Nicolas DE STAËL en Provence …

NICOLAS DE STAEL

NICOLAS DE STAEL PHOTO 1

«  J’ai eu besoin de penser peinture, de voir des tableaux, de faire de la peinture pour m’aider à vivre, à me libérer de mes impressions, de toutes les sensations, de toutes les inquiétudes auxquelles je n’ai trouvé d’autre issue que la peinture. »

 » Si malgré ce temps qui est là, je vous disais, dans mon esprit, un an, deux ans, dix ans ne sont rien, qu’être artiste ce n’est pas compter, mais vivre comme l’arbre sans presser sa sève, attendre l’été, et l’été vient, mais qu’il faut avoir de la patience … De la patience.  »

 » Ma peinture, je sais ce qu’elle est sous ses apparences, sa violence, ses perpétuels jeux de force, c’est une chose fragile dans le sens du bon, du sublime. C’est fragile comme l’amour… Lorsque je me rue sur une toile de grand format, lorsqu’elle devient bonne, je sens toujours atrocement une trop grande part de hasard, comme un vertige, une chance dans la force qui garde malgré tout son visage de chance, son côté virtuosité à rebours, et cela me mets toujours dans des états lamentables de découragement. Je n’arrive pas à tenir, et même les toiles de trois mètres que j’entame et sur lesquelles je mets quelques touches par jour en y réfléchissant finissent toujours au vertige… Si le vertige auquel je tiens comme à un attribut de ma qualité virait doucement vers plus de concision, plus de liberté, hors du harcèlement, on aurait un jour plus clair…  »

 » Les raisons pour lesquelles on aime ou l’on aime pas ma peinture m’importent peu parce que je fais quelque chose qui ne s’épluche pas, qui ne se démonte pas, qui vaut, par ses accidents, que l’on accepte ou pas … »  » Je n’entraînerai jamais l’admiration de tous, pas question de cela, rien que d’y penser m’écoeure, mais j’arriverai peu à peu peut-être à me regarder dans une glace sans y voir ma gueule de travers. Les prix croyez-moi, ce n’est rien du tout pour moi, je veux dire que, n’ayant jamais eu d’argent et ne sachant rien en faire, à part quelques tableaux, je ne sais pas ce que cela veut dire ! « .

Nicolas DE STAËL (1914-1955)

Curieux destin que celui de cet artiste, naturalisé français en 1948,  qui reste l’un des plus influents de l’après-guerre, un peintre de l’École de Paris, partagé entre abstraction et figuration : le côté  » il faut être soit l’un soit  l’autre  » n’est pas pour lui ;  il n’a pas souhaité qu’on le fasse entrer dans l’une ou l’autre de ces deux  » cases  » et ne s’opposera finalement à aucune des deux. Ce qu’il a voulu c’est ne pas devoir cacher ses émotions, émotions qu’il assume du reste dès 1952 et qui donneront naissance à ses meilleures toiles.

 » je n’oppose pas la peinture abstraite à la peinture figurative, figurative. Une peinture devrait être à la fois abstraite et figurative. Abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation d’un espace. » N.D.S.

Un excellent dessinateur également, mais quelqu’un aussi  qui a beaucoup aimé écrire que ce soit à sa soeur, à ses parents adoptifs , à ses amis, à ses amours etc… des lettres  qui couvrent la période de 1935 à 1955 et qui dressent de lui le portrait d’un esprit passionné en quête d’absolu, d’un torturé tourmenté aussi, un génie !

Il ne fut pas un peintre bien installé sur ses acquis mais toujours dans la recherche, dans l’innovation, dans les changements, afin d’avancer dans son travail. Ses toiles ont très souvent été peintes sur le motif puis terminées en atelier. Là encore pas question de choisir l’un plus que l’autre. Les deux lui conviennent.  Ce n’est pas tant dans un esprit révolutionnaire mais par envie de s’exprimer en peignant.

Durant des années il n’a eu cesse de manipuler, de triturer, d’exalter, de modeler, de stratifier, d’étirer, d’étaler la pâte de sa peinture à l’huile un peu comme un sculpteur avec couteaux, taloches,truelles, pinceaux ( les outils varient).Il va lutter avec la matière , en corps à corps avec elle. Tantôt il l’allège, tantôt il l’augmente et l’alourdit. Il entrera réellement en elle vers 1945/1946 . C’est  un combat qu’il a mené toute sa vie durant, et ce jusqu’au vertige en ne pensant et vivant que pour son art.

L’Hôtel de Caumont, Centre d’art à Aix-en-Provence, lui rend hommage au travers d’une très belle exposition intitulée :

 » Nicolas De STAËL en Provence «  – Jusqu’au 23 Septembre 2018 – Regroupant 71 tableaux et 26 dessins, prêts de grands musées et collections privées. Elle se concentre exclusivement sur la période provençale de ce peintre, laquelle a été assez courte puisqu’elle n’a duré qu’une seule année mais qui reste, néanmoins, très importante tant sur le point de vue pictural que personnel (  » on apprend à voir les couleurs ici « )  Une exposition organisée par sa petite fille Marie du Bouchet et son fils Gustave De Staël qui en est le commissaire.

NICOLAS DE STAEL PAYSAGE DE PROVENCE 1
 » Paysage de Provence  » – 1953 – Nicolas de STAËL (Musée Thyssen-Bornemisza-Madrid/Espagne)

Les dix dernières années de ce peintre furent très intenses, fécondes et tourmentées. En ce qui la concerne, celle passée dans  le Midi de la France ( l’Italie et la Sicile également ) fut une source incroyable  d’inspiration éblouissante  pour lui, notamment la lumière qui va irradier ses derniers tableaux, avec cette violence solaire,  et qui sera sa quête ultime. Elle deviendra  sa nourriture, il s’en imprégnera et la restituera sur la toile.

De plus sa peinture va changer, en ce sens qu’il abandonnera le concret pour se tourner vers quelque chose de plus formel ; son regard deviendra plus intense, son approche des paysages changera car évoluant au rythme de l’évolution de la lumière , sa technique elle aussi sera différente . Un jour sa palette deviendra plus claire, les formes plus larges, la truelle remplacera le couteau, puis le pinceau  ou les tampons de gaze ( ou coton) prendront la place du couteau ou de la spatule, ce qui lui permettra un bien meilleur étalement .

Le midi, c’est la période de ses envolées picturales, celle de ses doutes,  de ses joies, de ses tourments,  de sa fragilité, de sa force créatrice profonde et puissante. Sur un plan personnel, elle sera marquée par une rencontre amoureuse qui va fortement compter dans sa vie à savoir : Jeanne Polge. Malheureusement cette jeune  femme va rompre, il sera alors plongé dans une grande solitude, sous tension car son marchand d’art lui infligeait une grosse pression, un climat général qui contribuera  à le faire dériver vers une dépression suivie de son suicide.

Nicolas DE STAEL 1952 Plage au Lavandou
 » Plage au Lavandou  » – 1952 – Nicolas de STAËL ( Collection privée )
EXPOSITION NICOLAS DE STAEL - AIX EN PROVENCE
 » Les Martigues  » – 1954 – Nicolas de STAËL( Collection privée )

Son art a été une véritable passion, une passion qu’il a vue comme un devoir, quelque chose qu’il se devait d’accomplir.  Il a, de plus, beaucoup aimé la musique et l’écriture et  les deux l’ont accompagné tout au long de sa vie.

Nicolaï Vladimir Staël Von Holstein dit Nicolas de Staël est né en 1914 à Saint Petersbourg dans une famille noble. Son père Vladimir Ivanovitch était général dans la garde impérial. Veuf en 1919 il épouse , en secondes noces, une femme divorcée, fortunée affichant 22 ans de moins que lui : Lubov Berednikov, une passionnée d’art et de culture. Trois enfants naîtront de leur union : Marina – Nicolas et Olga.

En 1921 il perd son père. Avec sa mère et ses deux soeurs ils partent en Pologne, se retrouvent sans beaucoup de moyens et assez miséreux. Un an plus tard, sa mère meurt d’un cancer. Les enfants sont d’abord confiés à une tutrice directrice de la Croix Rouge, laquelle les remettra au couple Fricero qui habite à Bruxelles. Ils prennent en chargent des enfants réfugiés. Marina, Olga et Nicolas seront élevés avec leurs propres enfants,  recevront la même éducation, seront inscrits dans les meilleures écoles.

Les études ne seront pas vraiment le fort de Nicolas. Son grand plaisir est de flâner dans les galeries et les musées de Bruxelles. Ce qu’il veut faire ( outre sa passion de l’écriture) c’est devenir peintre. En 1933 il intègre les Beaux Arts de St Gilles-Les-Bruxelles puis l’Académie Royale. L’été il voyage, découvre le Louvre, puis l’Espagne : l’Andalousie, Alicante, Valence. C’est un pays qui va énormément lui plaire. En 1933 ce sera le Maroc avec Marrakech au départ où il va beaucoup dessiner ( plus de 8 h par jour ) et au-delà de cela, tenir une sorte de journal où il note tous ses sentiments, ses ressentis, ses émotions, ses réflexions, ses pensées, voire même aussi ses doutes vis-à-vis de la peinture. S’en suivront des déplacements à Rabat, Casablanca et Agadir.

Au Maroc il fait une première rencontre amoureuse d’importance : Jeannine Guillou, une femme mariée qui voyage dans le pays avec son époux et leur fils. Tous deux sont peintres. Cette femme va le subjuguer, tant par son travail, que par sa personnalité. Leur relation sera plutôt amicale au départ, puis ils seront amants. Elle quitte tout (à sa demande) pour le suivre à travers le pays, puis en Algérie et en Italie ( Naples ). Malheureusement ils ont de gros problèmes financiers et rentrent à Paris.

NICOLAS DE STAEL PORTRAIT DE JEANINE 1941
 » Portrait de Jeannine  » 1941/42 Nicolas de STAËL

L’époque est troublée par la seconde guerre mondiale. En 1939 il s’engage dans la légion étrangère. Il est envoyé en Tunisie où il est chargé de dessiner des cartes   Un an plus tard il est démobilisé et rentre en France. Il s’installe à Nice avec Jeannine,  trouve un atelier . C’est à cette époque  que naît sa fille Anne en 1942. Sa peinture ne se vend pas, il doit faire différents petits métiers pour subvenir aux besoins de sa famille. Mais il est heureux … C’est en 1942 qu’il abandonne la peinture figurative pour se tourner vers l’abstraction et plonger dans la matière.

NICOLAS DE STAEL JEANINE ET LEUR FILLE
Nicolas DE STAËL avec Jeannine et leur fille Anne

A Nice il fait une rencontre d’importance à savoir Alberto Magnelli ( peintre abstrait ) qui est plus âgé que lui, lui apportera ses connaissances, son expérience en matière d’abstraction, En dehors de cela c’est un homme qui sait trouver les mots pour l’encourager, le soutenir et l’influencera aussi.

En 1943 c’est le retour à Paris, boulevard Montparnasse. Il expose dans la galerie de Jeanne Bucher, une femme très généreuse envers les artistes sans le sou. On peut dire qu’elle fera partie de ceux qui, les premiers, lanceront la carrière de Nicolas. Elle l’expose aux côtés de Vassily Kandinsky et  César Domela. Ce sont deux peintres pour lesquels il éprouve une grande admiration et se retrouver à leurs côtés est signe que l’on reconnaît son travail. Cela lui donnera confiance et il affrontera mieux les critiques et la presse officielle.  Kandinsky meurt en 1944. Il en sera profondément attristé. Il fera partie de ceux qui porteront son cercueil. Un an plus tard, en 1945, c’est tout seul qu’il exposera chez Jeanne Bucher.

Il peint de façon assez extrême, acharnée, quasi désespérée. En 1946 il a la douleur de perdre Jeannine dont la santé fut fragilisée par des années dominées par la faim, les privations, mais aussi la difficulté à se remettre d’un avortement. Complètement désemparé, il s’isole dans le souvenir. Trois ans plus tard, après ces temps infiniment durs,  il va enfin connaître la consécration. Le Musée national d’Art Moderne lui achète une de ses oeuvres et l’on parle de lui dans la revue Cahiers d’art.

De plus,  il rencontre et épouse Françoise Chapouton qui venait donner des cours d’anglais au fils de Jeannine. ce qui lui redonnera l’envie de peindre sans relâche. Ils auront trois enfants : Laurence – Jérôme et Gustave. C’est une femme discrète, très présente qui  va s’occuper non seulement d’eux, mais des deux autres enfants de Nicolas,  ainsi que de la maison afin qu’il n’ait qu’à penser à sa peinture. Il expose non seulement à Paris, mais à Londres et à New York. Le succès est là !

NICOLAS DE STAEL ET FRANCOISE
Nicolas de STAËL et Françoise

Il loue un plus grand atelier rue Gauguet dans le XVIe arr. de Paris. Ses tableaux deviennent plus grands, les couleurs s’éclaircissent pour donner plus d’éclat et de dynamique à la lumière. Lors de ses moments de pause il se rend au Louvre, fréquente des sculpteurs, d’autres peintres, des critiques d’art, des marchands d’art.

Durant l’année 1951 il va faire une rencontre qui va beaucoup compter dans sa vie : celle avec le poète René Char . Ils s’apprécient énormément, se comprennent, s’admirent, se témoignent un grand intérêt pour leur oeuvre respective. On peut même dire qu’ils sont comme deux frères. Ils vont travailler sur un projet de livre, de ballet également. Nicolas fait des illustrations sur des poèmes de René (gravures sur bois).

En 1953 il se rend en Provence, plus précisément à Lagnes, dans une ancienne magnanerie ( Lou Roucas )  où une grange lui sert d’atelier. Il a besoin de quitter Paris et voir une autre lumière. Tout ce qui l’entoure l’émerveille et devient sujet de ses tableaux : paysages, variations du ciel, fleurs, des portraits aussi. La lumière a des effets divers sur lui : le plus souvent il faut bien le dire elle le fascine, à d’autres elle l’insupporte, l’énerve, l’agace et par voie de conséquence, il est toujours à la recherche du moment propice qui lui convient. L’épaisseur de la matière s’allège.

C’est lors d’une visite dans la région chez des amis de René Char qu’il rencontre une jeune fille qui est la muse du poète : Jeanne Polge. Coup de foudre ! (  » Quelle fille ! La terre en tremble d’émoi. Quelle cadence unique dans l’ordre souverain  »  » Il y a des femmes qui ne se montrent que telles des astres seuls avec le firmament intime du ciel. Je l’aime à en crever .. »écrit-il à Char ). Elle va l’attirer, le subjuguer. Pour autant, il aime également son épouse . Il est écartelé entre les deux et au milieu de ce tumulte de sentiments personnels, sa peinture est incroyablement flamboyante.

Il propose à Jeanne de partir en voyage avec sa femme , ses enfants et un ami pour un l’Italie. C’est un voyage qui sera difficile : non seulement  le transport en camionnette, mais d’autre part cette proximité entre l’épouse qu’il aime, la maîtresse qui l’attire. Il voulait concilier les deux et ce ne sera pas chose facile.

L’Italie , la Sicile : Palerme, Syracuse, Catane, Taormine et sur le chemin du retour : Rome, Florence, Naples, Gênes. Il ne s’arrête pas de s’émerveiller des tons chauds, brûlés, dorés, de la vivacité des couleurs ( en aplats ) ,  ce qui donnera  des toiles entre abstraction et figuration dans lesquelles les formes sont assez translucides, les formes simplifiées. Il a un esprit créatif débordant. La peinture semble alors le libérer de ses inquiétudes et de ses tourments. Les formats sont assez petits .

NICOLAS DE STAEL PAYSAGE DE SICILE 1953 2
 » Paysage de Sicile  » – 1953 – Nicolas de STAËL – ( Collection privée )
Paysage de Sicile: Agrigente, by Nicolas de Staël
 » Paysage de Sicile  » – 1953 – Nicolas de STAËL ( The Fritzwilliam museum – Cambridge )
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 » Agrigente  » – 1954 – Nicolas de STAËL – ( Collection privée )
Nicolas DE STAEL vue d'Agrigente 1954
 » Agrigente  » 1953 – Nicolas de STAËL ( Henie Onstad Kunstenter – Hövikodden /Norvège)
AGRIGENTE détail 1953 54
 » Agrigente-Détail  » – 1953/54 – Nicolas de STAËL ( Courtesy Lefevre Fine Arts / Londres ) – Tableau qui sert l’affiche

C’est en 1953/54  qu’il fait l’acquisition du Castelet qui lui plaisait beaucoup, situé  à Ménerbes en Provence . Une espèce de château dont l’état , quelque peu délabré, nécessitera de gros travaux. Il a son atelier avec une vue superbe sur le Lubéron , peint pour des expositions futures notamment en Angleterre et aux Etats Unis , délaisse le couteau au profit du pinceau, voire même des tampons de coton ou gaze, afin d’obtenir un meilleur étalement de la peinture et gagner également une lumière plus pénétrante.

En dehors des paysages, des plaines, des montagnes, des champs, du ciel, des fleurs etc… il peint aussi des nus féminins qui expriment une sorte d’idéal. La couleur est éclatante, vibrante, maîtrisée.

NU COUCHE BLEU NICOLAS DE STAEL 1955
 » Nu couché bleu  » – 1955 – Nicolas de STAËL
NICOLAS DE STAEL CIEL DE VAUCLUSE
 » Ciel du Vaucluse  » – 1953 – Nicolas de STAËL ( Adgp/ Paris )

Ses pensées sont occupées, de façon assez obsessionnelle par Jeanne. Il quitte tout : famille et château. Elle habite à Grasse,  il s’en rapproche et part à Antibes à l’automne 1954, rue Revely.

Malheureusement, Jeanne ne voudra pas donner suite à leur histoire.. Il se jette alors à corps perdu dans le travail comme un forcené : 350 toiles verront le jour en six mois avec des paysages de la Côte d’Azur mais aussi des portraits de celle qui l’a quitté … Il cherchera à la revoir. Elle ne le souhaitera pas. Il rassemblera alors toutes leurs lettres, les remettra directement à son mari en lui disant  » vous avez gagné  » et rentrera dans son atelier.

En état de désespoir total, il se mettra à peindre durant 2/3 jours , exprimant  toute la rage qui est en lui  au travers d’une composition (inachevée)  qui explose dans les tons de noir et de rouge,  aux dimensions assez importantes ( 4 mètres sur 6 ),  représentant un piano face à une contrebasse. Sa dernière oeuvre, lui qui a tant aimé la musique. C’est un hommage à Webern et Schoenberg, deux compositeurs entendus lors d’un concert à Paris quelques mois plus tôt. Bien souvent, voire même très souvent, on peut dire que ses oeuvres ont été imprégnées d’une intensité inouïe. Celle-ci, de par son caractère « testamentaire » représentant son dernier élan créatif, dépasse largement la limite de toutes les autres.

NICOLAS DE STAEL LE CONCERT

Il écrira ensuite deux lettres une à Jacques Dubourg , une autre à Jean Bauret,  puis il montera en terrasse et se jettera dans le vide dans la nuit du 16 au 17 Mars 1955.

 » Si le vertige auquel je tiens comme à un attribut de ma qualité, vivrait autrement vers plus de concision, plus de liberté, hors du harcèlement, on aurait un jour plus clair. La surprise d’un tableau ou d’une période à l’autre est normale chez moi, c’est comme si les choses faites passaient dans le brouillard une fois qu’elles ne sont plus là. Mais tout cela, qui sait, n’est peut être qu’un rêve idiot. Cela ne fait rien, je garderai l’inconnu du lendemain jusqu’à ma mort tant que ça ira. Voilà cher Jacques. Bonne chance pour les ventes .. »

Il a eu une vie de passion, de ferveur, d’émerveillement, de désespoir, d’amours, d’orgueil, de possible, d’impossible, de quête vers l’absolu, d’amitiés importantes et fortes aussi que ce soit avec des peintres, des écrivains, des poètes, des marchands d’art (notamment Jacques Debourg qui tenait une galerie d’art contemporain à Paris. Ils ont eu des années d’une collaboration étroite faite de confiance et d’amitié. Debourg a aimé son travail, l’a défendu et encouragé. )

( La maison à Antibes vue de profil et de face avec la terrasse de laquelle il s’est jeté)

Il laisse plus de mille oeuvres et un nombre incroyable de dessins. Après son décès, les expositions ont principalement eu lieu aux Etats-Unis. La première française se fera en 1956 au musée d’Art Moderne. Il en aura une autre au Grand Palais en 1981, puis au Centre national d’art et de culture Georges Pompidou en 2003. N’oublions pas les rétrospectives qui ont été également  proposées à la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence ( Alpes-Maritimes)  ainsi que différentes autres à la Fondation Gianadda de Martigny.

 

 

Tim FLACH …

 » J’ai toujours eu un sentiment d’émerveillement à propos de la nature et j’aime l’incertitude de mettre les sujets devant une caméra. Je pense que la chose principale est l’espace entre nous et eux , ça m’a beaucoup intrigué à propos des animaux. Une grande partie de la photo animalière implique des gens chassant les animaux dans la nature. Moi j’aime réaliser des styles de portraits d’animaux, pas tellement les anthropomorphiser, les rapprocher plutôt de quelque chose que nous comprenons. J’ai intentionnellement choisi de les séparer de leur contexte, presque de changer la façon que nous avons de les regarder, afin de s’engager à nouveau avec lui, tout en créant un sentiment d’hyper réalité.  » Tim FLACH ( Photographe anglais spécialisé dans la photo d’animaux)

TIM FLACH Portrait
Tim FLACH
TIM FLACH Flying mop
 » Flying Mop  » – Tim FLACH
TIM FLACH Poulet
 » Featjermess chicken  » – Tim FLACH

Le déjeuner dans l’atelier … Edouard MANET

 » A partir d’une ébauche de la salle à manger de sa maison de Boulogne-sur-mer ( louée à un vieux marin ) Manet construit le décor qui compose le déjeuner. Il y a trois personnes près d’une table dressée : Léon Koalla au premier plan, appuyé sur la table ; derrière une femme avec un pichet à la main et assis avec son cigare le peintre Auguste Rousselin. Rien d’autre ? Au contraire … La scène semble s’animer tout autour tandis qu’on déplace le regard, on aperçoit au fond un très beau vase blanc d’où sort une plante avec des grandes feuilles vertes, puis au premier plan à gauche le sabre et le casque, et derrière le bras du jeune, sur la table, encore une de ces extraordinaires natures mortes dont il a le secret. Ici, Manet ne veut autre chose que de la bonne peinture. Le choix du sujet : trois personnes et des objets des plus disparates ; le choix des associations de couleurs : les tons ocre s’accordent avec le noir de la veste du jeune Léon et les blancs de son pantalon et de la nappe. » Extrait de Regards sur la peinture – Editions Fabbri

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 » Déjeuner dans l’atelier  » – Edouard MANET – 1868

La galerie des cartes … Musée du VATICAN / ROME

 » La galerie des cartes est un atlas des ambitions des papes et le plus bel ensemble de fresque géographiques jamais peintes sur des murs. Saint Pie V avait mis fin au déploiement des idoles antiques dans le palais des souverains pontifes. Élu au terme d’un conclave d’un jour, le 13 mai 1572, Grégoire XIII voulu renouer avec les fastes des papes de la Renaissance sans remettre en question l’idéal de la Contre-Réforme. Il prolongea la lutte contre l’hérésie protestante , multiplia les séminaires pour la formation d’un clergé, mais lança, dans le même temps, un programme de grands travaux à Rome.  Au Vatican, cela se traduisit par l’achèvement des galeries qui reliaient le palais pontifical à la villa du Belvédère.

C’est au troisième étage de l’aile ouest qu’il fut réaliser le plus spectaculaire des embellissements : une longue galerie illuminée par 34 fenêtres donnant sur les jardins du Vatican et sur la cour du Belvédère, dont les murs seraient ornés d’immenses cartes géographiques peintes à fresque et représentant les différentes provinces d’une Italie sur laquelle les papes n’avaient pas renoncé à étendre leur hégémonie. Il en confia l’exécution à des paysagistes romains et flamands placés sous la direction de Carlo Pellegrino Danti, un dominicain qui s’était illustré dans l’étude des mathématiques et de la cosmographie, et avait réalisé pour le Duc Cosme 1er de Médicis un atlas des terres connues au Palazzo Vecchio, à Florence.

Les fresques furent réalisés en moins de deux ans, de 1580 à 1581. Elles formaient un ensemble d’une ampleur et d’une beauté comme on n’en n’avait jamais vu. Le cartographe en fut récompensé par l’archevèque d’Alatri. Les fresques furent restaurées au XVIIe siècle sous Urbain VIII Barberini qui en profita pour les faire parsemer d’abeilles qui figurent sur les armes de sa famille. Richement décoré, le plafond en stuc dessine une géographie spirituelle de la péninsule, en présentant des épisodes de l’Italie chrétienne, en vis-à-vis des cartes des régions où les évènements se sont produits. D’autres cartouches illustrent, dans le contexte de la polémique anti-protestante, la continuité entre l’Ancien testament et l’histoire de l’église catholique.  »  Michel De JAEGHERE (Journaliste et écrivain français -Extrait des Trésors secrets des papes au Vatican – Figaro 2010

GALERIE DES CARTES VATICAN 1
La galerie des Cartes / VATICAN – ROME  – Elle a été réalisée entre 1580/81 sous le pape Grégoire XIII.
GALERIE DES CARTES VATICAN PLAFOND
Plafond de la galerie des cartes / VATICAN – ROME
GALERIE DES CARTES ITALIE CORSE SARDAIGNE
Carte ITALIE – CORSE – SARDAIGNE / Galerie des cartes – VATICAN/ROME – 1580-1583
PAPE GREGOIRE XIII Lavina FONTANA
GRÉGOIRE XIII – Ugo BONCOMPAGNI deviendra pape en 1572 sous le nom de GRÉGOIRE XIII – Son pontificat se terminera en 1585. – Un tableau de Lavina FONTANA
URBAIN VIII PIETRO DA CORTONA 1
URBAIN VIII  : Maffeo BARBERINI deviendra pape en 1623 – Son pontificat se terminera en 1644 – Tableau de Pietro DA CORTONA –

 

 

 

VAN DONGEN & Le Bateau-Lavoir …

VAN DONGEN AFFICHE

 » Oui j’aime ce qui brille, les pierres précieuses qui étincellent, les étoffes qui chatoient, les belles femmes qui inspirent le désir charnel….Et la peinture me donne la possession la plus complète de tout cela car ce que je peins, est souvent la réalisation obsédante d’un rêve ou d’une hantise. »  —-  » On m’a reproché d’aimer le monde, de raffoler de luxe, d’élégances, d’être un snob déguisé en bohème, ou un bohème déguisé en snob .. Eh bien oui ! j’aime passionnément la vie de mon époque, si animée, si fiévreuse …  »  – Kees VAN DONGEN

 » Le bateau-lavoir était un milieu de grand enthousiasme qui se manifestait notamment par des expositions que nous réalisions de temps en temps … » Kees VAN DONGEN

 

VAN DONGEN DANS SON ATELIER EN 1950 1952 PHOTO JO BOKMA
Kees VAN DONGEN dans son atelier dans les années 50

Il y a cinquante ans disparaissait Kees Van Dongen, né à Rotterdam, naturalisé français en 1929. A cette occasion le musée de Montmartre présente une exposition qui met à l’honneur d’une part  un dessinateur, portraitiste inventif,  ironique, caricaturiste, coloriste incroyable, un  peintre très particulier et assez déroutant il faut bien le dire,   replacé dans sa période montmartroise ( infiniment déterminante pour lui) , et d’autre part un lieu mythique où il a séjourné, certes peu de temps, mais de façon intense, lieu qui fut une cité d’artistes ayant assisté à la naissance de l’art moderne au XXe siècle stimulé par un esprit révolutionnaire, un art populaire anti-académique, un désir de liberté  artistique. Elle s’intitule :

 » VAN DONGEN & Le Bateau-Lavoir  » – Jusqu’au 26 Août 2018 – au travers de 65 oeuvres, prêts de musées européens : Allemagne, France, Belgique, Principauté de Monaco, et Pays-Bas, ainsi que des collections privées. Des huiles, des dessins, des photos, ainsi que des lithographies.

Quand on évoque l’un et l’autre, on est aussi plongé dans ce quartier bohème de Paris, un petit village à lui tout seul : Montmartre. A l’époque où le peintre arrive en France, c’était un lieu où soufflait un vent de liberté , d’effervescence et de révolution artistique.

Le Bateau-Lavoir était situé Place Emile Goudeau ( 13 rue Ravignan) , sur un terrain de la butte Montmartre, pas très loin du musée actuel. C’était une vieille bâtisse ( on pourrait presque dire une baraque ) ,  autrefois manufacture de pianos, faite de bois et de briques, divisée en plusieurs petits logements ( au total dix , réalisés par l’architecte Paul Vasseur) situés de part et d’autre d’un couloir. Il y avait un étage sur l’avant, un autre sur l’arrière, un seul point d’eau au pied de l’escalier  et une concierge Madame Coudray qui vivait là  .

Ces logements ont servi d’ateliers à de nombreux artistes français et étrangers issus du monde de la peinture, de la littérature et de la poésie. C’est là, en effet, qu’ils aimaient à se retrouver, bouillonnants d’idées nouvelles, pour peindre, échanger, refaire le monde, s’influençant, cherchant leur voie, se copiant aussi ;  là que naîtra un jour le cubisme et que Picasso peindra les demoiselles d’Avignon en 1907.

BATEAU LAVOIRBATEAU LAVOIR 2

 » Vu de face ( c’est-à-dire de l’entrée au 13 rue de Ravignan ) ce n’était qu’un rez-de-chaussée. Une fois entré, on se trouvait au troisième étage donnant sur la rue Garreau. Des couloirs se coupaient à angle droit, des portes s’alignaient, délabrées, les escaliers craquaient, les murs en bois suintaient….  » Jeanine WARNOD ( Historienne, journaliste et critique d’art française )

Le premier à occuper les lieux fut le peintre Maxime Maufra en 1892.Viendront par la suite : Picasso ( en 1904 ) , Modigliani, Derain, Van Dongen, Freundich, Vlaminck, Juan Gris, Jacob, Apollinaire, Salmon, Gauguin, Mac Orlan, Matisse, Braque, Léger, Cocteau et tant d’autres … En 1970 un incendie aura raison de lui et il sera reconstruit en dur.

Par le passé on l’appelait   » La maison du trappeur  « … Cela  changera le jour où Max Jacob y viendra et verra du linge sécher. Il lui donnera  alors le nom de  »bateau-lavoir ».

Le fauvisme est souvent nommé dans l’exposition : il faut savoir qu’il fut le premier mouvement avant-gardiste du XXe siècle. Matisse en a été la figure centrale, Van Dongen, fauve avant l’heure, se placera comme son rival. Deux personnalités bien différentes toutefois : Matisse est pluôt rangé et bourgeois, Van Dongen un anarchiste. Chez les fauvistes cependant, ce dernier sera reconnu comme un éminent coloriste du mouvement, alliant le raffinement à l’impétuosité.

Van Dongen a eu plusieurs facettes dans sa vie : un peintre avant-gardiste, fauviste, caricaturiste, un artiste majeur dans le Paris des années folles, un grand maître de la couleur , et  une personnalité complexe : d’un côté il y a eu l’anarchiste, de l’autre le mondain vaniteux, riche, aimant le luxe et les soirées jet-set de sa période  » cocktail « .

Au départ un peintre plutôt classique aimant Rembrandt, Vermeer et Hals,  qui s’écartera un jour de l’art académique (beaucoup trop intellectuel à son gôut),   pour se lancer dans une toute autre peinture, un artiste tout aussi passionné par la vie que par son art. Malheureusement, à force de côtoyer les milieux décadents de la capitale, il deviendra décadent lui-même, ce qui ne sera pas très bon pour le rendu de ses tableaux.

Par voie de conséquence, cette dualité donnera des toiles avec des changements de style assez fréquents.  En dehors de cela, il fut réputé rebelle, turbulent, cynique, provocateur, un révolté idéaliste, complètement décalé, qui a excellé toute sa vie dans les contradictions : ce qui , du reste, ne l’a nullement dérangé mais plutôt amusé.

Cornelis, Theodorus Marie Van Dongen, dit Kees Van Dongen, est né en 1877 à Delfshaven dans la périphérie de Rotterdam aux Pays-Bas. Issu d’une famille plutôt aisée ( le père dirige une malterie) dans laquelle il recevra une éducation assez stricte. Il est le second de quatre enfants.

A 13 ans, il commence à s’intéresser au dessin et à la peinture, réalise déjà ses premiers portraits au sein des membres de sa famille. Il s’intéresse énormément aux grands maîtres de la peinture néerlandaise.

A 16 ans, et faisant fi de l’approbation de ses parents, il commencera à étudier à l’Académie royale des Beaux Arts de Rotterdam où il restera quatre ans et va se parfaite au dessin, lithographie et illustration de livres. Parallèlement à la peinture, ce révolté impétueux et politiquement idéaliste, découvre l’anarchisme. Il travaillera comme illustrateur dans une revue traitant de ce sujet et de philosophie. En parallèle, il traîne du côté du port et des quartiers chauds de la ville,  croise  des matelots et des prostituées qui deviendront, avec des paysages, les sujets privilégiés de ses dessins et peintures.

L’envie le prend en 1897 de partir , quasiment sur un coup de tête, pour la France. La légende raconte qu’il serait arrivé dans la capitale en sabots … Avec le peu d’argent qu’il possède et que son père lui a donné, il s’installe dans un petit appartement mansardé de l’impasse Girardon mais dort bien souvent à la belle étoile. Il  fera des tas de métiers pour survivre ainsi que des tableaux d’enfants jouant dans des squares. Il restera deux ans puis retournera dans son pays.

En 1899 c’est le retour en France . Il retrouve celle dont il était tombé amoureux : Augusta Preitinger surnommée Guus. Elle est retoucheuse-photos.  Il l’épousera en 1901 à l’église St Pierre de Montmartre .Elle deviendra son modèle et lui donnera un fils d’abord qui , malheureusement, ne vivra pas, puis une fille : Guusje dite Dolly. Il rejoint les milieux anarchistes de Paris, rencontre certains membres éminents du mouvement dont le critique Félix Fénéon qui devient son ami et lui achètera des toiles, ainsi que le peintre Maximilien Luce lui aussi dans la mouvance anarchiste..  Il va collaborer, également, à des revues comme l’Assiette au beurre ou la Revue Blanche.

VAN DONGEN SA FEMME SA FILLE
Van DONGEN  ( à gauche ) avec sa femme et sa fille
VAN DONGEN 1907 1908 MA GOSSE ET SA MERE COLLECTION PARTICULIERE
 » Ma gosse et sa mère  » – 1907 1908 – Kees VAN DONGEN ( Collection particulière)

Grâce au rapprochement avec les pointillistes Paul Signac (c’est lui qui le parrainera pour le Salon des Indépendants en 1904)  et Maximilien Luce, il accède aux différents Salons de la capitale où il expose. C’est là que l’on commence à s’intéresser à son travail : sa palette est plus claire, il  y a davantage de couleurs,  des rouge et des jaune, les mouvements se distinguent un peu plus . Ce sont des peintures dont les sujets sont très souvent des vues de Montmartre, des gens de la rue, de la vie quotidienne, de la vie nocturne, mais aussi des forains , des gitanes,  avec leurs roulottes et des gens du cirque ( clowns, acrobates, écuyères et équilibristes)

VAN DONGEN le sacré coeur le matin 1904
 » Le Sacré-Coeur le matin  » – 1904 – Kees VAN DONGEN  ( Nouveau musée national de Monaco )
VAN DONGEN LE MANEGE DE COCHONS 1904 1905
 » Le manège de cochons  » –  1905 env. Kees VAN DONGEN (Collection particulière)

Il expose chez le marchand Vollard des toiles qui ne manqueront pas d’attirer l’attention  dès 1904. Il rencontre Apollinaire, Picasso, Derain, Vlaminck et Matisse et se met à les fréquenter. Du coup il baigne dans différents mouvements artistiques qui se manifestent à Paris. Vers la fin de 1907, les couleurs sont plus harmonieuses, intenses , subtiles, contrastées, des lignes simples  et des applications en larges aplats,  qu’on l’associera au mouvement fauviste.

Il se rapproche de plus en plus de Picasso et devient son ami. En 1906, il quitte l’impasse Girardon ( mais garde l’appartement ) , et rejoint le bateau-lavoir.La version que l’on donne souvent affirme  que c’est le maître espagnol qui lui en a fait la demande, une autre qu’il aurait été poussé à venir là par son ami le peintre hollandais Otto Van Rees.

Bref … Le voilà au bateau-lavoir dans un des petits logements ( qui lui sert d’atelier )  où il y a deux belles fenêtres donc de la lumière. Picasso est du même côté du bâtiment mais au rez-de-chaussée. Il vit là avec sa compagne Fernande Olivier ( de son vrai nom Amélie Lang) , dite  » la belle Fernande  » laquelle deviendra le modèle de Van Dongen. Les deux couples deviennent proches. Leurs voisins sont Vlaminck, Bonnard et Derain. Tous ensemble ils discutent beaucoup et échangent  leurs idées sur les règles de l’art.

VAN DONGEN FERNANDE 1904
 » Fernande OLIVIER  » – 1907 – Kees VAN DONGEN ( Collection particulière ) ( Le tableau sert l’affiche de l’expo)

La vie n’était pas facile …  » Nous essayions de vendre Picasso et moi dans les environ du cirque Medrano. Nous étalions nos tableaux par terre. On les vendait 100 sous. Nous n’étions pas riches. On allait chaparder du pain et du lait aux étages des maisons…. » Mais ce coté  bohème apporte plus de créativité à sa peinture. Il traîne dans les cafés de Montmartre, les coulisses des cabarets, fréquente les bals et les soirées et dessine ou peint ce qu’il voit.

 » Ce grand fauve n’est pas gâté par le sort. Deux bouches à nourrir : sa femme et sa fille, or ses scènes de bal et ses fêtes foraines aux couleurs flamboyantes effraient les amateurs et rebutent les marchands. Il en est réduit, certains soirs, à descendre aux Halles où il décharge des légumes. Cela ne l’empêche pas, le lendemain matin, de sourire aux marchandes des quatre-saisons de la rue des Abbesses et l’après-midi de sourire au directeur du Frou-Frou qui reçoit les dessinateurs comme des chiens. Il sait que cela ne durera pas et que plus tard on se disputera ses toiles. Alors à quoi bon larmoyer .. » Roland LECAVELÉ dit Roland DORGELÉS -Écrivain et journaliste français

Il se rend de temps à autre à Fleury-en-Bière chez son ami Van Rees qui loue  une maison  là-bas. Il s’y repose en famille et peint des paysages de campagne , des champs de blé, les récoltes, les paysans etc… qu’il expose après chez la galériste Berthe Weill.

VAN DONGEN LES LIEUSES 1905
 » Les lieuses  » – 1905 – Kees VAN DONGEN

Son approche picturale change , tout simplement au gré des rencontres et des discussions qu’il peut avoir avec d’autres artistes qui lui apportent des théories, des techniques  et des esthétiques différentes. Désormais il fait des dessins préparatoires mûrement réfléchis avant de peindre. Il s’écarte des autres picturalement parlant, et notamment de Picasso, ce qui entraîne des rivalités et des moqueries de ceux qui ne sont pas du même avis que lui. Il se voit même être refusé dans les Salons et ne peut exposer que dans une galerie de Montmartre.

Fort heureusement son ami anarchiste et critique Fénéon , devenu en 1906, directeur d’art moderne dans une célèbre galerie, va l’aider. Non seulement en exposant ses tableaux mais en lui en achetant. Entre 1907 et 1908 il connaîtra une période de succès qui sont dûs en grande partie à cette incroyable maîtrise de la couleur qu’il a eue en employant alors des tons très chauds, étincelants, vibrants, puissants, parfois à la limite du vertige.

 » Ce coloriste a, le premier, tiré de l’éclairage électrique un éclat aigu et l’a ajouté aux nuances. Il en résulte une ivresse, un éblouissement, une vibration ; et la couleur conservant une individualité extraordinaire, se pâme, s’exalte, plane, pâlit, s’évanouit sans que l’assombrisse jamais l’idée seule de l’ombre. » Paul GUILLAUME en 1918 à propos des talents de coloriste de VAN DONGEN

Il va par la suite vouloir quitter un peu toute cette agitation autour de lui, s’évader, trouver d’autres inspirations, poussé en cela par Fénéon C’est la fin de son amitié avec Picasso.

Il part pour l’Italie, l’Espagne, le Maroc, subjugué par la lumière éblouissante de ces pays, particulièrement le dernier, les couleurs chaudes des ocres, des orangés, des rouges, la brillance des tissus et tout ce qui l’entoure. Il peindra, à son retour, des femmes espagnoles avec leurs castagnettes , leurs robes et leurs grands châles et des arabes dont les yeux sont cernés de khôl … toutes empreintes d’une grande sensualité, avec des regards intenses, des couleurs très fortes et vives.

VAN DONGEN EGYPTIENNE OU HAMIDA
 » L’Egyptienne ou Hamida  » – 1913 – Kees VAN DONGEN ( colection Alberto Cortina)

A son retour  Picasso n’est plus au bateau-lavoir et sa compagne Fernande l’a quitté.   Il présente les demoiselles d’Avignon en 1907, Van Dongen lui répondra avec les lutteuses de Tabarin qui sera exposé au salon de 1908, une oeuvre dont il ne se séparera jamais.

VAN DONGEN LES LUTTEUSES DE TABARIN
 » Les lutteuses de Tabarin  » 1907-1908 – Kees VAN DONGEN ( Musée national de Monaco )

Il s’est installé dans un nouvel atelier rue Saulnier non loin des Folies Bergères

Il fait parler de lui dans les grands Salons de peinture où il est exposé. Tout simplement parce qu’il veut se démarquer des autres.C’est son côté artiste turbulent, audacieux qui aime provoquer, voire même choquer, mais en même temps lui apporte du succés. Mais tout le monde ne partage pas le même avis … Baudelaire en fait partie :

 » Les tableaux de Mr Van Dongen sont l’expression de ce que les bourgeois, souffrant d’entérite, appellent aujourd’hui de l’audace. Pour ma part, j’y vois bien quelques dons en peinture mais aussi une vulgarité que l’artiste cherche à transformer en brutalité. »

L’artiste et l’homme rebelle du début, celui qui était enclin à la caricature, l’avant-gardiste fauve, va concentrer toute son attention picturale sur les femmes. Ah les femmes de Van Dongen ! Déjà il faut savoir qu’il les a beaucoup aimées et elles ont tenu une grande place dans sa vie et dans son oeuvre. Elles seront  son sujet favori : des femmes de cabarets, de music-halls, celles qui arpentent les rues de Montmartre et puis un jour les mondaines coquettes, avec des accessoires et des bijoux.

Et bien sûr  il les a peintes avec de l’audace dans les couleurs ,  un teint clair, poudré,  fardées  ( certaines le sont parfois jusqu’à avoir un visage déformé et des gros traits ) , un regard souvent intense avec  des grands  yeux cernés et charbonneux, des lèvres rouges. Si les couleurs des vêtements sont assez criardes, la palette de maquillage l’est aussi. Au final, ce sont des portraits séduisants qui plaisaient beaucoup et dont tout le monde parlait dans Paris.

VAN DONGEN LA PARISIENNE 1906
 » La parisienne  » ( détail ) – 1906 env. ( Collection Hélène Bailly Gallery )
VAN DONGEN LE DOIGT SURLA JOUE 1910.jpg
 » Le doigt sur la joue  » – 1910 -Kees VAN DONGEN ( Museum Boijmans Van Beuningen de Rotterdam)

Il quittera Montmartre en 1912 pour Montparnasse. L’année 1913 sera celle de la fin de son appartenance au fauvisme. Sa peinture se tourne vers des nus très séducteurs, sexuels, exprimant le désir. Un gros scandale éclatera en 1913 durant le Salon d’Automne avec l’exposition de son tableau Le châle espagnol qui sera retiré.

Lorsque la guerre de 14/18 sera terminée, commencera pour lui la période des portraits de la haute société ( à noter celui de la marquise De Casati dont il a fait sa maîtresse ) . Une période qui va durer dix ans ( 1920/1930) et lui apportera richesse, célébrité, le titre de portraitiste officiel ( 1920 ) ,  la légion d’honneur ( 1922 ) et la nationalité française ( 1929)- Il sera très demandé et les commandes ne manqueront pas.

En 1916 , le couple formé avec Augusta se sépare. Van Dongen a une maîtresse ( rencontrée en Espagne en 1915 )  qui va lui permettre d’entrer dans des cercles mondains : Léo Jasmy. Nouvel atelier très orientalisé : la Villa Saïd et ses fêtes joyeuses . Puis ce sera un hôtel particulier rue Juliette  Lamber non loin de la Place Wagram où les murs sont couverts de ses tableaux. Il donne des soirées tumultueuses et décadentes avec des expositions de ses toiles etc…  C’est là qu’il va se lancer dans les portraits de personnalités célèbres : des écrivains, des acteurs et actrices de cinéma, des stars, etc…et entrer de pleins pieds dans sa période  » cocktail  » à savoir qu’il va prendre réellement goût à une vie mondaine faite d’excentricités, de scandales, de plaisirs en tous genres, le tout quelque peu caché sous une bonne couche de pouvoir et d’argent.  Il peint une société libertine à laquelle il appartient. Le succès est là, et lui monte un peu à la tête.

VAN DONGEN FEMME A L EVENTAIL 1910
 » Portrait de Madame de Plagny dite Femme à l’éventail  » – 1920 – ( Musée de Grenoble)
VAN DONGEN 1925 1930 MME MARIE THERESE RAULET
 » Portrait de Madame Marie-Thérèse Raulet  » – 1925/30 – Kees VAN DONGEN ( c’était la femme de son avocat )

En 1920 il fera le portrait du célèbre écrivain, prix Nobel de Littérature  et très réputé Anatole France. Ce tableau sera exposé au Salon des Beaux Arts en 1921, ce qui est un peu curieux compte tenu que cet endroit n’était pas très réputé pour voir arriver des avant-gardistes … Mais dans un esprit d’ouverture, ils seront acceptés. Bien entendu, la critique et les journalistes y assistent pour saisir leur moindre faux-pas.

Van Dongen va essuyer les premiers tirs : son tableau ne sera pas du tout apprécié : ce n’est pas tant le fait qu’il ait eu envie de le peindre qui va gêner, mais le fait qu’un étranger se soit permis de peindre une figure importante de la littérature française en le faisant apparaître , aux yeux de tous,  avec un air vieux, quasi sénile. En agissant ainsi, ce tableau sera considéré  comme un outrage, une offense faite à une gloire française. On lui reproche, par ailleurs, d’avoir voulu se servir d’un tel symbole français pour bien asseoir sa carrière de portraitiste mondain !

Et la critique ne viendra pas que de la France ! car d’autres pays européens donneront eux aussi leur avis et il ne sera pas favorable. Avec ce tableau il va, une fois de plus, attiré le scandale. Lui répondra que tout tout cela n’arrive que par jalousie à son encontre  ‘‘ On me blâme d’avoir fait cet toile, je n’y ai mis aucune arrière-pensée, je l’ai faite avec amour, avec dévotion.  » dira t-il à ses détracteurs.

Malgré tout il recevra la légion d’honneur en 1922. Son grade d’officier viendra bien plus tard en 1954. Il sera d’ailleurs le seul des artistes néerlandais vivant à Paris à l’avoir demandée et obtenue.

VAN DONGEN Anatole FRANCE
 » Portrait d’Anatole France  » –  Kees VAN DONGEN

A partir de 1929 les commandes vont affluer, les demandes de portraits de gens célèbres  comme par exemple Sacha Guitry, Léopold III de Belgique, Anne de Noailles,  ou l’Aga Khan. En fortune, il va perdre un peu la passion de son métier, placera son travail toujours un peu à la limite d’un scandale. Du coup ses oeuvres semblent manquer un peu d’inspiration et certains musées les trouvent même vulgaires et banales.

En 1938 il rencontrera Marie-Claire avec laquelle il se mariera quinze ans plus tard en 1953 et aura un fils Jean-Marie.

VAN DONGEN ET MARIE CLAIRE

Durant la seconde guerre mondiale, il acceptera de partir pour un voyage d’études en Allemagne, accompagné par Derain, Dunoyer de Ségonzac, Despiau, Vlaminck,  organisé par un sculpteur du IIIe Reich à savoir Arno Becker . Ce voyage avait en fait une contrepartie à savoir la libération d’artistes français qui étaient prisonniers de guerre dans des camps. Malheureusement, même si la cause était défendable, ce voyage leur sera reproché. Il  fut  très mal accepté et exposé à de très grosses critiques. Van Dongen en  paiera un peu les conséquences parce que le milieu artistique français va le boycotter.

Il se lancera alors dans l’illustration. Il devra faire profil bas jusqu’à ce que  sa réputation reprenne un cours normal .Petit à petit les choses s’arrangeront un peu lorsqu’il participera en 1959 à l’exposition  » le fauvisme français et les débuts de l’impressionnisme » .

En 1949 il s’installe en principauté de Monaco dans une villa qu’il appellera  » Bateau-Lavoir » … Signe nostalgique de sa jeunesse, d’une période de sa vie et de sa carrière qui a beaucoup compté pour lui et qui resté à jamais ancré dans son coeur …

Il décède en 1968 à l’âge de 91 ans.

VAN DONGEN ILLUSTRATION LITHOGRAPHIE 1949
1949 – Les illustrations de cette époque reflètent sa nostalgie de ses années à Montmartre  :  » Van Dongen, Fernande, Picasso, Apollinaire et Max Jacob réunis aux Enfants de la Butte rue des Trois frères  » – Lithographie 1949 – Kees VAN DONGEN ( elle fut une illustration sur l’ouvrage Au beau temps de la Butte  de l’écrivain et journaliste Roland Lecavelé dit  Roland Dorgelès )  – Il a eu beaucoup de plaisir à illustrer ce livre parce que ce fut pour lui une occasion de revivre des années importantes de sa jeunesse.

 

 

Collage de fleurs … Princesse GRACE

 » Je commence rarement un tableau avec une idée préconçue. Les collages de fleurs pressées sont comme des puzzles. En déplaçant les fleurs, la silhouette principale se dessine lentement. En commençant de cette manière, il est plus facile d’arriver au résultat final. Quand le dessin prend forme, vous avez la même impression de calme que si vous faisiez des travaux d’aiguille. » Grace Patricia KELLY ( Actrice américaine, Princesse de Monaco )

PRINCESSE GRACE FLEURS
De ce plaisir des fleurs  qu’elle considérait comme  » une forme de relaxation et non un art sérieux «  elle a fait un livre qui fut édité aux Etats Unis en 1980, puis en France en 1987 ( Mon livre de fleurs ) , ainsi que des expositions.

PRINCESSE GRACE COLLAGE

PRINCESSE GRACE COLLAGE 3

Opéra GARNIER …

GARNIER Charles

GARNIER Dessin de construction 1874
Dessin de construction
GARNIER MAQUETTE MUSEE ORSAY
Maquette qui se trouve au musée d’Orsay
GARNIER OPERA
Opéra GARNIER

 » Une anecdote voudrait qu’à l’inauguration du palais Garnier, le 5 Janvier 1875, le Tout-Paris eût été invité …. sauf Charles Garnier. Obligé de payer sa place, il aurait assisté au bâptème de son palais depuis le fond d’une seconde loge, mis à l’écart pour avoir été trop courtisan sous le Second Empire. Légende ou réalité ? Peu importe car ce paradoxe est bien à l’image de cette IIIe République naissante qui célébrait là l’un des ultimes projets du régime précédent, en travaux depuis quatorze ans.

Dans le cadre des immenses chantiers lancés par le Baron Haussmann, Napoléon III avai exigé l’édification d’un nouveau théâtre d’opéra. De tout temps la première salle lyrique parisienne avait été un miroir du pouvoir en place. Elle avait beaucoup changé de lieu depuis la fondation de l’Académie royale de musique par Perrin et Cambert en 1669 : rue Jacques Callot, aux Tuileries, au Palais-Royal, Porte Saint-Martin, rue Richelieu, rue Le Peletier. Le second Empire voulait, à son tour, une salle qui fût digne de lui, et le ministre Walewski avait lancé un concours d’architecte. Contre toute attente, le 6 juin 1861, le projet du célèbre Viollet-le-Duc avait été rétoqué au profit d’un jeune inconnu nommé Charles Garnier.

Le voilà à trente-six ans, à la tête d’un des projets phares du Second Empire. Sans doute le classicisme de son plan cruciforme avait-il séduit le jury. Une fois son projet validé, Garnier s’était assuré la collaboration de certains des meilleurs artistes de son temps. Les travaux auraient dû s’achever cinq ans plus tard, mais en 1867 seule la façade est montrable. On n’en décide pas moins de l’inaugurer en grande pompe, provocant un scandale instantané ! L’impératrice Eugénie grimace :  » quel affreux canard, ce n’est ni du style, ce n’est ni grec ni romain. »  » C’est du Napoléon III  » aurait répondu Garnier.

Est-ce ainsi qu’il faut résumer cet empilement de marches, d’arcades, de loggias, de colonnes ? Et cette accumulation de statues qui illustrent le savoir-faire de tous les grands artistes du moment ? : Le Drame de Falguière – Le Chant de Dubois – La Cantate de Chapu – La Musique instrumentale de Guillaume – La Poésie lyrique de Jouffroy – Le Drame lyrique de Pernaud – La Danse de Carpeaux ….

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Avec la chute du Second Empire, l’Opéra faillit ne jamais voir le jour. Durant les terribles années de 1870- 1871, son sous-sol devint même une prison de fortune où il semblerait que l’on est torturé. Le projet était heureusement trop avancé pour qu’on l’interrompît, et l’incendie de l’Opéra le Peletier le 28 Octobre 1873 accéléra la reprise des travaux. Nous voici enfin au 5 janvier 1875 : il faut se figurer ce que fut la découverte de l’Opéra pour Mac Mahon et tous les Parisiens ! C’était alors le plus grand théâtre du monde ! Tout y semblait pittoresque : les trente colonnes de marbre du grand escalier, une scène de soixante mètre de hauteur, cinquante-cinq de largeur et vingt-cinq de profondeur.  Un bâtiment de onze mille mètre carrés et qui avait demandé quelques trente-trois kilomètres de plans !

Le palais de Charles Garnier reste à jamais le symbole de l’art lyrique : par sa poésie, son faste, sa pompe, sa douce lourdeur, ses lambris poussiéreux, ses sombres couloirs, ses allures de bordel en déclin et de maison hantée. Il est à l’opéra ce que la tour Eiffel est à Paris. Et ce n’est pas près de changer !  »

Nicolas D.ESTIENNE D.ORVES ( Écrivain et journaliste français )

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Grand escalier – Architecte Charles GARNIER / Gravure :  Jean Joseph SULPIS – 1880
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Scène  ( Photo : Pierre Elie DE PIBRAC )

 

GARNIER MONUMENT
Monument à Charles GARNIER – Il est l’oeuvre de l’architecte français Jean-Louis PASCAL ( qui fut son élève ) – Sculpteurs : Jean-Baptiste CARPEAUX (buste) – Gabriel THOMAS ( la Gloire et le Dessin ) – Gustave GERMAIN ( sculpture décorative ) – Août 1898 / Angle des rues Auber et Scribe à Paris

 

L’art par Auguste RODIN …

 » Il est parfaitement inutile de faire intervenir des lois, des règles, des principes qui n’ont germé que dans les cerveaux de commentateurs disséquant une série d’oeuvres vingt siècles après et auxquelles jamais artiste n’a songé une minute. Il est tout aussi inutile d’employer un vocabulaire hérissé de mots bizarres forgés après coup et incompris de presque tout le monde : en art, les choses les plus difficiles s’expliquent avec des mots de concierge. Il n’y a ni lois ni mots farouches, il y a un homme qui fait une statue un point c’est tout !  » Auguste RODIN ( Sculpteur français )

 

AUGUSTE RODIN

Egon SCHIELE …

Le grand nombre des auto-portraits ( environ une centaine) ne témoigne pas seulement du fait que parmi ses collègues historiques, Egon Schiele peut être considéré comme l’un des observateurs les plus assidus de sa propre personne, mais tend également à faire penser qu’il s’agit là d’un être que l’on pourrait qualifier de narcissique. Et de fait, Schiele n’était rien moins qu’un observateur maniaque de sa propre personne. Mais au-delà de cette constatation, il convient de dire que Schiele était avant tout un peintre, peintre qui fixait sa propre personne et ses proses sur un mode essentiellement pictural qui se « représentait lui-même ».  » Reinhard STEINER (Professeur et Directeur de l’Institut d’histoire de l’art à l’Université de Stuttgart. )

EGON SCHIELE AUTOPORTRAIT CHEMISE RAYEE 1910
 »Auto-portrait à la chemise rayée  » – 1910 – Egon SCHIELE
EGON SCHIELE AUTO-PORTRAITS DIVERS
Auto-portraits divers – Egon SCHIELE

Les Trois Âges de l’homme … GIORGIONE ou pas ?

 » Dans l’une des salles de la Galleria Palatina du Palazzo Pitti de Florence est accrochée une peinture sur bois de 62 sur 77 centimètres. Son titre : Les trois Âges de l’homme. Elle est attribuée à Giorgione. Pour combien de temps encore ? Si j’ose poser cette question incongrue, c’est que, au cours du seul XXe siècle, cette même oeuvre l’a été en 1913 à Morto da Feltre, en 1937 à Pennacchi, en 1968 et de nouveau dix ans plus tard à Bellini. Ce qui est contesté au cours de la même 1978 parce qu’il est clair, selon la démonstration d’un autre historien de l’art, que cette peinture ne peut avoir d’autre origine que la Scuola del Giambellino. Si ces Trois Âges de l’homme furent , malgré tout, attribués en 1942 à Giorgione, il a fallu plus de quarante ans pour qu’en 1989 cette attribution soit à nouveau proposée …

Elle n’a pas, que je sache, été remise en cause depuis. Ce qui n’exclut pas qu’un jour, peut-être, dans le visage de l’adolescent qui, au centre, a le regard baissé sur une partition , dans l’homme jeune et barbu qui, sur la droite, tend l’index vers celle-ci, dans le visage du vieillard chauve qui, à gauche, se retourne vers qui approche du tableaux, une très rigoureuse, très scrupuleuse et très argumentée démonstration, veille prouver qu’une attribution faite au XVIIe siècle était la seule bonne. En 1966, dans un inventaire de la collection Niccolo Renieri ( lequel né à Maubeuge vers 1591 , avant de donner à Rome et à Venise une saveur italienne à son nom, s’était appelé Nicolas Régnier) ce tableau était mentionné sous le nom de Palma II Vecchio ; il passait pour représenter un épisode de L’Éducation de Marc-Aurèle.

Depuis 1500, 1505, dates que l’on veut croire être celles de la période pendant laquelle il a été peint, ce tableau est resté le même. Mais parce que l’on a voulu le croire une oeuvre de Palma II Vecchio, de Morto Da Feltre, de Pennacchi, de la Scuola di Giambellino, d’autres encore de Giorgione enfin, l’a t-on regardé de la même manière ? Dans quelle mesure une attribution influence t-elle le regard ? Lui prête t-on la même attention que si elle avait été peinte par un inconnu ou un génie ?  » Pascal BONNAFOUX ( Historien de l’Art, professeur à Paris VIII )

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 » Les Trois Âges de l’homme «