Le BOLÉRO : 90 ans en NOVEMBRE 2018 … de RAVEL à BÉJART

 

Interprétation : par celle qui a créé ce ballet en 1961 à savoir la danseuse yougoslave Duska SIFNIOS :

 

«  Je voudrai surtout qu’il n’y ait pas de malentendu sur ce travail. Il s’agit d’une expérience de type très particulier. Avant sa première représentation, j’avais prévenu que ce morceau de dix-sept minutes n’était constitué que d’un unique et long crescendo ininterrompu. Il n’y a pas de contrastes, et pratiquement pas d’innovation à l’exception de la structure et du mode d’exécution…. L’écriture orchestrale est simple et directe du début à la fin, sans la moindre recherche de virtuosité. » Maurice RAVEL à propos de son Boléro.

En 1928 la danseuse Ida Rubinstein commande une musique de ballet  à Maurice Ravel. Elle est à la fois son amie et son mécène. Elle souhaitait quelque chose dans un esprit plutôt  » espagnol « . Lui n’était pas très enthousiaste au départ. Pour répondre néanmoins favorablement à sa demande, il avait dans l’idée d’orchestrer des pièces pour piano d’Albeniz, mais cela ne pourra se faire. Il se met donc au travail et compose  cette incroyable musique.

Il remet sa partition, sans castagnettes ni tambourins, et la dédie à la danseuse. La chorégraphie est confiée à Bronislava Ninjinska, la soeur de Vaslav. Le ballet devait s’appeler Fandango mais, finalement, portera le nom de Boléro. Il sera créé à Paris. Même si le public est stupéfait par cette surprenante musique qu’il juge, malgré tout, irritante, agaçante ( on ira même jusqu’à dire que  » le compositeur est fou  » ), il obtiendra un très beau succés. Rubinstein ira le danser, par la suite, dans différentes villes européennes.

C’est une musique assez spéciale, étonnante, complexe, inattendue, intense, entêtante certes,  mais envoûtante, impétueuse comme un jeu de lumière avec des clairs-obscurs , à la fois uniforme mais très originale, diversifiée par ce crescendo répétitif qui n’est finalement pas monotone, mais tient en haleine . L’orchestral entre de façon progressive  dans l’action, la flûte, puis les bois, les violons, le trombone aux sonorités un peu jazz  ! C’est tout simplement génial.

» Une musique envoûtée, une musique qui a le diable au corps ne peut être délivrée que par la grâce d’un sortilège subi, seul capable d’interrompre le mouvement perpétuel. C’est ainsi qu’il faut comprendre la fameuse modulation en mi, ce  » clinamen  » arbitraire qui rompt tout l’envoûtement du Boléro en l’aiguillant sur la coda libératrice et sans lequel le Boléro mécanique, renaissant constamment de lui-même, tournerait en rond jusqu’à la consommation des siècles. » dira le philosophe et musicologue Vladimir JANKÉLÉVITCH

Nombreux furent les chefs qui l’ont interprétée  . C’est une partition très célèbre, qui est restée longtemps première au classement mondial des droits d’auteur. Puis en mai 2016, elle  est tombée dans le domaine public … Que nenni ! car ceux qui touchaient les ayant-droits jusque là, ne l’entendent pas de cette manière : d’un côté les  » héritiers  »  français,  de Ravel ( qui soit dit en passant n’ont rien de familial avec lui, mais qui semble t-il entretiennent sa tombe une fois par an (Ce qui est vu , pour beaucoup de personnes, comme bien  peu vis-à-vis de la mémoire de ce grand compositeur par rapport à ce qu’ils touchent)  et de l’autre les héritiers russes d’Alexandre Benois ( le décorateur du ballet ) lesquels prétendent , documents  à l’appui ( reste à prouver que cela est exact) que leur aïeul serait le co-auteur de la musique et demandent, par conséquent, une «  révision de la protection du Boléro  » …. Affaire à suivre ….

En matière de ballet, on compte environ une trentaine de versions données sur la célèbre musique de Ravel.

Celle dont on peut dire qu’elle est  emblématique et   » de référence  » fut signée par  Maurice BÉJART, créée en 1961 avec le Ballet du XXe siècle, au théâtre de la Monnaie à Bruxelles. La première à monter sur la table sera Duska Sifnios, puis plus tard Maïa Plissetskaïa en 1977, et  Jorge Donn en 1979. D’autres suivront bien sur après car c’est un ballet qui fait désormais partie du répertoire de nombreuses compagnies dans le monde.

Béjart a souvent dit que son Boléro était avant toute chose de la danse pure et qu’il n’y avait rien de sexuel dans sa chorégraphie.  Tout est basé sur la sensualité, le désir. Il y a aussi un côté sauvage, possédé, un jeu  féminin-masculin , tel un défi, assez troublant, mystérieux, puissant, passionné.

D’une certaine façon, il a un peu repris l’esprit de la version que Bronislava Nijinska a proposé en 1954, à savoir une danseuse qui danse sur une table face à des spectateurs hommes qui la regardent. La seule différence est que chez Nijinska , elle était vêtue telle une gitane dans une taverne espagnole, et, chez Béjart tout est très dépouillé, elle porte juste un maillot noir, danse dans la pénombre sur une table rouge, déhanche son bassin, ondule, noue et dénoue ses bras, un projecteur s’illumine sur chacun de ses   mouvements. C’est, finalement, presque plus oriental qu’hispanisant.

L’histoire raconte que Béjart aurait donné  comme instructions à Duska Sinfios, lors de la création,  de danser en cherchant à fortement séduire et aguicher  le chef André Vandernoot qui dirigeait l’orchestre … Ce dernier l’a épousé !

Pour bien comprendre cette chorégraphie ( et au départ elle ne l’a pas toujours été ) , il faut se reporter à l’explication que le chorégraphe a donné de son ballet :

«  Musique trop connue et pourtant toujours nouvelle grâce à sa simplicité. Une mélodie s‘enroule inlassablement autour d’elle-même, Un rythme masculin qui, tout en restant le même, va , en augmentant de volume et intensité, dévorer l’espace et finalement engloutir la mélodie. Mon Boléro est un strip-tease qui exacerbe l’érotisation du mouvement tout en maintenant une distance. »

Un jour il en eut assez d’une femme face à des hommes et il a inversé les rôles en plaçant un homme sur la table avec, au départ,  des femmes autour de lui . Tel un Dieu sur un autel entouré de prêtresses. Ce fut Jorge Donn . Béjart expliquera que son danseur ne succédait à personne. C’était tout simplement  le ballet qui changeait de sens. Rien n’avait changé dans la chorégraphie, elle était juste plus mystique.

(Interprétation : Jorge DONN)

Quelques mois plus tard, en 1979, à l’Opéra Garnier, l’homme sera face à 40 autres hommes. Le dieu est en transe devant ceux qui viennent l’adorer.

Il y aura en tout et pour tout quatre façons d’interprétation proposées par Béjart ( 1961, deux en 1979, une dernière en 2004 ) . Quelle que soit celle que l’on regarde, on peut dire que c’est magnifique et bien pensé.

«  L’implacable affrontement monotone et génial entre une mélodie qui semble s’enrouler sur elle-même, tel le serpent originel, et son rythme immuable. N’est-il pas l’image de cette lutte cosmique entre l’élément féminin ondoyant et lunaire et le principe masculin dont les rites sacrés ou populaires, les fêtes et les danses sont toujours plus ou moins l’image ?  » Maurice BÉJART

RENOIR Père & Fils …

RENOIR EXPO AFFICHE

angus macbean
Photo par Angus MACBEAN

 » La peinture ça  ne se raconte pas, ça se regarde. Ça te fera une belle jambe quand je t’aurait dit que les courtisanes du Titien donnent envie de les caresser. Un jour tu iras toi-même voir les Titien et si ça ne te fait aucun effet, c’est que tu n’auras rien compris à la peinture. Et ça ce n’est pas moi qui le changerait …  » et en contradiction : «  La peinture ça ne se regarde pas. On vit avec. Tu as un tout petit tableau chez toi, tu ne le regardes que très rarement et surtout pas en l’analysant. Il deviendra alors une partie de ta vie. » Pierre Auguste RENOIR à son fils Jean

 » Plusieurs fois des producteur m’ont proposé de faire un film sur la vie de mon père, j’ai toujours refusé. La vraie raison de mon refus est que cette évocation à des fins commerciales d’un père par son fils me semblait d’assez mauvais goût. » Jean RENOIR

Il y a treize ans le musée d’Orsay, en collaboration avec la Cinémathèque française, avait déjà mis à l’honneur la famille Renoir, plus qu’une famille on pourrait dire une dynastie . Cette année, ces deux institutions collaborent à nouveau ensemble pour une exposition exclusive  sur Pierre Auguste Renoir, peintre, et son fils Jean, réalisateur de cinéma, concentrée plus précisément sur les relations personnelles, à la fois aimantes, compliquées, tiraillées qu’ils ont pu entretenir, mais aussi celles ayant un rapport avec leurs œuvres. Elle s’intitule :

 » RENOIR Père & Fils  » jusqu’au  27 Janvier 2019

RENOIR PERE ET FILS
Pierre Auguste et Jean vers 1916 – Photo prise par le peintre Pierre BONNARD

Ceux qui les entouraient, dans leur travail respectif, les appelaient Patron : Pierre Auguste Renoir, immense  peintre figuratif, un merveilleux représentant du mouvement impressionniste français …. Et Jean ( l’un de ses enfants  ) qui  n’a pas manqué,lui aussi, de talent, puisqu’il fut un excellent réalisateur de cinéma ( Nanala Chienne Boudu sauvé des eauxLe crime de Mr LangeLa Grande IllusionLes Bas-fonds La règle du jeuLe journal d’une femme de chambreLe fleuve Le carrosse d’or -etc… ) .  Tous deux ont été, à un moment de leur vie, incompris dans ce qu’ils réalisaient, tout comme ils seront adulés beaucoup plus tard et deviendront, chacun dans leur art, des mythes.

Pas des artistes : des artisans comme le revendiquait Jean. Et artisan on l’a été dans cette famille puisque l’arrière-grand-père de Pierre Auguste était menuisier, son grand-père sabotier et son père tailleur !

 » Mon père n’avait absolument pas du tout le culte du mot artiste. D’ailleurs, il refusait qu’on l’appelle un artiste. Il disait :  » moi je suis un peintre, je suis un ouvrier de la peinture, un artisan de la peinture, un fonctionnaire de la peinture, mais je ne suis pas un artiste. » J.R.

L’idée de l’exposition n’a pas pour but de parler d’eux uniquement en tant que membres d’une illustre famille, mais plutôt de se demander comment ce fils a pu se construire par rapport au lourd héritage paternel qui fut le sien, entre proximité et prise de distance aussi. Car il n’a pas été facile de se faire un prénom avec un nom pareil ! En même temps, la toile aura été le support de leur expression à tous deux : picturale pour l’un, cinématographique pour l’autre.

Ils ont été différents, ce qui est normal, mais on note beaucoup de similitudes les concernant notamment leur caractère bien trempé, leur  vision de l’art, la philosophie de la vie,  du monde, leur relation avec la nature et le goût de la liberté. Tous deux des précurseurs dans leur domaine personnel. L’un fut ( entre autres )  picturalement parlant un portraitiste virtuose ayant peint les gens avec bienveillance, chaleur, sincérité, franchise, douceur, et l’autre un observateur très incisif dans ses réalisations cinématographiques.

Si au départ, Jean n’a pas réellement apprécié de n’être vu que comme  le fils de   et que l’on puisse le comparer à son père, avec les années il assurera mieux cette filiation et la mettra même en scène. Il dira souvent,   » j’ai passé ma vie à tenter de déterminer l’influence de mon père sur moi « . On sent bien là combien il n’aura pas été aisé pour lui de la comprendre, mais de s’affirmer et emboîter le pas d’un homme qui a, tout simplement, révolutionner la peinture, un esprit libre … comme lui, et qu’il n’a jamais appelé papa. Mais il n’empêche que malgré une relation un peu compliquée, ces deux là ce sont aimés et il ne fait aucun doute que, outre le lien filial, un lien artistique les a fortement unis. Les avis de Jean ont évolué à ce propos :

 » Je ne veux pas entendre parler , à propos de mes films d’atmosphère ou de peinture. J’estime que la peinture est un art et le cinéma un spectacle et sous aucun prétexte il ne faut confondre les deux. On a dit plusieurs fois que j’étais hanté par les figures de mon père. C’est absolument faux. Si mes héroïnes ressemblent parfois aux siennes, ce n’est que pures coïncidences .. »

« finalement, j’ai revu tous mes films chez moi et je dois avouer que j’ai toujours imité mon père ! Je n’ai même fait que ça  ».

Quand Renoir est décédé Jean avait 25 ans. Un grand nombre d’œuvres retrouvées dans son atelier, sont devenues sa propriété et celle de  ses frères. Tout comme Pierre et Claude, Jean en vendra certaines ( d’autres furent placées dans un coffre) pour financer ses films et faire de son épouse une vedette «  ces toiles qui étaient une partie de moi-même »  et que, finalement, il vendra  pour elle en effet . C’est quelque chose qu’on lui reprochera.

On dira souvent de  Jean qu’il était  » fils de riche  » parce que les œuvres héritées de son père l’avaient mis  l’abri du besoin. Mais c’était mal connaître cette famille que de penser de la sorte car chez les Renoir les différences sociales n’existaient pas. Pierre Auguste était de condition modeste. Certes, il avait, de son vivant, connu les honneurs dans sa carrière et qui avait pu voir ses tableaux entrer au Louvre, n’avait jamais pour autant pris la grosse tête. Il vivait de la même façon qu’autrefois.

Quant à Jean, de part l’éducation simple, heureuse, joyeuse qu’il avait reçue , il avait su rester très abordable, poli,  et bienveillant ( même si exigeant ou quelque peu manipulateur ) avec ceux  qui travaillaient à ses côtés,  jamais méprisant ou haineux envers quiconque.

La peinture de Pierre Auguste a fait partie intégrante de la maison et de la famille, les enfants ont grandi au milieu des pinceaux, des couleurs, des pots, des toiles etc… mais pour autant, cela ne leur a jamais donné l’envie de poursuivre la voie de leur père. Toutefois, ce que l’on ignore, peut-être, en ce qui concerne Jean, c’est qu’il s’est essayé comme céramiste. On peut y voir, là aussi, une  » proximité  » avec son père puisque ce dernier avait travaillé la peinture sur porcelaine lorsqu’il était adolescent. Pierre Auguste avait d’ailleurs fait construire un four et un atelier de céramique dans la maison familiale  (Les collettes )  à Cagnes-sur-Mer. Blessé durant la guerre de 14/18, Jean s’est trouvé là une belle occupation   : vases, pots, bols… Il a modelé la terre, et peint ses céramiques par la suite. Certaines font partie de la collection Barnes ( Philadelphie).

Quand le cinéma ne marchait pas ou que ses films n’obtenaient pas le succès attendu, il retournait à l’art de la poterie.

 » Le céramiste imagine un vase, le fabrique, le peint, le met à cuire et après plusieurs heures, il sort du four quelque chose d’inattendu, de très différent de ce qu’il a voulu ou cru faire. Comme le cinéma n’est-ce-pas ? Car le céramiste trouve dans ce qui se passe pour être son œuvre des détails biscornus dont il n’est pas l’auteur. » J.R.

RENOIR poterie barnes
Assiette faïence à décor polychrome – 1919/1922 Jean RENOIR ( Collection Barnes-Philadelphie/Etats Unis )- Albert BARNES a été un très grand collectionneur des tableaux de Pierre Auguste . Il détenait un fonds de 181 de ses œuvres, mais aussi une quarantaine de céramiques de Jean.
RENOIR VASE Collection BARNES
Vase faïence à décor polychrome – 1919 / 1922 – Jean RENOIR ( Collection Barnes-Philadelphie/Etats Unis)

Directement ou indirectement, il est vrai que l’influence picturale de son père a joué dans ses films : on retrouve, en effet,  certains thèmes des célèbres toiles de Renoir pour ses films : La baigneuse de 1880 se retrouvera dans Déjeuner sur l’herbe en 1959,la femme sur la balançoire de 1876 dans une Partie de campagne en 1936 etc…

 » Si certains passages peuvent rappeler les tableaux de mon père, c’est pour deux raisons : d’abord parce que cela se passe à une époque et dans des lieux où mon père a beaucoup travaillé, ensuite parce que je suis le fils de mon père et qu’on est forcément influencé par ses parents.  » J.R.

RENOIR LA BALANCOIRE
 » La balançoire  » – 1876 – Auguste RENOIR ( Musée d’Orsay-Paris/ France)
renoir
Jean RENOIR durant le tournage d’Une partie de campagne – 1946
chemin montant dans les hautes herbes RENOIR.jpg
 » Chemin montant dans les hautes herbes  » – 1875 – Auguste RENOIR ( Musée d’Orsay-Paris / France)
JEAN RENOIR film
 » Le déjeuner sur l’herbe  » ( photo extraite du film 1959 ) Jean RENOIR
RENOIR LA PROMENADE
 » La promenade  » – 1870 – Auguste RENOIR – ( Collection Getty Museum- Los Angeles / Etats Unis)
RENOIR French cancan
 » French Cancan  » ( Photo extraite du film en 1955 ) – Jean RENOIR

Tout comme un modèle de son père va retenir son attention lorsqu’il la verra à moitié dénudée posant pour lui. Elle deviendra non seulement son épouse, mais la vedette de ses premiers films : Andrée Heuschling, surnommée Dédée,  dernier modèle de Renoir. Nul ne sait avec précision comment le peintre l’avait rencontrée car les explications à ce sujet sont nombreuses. La seule affirmation est qu’ils se sont connus  entre 1915/1916. Une période difficile pour Pierre Auguste qui n’était plus tout jeune et souffrait  de douleurs très difficiles à supporter ( polyarthrite quasi paralysante ) et son épouse était décédée. Par ailleurs, Jean et Pierre étaient  revenus grièvement  blessés de la guerre.

RENOIR Auguste et Catherine Hessling en 1919
Pierre Auguste RENOIR et Catherine en 1919
RENOIR Blonde à la rose catherine 1915.jpg
 » La blonde à la rose  » ( Andrée  ) – 1915 env. – Pierre Auguste RENOIR ( Collection du musée de l’Orangerie – Paris / France )

Andrée va être un rayon de soleil, de jeunesse insouciante et de joie pour Renoir dans cette triste et sombre période. Il va beaucoup la peindre ( un centaine de tableaux le confirme) – Jean tombe amoureux d’Andrée. Il l’épousera en 1920, peu de temps après la mort de son père. Ils auront un fils en 1922 ( Alain ) –  Avec elle il partage la passion du cinéma américain et c’est par amour pour elle, en allant voir des films où se produisaient des starlettes d’Hollywood, qu’il décide de devenir réalisateur et faire une vedette de son épouse. Pour ce faire, elle changera son nom et deviendra Catherine Hessling. Premier film avec elle en 1924 , La fille de l’eau. Suivra Nana en 1926, Sur un air de Charleston en 1927, La petite marchande d’allumettes un an plus tard.

Ils se sépareront en 1931. Catherine n’ayant pas apprécié que son époux attribue le rôle principal du film La chienne à une autre qu’elle ( en l’occurence Janie Marèze) . Après elle, viendra Marguerite Houlié, scripte et monteuse, qui va avoir une grande influence sur les  choix cinématographiques de Jean . Puis en 1944, il épousera Dido Freire aux Etats Unis. C’est surtout elle qui prendra soin du fils qu’il avait eu avec sa première épouse et l’aimera comme une mère.

RENOIR CATHERINE HESSLING NANA
Catherine dans le fim de Jean Renoir  Nana en 1926 –

Pierre Auguste n’était pas un peintre débutant lorsque Jean est né en 1894. Il avait déjà de très longues années de créations derrière lui lorsque cela s’est produit. C’est donc dans l’oeuvre tardive d’un peintre vieillissant ( mais toujours en renouvellement) que le fils a grandi. Bien sur, comme d’autres membres de la famille, il a beaucoup posé pour son père.

Il faut savoir qu’un quart des nombreux  portraits, réalisés par Renoir, concernent ceux de sa famille ou de ses proches : son épouse Aline Charigot, couturière de son état qui fut d’abord son modèle, son amie, et sa compagne avant d’être sa femme,  ses enfants (très souvent Jean, mais aussi Claude), ainsi que la bonne de la famille ,Gabrielle. Cette proximité avec la famille sera reprise également dans son travail par Jean qui collaborera  d’une part avec Claude ( qui sera un temps son directeur de production avant de se lancer définitivement comme céramiste )  et Pierre ( qui deviendra l’un de ses acteurs)

RENOIR son épouse claude bébé jean et Pierre
Pierre Auguste avec son épouse Aline, Claude sur ses genoux, Jean debout auprès d’elle, et, Pierre près de son père
RENOIR LA FAMILLE DE L ARTISTE.jpg
 » La famille de l’artiste  » 1896 – Pierre Auguste RENOIR ( Collection Fondation Barnes – Philadelphie/ Etats Unis)
RENOIR JEAN EN CHASSEUR.jpg
 » Jean en chasseur  » – 1910 – Pierre Auguste RENOIR ( Collection Lacma à Los Angeles / Etats Unis ) – Elle a longtemps appartenu à Jean Renoir qui l’avait récupérer auprès de la petite-fille de Paul Cézanne.

Gabrielle Renard ( dite Bibon par Jean)   a tenu une part très importante chez les Renoir. Elle était de la famille puisque la cousine d’Aline, l’épouse de Pierre Auguste. C’est elle qui s’occupait de la maison, qui était la nounou des enfants, et servait de modèle ( à l’occasion ) au peintre. Elle s’est installée avec eux en 1894 et restera jusqu’en 1914. Elle a été très proche de Jean, son préféré,  avec lequel elle jouait et riait beaucoup, et réciproquement il lui était très attaché. Lorsqu’il s’installera à Beverly Hills (Etats Unis) durant la seconde guerre mondiale, il va la retrouver. Elle habitera dans une maison toute proche de la sienne. Elle était mariée désormais à Conrad Slade, un peintre,  fan de Renoir.

 » Je crois que dans un certain sens, Gabrielle fut la première femme de ma vie. Pour moi, le monde se divisait en deux : ma mère pour la partie ennuyeuse parce qu’elle me faisait manger de la soupe, aller au cabinet, prendre le  » tub  » ( sorte de bassin en zinc destiné aux ablutions matinales ). Bibon c’était la rigolade, la promenade au jardin public, les jeux dans le tas de sable, et surtout me faire porter ( ce à quoi ma mère refusait sans appel) tandis que Gabrielle n’était heureuse que pliée sous le fardeau de mon jeune corps. J’était un enfant très gâté « . J.R.

Jean et Gabrielle en viendront , de façon très naturelle, à se remémorer, avec tendresse, tous leurs souvenirs auprès de Pierre Auguste, l’homme et le peintre. Comme il ne se souvenait pas forcément de tout, elle va l’aider à coucher sur papier tout ce qu’elle avait en mémoire concernant son père, leur vie de famille, l’enfance etc… Le livre de Jean sortira en anglais sous le titre Renoir my father en 1962 et sera un best-seller. Les éditions Gallimard le rééditeront en France en 1981 sous le nom Pierre Auguste Renoir, mon père. Il comporte un grand nombre de conversations et anecdotes.

RENOIR GABRIELLE ET JEAN.jpg
 » Gabrielle et Jean  » – 1895/96 – Pierre Auguste RENOIR ( Collection du musée de l’Orangerie-Paris / France )
JEAN RENOIR ET GABRIELLE
Jean et Gabrielle à Beverly Hills

Jean est enterré à Essoyes ( commune française de l’Aube) avec son père Pierre Auguste, son frère Pierre et son épouse Dido. Juste derrière eux se trouve la tombe de sa mère Aline, sa grand-mère maternelle Thérèse, son frère Claude et le petit-fils du peintre Claude junior.

 » Nous l’asseyions sur sa chaise à porteur et encore deux jours avant sa disparition, il a tenu à aller dans le jardin et à commencer un paysage. Nous l’avons porté dans le jardin, il a regardé les oliviers, j’ose dire qu’il s’est perdu dans les oliviers, mais il souffrait, il souffrait terriblement. De temps en temps, lui qui ne se plaignait jamais, laissait même échapper un gémissement. On a placé sa toile sur son chevalet, devant lui, on a ouvert sa boite de couleurs. La palette était toute prête, bien propre, le pinceau qu’on a mis dans sa main, et il a commencé à prendre de la couleur, la mettre sur la toile. Il a cessé de gémir, on œil s’est éclairé. Nous sentions que la joie de pendre était en train de le posséder et au bout de quelques minutes, il s’est mis à chantonner ….  » (Jean RENOIR dans ses entretiens sur son père en 1953 )

RENOIR PEIGNANT

 

 

L’IVROGNE … Jack LONDON

 » Il existe, généralement parlant, deux types d’ivrognes : celui que nous connaissons tous, stupide, sans imagination, dont le cerveau est rongé par de faibles lubies ; il marche les jambes écartées, d’un pas mal assuré et s’étale fréquemment dans le ruisseau ; il voit, au paroxysme de son extase, des souris bleues et des éléphants roses. C’est ce type-là qui provoque la verve des journaux comiques. L’autre type d’ivrogne a de l’imagination et des visions. Cependant, même lorsqu’il tient une sérieuse cuite, il marche droit, sans jamais chanceler ni tomber, car il sait exactement où il se trouve et ce qu’il fait. Ce n’est pas son corps qui est ivre, mais son cerveau. Selon le cas, il pétillera d’esprit ou s’épanouira dans une bonne camaraderie. Peut-être entreverra-t-il des spectres et fantômes, mais intellectuels, d’ordre cosmique et logique, dont la vraie forme est celle de syllogismes. C’est alors qu’il met à nu les plus saines illusions de la vie et considère gravement le collier de fer de la nécessité rivé à son âme.  » John GRIFFITH-CHANEY dit Jack LONDON (Écrivain américain)

IVROGNE Karl SPITZWEG
 » L’ivrogne  » – Karl SPITZWEG

BASQUIAT-SCHIELE … Fondation Louis VUITTON : 2e partie

 

SCHIELE BASQUIAT

 

2e partie : Egon SCHIELE 

EGON SCHIELE.jpg

 » L’art ne peut être moderne … Il est éternel  » Egon SCHIELE

Schiele a été un artiste majeur de l’expressionnisme,  mort très jeune à 28 ans de la grippe espagnole.  un passionné de la ligne et du trait, un surdoué de l’ art graphique, . Pour autant, son travail fut, à une certaine époque, jugé comme scandaleux, dérangeant, pour ne pas dire obscène, tout aussi complexe qu’a pu l’être sa personnalité trouble. De nos jours, il est classé parmi les peintres autrichiens les plus célèbres et tient une place de choix auprès, notamment,  de Gustav Klimt.

Sa ligne se modifiera plus tard notamment dans le volume des corps, elle sera influencée par les événements de la guerre. On note aussi des paysages, lesquels sont tout aussi dépouillés que ses corps, un dépouillement que l’on pourrait-dire  » voulu  » pour que seule la structure apparaisse, nue comme ses corps . C’est surtout lorsqu’il habitait à Krumau (Cesky Krumlou désormais) qu’il s’y est fortement intéressé notamment les bords de la Moldau, ainsi que toutes les maisons de bois alignées les unes contre les autres. Il leur trouvait un aspect  » ville morte  » fantomatique qui correspondait à ses états d’âme tourmentés.

KRUMAU SUR LA VITTAVIA EGON SCHIELE
 » Krumau sur la Vittavia – La petite ville IV   » – 1914 – Egon SCHIELE ( Leopold Museum – Vienne / Autriche )

Pour la plupart de ses œuvres, il a utilisé le crayon, la plume, la gouache et l’aquarelle.

Un marginal, révolté, vaniteux, avec en lui un énorme besoin de reconnaissance, qui s’est mis la justice à dos à plusieurs reprises parce qu’il employait des adolescentes mineures comme  modèles. Il est exact que la jeune fille en fleurs timide-romantique n’était pas ce qu’il préférait …. Il fut même accusé d’en avoir séduit une et fit de la prison. Non seulement, on confisqua les dessins mais ils furent brûlés en salle d’audience au tribunal. Sa plus jeune sœur a, elle-même, posée nue pour lui lorsqu’elle était enfant, sans que sa mère le sache.

 » Je ne nie pas avoir réalisé des dessins et des aquarelles à caractère érotique. Mais il n’en demeure pas moins que ce sont des œuvres d’art !  » E.S  – Pour lui, les mœurs rigides des autrichiens de l’époque  étaient hypocrites et face à eux, comme pour les braver,  il a préféré donner des représentations d’un art plus osé, plus cru.

JEUNE FILLE COUCHEE EGON SCHIELE
 » Jeune fille nue couchée en robe à rayures  » 1911 – Egon SCHIELE ( Collection privée )

 

Il faut dire qu’il n’a pas fait dans la dentelle, et même lorsqu’il s’est agi de tableaux religieux, ceux-ci ont fait scandale, notamment le Cardinal et la Nonne, tous deux dans une position qui n’avait rien de catholique ou de très pieux. Un tableau qui ne fera pas partie de l’expo ( Il fait partie du fonds du Leopold Museum de Vienne)

Il  s’est beaucoup focalisé sur le corps et le nu, on peut même affirmer qu’il a été fasciné par eux ( androgynes pour les hommes, plutôt masculins pour les femmes ) – Le nu a tenu une place essentiel dans son travail.

C17518.jpg
 » Nu debout avec un foulard ( ou un tissu )  » – 1917 – Egon SCHIELE ( National Gallery of Art -Washington / Etats Unis )

L’exposition de la Fondation Vuitton à Paris a tenu à s’attarder  sur la technique qu’il a utilisée, sur cette ligne qui fut si importante pour lui , celle dite ornementale de 1908/1909 fortement influencée par Klimt et l’Art nouveau, celle des portraits, celle  des corps très souvent décharnés, disproportionnés, déformés, des mains tordues, des visages qui ressemblent à ceux des mourants. D’ailleurs, la mort est souvent présente dans son univers ( l’amour aussi ) .

EGON SCHIELE PORTRAIT
 » Portrait de Eduard Kosmack, de face, mains jointes  » – 1910 – Egon SCHIELE ( Collection privée )

Il a réalisé aussi  de nombreux auto-portraits ( plus de 100 )  ce qui a souvent amené certaines personnes à dire qu’il y avait vraiment chez lui un côté narcissique, mais au-delà de cela c’est surtout qu’il fut un implacable observateur que ce soit des autres comme de lui. Il a commencé vers l’âge de 15 ans en se regardant devant un miroir.

SCHIELE AUTO PORTRAIT AU GILET
 » Auto-portrait au gilet  » – 1911 – Egon SCHIELE ( Collection Ernest Ploil à Vienne / Autriche)

AUTOPORTRAITS SCHIELE

Pour situer un peu l’époque dans laquelle il a évolué, il faut parler de Vienne à la fin du XIXe siècle. Elle est partagée par ce qu’elle fut autrefois, à savoir plutôt glorieuse, ce qui lui laissait  comme un goût de nostalgie ; et ce qu’elle était désormais face à un mouvement novateur dans les Arts que ce soit pictural, architectural, sculptural et même littéraire. Une nouvelle génération, révolutionnaire et contestataire, veut s’imposer  (avec Gustav Klimt en leader) affrontant  la très conservatrice Künstlerhaus ( laquelle réunissait un grand nombre d’artistes viennois). Cela va entraîner le renvoi de dix-neuf d’entre eux ( architectes, peintres, décorateurs)  qui s’uniront pour fonder la Sécession. Leur devise : «  à toute époque son art et à tout art sa liberté  » … Tout est dit !

Une première exposition de leurs œuvres verra le jour en 1898 tout comme une revue les concernant : Ver Sacrum. C’est elle qui est mise en place pour expliquer la sensibilité artistiques des différents membres, leur état d’esprit. Elle assure la promotion de leur travail, s’intéresse à toutes les tendances artistiques européennes. Ce travail est très souvent chargé de symboles. Sept ans plus tard, des désaccords, des mésententes vont naître et cet élan porteur de tant de ferveur , va s’éteindre d’autant que les plus importants membres vont quitter le navire : Gustav Klimt, Koloman Moser en feront partie.

Bien sur, la Sécession va continuer et de nouveaux artistes vont y adhérer, ce sera le cas de Egon Schiele. Toutefois, l’ambiance n’est plus la même parce que le travail des nouveaux n’est plus tellement en accord avec celui, beaucoup plus élégant, de ceux qui les ont précédés. Le public, comme la critique, n’apprécie pas. Klimt, de son côté, fait preuve de bienveillance à leur égard. Il sera le mentor et le père spirituel de certains d’entre eux.

Schiele est né en 1890 à Tullin, tout près de Vienne en Autriche. Seul garçon au milieu de trois soeurs : Elvira ( qui va mourir à 3 ans ) , Mélanie et Gerti ( Gertrude) . Son père, Adolf,  est chef de gare.

Il va très tôt se passionner pour le dessin. Son sujet principal est le chemin de fer et les trains, ce qui amènera son père à penser qu’il pourrait devenir ingénieur. On l’envoie donc suivre des études secondaires dans un lycée scientifique à Drems, puis à Klosterneuberg.  Mais ses ambitions ne sont pas celles de son fils qui lui est complètement emporté par l’art et délaisse bien souvent ses études pour dessiner ( sa mère affirmera même que cela a commencé dès l’âge de 2 ans) – Ce désaccord amène  beaucoup de tensions au sein du climat familial, une grande mésentente et de grosses disputes  entre père et fils. La mère s’en moque un peu et ne  prend partie ni pour l’un ni pour l’autre. Le seul réconfort et encouragement viendra de sa petite sœur Gertrude.

Lorsqu’il a 14 ans son père décède des suites de la syphilis. Sa mère cède à son désir de carrière artistique et il intègre une école d’Art Décoratif. Ses professeurs se rendent compte, très vite,  qu’il est hyper doué et lui conseillent vivement de continuer à l’école des Beaux Arts. Il est accepté dans cette institution à 16 ans. Mais, à peine rentré, il va se révolter contre l’enseignement un peu trop conventionnel et académique que l’on dispense , et claque la porte.

C’est là qu’il va lui être donné de rencontrer Gustav Klimt. Ce dernier et les membres de la Sécession avaient organisé une grande exposition. Schiele quitte l’Académie et se joint à eux.  Klimt va très vite se rendre compte du talent du jeune artiste, l’encourage  . De son côté, Schiele éprouve beaucoup d’admiration pour son aîné . Il l’influence beaucoup (tout comme le travail de Van Gogh,et Hodler ) . Au-delà de l’art qui les unit, il y aura aussi une grande amitié et une fascination réciproque, jusqu’à ce que l’élève décide de suivre sa propre route  et mettre des distances entre eux.

EGON SCHIELE ET KLIMT
Egon SCHIELE et Gustav KLIMT

 

L’histoire raconte que lorsqu’il était un jeune étudiant en art à Vienne, il se présenta dans l’atelier de Klimt et de façon très audacieuse et lui montra un carton de ses dessins, en lui demandant s’il trouvait qu’il avait du talent. Après les avoir observés, Klimt lui répondit  » Trop, beaucoup trop ! »

 

DANAE KLIMT EN 1907
 » Danaé  » 1907 – Gustav KLIMT ( Galerie Wurthle-Vienne/ Autriche ) – Ne fait pas partie de l’expo de la Fondation Vuitton – Juste l’influence de Klimt sur Schiele
DANAE Egon SCHIELE
 » Danaé  » – 1909 – Egon SCHIELE – ( The Lewis Collection)  – Cette toile fut présentée à la Kunstschau en 1909. On peut dire que c’est à partir de cette exposition que sa carrière fut véritablement lancée. Par ailleurs, on perçoit l’influence que Klimt a pu avoir sur lui : même position fœtale, même couleur de cheveux, même érotisme sensuel)

Il va participer à des expositions de la Sécession , fondera lui aussi, avec quelques amis, un groupe artistique ( la Neukunstgruppe) prônant l’art nouveau ; de nouvelles personnes entrent dans sa vie : des critiques d’art, des écrivains ( dont Arthur Roessler son premier biographe), des collectionneurs et des marchands d’art.

Il fait de nombreux portraits de personnalités en vue. Ceux-ci sont très expressifs et représentatifs de son style. Il se met à écrire des poèmes, et, travaille dans la décoration de théâtre.

Parmi les femmes de sa vie, on note au départ une prostituée qui était son modèle et avec laquelle il a vécu un certain temps – En 1911 il est en couple avec Walburga Neuzil ou Neuziel dite Wally, laquelle a été un modèle de Klimt.

EGON SCHIELE et WALLY.jpg
Egon SCHIELE et Wally

Son couple avec Wally fait jaser (surtout à Krumau en Bohême du sud, parce qu’à cette époque ils vivaient en union libre, ce qui n’était pas pas très bien vu et amener les gens à se poser beaucoup de questions à leur sujet. Ils devront quitter la ville.  Un peu plus tard, il est accusé de détournement de mineurs, voire même de viol  et immoralité. On lui reproche d’utiliser des très jeunes filles comme modèles et de les faire poser nues le plus souvent . Tous ses dessins à tendance érotiques les concernant sont confisquées, jugés immoraux, et, brûlés lors de l’audience.

Toutefois, il n’y eut pas véritablement de preuves pouvant corroborer les accusations de viol et les plaintes d’incitation à la débauche seront retirées. Un seul chef d’accusation  (concernant ses dessins érotiques) sera retenu et il sera condamné à  moins d’un mois de prison, durant lequel il va beaucoup dessiner sur le thème de son incarcération à Neulengbach.

En 1914, il rencontre les soeurs Harms , Edith et Adèle, des jeunes femmes de bonne condition sociale, qui habitent la même rue dans laquelle se trouve son atelier à Vienne. Il épouse Edith en 1915 ( elle a quatre ans de plus que lui ). Cette union très complice  va adoucir ce côté  » érotique cru et violent  » qui était le sien jusque là. Elle pose pour lui également.

EGON SCHIELE EDITH ET UN NEVEU
Egon SCHIELE avec Edith et un neveu

Il semblerait 100 ans après sa mort, ce côté dérangeant de lui, ne soit pas totalement disparu parce qu’il paraît qu’en début de 2018, les affiches représentant certains de ses fameux dessins, aient été censurées à Vienne, ce qui a amené les publicitaires à mettre des bandes sur les parties du corps qui faisaient outrage. Le bandeau portait une inscription «  100 ans et encore trop osé ?  » ….

VIENNE AFFICHE

 

Il meurt, tout comme son épouse( enceinte de leur premier enfant ) , de la grippe espagnole qui faisait des ravages en Europe en 1918.

Un musée portant son nom a été ouvert en 1990 dans sa ville natale de Tullin.

 

 

 

 

BASQUIAT & SCHIELE .. Fondation Louis VUITTON / PARIS – 1ère partie

SCHIELE BASQUIAT

( Article présenté en deux posts )

Ce n’est pas la première fois que des expositions mettent face à face deux artistes, cela s’est déjà vu à Paris et ailleurs . Cette fois, c’est la Fondation Louis Vuitton qui le fait avec deux expos du 3 Octobre 2018 au 14 Janvier 2019 : l’une consacrée  à un artiste américain de New York , l’autre un  autrichien néo-impressionniste de Vienne : Jean-Michel BASQUIAT et Egon SCHIELE. C’est un pari que beaucoup ont qualifié de risqué, parce qu’exposés ensemble mais séparément. Ils ne sont pas, en effet,  réunis dans les mêmes espaces … mais bon c’est quand même, je trouve, intéressant d’admirer le travail de ces deux figures majeures de l’art, deux virtuoses de l’art graphique, infiniment prolifiques. Il ne s’agit nullement d’une confrontation entre les deux. Juste qu’ils ont eu certaines similitudes qui expliquent le fait qu’ils se retrouvent ensemble.

Soixante dix ans les séparent dans l’année de leur naissance. Ils ont été des artistes présentant une grande singularité. Ils ont marqué le début et la fin d’un siècle : le XXe . Tous deux morts très jeunes à 28 ans : d’un côté Basquiat qui est décédé d’une overdose de speed-ball (mélange cocaïne et héroïne)  en 1988, et de l’autre Schiele qui lui va mourir de la grippe espagnole en 1918 .

Tous deux ont eu une passion obsessionnelle pour le dessin,  tout comme ils ont eu en commun de vouloir en finir avec l’ordre établi,  les codes artistiques conventionnels  de leur époque. Deux observateurs en grande détresse qui ont exprimé, de façon très expressive, intense, dans leurs œuvres, cette rage et cette colère bouillonnantes qui les caractérisaient et ils ont su le faire  beaucoup d’émotion et de souffrance. Schiele s’est attaché à observer avec une grande attention l’homme, son identité, sa destinée, l’évolution de son corps de façon assez crue et audacieuse  ; Basquiat, de son côté, a voulu imposer, avec force, la figure  de l’homme(invisible)  noir dans la société américaine et surtout qu’il ait une place dans le culturel.

Tous deux ont eu un mentor qui a énormément compté dans leur vie : pour Basquiat ce sera Andy Warhol, et pour Shiele, Gustav Klimt.

1ère partie : Jean-Michel BASQUIAT 

BASQUIAT Jean Michel
Jean-Michel BASQUIAT

 » J’utilise le Noir comme protagoniste principal de toutes mes peintures. Les Noirs ne sont jamais portraiturés d’une manière réaliste, par même portraiturés dans l’art moderne et je suis heureux de le faire. »

Basquiat icône noire dans l’art avant-gardiste du XXe siècle,  très cultivé ( même s’il a quitté l’école très jeune  ! ) a eu une vie à deux cent à l’heure. Une carrière en moins de 10 ans, et une  mort toute aussi fulgurante. Ce qui a rendu son travail si original et charismatique, c’est qu’il s’est approprié, de façon pertinente, la réalité qui l’a entouré, la société, la rue, le quotidien, son identité noire, la mort avec des personnages squelettiques, des visages sous formes de masques, mais aussi la musique, le sport, les motifs de la culture pop etc…

Sa vie a été faite de rencontres qui ont beaucoup compté. Ses œuvres furent  avant-gardistes, complexes, très politisées, porteuses de symboles,  nourries de cette intensité énergique, intense, révoltée, et émotionnelle qui fut la sienne ; à la fois très riches, vibrantes, empreintes d’une grande sensibilité, faites de questions, d’interrogations sociales et politiques que ce soit sur le capitalisme, l’exploitation, la discrimination,les génocides, l’oppression, le racisme, la violence policière ; elles pouvaient parler de colère, de rage, de vengeance, et se montrer tout aussi poétiques.

BASQUIAT Irony of Negro Policeman 1981
 » Irony of negro policeman  » 1981 – Jean-Michel BASQUIAT ( Collection AMA )

On peut classer ses œuvres en trois parties : la période allant de 1980 à 1982 où il s’est  beaucoup exprimé sur la mort et sa vie dans la rue – vient ensuite celle allant de 1982 à 1985 qui est un mélange de tableaux, panneaux, sur lesquels il écrit, fait des collages qui n’ont rien à voir, d’ailleurs, les uns avec les autres. C’est la phase de son grand intérêt pour son identité noire, mais hispanique aussi –  et puis la dernière de 1986 à sa mort, différente des autres, plus figurative mais toujours emplie de symboles.

BASQUIAT Untitled 1981 Collection Eli et Edythe L. Broad
 » Sans titre  » – 1981 – Jean-Michel BASQUIAT ( Collection Edi et Edythe L.Broad )

Jeune homme intelligent, ambitieux, énergique, avec le cerveau toujours en éveil. Il a été un grand amoureux des mots, des mots qu’il a aimé faire parler, entendre, voir. Sur sa peinture  ou sur ses tags dans les rues de Manhattan,  il les écrits seuls ou en phrases, parfois poétiques, parfois provocateurs, ironiques, en majuscules ou en minuscules,  des mots issus de ses livres d’histoire, de science, de géographie, de chimie, d’art, de textes bibliques, des dictionnaires aussi, ou bien encore des slogans qu’il trouve sur des boites de biscuits, céréales ou autres.

Il a été un dessinateur surdoué,  obsessionnel, compulsif, maniaque qui passait son temps à crayonner :

 »  La manière dont il tenait le crayon faisait parfois songer à un paralytique. Il ne le tenait pas de façon conventionnelle. Il le plaçait au niveau de l’annulaire, ce qui avait l’air vraisemblablement bizarre, de sorte que lorsqu’il dessinait, le crayon glissait presque de ses doigts. Il le laissait faire, le rattrapait au vol pour le laisser dériver. C’était incroyable toute cette danse faite avec le crayon  » .. Un de ses amis

BASQUIAT Crowns 1981 Estate de Jean-Michel Basquiat Artesta New York
 » Crowns – Peso neto  » – 1981 – Jean-Michel BASQUIAT ( Collection particulière)

Il a énormément déploré que les artistes noirs n’aient pas leur place dans les musées, ce qui a développé en lui un profond désir d’identité, une identité attirée par le métissage, la négritude, assortie d’une haine vraiment féroce envers le racisme. Il décidera que la culture africaine et afro-africaine tiendraient une place importante dans son œuvre.

Fou de musique , de jazz surtout et plus particulièrement de Charlie Parker, Miles Davis,  mais aussi Jimi Hendrix, Janis Joplin. Il fondera même un groupe de noise rock  ( Gray )

Il est né à New York en 1960. Son père, Gérard, est d’origine haïtienne, sa mère Matilde d’origine portoricaine. Il a deux sœurs, Lysane et Jeanine.  La petite famille vit à Brooklyn dans un milieu de la petite bourgeoisie.

De ses deux parents, c’est avec sa maman qu’il entretiendra les meilleurs relations : elle va énormément l’entourer lorsqu’à huit ans il est renversé par une voiture ( bras cassé, contusions diverses et ablation de la rate ) ; et réciproquement il sera proche d’elle lors de son internement dans un hôpital psychiatrique alors qu’il était adolescent.  Par ailleurs, durant son hospitalisation, après son accident, elle lui offrira un ouvrage d’anatomie qui va le passionner et sera à l’origine de ses grandes connaissances sur le corps humain ; de plus elle ne cesse de s’émerveiller en voyant combien il est doué, depuis ses 4 ans, pour le dessin. Elle partagera avec lui le goût de l’art, l’emmènera dans tous les plus grands musées de New York  et l’encouragera vivement dans cette voie. A cette époque, il se voyait dessinateur de B.D.

Avec son père les choses sont différentes. C’est un homme assez rigide ( pour ne pas dire tyrannique )  sur les principes. Ils ont du mal à s’entendre,  et il comprendra difficilement ce fils qui ne veut pas se soumettre aux règles paternelles. Ils se disputent, parfois assez violemment, ce qui pousse le fils à fuguer, vagabonder au milieu des voleurs et des toxicomanes durant plusieurs jours.

Lorsqu’il est adolescent, ses parents divorcent. Sa mère internée, il est contraint de partir vivre avec ses sœurs chez son père et c’est le retour à New York, puis le départ pour Porto Rico, San Juan,  et le retour aux Etats Unis. Il a 16 ans, fréquente une école d’art assez réputée où il rencontre Al Diaz, un graffeur qui deviendra un de ses meilleurs amis.

Fugue, abandon des études, il quitte la maison paternelle. Son père ne veut plus entendre parler de lui. Installation chez des amis et pour survivre , il sera vendeur de tee-shirts et cartes postales dessinées par ses soins et qu’il propose dans la rue. C’est à cette époque qu’il commence à fréquenter le milieu des graffeurs.

Avec Al Diaz il se met à graffer dans la rue près de Manhattan et tous deux signes sous le pseudo de SAMO ( Same Old Shit  ) – Ils commence à se faire connaître dans l’East Village. Mis à part les murs, il utilise déjà toutes sortes de supports : des portes, des carrelages, du bois, des toiles, des meubles, des frigos etc …. Il fait des collages également et pour se faire utilise le crayon, le fusain, la peinture, des bombes aérosols . Il va graffer durant deux ans, et puis un jour on pourra lire Samo is dead ( Samo est mort ) ce qui signera la fin de sa collaboration avec Al Diaz. S’en suivra une première  » expo  » dans un immeuble désaffecté de la 42e rue.

BASQUIAT AL DIAZ
Al DIAZ

Il se fait remarquer, un article sur lui est publié en 1978, on l’invite à une émission de télévision et jouera même dans un film indépendant produit par le journaliste et réalisateur  Glenn O’Brien où il tiendra son propre rôle. Il acquiert une certaine notoriété, et il est invité à participer à une exposition de jeunes artistes, puis une autre où il aura face à lui le peintre, dessinateur, sculpteur et autrefois lui aussi graffeur :  Keith Haring, qui devient un ami . Trois ans plus tard, sa carrière est lancée ; une galériste ( Annina Nosei ) se charge d’une première exposition sur lui et lui offre d’installer son atelier dans le sous-sol de la galerie.  Il y restera un an et la quittera après avoir fait l’objet de différentes autres expos personnelles. Il a désormais son marchand d’art attitré : Bruno Bischofberger.

bobby 139.tif
Avec Glenn O’BRIEN
BASQUIAT avec Annina NOSEI dans son atelier
Dans son atelier avec Annina NOSEI
BASQUIAT et Keith HARING
Avec Keith HARING

A 19/20 ans il lui sera donné de croiser celui qui deviendra son mentor : Andy Warhol, dans un restaurant de Soho. Puis en mai 1982, trois ans plus tard, il le rencontrera vraiment en personne,   car l’occasion lui sera donnée de se rendre dans son atelier grâce à Bruno Bischofberger. Warhol est très intrigué face à ce jeune homme qui ne tient pas en place, insolent, bouillonnant d’idées, qui dessine très bien. Lorsque Basquiat retourne chez lui, il peint aussitôt Dos Cabezas , qui les représente tous les deux et, retourne, la toile à peine sèche, à la factory pour la lui offrir. De là naîtra non seulement une amitié  (assez volcanique d’ailleurs) mais aussi une collaboration. Warhol sera son mentor certes, un mentor qu’il admire énormément, mais aussi, par certains côtés, un père de substitution.  De son côté, Warhol aime toute l’énergie que dégage le jeune homme et qui lui donne à lui aussi de l’élan dans son travail.

BASQUIAT deux têtes 1982 collection particulière
 » Deux têtes – Dos cabezas  » – 1982 – Jean-Michel BASQUIAT ( Collection particulière)

Leur collaboration, et leur amitié,  va durer de 1984 à 1985 – Elle donnera naissance à de très nombreuses sérigraphies et peintures ( environ 200 ) unissant leurs deux styles, différents individuellement parlant. L’exposition faite à Zurich en 1985 sur leurs œuvres communes ne sera malheureusement pas couronnée de succès. Leur travail est très critiqué , on accuse même Warhol de profiter de l’esprit créatif du jeune homme. Cela va marquer la fin de leur travail commun.

 » C’était comme une espèce de mariage fou, le drôle couple du monde de l’art. Leur relation était symbolique. Jean-Michel pensait qu’il avait besoin de la célébrité d’Andy et Andy croyait avoir besoin du sang neuf de Jean-Michel. Jean-Michel renvoyait à Andy une image de révolte. » Ronnie CUTRONE ( Assistant de studio et ami de Warhol )

BASQUIAT Warhol Bruno Bischofberger Francesco Clemente
Avec Andy WARHOL – Bruno BISCHOFBERGER et Francesco CLEMENTE

Il gagne de l’argent, les expos se multiplient. En 1986, il décide de partir à Abidjan ( Côte d’Ivoire/ Afrique) avec une amie pour une exposition le concernant au Centre culturel français. C’est la première fois qu’il se rend dans ce pays et il en reviendra très déçu.

Il a du succès dans sa carrière mais son quotidien est malheureusement fait de drogues et d’alcool. Il ne sort pas de chez lui, regarde la télévision jour et nuit.

En 1987 Warhol décède. C’est un événement terriblement tragique pour Basquiat qui aura pour conséquence de le pousser à s’enfoncer davantage  dans  sa vie de reclus, et dans la toxicomanie. Rien malheureusement, ni sa dernière exposition auréolée de succès, ni sa cure de désintoxication à Hawaï, ni même sa petite amie de l’époque, ne réussiront à le guérir de ses addictions;  Il sera retrouvé mort dans son appartement en 1988.

BASQUIAT Riding with Death 1988 une de ces dernières toiles exposée pour la premire fois à Paris Estate de jeanMichel Basquiat Artestar New York
 » Riding the Death  » – 1988 ( une de ses dernières œuvres, exposée pour la première fois à Paris  – Jean-Michel BASQUIAT

BASQUIAT MUR

 

 

 

 

 

 

 

 

11 NOVEMBRE 1918 …

« Je cherche vainement ce qu’en pareil moment, après cette lecture devant la Chambre des représentants de la France, je pourrais ajouter. Je vous dirai seulement que dans un document allemand dont par conséquent, je n’ai pas à donner lecture à cette tribune, et qui contient une protestation contre les rigueurs de l’armistice, les plénipotentiaires de l’Allemagne reconnaissent que la discussion a été dans un grand esprit de conciliation. Pour moi, cette lecture faite, je me reprocherais d’ajouter une parole, car, dans cette grande heure, solennelle et terrible, mon devoir est accompli. Un mot seulement. Au nom du peuple français, au nom du gouvernement de la République française, le salut de la France une et indivisible à l’Alsace et à la Lorraine retrouvées.Et puis honneur à nos grands morts qui nous ont fait cette victoire !

Nous pouvons dire qu’avant tout armistice, la France a été libérée par la puissance de ses armes, et quand nos vivants, de retour sur nos boulevards, passeront devant nous, en marche vers l’Arc de Triomphe, nous les acclamerons. Qu’ils soient salués d’avance pour la grande oeuvre de reconstruction sociale.

Grâce à eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, sera toujours le soldat de l’idéal.  »

Georges CLÉMENCEAU ( Homme d’État français, surnommé Le Père de la Victoire ou le Tigre / extrait de son intervention à l’Assemblée Nationale en Novembre 1918 )

PLACE DE L OPERA 11 NOVEMBRE 1918
Place de l’Opéra 11 Novembre 1918

 

ÉBLOUISSANTE VENISE – Venise, les arts et l’Europe au XVIIIe siècle …

VENISE AFFICHE

 » Venise est singulière par sa disposition, ses façons, ses manières de vivre à faire crever de rire, la liberté qui y règne et la tranquillité qu’on y goûte  » …  » J’adore me rendre Piazza San Marco, c’est de là qu’on voit le mélange de terre, de mer, de gondoles, de boutiques, de vaisseaux et d’églises. J’y vais au moins quatre fois le jour pour me régaler la vue « Vivaldi s’est fait de mes amis pour me vendre des concertos bien chers . Il est doté d’une furie de composition prodigieuse. Il n’est pas aussi estimé à Venise qu’il le mérite  » …  » Les filles bâtardes ou orphelines que l’on exerce uniquement à excellent dans la musique, elles chantent comme des anges, jouent de tous les instruments .Il y a la Zabetta des Incurables, étonnante par l’étendue de sa voix et les coups d’archet qu’elle a dans le gosier ; Margarita des Mendicanti qui la vaut bien et la Chiaretta de la Piéta qui serait sûrement le premier violon d’Italie si l’Anna-Maria des Hospitalettes ne la surpassait encore, si fantastique alors qu’elle ne joue qu’une fois par an !  » … Réflexions sur la Venise du XVIIIe siècle du Comte de Tournau, Baron de Montfalcon, Seigneur de Pregny, Charles de Brosses dit Président Brosses, qui fut magistrat, linguiste, historien et écrivain.  Pour lui, Venise  était la seule à pouvoir prétendre rivaliser avec Paris à l’époque.

Venise  au XVIIIe siècle n’était pas, économiquement et politiquement parlant , celle qu’elle avait été autrefois, mais elle aimait la fête ( surtout durant les périodes de son carnaval), elle offrait beaucoup de liberté, elle n’avait rien perdu de cet esprit de créativité qui était le sien que ce soit dans la peinture, la musique, l’opéra et le théâtre et elle avait un art de vivre qui plaisait énormément. Le voyage était à la mode (Grand Tour) et de  nombreuses personnes venaient de toute l’Europe pour avoir la chance de s’y retrouver, de participer, de s’amuser,  et de côtoyer les artistes les plus réputés de Venise. Ce XVIIIe siècle sera son dernier âge d’or de floraison artistique.

 » Venise au XVIIIe siècle est l’état le plus délicieux pour l’homme libre et désœuvré  » Comtesse de Rosenberg

D’un côté on avait la magnifique cité lacustre, celle portée sur l’église et libertine dans les mœurs, celle mystérieuse derrière ses masques, et extravertie, éblouissante, lumineuse par ses fêtes ; celle des fastueux palais du Grand Canal appartenant aux familles praticiennes les plus en vue et les plus aisées, lesquelles rivalisaient  entre elles pour en mettre plein la vue avec leurs riches façades comparables à de la dentelle parfois, et, lorsqu’il y en avait une qui montrait des signes d’effondrement, on reconstruisait avec plus d’ornementations encore.

De l’autre côté, on avait à l’intérieur de Venise, le petit peuple, celui des artisans et des commerçants qui travaillaient beaucoup et ne gagnaient malheureusement pas énormément, avec aussi des endroits plus secrets et plus pauvres comme le quartier des Mendicanti ( mendiants ) tout près de l’église San Lazzaro, centre d’accueil de celles et ceux qui avaient des maladies contagieuses, là où venaient aussi se réfugier les impotents et les mendiants.

La foi étant très présente durant ce siècle en particulier, de nombreuses églises verront le jour. Et pour les construire deux architectes de renom se détachent des autres  : Giorgio Massari et Andrea Palladio. Les extérieurs sont beaux, mais les décorations intérieurs le sont tout autant. De nombreux artistes peintres et sculpteurs y travaillent dans le raffinement et la richesse.

FEMME VOILEE
 » Allégorie de la Foi, voilée  » –  Antonio CORRADINI ( Musée du Louvre, département des sculptures / Paris / France)
VENISE VUE DU PALAZZO DUCALE CANALETTO
 » Vue du Palazzo Ducale vers la Riva degli Schiavoni  » – Giovanni Antonio CANAL dit CANALETTO – 1740 – ( Pinacothèque de Castello Sofrzesco / Milan ) ( ce tableau sert l’affiche de l’expo )

Le Grand Palais a souhaité rendre hommage à celle qui avait brillé de mille feux au XVIIIe siècle , qui certes s’était affaiblie politiquement et commercialement , mais qui avait gardé toute cette énergie bouillonnante dans sa vie sociale, qui aimait ses nombreux divertissements et événements festifs et surtout regorgeait d’un nombre incroyable d’artistes talentueux dont la réputation avait pour conséquence de faire venir d’autres artistes européens qui souhaitaient absolument les rencontrer.

L’exposition a été organisée en collaboration avec la Fondation des  Musei Civici de Venise, le Conservatoire supérieur de musique et de danse de Paris, du théâtre Gérard Philippe à Saint Denis, celui de la Criée à Marseille, le Pavillon Bosio, l’école supérieure des arts plastiques de Monaco, le laboratoire d’humanités digitales de l’école polytechnique fédérale de Lausanne. Elle s’intitule :

ÉBLOUISSANTE VENISE – Venise, les arts et l’Europe au XVIIIe siècle ( jusqu’au 21 janvier 2019 )

Bien savoir que seule la place San Marco ( de par son importance ) est appelée piazza car pour les autres on dit campo. Toutes les catégories sociales de la ville se réunissaient là pour les grandes fêtes religieuses de la ville ou le carnaval. On y trouvait de nombreux petits commerces ( échoppes ) d’artisanat, on y vend des tableaux et du vin.

Au siècle des Lumières Venise se composait de différents quartiers ( sestieri au nombre de six  ) tout autour de la place San Marco avec sa basilique, le palais des Doges (Palazzo Ducale), place qui aboutissait sur la lagune. C’était réellement là que se trouvait le centre politique et religieux. Lorsque le doge devait parler au peuple , il le faisait d’une loggia dudit palais,  donnant sur la place.

COURONNEMENT DU DOGE FRANCESCO GUARDI.jpg
 » Couronnement du doge sur l’escalier des Géants  » – 1775/80 – Francesco GUARDI ( Musée du Louvre – Paris / France )

La basilique, entre style baroque et néo-classique, haut lieu spirituel de la ville,  quant à elle, fut consacrée en 1094 et porte le nom de l’évangéliste St Marc. Elle est accolée au palais des Doges. Son patriarcat pontifical se veut complètement indépendant et ne souhaite absolument pas recevoir d’ordre de Rome et du Vatican pour sa gouvernance.

Même si le pouvoir de la ville a été maintes fois ré-organisé, Venise était une république gérée et dirigée par des familles  puissantes de la noblesse, avec à leur tête le Doge, lequel a des  pouvoirs institutionnels mais ce n’est pas lui qui finalement décide tout seul lorsqu’il y a des décisions à prendre durant les audiences publiques. Il y a des conseillers autour de lui, les fameux praticiens élus et représentants de la noblesse, qui font  partie de ce que l’on appelait le Grand Conseil ;  il doit toujours leur demander leur avis, tout comme il n’a nullement le droit d’exercer des activités liées au commerce ou à la finance. On ne lui donne pas d’argent, mais c’est avec celui de la famille qu’il fait face à ses nombreuses dépenses, et ce en prenant donc le risque parfois de la mettre à mal.

Bon nombre de ces praticiens assument, de leur côté, de nombreuses tâches notamment pour la mise en place des lois et pour nommer le personnel de l’administration. Ils sont vêtus d’une toge rouge  ( conseillers ducaux ) , bleue ou violette pour certains magistrats et noire pour d’autres ayant des fonctions plus spécifiques. Ce sont des dignités regardées, enviées. Parmi elles, le procurateur de San Marco est un magistrat très responsable car c’est lui qui doit veiller à toute l’intendance concernant la basilique. Ils seront nombreux à s’en occuper au XVIIIe siècle.

VENISE PROCURATEUR DANIELE IV DOLFIN TIEPOLO.jpg
 » Portrait du procurateur et capitaine général de la mer Daniele IV Dolfin / Giambattista TIEPOLO ( Fondation Querini Stampalia à Venise )

Au premier étage du Palazzo Ducale on trouve le Doge, au-dessus de lui il y a les personnes qui s’occupent du Sénat à savoir la préparation des lois, définition de la politique extérieure et son application par le Collège des Sages (dont celui des dix qui gère la sécurité et surveille le Doge dans tout ce qu’il entreprend ) et  au-dessus se trouvent ceux, toujours praticiens, qui sont chargés de la justice ( la Quarantia ). Tout ce beau monde formait avec le Doge, ce que l’on appelait la Seigneurie. On ne manquait absolument pas de se surveiller, de se critiquer, voire même de dénoncer son voisin, ce qui rendait la gestion bien difficile et complexe.

LES FÊTES 

En dehors de cela, au XVIIIe siècle, on aimait beaucoup la fête et malgré tout l’institutionnel sus-nommé, eh bien il était difficile de soumettre les vénitiens, jouisseurs à souhait,  à des règles un peu trop strictes car une grande partie du peuple n’était pas très aisée et oubliait  sa condition en s’étourdissant dans  ces divertissements , les soucis quotidiens inhérents à la ville, , et puis même ceux qui avaient les moyens, aimaient faire la fête eux aussi. Tous se complaisaient dans une euphorie dont on parlait même en dehors des frontières de la ville. Finalement l’église et l’État laissaient faire  car ils en tiraient profit ne serait-ce que  parce qu’en leur accordant ce privilège, le peuple était solidaire avec eux .

Les casinos étaient pleins , on jouait des sommes folles et même si c’était interdit le pouvoir fermait les yeux, tout comme il le faisait d’ailleurs avec la prostitution qui croissait au moment de ces fêtes, notamment du carnaval. La salle de jeu officielle et célèbre fut le Ridotto ( mise très souvent en peinture  par Guardi ) ouvert en 1638 – Elle était située au Palais Dandolo près de la place San Marco. Elle était dotée de dix cabinets de jeu.

RIDOTTO FRANCESCO GUARDI 2
 » Le Ridotto du Palazzo Dandolo a San Moisé  » – 1746/50- Francesco GUARDI (Fondation Musei Civici de Venise / Italie )

Dans chaque quartier, il y avait de quoi faire la fête car les églises étaient nombreuses et  avaient toujours un saint à honorer, ce qui donnait lieu à de grandes réunions et manifestations de liesses  populaires. En dehors de cela, le pouvoir lui aussi n’était pas en reste, car la lagune elle-même était un lieu de fêtes maritimes publiques comme la Sensa qui avait lieu durant l’Ascension, très célèbre car elle représentait l’union de la cité et de la mer : le Doge montait à bord du magnifique Bucentaure, lequel célèbre bateau naviguait jusqu’aux confins de la mer Adriatique et là il jetait un anneau d’or en prononçant ses mots :   » Desponsamus te, mare, in signum veri perpetuique domini  » Nous t’épousons, mer, en signe de notre vénérable et perpétuelle domination » . C’était un événement festif très important dans la ville.

« Je me masque de bonne heure pour aller suivre le Bucentaure, qui, favorisé par un beau temps, devait être mené au Lido pour la grande et ridicule cérémonie. Cette fonction, non seulement rare, mais unique, dépend du courage de l’amiral de l’arsenal qui doit répondre sur sa tête que le temps sera constamment beau ; le moindre vent contraire pouvant renverser le vaisseau et noyer le doge avec toute la sérénissime seigneurie, les ambassadeurs et le nonce du pape garant de la vertu de cette burlesque noce, que les vénitiens vénèrent jusqu’à la superstition !  » Giacomo Casanova

GUARDI FETE ASCENSION.jpg
 » La piazza San Marco pendant la fête de l’Ascension  » 1772 – Francesco GUARDI ( Musée Calouste Gulbenkian – Lisbonne / Portugal )
BUCENTAURE - Francesco GUARDI Le doge de venise sur le Bucentaure à San Niccolo del Lido
 » Le doge de Venise sur le Bucentaure à St Niccolo du Lido  » – 1780 env. Francesco GUARDI ( Musée du Louvre- Paris / France) – ( Le dernier Bucentaure fut construit par la République de Venise en 1728 – Il sera détruit en 1797 lorsque les troupes de Napoléon arriveront à Venise)

Et bien sur il y avait aussi le carnaval  : il ne durait pas un jour mais des mois ! Les vénitiens aimaient à mettre un masque ( les premiers datent du XIIIe siècle ) car, ainsi cachés et accoutrés de costumes colorés,  ils pouvaient finalement séduire qui bon leur semblait. Seul le costume religieux était interdit. A cette époque le masque s’appelait le volto (en carton bouilli et céruse blanche). Hommes ou femmes portait chapeau (tricorne ) et par-dessus on mettait un foulard noir ( bauta) qui enveloppait bien et cachait toute la tête jusqu’au cou. Ainsi on ne pouvait se faire reconnaître, d’autant que l’on ne pouvait savoir à quelle condition sociale appartenait la personne.

PIETRO LONGHI CONVERSATION ENTRE MASQUES
 » Conversations entre masques  » – Pietro LONGHI ( Fondation Musei Civici di Venezia / Ca’Rezzonico-Museo del Settecento Veneziano / Italie )
CARNAVAL Giandomenico TIEPOLO scène de carnaval 1754 55.jpg
 » Scène de Carnaval  » – 1754/55 – Giambattista TIEPOLO ( Musée du Louvre – Paris / France)

 

Si en temps normal on était assez strict avec le code vestimentaire, durant les mois de Carnaval tout était différent, on oubliait qui on était et de quel milieu on venait. Que ce soit les vénitiens eux-mêmes, ou ceux qui séjournaient à Venise, toutes et tous appréciaient cet incognito.

 » Nous ne sommes pas à présent dans le Carnaval, mais je rencontre autant de personnes en dominos noirs et masquées que d’autres qui ne le sont pas. Ce sont des nobles vénitiens qui , constamment surveillés par les espions de la République, n’osent pas sortir sans avoir le visage couvert, car un noble vénitien court le risque d’être emprisonné si seulement on le voit parler au valet d’un ambassadeur, à un ministre, ou un consul d’une nation étrangère ….  » Elisabeth CRAVEN

Toutes ces moments festifs étaient l’occasion pour les aubergistes, hôteliers, marchands, gondoliers, producteurs de masques etc… de voir grimper leur chiffre d’affaire !

 » La Sérénissime compte un nombre astronomique de pensions, auberges, hôtels, et autres gargotes pour se loger, boire ou manger, en n’en dénombre pas moins de 4430 en 1661, et près de 6000 en 1740 !  » Patrick BARBIER

MUSIQUE & OPERA 

 » J’avais apporté de Paris le préjugé qu’on a dans ce pays-là contre la musique italienne. J’eus bientôt pour cette musique la passion qu’elle inspire à ceux qui sont faits pour en juger. En écoutant des barcarolles, je trouvais que je n’avais pas ouï chanter jusqu’alors, et bientôt je m’engouais tellement de l’opéra, qu’ennuyé de babiller, manger et jouer dans les loges, quand je n’aurais voulu qu’écouter, je me dérobais souvent à la compagnie pour aller d’un autre côté … » Jean-Jacques ROUSSEAU

Le théâtre dans la Venise du XVIIIe siècle c’est bien sur la Commedia dell’arte, à savoir  la comédie à l’italienne basé sur l’improvisation, chaque interprète campe un personnage particulier et les dialogues entre les uns et les autres sont au bon vouloir des acteurs. Ils sont libres de dire ce qu’ils veulent et doivent faire rire dans l’oral comme dans leurs attitudes. Il y a là Colombine, Pierrot, Scaramouche, Pantalon, Arlequin etc….On voyait, par ailleurs, des scènes en bois étaient montées un peu partout et ces personnages amusaient tout le monde.

TIEPOLO Polichinelles
 » Polichinelles et saltimbanques  » – 1797 – Fresque déposée –  Giandomenico TIEPOLO ( Fondation Musei Civici di Venezia – Ca’Rezzonico – Museo del Settecento veneziano / Venise – Italie

De très nombreux théâtres fermés ou à ciel ouvert seront construits et c’est durant ce siècle, en 1792, que la Fenice verra le jour.

Carlo Goldoni ( surnommé le Molière vénitien ) a eu énormément de succès dans ce domaine. Il fut auteur, metteur en scène, acteur.. A des études de droit, il va nettement préférer, un jour,  écrire pour le théâtre avec, au départ, des tragédies jusqu’au jour il entreprendra d’établir des nouvelles réformes théâtrales en s’intéressant davantage à tout ce qui pouvait avoir attrait à la normalité sociale ou familiale, et se diriger vers un art plus réaliste qui parlerait des mœurs de la ville, du caractère des vénitiens, de leur joie de vivre, de leur réalité au quotidien, et ce avec un humour assez décapant et dérangeant qui ne fut, d’ailleurs, pas toujours très apprécié par les dirigeants. Ses interprètes ne laissent plus libre cours à leur imagination, mais devaient interpréter des rôles appris par cœur, ce qui était en soi une petite révolution.

Il quittera sa Venise natale pour un contrat de deux ans au théâtre Italien à Paris, ainsi que des pièces pour la Cour du roi Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette, avant de rédiger ses mémoires. Il finira, malheureusement, dans le dénuement le plus total !

GOLDONI par Alessandro GOLDONI.jpg
Portrait de Carlo GOLDONI – par Alessandro LONGHI au XVIIIe siècle ( Tableau qui se trouve dans la maison de Goldoni à Venise – Non exposé )

Qui dit Venise du XVIIIe dit musique. Elle fut très présente  elle a vraiment tenu une place d’importance aux côtés de l’opéra, la danse, la peinture, la poésie ou l’architecture. On écoute Mozart, Gluck ou Haendel, mais surtout l’enfant du pays  Vivaldi, virtuose du violon de son état, compositeur baroque, imprésario de théâtre et qui fut le professeur de ses fameuses et célèbres demoiselles de la Piéta, toutes virtuoses, toutes jouant de toutes sortes d’instruments, ce qui permettra au prêtre roux d’écrire pour bon nombre d’entre eux. Par ailleurs, elles étaient dotées de voix célestes qui enchantaient. La musique vivaldienne subjugue et fascine et pas qu’à Venise.

( Vidéos : Double Concerto pour violon RV 523 – Double Concerto pour flûte RV 533 – Double Concerto pour mandoline RV 532 – Double Concerto pour hautbois RV 535 – Double Concerto pour violoncelle RV 531 – Double Concerto pour trompette RV 537 – Interprétation : I MUSICI ( Felix AYO et Roberto MICHELUCCI ( violons ) – Severino GAZZELONI et Giovanni GATTI ( flûtes ) – Gino DEL VESCOVO et Tomaso RUTA (mandolines)  – Léo DRIEHUYS et Ad MATER ( hautbois ) – Mario CENTURIONE et Francesco STRANO ( violoncelles ) Henri ADELBRECHT – Jean-Pierre MATHEZ ( trompettes ) – Maria Teresa GARATTI ( clavecin )

On se passionne pour l’opéra, surtout pour les voix des grandes divas de l’époque ( la Bordoni ou la Cuzzoni ) et celles des castrats ( Farinelli ) qui enchantent le public.

LES PEINTRES 

Les peintres talentueux n’ont pas manqué à Venise au XVIIIe siècle. Trois d’entre eux sont restés dans les mémoires : Guardi, Tiepolo et Canaletto. Le style que proposait ses peintres plaisait énormément et nombreux furent les amateurs d’art, collectionneurs et marchands qui ont été très attirés par eux. C’était un style très délicat, soucieux du détail, avec des genre très divers. La veduta était surtout ce que les étrangers préféraient.

Le védutisme est un courant pictural qui montre des paysages urbains . Ce terme est apparu au XVIIIe siècle et dans ce genre, Venise fut très importante . Ceux qui en furent les plus grands représentants furent Canaletto, Bellotto et Guardi. Pour pouvoir le faire, ils étaient équipés d’un dispositif optique que l’on appelait Camera obscura dont l’avantage était qu’il permettait un bon cadrage et une meilleure perspective du paysage. Avec ce procédé, ils obtenaient , dans leur peinture, beaucoup plus de précision dans les détails. Le védutisme n’est pas né à proprement parlé à Venise, parce que les peintres hollandais du siècle qui avait précédé, l’avaient pratiqué ( Vermeer et ses fameuses vues de Delft) . Celui qui réalisera la première veduta vénitienne sera Gaspar Van Wittel dit Vanvitelli en 1697. Ceux qui ont aimé ce genre étaient des collectionneurs très aisés qui, pour garder à leur retour dans leur pays, un souvenir de Venise, achetaient ces vedute comme on pourrait le faire maintenant avec des cartes postales.

CANALETTO cour du tailleur de pierres.jpg
 » Le Campo San Vidal et Santa Maria della Carità  » ( ou l’Atelier du tailleur de pierre à San Vidal ) – 1725 – Giovanni Antonio CANAL dit CANALETTO ( National Gallery – Londres / Angleterre)
GUARDI REGATE SUR LE GRAND CANAL
 » Régate sur le Grand Canal depuis Ca’Foscari  » – 1772 env. Francesco GUARDI ( Musée Calouste Gulbenkian – Lisbonne / Portugal )

Beaucoup d’artistes on fait le voyage jusqu’à Venise, mais en contre partie, les peintres vénitiens se sont sentis, eux aussi, attirés par l’étranger. C’est ainsi que les œuvres des uns et des autres se sont dispersées un peu partout en Europe ( Diaspora) . C’est durant la seconde moitié du XVIIIe siècle que la république de Venise connaîtra sa période sombre du point de vue artistique car les artistes quittaient la ville dès que l’opportunité de le faire se présentait à eux. Si ils ont eu envie de le faire et se sont sentis attirés par l’étranger,  c’est pour montrer leur talent ailleurs et se faire connaître.Ce fut le cas, par exemple, de Rosalba Carriera ou Canaletto.

CANALETTO LA TAMISE
 » La Tamise et la City vues de RIchmond House  » 1747 – Giovanni Antonio CANAL dit CANALETTO ( Collection particulière

Certains faisaient juste le voyage dans ce but, d’autres comme Bellotto ne reviendront jamais plus à Venise pour faire carrière sous d’autres cieux. En ce qui le concerne, il deviendra peintre officiel à la Cour de Saxe durant dix ans. Plus tard, il aura Catherine de Russie comme mécène lorsqu’il séjournera à Saint Pétersbourg, puis se rendra en Pologne où il sera , là encore, peintre officier à la Cour du prince Stanislas Auguste Poniatowski.

BELLOTTO VUE GENERALE DE VARSOVIE.jpg
 » Vue générale de Varsovie prise du côté de Praga  » – 1770 – Bernardo BELLOTTO ( Château royal- Varsovie – Ce tableau ne fait pas parti de l’exposition )

Dans ces ailleurs, les peintres de Venise se sont adaptés au pays qui les a accueillis, mais surtout aux goûts des aristocrates ( au demeurant très exigeants ) qui commandaient leurs tableaux ou leur demandaient des fresques, voire même des décors pour le théâtre. Leur notoriété les a très souvent précédé. Certes, ils ont séduit, ils ont influencé ou inspiré les artistes en place dans ces pays, mais ils ont également nourri des jalousies comme en Angleterre où , s’ils furent très appréciés, ils ont déclenché une vague de protestations venue des peintres anglais qui voyaient leurs concurrents étrangers décrocher des commandes importantes qu’ils auraient pu avoir si ils n’avaient pas été là.

En France, une personne a beaucoup œuvré pour faire venir des peintres vénitiens à Paris, c’est Pierre Crozat : amateur d’art et financier, collectionneur averti et avisé. Parmi tout son riche fonds de tableaux, on notait 123 de peintres vénitiens ! C’est lui qui a fait venir Rosalba Carriera en 1720 ( elle y restera deux ans ) , une peintre vénitienne qui sera très influente sur les artiste français car elle va permettre de leur montrer toutes les possibilités que pouvaient offrir le pastel –  Un fait important est à retenir : à savoir que l’Académie royale de peinture et sculpture de Paris a fait entrer dans sa très officielle institution trois peintres vénitiens : Carriera Ricci et Pellegrini. Rosalba, par ailleurs, nouera une belle amitié avec Antoine Watteau et tous deux se voueront une grande admiration.

WATTEAU Portrait Rosalba CARRIERA
 » Portrait de Watteau  » – Rosalba CARRIERA ( Musei Civici di Treviso / Trevise ( Italie)

En Allemagne, la famille Tiepolo a connu son heure de gloire notamment dans la décoration de la maison du prince évêque Carl Philipp Von Grieffencau, laquelle a entièrement été réalisée par Giambattista Tiepolo et ses deux fils Lorenzo et Giandomenico. Les deux enfants avaient acquis de leur célèbre père la technique du grand décor, et tous deux vont se montrer infiniment doués dans cet art. Pour le travail du prince, ils resteront en place durant trois ans ( 1750 à 1753 ) – Lorenzo et Giandomenico étaient venus là pour travailler avec leur père, mais ils accepteront également des commande en leur nom propre.

ALLEGORIE DE L EUROPE GIAMBATTISTA TIEPOLO
 » Allégorie de l’Europe  » Giambattista TIEPOLO – Fresque pour le grand escalier de la résidence Wurtzbourg. ( On peut dire que les décors réalisés pour ce palais par Tiepolo furent un réel succés dans sa carrière. C’est un palais dont la construction fut confiée à l’architecte Baltasar Neumann. L’italien Antonio Bossi réalisa la décoration de certains stucs. On demandera à Tiepolo de s’occuper des décors de la salle impériale et vu le travail, le Prince lui commandera également la fresque de la voûte de l’escalier. Giambattista se fera aidé de son fils Giandomenico.

Quelques années plus tard, la petite famille se rendra en Espagne – 1762 ) pour les décorations de la salle du trône à la demande de Charles III, mais aussi pour des appartements dans les résidences royales. Lorsque Giambattista va mourir, huit ans plus tard, l’un des fils, Lorenzo, décidera de rester à Madrid, alors que Giandomenico retournera dans sa Venise natale.

Il convient aussi, parmi tous les peintres célèbres de Venise, de nommer Pietro Longhi qui après avoir été talentueux dans le travail de fresques, se lancera dans la peinture. Ses sujets principaux seront des gens issus du peuple mais aussi les familles aristocratiques,  et la vie quotidienne des vénitiens. Ces tableaux sont pleins de véracité qui abondent en détails et couleurs raffinées . Contrairement à d’autres, il n’a pas voulu quitter Venise pour se rendre à l’étranger. Il deviendra professeur à l’Académie de peinture de la ville et meurt à Venise en 1785.

….. Et puis un jour de 1797, celle qui aura brillé de mille feux verra entrer un navire militaire étranger dans le bassin de San Marco. Le doge en place Ludovico Manin va abdiquer, contraint et forcé par Napoléon Bonaparte …  La République n’est plus !

LUDOVICO MANIN
Portrait de Ludovico MANIN – Paolo RÉNIER – Il s’agit là du dernier doge de Venise

 

 

Le VIOLON … Émile NELLIGAN

 » Aux soupirs de l’archet béni,
il s’est brisé, plein de tristesse,
le soir que vous jouiez, comtesse,
un thème de Paganini.

Comme tout choit avec prestesse !
J’avais un amour infini,
ce soir que vous jouiez, comtesse,
un thème de Paganini.

L’instrument dort sous l’étroitesse
de son étui de bois verni,
depuis le soir où, blonde hôtesse,
vous jouâtes Paganini.

Mon cœur repose avec tristesse
au trou de notre amour fini.
Il s’est brisé le soir, comtesse,
que vous jouiez Paganini.  » Émile NELLIGAN ( Poète québécois )

X MUSIC LA VIOLONISTE JOSEPH DECAMP
 » La violoniste  » Joseph DECAMP 

 

Quand … par Karel CAPEK

 » Quand votre montre s’arrête, vous la démontez puis vous la portez chez l’horloger ; quand votre auto est en panne, vous levez le capot et vous tripotez le moteur, puis vous allez chercher un mécanicien. Avec n’importe quoi au monde on peut faire quelque chose, on peut tout arranger, tout réformer, mais contre le temps, on ne peut rien entreprendre. Ni le zèle, ni l’ingéniosité, ni la curiosité, ni les jurons n’y peuvent rien. Les bourgeons s’ouvrent et les germes lèvent lorsque le temps est venu et quand le veut leur loi. C’est ainsi que l’on prend pleinement conscience de l’impuissance de l’homme. C’est ainsi que l’on comprend que la patience est la mère de la sagesse. Du reste, il n’y a pas autre chose à faire !  » Karel CAPEK (Écrivain tchèque – Extrait de son ouvrage L’année du jardinier )

KAREL CAPEK
Karel CAPEK