Jerome ROBBINS …

Du 27 octobre au 14 novembre 2018, le Palais Garnier rendra hommage à Jerome Robbins pour le centième anniversaire de sa naissance, comme le feront d’ailleurs de nombreuses compagnies dans le monde.

robbins danseur

 » Les ballets sont fragiles, ils s’altèrent vite. La danse change elle aussi. Dans la tête les idées se mélangent. Quand j’ai commencé à étudier le ballet, à 17 ans, la danse académique et la modern-dance étaient à couteaux tirés. Aujourd’hui les danseurs classiques sont capables de bouger  » cool  »  . Leur engagement totalement dédié à leur art malgré la brièveté de leur carrière, me touche beaucoup.  » Jerome ROBBINS

Jerome Robbins fut une personnalité majeure de la danse et de la chorégraphie du XXe siècle. Danseur, chorégraphe prolifique d’une soixantaine de ballets, metteur en scène, co-réalisateur de films influencés par la comédie musicale américaine, maître de ballet, directeur artistique d’une compagnie de danse. Son nom reste attaché, bien sur, à celui de George Balanchine (rencontré en 1948)  dont il a été d’abord le danseur, puis l’assistant et le plus proche collaborateur au New York City Ballet.

Durant plus de trente ans, tous deux vont partager ce grand amour de la danse, mais également du cinéma, de la comédie musicale et surtout de la musique. Ils ont été très doués et infiniment talentueux pour la visualiser et la traduire ensuite par le mouvement.

ROBBINS Jerome avec George BALANCHINE
Jerome ROBBINS & George BALANCHINE

Son travail se caractérise par beaucoup de musicalité, d’exigence, de perfection, de précision, de charme, de finesse, de fluidité, de vivacité, de souplesse, de déhanchés réussis, de portés assez périlleux parfois. On retrouve dans son travail, ce danseur-acteur qu’il a été, son raffinement, son côté inventif, son énergie et son irrésistible virtuosité.

Tout en semblant quelque peu rompre avec un côté classique, il est resté néanmoins très fidèle à son langage et aux bases académiques de la danse, mais en y ajoutant un petit côté jazzy,  et un autre plus social, le tout saupoudré d’un grand humour très drôle voire même ironique.

Robbins fut réputé pour son perfectionnisme obsessionnel . Capable de faire et défaire un nombre incroyables de fois des séries de combinaisons de mouvements pour admettre que cela lui convenait. Un perfectionniste critique et exigeant mais indulgent avec ses danseurs. Un grand adepte de la méthode Stanislavski qui consistait à une analyse profonde et psychologique du comportement, des rapports humains, des mouvements de l’âme d’un danseur et ce pour pouvoir obtenir encore plus de son interprétation.

Il a eu une véritable passion pour la musique et fut, entre autres, très sensible à l’univers poétique, profond de Frédéric Chopin, qu’il a restitué dans certains de ses merveilleux ballets.

Jerome Rabinowitz dit Robbins est né en Octobre 1918 à New York ( Etats Unis) – Ayant rêvé, dans un premier temps, de devenir chimiste, il suivra des études médicales universitaires. Parallèlement à cela, il prend des cours de théâtre avec Elia Kazan, des cours de musique, de danse classique, folklorique, orientale. Bref une formation artistique assez complète.

En 1937 la chimie n’est plus dans sa vie et il fait ses débuts en tant qu’acteur de théâtre. En 1939 on le retrouve comme danseur dans des comédies musicales signées George Balanchine. Un an plus tard, il est soliste du Ballet Theatre ( qui deviendra plus tard l’American Ballet Theatre) une compagnie de danse qui, à l’époque, encourageait vivement les jeunes talents et offrait tout un panel d’œuvres signées  Mikhail Fokine ou Leonide Massine.

En 1944 il se lance dans la chorégraphie et présente son premier ballet Fancy Free sur une musique de celui qui deviendra un ami et son compositeur favori : Léonard Bernstein. C’est le  pianiste-compositeur Vincent Persichetti qui les présentera l’un à l’autre.

ROBBINS et BERNSTEIN
Jerome ROBBINS & Leonard BERNSTEIN

Ce ballet va obtenir un très gros succès et sera repris sous la forme d’une comédie musicale à Broadway. «  J’ai délibéremment choisi de raconter ce que j’observais chaque jour en me rendait au théâtre. L’ancien Metropolitan Opera était situé non loin des ars de la 42e rue où venaient des matelots en goguette. J’en avais un peu par-dessus la tête des perruques et des bottes que nous imposait le répertoire et je me suis attelé à un argument détaillé sur quatre pages. »  Fancy Free  lui ressemble : il est à  la base de son style, de cet univers particulier qui fut le sien. Tout est simple et évident, plein de vivacité, d’exubérance, virtuosité, entre danses chaloupées, technique classique et mouvements modernes.

( Vidéo : Jonathan PORETTA – James MOORE – Seth ORZA du PACIFIC NORWETH BALLET)

1948 : Robbins exprime le vif désir de rejoindre Balanchine au New York City Ballet : il admire son travail et sa personnalité. Il débute comme danseur ( Le fils prodigeTill l’espiègle ) mais passera très vite de ce poste à celui d’assistant artistique de Mister B. en 1949, puis co-directeur de la compagnie.

Il affiche alors tous ses talents de chorégraphe au sein de la compagnie avec des oeuvres qui vont beaucoup plaire : The guestsThe cageThe age of anxietyL’après-midi d’un faune ( revu et corrigé – Robbins transforme le faune en danseur et la nymphe en danseuse – Les deux évoluent dans un studio de répétition – Il sera créé en 1953 pour le NYCB et sera vivement applaudi.

( Vidéo : Kylee KITCHENS et Jerome TISSERAND du PACIFIC NORTHWEST BALLET )

En 1957 il est appelé pour la mise en scène théâtrale et chorégraphique de West Side Story de Léonard Bernstein, que Robbins portera à l’écran en 1961 en co-réalisation avec Robert Wise ( Paroles des chansons de Stephen Sondheim et musique de Bernstein – livret de Arthur Laurents ) – Dans son éblouissante  version cinématographique il changera un peu l’ordre de certains numéros, en recentrant la chorégraphie par rapport à la caméra et en développant l’expérience faite préalablement par Gene Kelly à savoir un décor naturel en extérieur, animant pour se faire les trottoirs de New York avec ses magnifiques séquences dansées.

Ce film on ne le dira jamais assez a marqué un tournant dans la comédie musicale américaine. C’est une oeuvre qui a beaucoup compté pour Robbins et qui obtiendra 10 oscars à Hollywood.

 

Un an plus tard il quitte le NYCB pour fonder sa propre compagnie les Ballets USA avec laquelle il sera présent au festival de Spolète, au Mai Florentin, au théâtre des Nations à Paris pour des créations tout à fait spéciales comme Events New York Export op. Jazz, ou Moves une pièce très avant-gardiste avec un univers assez spécial et incroyable. Pas de  musique si ce n’est celui fait par les pieds des danseuses et danseurs. Tout est recentré sur les gestes, les mouvements.

( Vidéo : Mariana DIAS – Nathalie GUTH – Alexandra INCULET – SE-YEON KIM – Claudine SCHOCH – Julie THIRAULT – Paul CALDERONE – Jackson CAROLL – Michael FOSTER – Sonny LOCSIN – Bruno NARNHAMMER – Alexander SIMÖES – du BALLET-THÉÂTRE DU RHIN à DÜSSELDORF )

En 1965 il collaborera, à nouveau, avec le Ballet Theatre mais également le Royal Ballet du Danemark, le Ballet Suédois et reviendra en 1969 au NYCB comme maître de ballet et chorégraphe-associé aux côtés de Peters Martins.  Ce dernier assurera avec lui,  partir de 1983 ( au décès de Balanchine)  la co-direction du NYCB . Ensemble ils sauront redonner une nouvelle énergie à la compagnie.

robbins avec Peters MARTINS
Jerome ROBBINS au centre avec à gauche Mikhail BARYSHNIKOV et Suzanne FARRELL et à droite Peter MARTINS et Patricia MCBRIDE

Les chorégraphes américains ont toujours eu une place de premier choix à l’Opéra de Paris. Cela a commencé avec Balanchine et s’est poursuivi avec d’autres après lui. Jerome Robbins fut de ceux-là, il  a entretenu des liens très particuliers ( et ce dès 1950 ) avec cette institution dont il disait qu’elle était  » sa maison  » . Non seulement ses œuvres furent très souvent interprétées, mais il fut appelé pour venir y créer des pièces spéciales  notamment par Rolf Liebermann, puis Rudolf Noureev.

Malgré de gros soucis d’ordre cardiaques, il a continué de travailler de façon assez acharnée jusqu’à son décès il y a vingt ans en 1998.

Quelques autres pièces :

( Vidéo :Marie-Agnès GILLOT –  En Sol verra le jour en 1975 sur le Concerto en Sol de Maurice Ravel. Une pièce très jazzy, virtuose, rapide, dans l’esprit des comédies musicales de Brodway qui fut créée par Suzanne Farrell et Peter Martins à New York – )

(Vidéo : OP 19 The dreamer  créé en 1979  sur le Concerto pour violon N.1 de Sergei PROKOFIEV – C’est très beau, élégant, audacieux, assez magique parfois, entre réalité et irréalité du rêve d’un jeune homme. – Mathias HEYMANN et Aurélie DUPONT )

(Vidéo : Marie-Agnès GILLOT & Hugo MARCHAND – The Goldberg Variations sur la musique de Bach bien sur – Une pièce datant de 1971 . C’est toute la subtilité, la sensibilité et la musicalité de ce merveilleux chorégraphe )

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