INSPIRANTES INSPIRATRICES – Passions croisées … 1ère partie

INSPIRANTES INSPIRATRICES

«  Le charme d’une femme peut révéler beaucoup de choses à un artiste sur son art. » Pierre BONNARD

 » Elle est plus belle que toutes les images, que toutes les représentations, que tous les effets subjectifs. Elle est en dehors de moi, ce n’est pas moi qui la crée  » Maurice DENIS

«  Toutes les femmes ne sont  pas faites pour devenir femmes de peintres « . Vincent VAN GOGH

 » Ma maman, c’est ma muse  » Edouard VUILLARD

« C’est elle qui par ses soins, sa bonté, sa douceur, a assuré la tranquillité de ma jeunesse et a fait de moi ce que je suis : un travailleur paisible, un bon fils. Sans elle, que serai-je devenu ?  » Paul SIGNAC

Qu’elles aient été légitimes, maîtresses ou membres de la famille, elles ont été des modèles, des muses, des collaboratrices. Il y en a même qui ont  fait carrière, elles aussi, dans le monde de la peinture. Quelle que soit l’époque dans laquelle on se place, il y a toujours eu une femme pour inspirer, un jour, un peintre ou un sculpteur.

Au XIXe et au XXe siècle le regard que l’art  va poser sur elles sera bien différent de celui du passé. Désormais ce sont des femmes émancipées, influentes, agissantes  qui s’imposent.

Le musée Bonnard au Cannet ( Alpes-Maritimes) en met certaines  à l’honneur . Elles se prénomment  Jeanne, Marthe, Marie-Thérèse, Gabrielle, Dina, Lola, Gala, Lucy, Jacqueline, Misia, Lucie, Caroline, Christine et furent des femmes très importantes, exceptionnelles, dans la création de certains artistes ( Bonnard, Picasso, Maillol, Matisse, Pascin, Lebasque, Renoir, Vallotton, Chagall,  Vuillard, Signac, Maillol etc…)  L’exposition s’intitule :

 » INSPIRANTES INSPIRATRICES – Passions croisées  » du 7 septembre 2018 au 4 Novembre 2018  – En trois sections : Inspirantes fin de siècle D’ombre et de lumièrePassions fatales/ Icônes intemporelles.

On peut dire que ces Inspirantes inspiratrices  furent  fortement liées à celui pour qui elles posaient et travaillaient.  Leur présence fut à la fois forte et mystérieuse. Elles n’ont pas toutes partagé obligatoirement  leur lit, mais l’intimité de leur atelier, leurs secrets, leurs pensées. Elles ont été très présentes, les ont soutenus, compris et elles furent,  bien souvent, les compagnes de leur misère ou de leur succès.

Elles ont entretenu avec eux une sorte de complicité, de l’amitié, de l’amour parfois, de la passion aussi, ou tout simplement de l’affection lorsqu’il s’agissait  de personnes proches issues de leur famille . Elles ont été sans conteste essentielles, ont représenté une forme de fantasme, de désir, de trouble, d’érotisme, de sensualité, de beauté, de charisme, charme particulier d’affection . De leur union sont nés des tableaux qui sont des magnifiques petits trésors . Elle furent les femmes de l’ombre et de la lumière et laisseront derrière elles une présence qui ne s’effacera jamais.

Petite rencontre avec quelques-unes de ces inspiratrices présentées lors de cette exposition :

Pierre BONNARD ( Peintre français post-impressionniste/nabi) 

Le maître des lieux au Cannet a été très sensible à la féminité. Il a  concédé une place très importante à la femme dans son oeuvre,  » la femme idéale  » vue au travers de celles qui ont, un jour, traversé sa vie : comme Berthe, Marthe, Anita, Renée, Lucienne ou Moucky . Deux sont toutefois à retenir, parce qu’elles ont laissé une empreinte indélébile dans sa vie,  deux dont il fut très amoureux et avec lesquelles  il  n’a pas hésité à faire ménage à trois avec : Maria Boursin dite Marthe de Méligny et Renée Monchaty, voire même à quatre puisque il y avait aussi, de temps à autre,  Lucienne Dupuy Frenelle.

On ne peut pas dire qu’elles ont posé réellement pour lui, tout simplement parce qu’il a été trop épris de liberté pour être complètement envahi par un modèle, mais il a aimé les regarder ( elles ou d’autres ) capter une attitude et les reproduire sur la toile. Elles furent davantage des  inspiratrices.

PIERRE BONNARD MARTHE ET RENEE
Marthe ( milieu ) – Renée (à gauche )  et Pierre

Marthe fut indissociable de Pierre. Toutefois, elle ne fut pas  l’unique comme beaucoup on pu le penser. Tout comme elle ne fut pas la seule à être aimée de lui . Mais curieusement elle sera toujours là. Quand elle n’occupait plus la place centrale dans un tableau , elle se tenait malgré tout aux alentours ou dans l’ombre, en observatrice.  Avant elle il n’avait jamais peint de nus, avec elle il multipliera le genre. Elle restera le sujet principal de nombreux tableaux et dessins.

Il la rencontre en 1893. Elle se présente en disant être une jeune orpheline, noble,  et s’appeler Marthe de Méligny. Ce n’est que lorsqu’ils se marieront en 1925 ( ! ) que le peintre découvrira qu’elle a menti : sur les trois choses et sur son âge. C’est une roturière quelque peu asociale et névrosée. Mais qu’importe, l’essentiel restera pour lui la relation artiste-muse qu’il jugera comme étant, même,  au-dessus de ce que fut  leur relation homme-femme.

Au départ, l’amour fut  passionnel. Elle usait d’un incroyable magnétisme sur lui.  Il aimait  tout en elle, surtout cette façon si particulière qu’elle avait  de se bouger. Il disait souvent qu’il connaissait son corps  dans les moindres formes, les moindres courbes.

BONNARD Pierre la salle de bain avec le sofa rose 1908 Musées royaux de Belgique
 » La salle de bains avec le sofa rose  » – 1908 – Pierre BONNARD ( Musées royaux des Beaux Arts de Belgique)

En 1916 il rencontre une jolie blonde aux yeux bleus, amie de son épouse : Renée Monchaty , 22 printemps alors que lui est dans la cinquantaine. Elle va le sortir d’une période de dépression et de mélancolie, lui redonner joie et coeur à l’ouvrage, éclairer ses tableaux, voyager en Italie avec lui, Il aime sa grâce et son sourire.

Renée MONCHATY
 » Renée MONCHATY ou la jeune fille au corsage rouge  » -1922 – Pierre BONNARD ( Collection Winter)

Leur relation s’insère dans sa vie avec Marthe, une sorte de ménage à trois qui va durer dix ans. Jusqu’à ce que Bonnard, personnage assez complexe, décide brusquement d’épouser Marthe. Cette union clôture définitivement la relation avec Renée, laquelle ne le supportera pas et se suicidera  par noyade,  en 1925.

Quelques années après son décès, Marthe deviendra  très acariâtre. Elle s’enfermera dans un  » autre monde  » dépressif, mélancolique, et malheureusement, elle poussera Pierre dans une sorte d’isolement. Sa palette utilisera  désormais des couleurs assez froides.

 » Depuis quelques temps je vis séparé du monde, Marthe est devenue d’une sauvagerie complète et je me suis efforcer d’éviter toute rencontre ...  » Elle meurt en 1942 et lui en 1947.

Charles CAMOIN (Peintre français fauviste ) 

CAMOIN Charles

Si les femmes ont tenu une place assez importante dans l’oeuvre de ce peintre, aucune n’a véritablement été une inspiratrice au début de sa carrière. Ses modèles étaient des membres de sa famille ou des professionnelles.

Ce n’est que très tardivement qu’il rencontrera celle qui se détachera des autres : Charlotte Prost dite Lola. Avant elle il y aura une liaison faite de complicité et de travail avec une femme peintre : Emilie Charmy qui avait duré  de 1908 à 1912. Lorsqu’elle se terminera il en sera fort déprimé et détruira un bon nombre de ses toiles.

CAMOIN Emilie CHARMY
 » L’artiste dans son atelier  » ( Emilie Charmy à son chevalet ) – 1908 – Charles CAMOIN ( Collection Alfred et Juanita Bromberg )

Lola va arriver dans sa vie en 1920 à un moment crucial de sa carrière. Il l’épouse très vite  et s’installe sur la Côte d’Azur. Elle va être sa femme, sa muse, son inspiratrice. Le bonheur qu’elle lui apporte se ressentira  dans ses tableaux souvent empreints d’une incroyable lumière et sérénité. Elle saura lui donner  cette stabilité affective et cet épanouissement dont il avait tant besoin et qu’il avait  longtemps cherché. Du coup, son art s’en retrouvera transformé.

CAMOIN Lola sur la terrasse
 » Lola sur la terrasse de l’hôtel Bellevue à Toulon  » -1920 – Charles CAMOIN – ( Collection particulière)

Marc CHAGALL 

CHAGALL BELLA ET IDA
Marc CHAGALL avec Bella et Ida

 » Son silence est le mien. Ses yeux, les miens. C’est comme si elle me connaissait depuis longtemps, comme si elle savait tout de mon enfance, de mon présent, de mon avenir ; comme si elle veillait sur moi, me devinant du plus près bien que je la vois pour la première fois. Je sentis que c’était elle ma femme. »

Cette femme  ce sera Bella Rosenfeld rencontrée en 1909 en Biélorussie. Tous deux ont une vingtaine d’années . Ils se marient en 1915. Leur fille Ida voit le jour un an plus tard.

Chagall a toujours aimé les femmes et il aimait plus que tout le jeu de la séduction . Cela a débuté très jeune avec Olga, Théa, Aniouta, Nina etc… des amours enfantines ou adolescentes  qui lui ont donné l’impression d’être très amoureux sans l’être vraiment.

Bella sera sa complice, sa muse, son inspiratrice . Un véritable coup de foudre réciproque  qui se transformera en une relation passionnelle et un grand amour. Elle  va nourrir la créativité de Chagall, illuminera sa peinture, la fera rayonner. Elle restera son  » éternelle fiancée  » . Non seulement elle l’aime, mais elle le réconforte, le protège, le guide de façon bienveillante, regarde dans la même direction que lui, comprend son travail. L’oeuvre de son mari  est porteuse de cet amour, du bonheur qu’elle lui procure. Elle lui insuffle une inspiration de grande ampleur.

Elle restera  le sujet d’un nombre incroyable de ses tableaux. C’est même un des rares peintres à avoir mis autant  son talent au service d’une seule femme . Il va carrément en faire une icône. Incroyablement présente et ce même après son décès en 1944. Durant plus d’un an, il ne pourra plus peindre tant il était brisé et anéanti par sa mort.

D’autres viendront dans sa vie après elle  :Virginia Haggard qui lui donnera un fils et Valentina Brodsky. Mais aucune des deux ne pourra occuper la place de Bella dans son coeur et surtout dans ses tableaux.

CHAGALL les amoureux en gris
 » Les amoureux en gris  » – 1916/17 – Marc CHAGALL ( Musée  d’ Art et Histoire du Judaïsme/ Paris)
CHAGALL Bella au col blanc Centre Pompidou.jpg
 » Bella au col blanc  » – 1917 – Marc CHAGALL ( Centre Pompidou / Paris )

Edouard VUILLARD 

VUILLARD ET SA MERE
Edouard VUILLARD et sa mère

Pour lui,  comme il le déclara un jour :  » ma maman, c’est ma muse !  »   – Marie Michaud a, en effet, énormément compté dans la vie de Vuillard et c’est la personne la plus représentée dans son oeuvre.  Ils ont eu un grande tendresse l’un envers l’autre, beaucoup de complicité.  Elle va être très présente,  l’entourant d’amour ,  et même lorsqu’elle sera décédée, elle continuera de vivre en lui car il tiendra compte de tous les conseils qu’elle avait pu lui prodiguer auparavant et il dira souvent qu’elle continuer de le protéger.

C’était une femme modeste  restée veuve très jeune avec trois enfants dont Edouard. Elle tenait  un magasin  de mode et  n’hésitera pas à encourager son fils dans son envie de devenir peintre. Tout au contraire, elle acceptait bien volontiers  qu’il peigne dans le négoce, entouré des couturières, des clientes essayant des robes,  et des tissus. Un univers qui sera  une grande source d’inspiration et de thèmes pour ses toiles.

VUILLART 1892 LES COUTURIERES Collection particulière
 » Les couturières  » – 1892 – Edouard VUILLARD ( Collection particulière)

 

Cet amour réciproque entre mère et fils ne l’empêchera nullement d’avoir de nombreuses conquêtes féminines. Cela se fera plus amplement encore  lorsqu’il réussira à se défaire de sa grande timidité.

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 » Sous la lampe  » ( sa mère et sa soeur ) 1892 – Edouard VUILLARD ( Musée de l’Annonciade – Saint Tropez )

La première qui  réussira  à entrer dans ce cercle soudé  qu’il forme avec sa mère et ses soeurs  est une pianiste qui fut la muse de nombreux artistes : Misia Sert épouse de l’avocat et  critique d’art Thadée Natanson. Elle est celle qui va un peu bousculer  sa vie de célibataire endurci. Une très belle femme, courtisée, regardée, qui va éprouver une sorte d’admiration pour Vuillard. De son côté, elle tient une place importante dans ses pensées, mais il la sait mariée donc n’étant pas faite pour lui . Cela ne l’empêchera pas de lui faire part de ce qu’il ressent. Elle dira que ce fut «  la plus belle des déclarations d’amour qu’un homme ne m’ait faite « .

VUILLARD et MISIA
Edouard VUILLARD et MISIA
VUILLARD LA NUQUE DE MISIA
 » La nuque de Misia  » 1897/99 – Edouard VUILLARD ( Collection particulière)

L’impossibilité d’une suite heureuse avec elle, le laissera très mélancolique. Toutefois, à partir de là,  il va se permettre d’aller vers plus de sensualité, vers d’autres femmes : une en particulier : Lucy Hessel, rencontrée vers 1901  chez Félix Vallotton . Non seulement elle est jolie et élégante, mais sentimentale et généreuse  . Elle lui apportera de l’écoute, des encouragements, du réconfort et de l’inspiration nouvelle dans sa fibre créatrice, et l’aidera à se libérer de la grande timidité qu’il éprouvait envers les femmes. Elle lui restera toujours très attachée malgré ses infidélités.

Elle était  mariée à Joseph Hessel un collectionneur et marchand d’art très réputé . Cette fois il va passer outre le fait qu’elle ne soit pas libre. Elle deviendra sa maîtresse durant de longues années. Cette sorte de  » ménage à trois  » s’installera  avec le consentement complètement détaché de son époux qui restera le marchand d’art exclusif de Vuillard.

VUILLARD ET LUCY HESSEL
Edouard VUILLARD et Lucy HESSEL
VUILLARD LUCY HESSEL AU BORD DE LA MER
 » Lucy rêvant au bord de la mer  » – 1902 – Edouard VUILLARD ( Hammer Museum de Los Angeles)

Malgré l’amour éprouvé envers Lucy, d’autres femmes traverseront sa vie,  notamment de nombreux modèles. Parmi  elles, il y en a une dont l’histoire raconte qu’elle fut très probablement  » le grand amour de sa vie  » à savoir Lucie Belin dite Lucie Ralph, rencontrée en 1914. Avant de poser pour des artistes, elle avait été modiste et fut l’épouse du peintre espagnol Juan Gris ( de 1908 à 1910 ) dont elle eut un enfant ( confié à la famille de son mari )

C’est une belle femme, gaie et souriante. Ils vont vivre une liaison à la fois passionnée et romantique qui, malheureusement, ne survivra pas lorsque la première guerre mondiale prendra fin. L’amour laissera la place à l’affection et malgré leur rupture il continuera de s’occuper d’elle en lui trouvant du travail ou lui allouant une petite pension pour survivre.

Malgré ce coup de coeur important , c’est vers Lucy Hessel qu’il se tournera jusqu’à la fin de sa vie.

VUILLARD LE SOURIRE DE LUCIE BELIN
 » Le sourire de Lucie Belin  » – 1915 – Edouard VUILLARD ( Collection particulière)

Paul SIGNAC

C’est un tout jeune peintre lorsqu’il rencontre Berthe Roblès, une jeune modiste de 21 ans,  cousine éloignée de Camille Pissarro . Elle deviendra son inspiratrice, sa muse, sa confidente, son amie, celle qui, de par sa douceur et sa bonté, lui apportera la sérénité, la tranquillité, et partagera les bons et les mauvais moments de son métier de peintre.

Berthe fut une femme assez discrète. Elle fut sa compagne durant 9 ans avant de devenir sa femme en 1892. Ce peintre a surtout été un paysagiste. Rares furent les portraits féminins dans son oeuvre, si ce n’est ceux de Berthe.

En 1910 une autre femme entre dans sa vie : Jeanne Selmershiem-Desgrange, mariée à un architecte et décorateur. Elle vient pour étudier la peinture avec Paul. Ils finiront par devenir amants en 1912. Un an plus tard, il quitte Berthe, s’installe à Antibes avec Jeanne, laquelle donne naissance à leur fille, Ginette (qui portera son nom en 1927 – Elle fut  sa légataire universelle selon la demande écrite de son père).

Berthe et Paul  ne divorceront jamais. Ils resteront amis toute le restant de leur vie. Non seulement il l’aidera financièrement mais ils continueront à s’entourer mutuellement de beaucoup d’affection.

SIGNAC LE BAS ROUGE
 » Le bas rouge  » ( Berthe ) – 1883 – Paul SIGNAC ( collection particulière)
SIGNAC 1893 FEMME A L OMBRELLE son épouse Musée d'Orsay
« Femme à l’ombrelle Opus 243  » ( Berthe ) – 1893 – Paul SIGNAC ( Musée d’Orsay / Paris )

 

Les Inspirantes Inspiratrices continuent dans une deuxième partie …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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