Teodor CURRENTZIS )