Peintures des lointains …

MQB. Affiche de l'exposition "Peintures des lointains, la collection du musée du quai Branly - Jacques Chirac". Du 30 janvier 28 octobre 2018.

 

Le musée du quai Branly-Jacques Chirac est riche d’une prestigieuse collection d’oeuvres d’art dont 500 sont des tableaux. Environ 120  d’entre eux font l’objet depuis le 30 Janvier 2018 et jusqu’au 6 Janvier 2019 d’une exposition très originale,, intéressante, instructive, riche, réaliste ,portant comme son nom l’indique sur  :

 » Les peintures des lointains  » (C’est le regard de l’Occident sur l’Orient de la fin du XVIIIe siècle jusqu’au XXe siècle avec, pour la première fois, des oeuvres appartenant toutes au musée.)

Il s’agit de tableaux , méconnus pour la plupart, qui furent commandés et acquis pour l’exposition coloniale internationale en 1931 à Paris. Lorsque cette manifestation prit fin, les toiles ont revêtu une certaine importance au musée des Colonies de la porte dorée de 1931 à 1935, puis au musée de la France d’Outre-Mer de 1935 à 1960, lequel deviendra musée des arts d’Afrique et d’Océanie. Elles vont y rester de 1960 à 2006 puis remises, en héritage par décret, au musée du Quai Branly-Jacques Chirac.

Toutefois, en 1960 , ces oeuvres  ( dites d’art colonial bien que le mot ne soit pas très bien perçu )  ne représentaient plus un grand intérêt ,  on a même préféré ne plus s’y intéresser et  voire même  » les oublier  » . Elles furent donc placées dans des réserves où elles ont été  conservées durant des décénnies (malheureusement pas dans des conditions très optimales) jusqu’au jour où il apparut très intéressant de se pencher sur le sujet, de comprendre qu’il fallait porter un autre regard sur elles, et surtout de révéler la collection au grand public. Elles sont donc sorties de l’oubli afin d’être dépoussiérées, nettoyées, voire même restaurées.

Il fallait être quelque peu audacieux pour se risquer à une telle exposition parce que le thème peut paraître délicat . En tous les cas, ce n’est nullement provocateur, il n’y a pas de prise de position ou autre qui pourrait déplaire et ce n’est certes pas une éloge de la colonisation ( l’expo ne porte pas exclusivement sur elle d’ailleurs  ) . Elle n’a pas été faite pour ranimer de vieilles  rancoeurs, des tristesses ou des passions.

Tout au contraire, il s’agit d’ une exposition très intéressante, passionnante, fort bien faite, précise, qui permet de comprendre comment et pourquoi beaucoup ont souhaité et aimé découvrir et se rendre sur ses terres lointaines, comment ils les ont ressenties, quelles furent leurs pensées, leurs sentiments, leurs points de vue, leurs convictions  leurs émotions ; comment ils ont abordé les différentes cultures et s’en sont imprégnés ; découvrir des oeuvres , riches d’histoire, de connaissances, de savoir et qui sont de véritables petits trésors

Par ailleurs, elles permettent d’admirer le travail de peintres dont certains sont vraiment méconnus, et tout ce que ces voyages ont pu apporter d’enrichissant dans les échanges entre artistes comme par exemple les techniques différentes  : laques,  estampes japonaises, artisanat local etc… et réciproquement ce que les artistes locaux ont pu, eux aussi, apprendre de ceux qui venaient d’ailleurs.

Des oeuvres qui furent parfois des commandes bien précises, d’autres qui sont nées par initiative personnelle, par souhait de s’en aller vers plus d’exotisme, de renouveau, et découvrir une autre lumière, des couleurs magnifiques, flamboyantes, chatoyantes qui finalement ont sublimé un peu les colonies.

Le parcours de l’expo se compose de trois grandes sections :

-Séduction des lointains : qui aborde le thème de ces paysages idéalisés par la littérature et que bien des artistes, peintres, explorateurs, marins, médecins (qui sont également partis afin de se confronter aux maladies tropicales et tenter de les éradiquer ) missionnaires  etc… ont pu découvrir : les ports, les paysages, les marchés ( souks ) , les scènes de la vie quotidienne, les petits métiers, les étoffes, les maisons blanches, les ruelles des villages ,  les floraisons, la végétation luxuriante, la vie agricole , les vues d’un Orient paradisiaque.

-altérité plurielle : ce sont beaucoup de portraits divers et variés. De nombreuses personnes y sont représentées, toutes issues de cultures différentes : ceux, européens, qui ont fait le voyage,  mais aussi  ceux qui vivaient dans ces terres lointaines : africains, des indiens, polynésiens, vietnamiens etc …

LOINTAIN LUCIEN LIEVE LA BAIE D.ALONG 1920 1930
 » La baie d’Along  » 1920/1930 – Lucien LIÉVRE
LOINTAINS ANGE TISSIER L ODALISQUE OU L ALGERIENNE ET SON ESCLAVE 1860
 » L’Odalisque ou l’algérienne et son esclave  » – 1860 – Ange TESSIER
Savorgnan de Brazza en tenue de brousse
 » Pierre SAVORGNAN DE BRAZZA  » – 1886 – Henry JONES TADDEUS – Le très jeune Savorgnan de Brazza , issu de la noblesse italienne, a nourri son enfance de lectures sur des terres lointaines. Il s’est plu à  » voyager  » sur des cartes de géographie. Il a décidé d’entrer dans la marine et devenir, par la suite explorateur. Italien de naissance, il fut naturalisé français en 1874. Il s’est beaucoup rendu au Congo.  Il fut réputé pour être très intègre, a toujours voulu respecter une certaine ligne de conduire, préférant instaurer la confiance, la négociation, la discussion pour tenter une approche amicale avec la population en place.
Deux indiens en pirogue
 » Deux indiens en pirogue  » – 1860 – François Auguste BIARD – ( Tableau qui sert l’affiche de l’expo)

-appropriations des lointains : il s’agit de l’accélération de l’expansion coloniale par les européens et la confrontation entre ceux qui arrivent ( fiers de se considérer comme  » civilisés  » mais qui, à la limite, admire  » l’autre  » parce que probablement plus heureux dans un monde éloigné de la corruption ) et ceux qui s’y trouvaient déjà et que l’on avait tendance à considérer, au départ, comme primitifs mais de qui, finalement, on va apprendre.

Ces contrées lointaines idéalisées par la littérature avant même que l’on s’y soit rendu , l’exotisme de ces ailleurs, les paysages pittoresques qu’elles ont pu offrir, la nature sauvage des colonies, ont pu représenter un  » renouveau  » pictural, elles y ont largement contribué. Elles ont, en tous les cas, séduit et nourri l’imagination des peintres , mais aussi  de toutes celles et ceux qui ont voulu les découvrir = Conchinchine ( au sud du Vietnam) , Nouvelle Calédonie, Martinique, Polynésie, Madagascar, Gabon, Côte d’Ivoire, Cambodge , Maroc, Algérie, Sahara ( le désert fascinait par son immensité et cela le rendait quelque peu mystique)  etc…. des millions de kilomètres pour de nouveaux panoramas.

Ces voyages étaient très recherchés, on les encourageait aussi, comme a pu le faire  la Société Coloniale des artistes français qui décernait des prix et offrait des bourses afin de permettre à des jeunes artistes méritants de partir pour des horizons lointains de leur choix et se faire admettre dans des écoles étrangères de Beaux Arts (comme par exemple la villa Abd-El-Tif à Alger, sorte de Villa Médicis de Rome)

VILLA ABD EL TIF
Villa ABD-EL-TIF ( Alger )

Ils sont partis comme ils ont pu : soit en embarquant avec des bateaux officiels de la marine, ou autres bateaux à vapeur, avec des expéditions. Ils feront le choix de partir pour des durées limitées, d’autres prendront l’option de l’illimité et même décideront de rester pour vivre définitivement , s’installer, se marier sur place, apprendre la langue et la religion du pays comme par exemple Etienne Dinet qui non seulement a appris l’arabe mais s’est converti à l’islam, ou Maxime Noiré qui choisira de vivre tel un nomade dans le désert ou bien encore Pierre Heidmann qui créera un atelier d’art malgache à Madagascar où il était arrivé en 1928.

LOINTAIN TETE ARABE AU GRAND CHAPEAU
 » Tête d’arabe au grand chapeau  » -1901 – Etienne DINET

 

Mis à part les peintres nommés ci-dessus on note également dans l’expo , des oeuvres d’artistes connus ou méconnus comme par exemple :

Paul Gauguin  – Lucien Lièvre – Charles Camoin – Henri Matisse – Léon Armand – Pierre Loti – André Herviault – Antoine Lyée de Belleau – Edouard Auguste Nouveaux – Jules Migonney -Louis Dumoulin  –

Emile BERNARD (qui après avoir porté un grand intérêt pour la Bretagne, Tahiti, l’Italie, partira pour l’Egypte chargé par des missionnaires de décorer un monastère catholique. Il va y rester plus de dix ans ( en faisant de temps à autres quelques échappées en France et en Espagne ). Il épousera une catholique d’origine syrienne.)

LOINTAIN 1915 PORTRAIT D UNE FEMME NOIRE EMILE BERNARD
 » Portrait d’une femme noire  » – 1895 – Emile BERNARD
LOINTAINS Emile BERNARD LES MARCHANDS DU CAIRE
 » Les marchands du Caire  » ou  » La Porte d’un caravansérail  » – 1900 – Emile BERNARD

–  Léon Cauvy qui a dirigé l’Ecole nationale des Beaux Arts. Il fut pensionnaire à la villa Abd-El-Tif d’Alger qui recevaient les artistes boursiers métropolitains.

– Prosper Marilhat qui partira durant deux ans, en tant que dessinateur, à l’âge de 20 ans, en Grèce, Syrie, Palestine,Egypte et qui mourra complètement dément à 36 ans.

LOINTAINS Prosper Marilhat, Mosquée dans la basse Égypte, vers 1834-1840
« Mosquée dans la Basse Egypte  » – 1834/40 – Prosper MARILHAT

Marcel Mouillot qui se voulait marin et fut un très bon peintre de paysages exotiques. Il s’est rendu à Madagascar, mais son terrain de prédilection fut l’Ile de la Réunion avec ses volcan et sa végétation luxuriante.

LOINTAINS Marcel Mouillot le Cirque de Cilaos 1931
 » Le cirque de Cilaos  » – 1931 – Marcel MOUILLOT ( On y voit le Piton des Neiges culminant à 3000m d’altitude.)

Charles Dominique Fouqueray, peintre de la marine qui accomplira de nombreux voyages durant près de dix ans en Afrique du Nord et en Indochine d’où il  ramènera de nombreux dessins, des peintures et aquarelles.

LOINTAINS CHARLES DE FOUQUERAY LE PORT DE SAIGON
 » Le port de Saïgon  » – Charles Dominique FOUQUERAY

-Paul Mascart (administrateur des douanes, peintre à ses heures perdues et qui partira un jour pour la Nouvelle Calédonie avec sa famille )  ou ceux qui furent envoyés par le ministère des Colonies-André Suréda qui a fait très souvent des voyages en Algérie. Il avait même ouvert un atelier à Alger

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 » La fête arabe dans la campagne de Tlemcen  ( ou fête marocaine ) – 1910/20 – André SURÉDA

…. Mais aussi Maxime Noiré  – Suzanne Frémont- Jeanne Thil — Vincent Courdouan – Georges Lespès – Louis Robert Bâte – Fernand Lantone (Peintre de la marine, il a effectué de nombreux voyages en Afrique du Nord. ) –

Jean DUNAND : un des plus grands maîtres occidentaux de la laque. Il fut initié à cette technique par un grand maître japonais : Seizo Sugarawa. Il affectionnera alors les décorés représentant très souvent la végétation de la jungle et des animaux d’Afrique ou d’Asie

lointains JEAN DUNAND PANNEAU DE LAQUE 1931
Panneau de Laque – 1931 – Jean DUNAND
lointains FERNAND LANTOINE - DUCO SANGHARE.jpg
 » Duco Sangharé – Peule  » 1930 – Fernand LANTOINE

 

– Marc Alfred Chateaud – Paul Jacoulet – Félix Marant-Boissauveur – Louis Raoelina – Narcisse Berchère ….et bien d’autres encore qu’il faut voir !

LOINTAIN CAFE MAURE PRES D ALGER VINCENT COURDOUAN
 » Café maure près d’Alger – 1854 – Vincent COURDOUAN
LOINTAINS Louis RAOELINA
 » Portrait d’un bourgeois malgache  »  1899 env. – Louis RAOELINA

Un espace est également mis en lumière dans l’exposition à savoir celui de Paul et Virginie, personnages issus du roman de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre. L’amour plein de tendresse des deux adolescents dont l’histoire finira de façon tragique , avec pour décor  paradisiaque l’île Maurice, va connaitre en 1788 à sa sortie, un immense succès. C’est l’un des premiers romans à caractère exotique que compte la littérature française.

PAUL ET VIRGINIE DANS LA FORET
 » Paul et Virginie dans la forêt  » – Huile datant du milieu du XIXe siècle, d’après Frédéric Henri Schopin, et dont l’auteur est inconnu.

 

 

L’Écrivain … Françoise SAGAN

 » La vie est une suite d’instants et le rôle du romancier est de donner une suite logique, de relier ces instants dans un système qu’il invente. C’est la morale. La morale c’est de vouloir relier ces instants dans une direction quelconque. L’écrivain, lui, a le rôle d’expliquer ce qu’il voit de la vie.  » Françoise QUOIREZ dite Françoise SAGAN ( Écrivain, femme de Lettres française.)

FRANCOISE SAGAN

Richard WAGNER …

 » Toute composition musicale dut se résigner,  pour avoir sa part des suffrages publics, à servir d’instrument et de prétexte aux expériences capricieuses des exécutants … Le musicien qui veut aujourd’hui conquérir la sympathie des masses, est forcé de prendre pour point de départ cet amour-propre insatiable des virtuoses et de concilier, avec une pareille servitude, les miracles qu’on attend de son génie. C’est surtout dans la profession du chant que l’abus que nous signalons, a pris un empire pernicieux. » Richard WAGNER (Compositeur, chef d’orchestre, directeur de théâtre, allemand.( Extrait de  » Du métier de virtuose et de l’indépendance des compositeurs « (1840)

Franz Von Lenbach_Richard_Wagner_1895
Richard WAGNER – 1895 – Franz VON LENBACH

TAJ MAHAL …

Le poète, philosophe, écrivain, dramaturge indien Rabindranath TAGORE (Prix Nobel de littérature en 1913 )   a dit de ce palais qu’il était  une larme sur le visage de l’éternité

Beauté architecturale de l’Inde ,  en marbre blanc, mêlant différentes influences (indienne, moghole, islamique, iranienne),surplombant la rivière sacrée Yamuna, ce mausolée fut construit entre 1632 et 1653 à la demande de l’empereur moghol Shah Jaban pour honorer la mémoire de sa 3e épouse  Muntaz Mahal , réputée pour sa grande beauté.

TAJ MAHAL SHAH JAHAN ET SON EPOUSE MUNTAZ

Elle est issue de la noblesse. Il l’a rencontre cinq ans avant de lier son destin à elle par un mariage d’amour qui se fera   en 1612. Entre temps, sa fonction l’a contraint à prendre d’autres femmes. Muntaz Mahal  ( » merveille du palais  » ) sera sa favorite, celle qui aura toute sa confiance.

Elle décède en 1631 alors qu’elle donnait naissance à leur 14e enfant. Son corps sera temporairement mis en terre à Burhanpur ( là où elle est morte ) puis placée dans ce palais blanc en 1654.

Sa mort le laissa complètement anéanti. Il en épousera d’autres … Mais viendra la rejoindre à son tour lors de son décés en 1666.

Taj Mahal at sunrise

 » L’empereur des Indes que les femmes trouvaient beau,
pour l’élue de son cœur lumière du palais,
fit tailler dans le marbre un flambant mausolée
semé de pierres précieuses resplendissant tombeau.

Tout de blanc éclatant telle une gorge de lait,
ce monument altier comme la nuit étoilée,
rend hommage à la femme éternelle beauté
mélange de candeur et de duplicité.

Construit en marbre dur de pierres constellé,
ce joyau ce bijou mirifique envolée,
tel un voilier sur l’eau qui s’affranchit des vagues,

telle l’âme immortelle lorsque le masque tombe,
S’envole vers le ciel ainsi qu’une colombe,
scintille comme un diamant serti dans une bague.  » Alain HANNECART ( Poète français )

Le Savoir … Friedrich NIETZSCHE

 » Il y a des heures où j’ai honte de mon ignorance. Il y a des heures où j’ai honte de cette honte. Peut-être sommes nous tous, aujourd’hui, en mauvaise posture à l’égard du savoir. La science s’accroît, les plus savants d’entre nous sont prêts de découvrir qu’ils savent bien trop peu. Mais ce serait bien pire encore s’il en allait autrement, si nous en savions trop … De combien un esprit a t-il besoin pour se nourrir ? Il n’existe pas de formule pour cela.  » Friedrich Wilhelm NIETZSCHE ( Philologue, poète, philosophe, pianiste et compositeur allemand.)

NIETZSCHE 1882 par Gustav SCHULTZE
NIETZSCHE par Gustav SCHULTZE en 1882

 

 

Marius PETIPA Mars 1818 / 2018 …

PETIPA 1890.jpg

 » La danse c’est la rencontre de trois émotions et leur dépassement : l’émotion du corps dompté qui se libère et rejoint l’âme, l’émotion du geste qui se transforme en poésie, l’émotion de l’allure qui fait sortir l’interprète de sa corporéité pour devenir l’expression même de l’idée du chorégraphe. La fin de cette expérience est la recherche de la liberté, la lutte contre l’apesanteur. Être léger, voilà le but de tout danseur et de toute danse.  » Marius PETIPA

2018 sera l’année du 200e anniversaire de la naissance de Marius Petipa, le plus grand chorégraphe du ballet classique ( entre 50 et 60 ballets à son actif ainsi que des danses pour 30 opéras environ). Inventeur du ballet narratif, il a régné notamment sur le théâtre du Mariinsky de St Pétersbourg ( de 1869 à sa retraite en 1904) , en a dirigé l’école de danse ( de 1855 à 1887 ).

Il fut celui qui a largement oeuvré pour faire évoluer la danse classique,  qui a développé le Grand Ballet en 3-4 actes, qui a attaché énormément d’importance à la pantomime, qui a généralisé l’emploi du tutu , qui a plongé les acquis du romantisme et du ballet romantique (dit ballet blanc) et y a apporté des modifications personnelles dans un style très élégant à la française, raffiné, lyrique, brillant, virtuose à l’italienne.

Il a éprouvé une certaine tendresse vis-à-vis des ballerines et s’est évertué à régler, du mieux que possible, les variations féminines dans ses ballets en tenant compte des aptitudes,des qualités,  des dons, des possibilités, des mouvements, des poses et de la virtuosité de chacune pour les mettre, ensuite, en valeur .

 » Quand j’ai rejoint le ballet impérial en 1889, Petipa était un vrai Maître. Je me suis toujours estimée heureuse d’avoir pu côtoyer un tel génie dont l’art, à la fin de sa carrière, avait atteint une perfection sans égal et notre ballet n’eut pas son pareil en Europe grâce à lui. » Olga PREOBRAJENSKAYA( Danseuse russe)

Il a instauré le Pas de Deux , développé en 4 quatre parties : variation masculine, variation féminine, coda, adage. Pour ce faire il  n’a pas hésité, lorsque cela fut nécessaire, de s’entourer de collaborateurs compétents pour l’assister dans son travail comme tout particulièrement Lev Ivanov qui, dans ce cas particulier avait pour tâche de s’occuper des danseurs masculins pendant que lui réglait toute la partie des rôles féminins.

Il a beaucoup aimé les divertissements dits  » de caractère  » et, très souvent, son inspiration est venue du folklore italien, espagnol ( qu’il connaissait fort bien pour avoir été danseur et chorégraphe durant quelques années dans ce pays), polonais et russe, qu’il adaptait au classique.

Il a repris, revu et corrigé les ballets qui furent créés avant lui comme par exemple La fille mal gardée de Dauberval, Paquita de Mazillier, sans oublier la Sylphide de Philippe Taglioni ou Giselle de Jules Perrot.

Dans la plupart des cas il fut l’auteur de ses livrets, mais a collaboré également bien souvent avec d’autre librettistes, poètes ou écrivains.

Pour la musique il a fait appel à divers compositeurs comme Ludwig Minkus ( collaboration très longue), Cesare Pugni, Riccardo Drigo ( qui fut son préféré) , et bien sur Piotr I.Tchaïkovsky ( avec lequel il signera des chefs d’oeuvre ) ou bien encore Alexander Glazounov. Avec lui la musique de ballet a pris un autre sens.

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Dans son travail Petipa a été très exigeant et rigoureux.Il n’aimait pas qu’on lui fasse répéter sans cesse ce qu’il expliquait, mais voulait que la compréhension de ses demandes se fasse assez rapidement dans les mouvements qu’il souhaitait. Il ne laissait rien passer que ce soit avec les compositeurs, les décorateurs, les danseurs ou danseuses. A côté de cela, il pouvait être un homme charmant, gentil, plutôt discret, avenant, délicat et avec beaucoup d’humour.

 » Petipa était un homme peu loquace. Quand il s’adressait à nous, il employait toujours la même expression  » ma belle, ma belle  » . Nous l’aimions tous beaucoup. Pourtant une discipline de fer régnait dans le ballet. Lorsqu’il entrait en salle des répétitions, tout le monde se levait y compris les danseuses. Le soir, pendant le spectacle, il s’installait en coulisses, hochait de la tête en signe d’approbation et répétait à mi-voix  » ma belle, ma belle ». Mais il arrivait aussi que l’on dansait mal. Il tournait alors le dos aux artistes qui passaient à côté de lui en rentrant en coulisses, ou bien regardait le plafond, mais ne disait jamais rien. » Lioubov EGOROVA (Danseuse russe)

Il s’est marié deux fois avec des ballerines : en 1836 ce fut Maria Sourovshikova qui lui donnera une fille : Marie ( laquelle apprendra la danse avec son père, épousera un danseur français, partira pour la France ) – Si il y eut entente au niveau de la danse, il n’en sera pas de même dans le privé où les disputes étaient fréquentes en raison de leurs très fort caractères. Il divorcera en 1869.  Elle décèdera en 1875. Viendra ensuite Lioubov Leonidovna Savitskaïa qu’il épousera en 1876, avec laquelle il sera très heureux  et dont il aura six enfants : Nadejda, Evgenia,  Viktor, Lioubov, Mari, Vera.

PETIPA Maria femme
Maria Sourovshikova sa première épouse

Petipa est resté plus de 60 ans en Russie ( ne reviendra en France qu’une seule fois) et pour autant, parait-il, il ne fut pas très doué pour parler la langue de ce pays. Il faut dire que la langue française était assez prisée dans le milieu artistique de ce pays et donc il parlait plus souvent la langue de Molière que le russe. Il se débrouillait dira t-on … et même si cela donnait lieu quelquefois à des moqueries de la part de celles et ceux qui l’entouraient ou conversaient avec lui, mais il arrivait à se faire bien comprendre malgré tout de ses danseurs et collaborateurs.

Il a travaillé dans de très nombreux théâtres impériaux : le Mariinsky bien sur, mais aussi le Bolchoï, le Kamenny de St Pétersbourg, le théâtre de l’Ermitage. Il en fut ainsi jusqu’à sa retraite en 1904. Il a bénéficié d’excellentes conditions de travail et a su disposer au mieux de l’argent qu’on lui allouait  pour réaliser de somptueux ballets, choisissant les meilleurs interprètes ou faisant confectionner de merveilleux costumes et décors.

En tant et tant d’années de travail il a vu passer différents régnants : Nicolas 1er, Alexandre II, Alexandre III, Nicolas II, s’est trouvé confronté à divers ministres et directeurs de théâtres avec lesquels il a fallu plus ou moins bien collaborer et s’entendre, ce qui ne fut pas chose facile  en raison des caractères et des idées de chacun.

Michel Victor Marius Alphonse Petipa  est né à Marseille en 1818 dans une famille où la danse et le théâtre tenaient une très grande place : son père Jean-Antoine était maître de ballet, son frère Lucien un excellent danseur qui fera une grande carrière à l’Opéra de Paris (premier danseur puis maître de ballet )  et sa mère Victorine Morel-Grasseau une comédienne ( tragédienne surtout). Il avait également une soeur : Victorine.

FAMILLE PETIPA
Marius PETIPA ( assis à gauche) avec à ses côtés sa maman et sa soeur Victorine et son frère Lucien ( debout)

De part la profession du père la famille voyage beaucoup en Europe. En 1819 ils se retrouvent à Bruxelles ( où ils resteront une douzaine d’années) . Contrairement à son frère, le jeune Marius n’a pas d’envie particulière pour danser et s’intéresse plutôt à la musique. Il prendra des cours de violon et solfège au Conservatoire.

Toutefois, et, sur l’insistance de son père, il sera initié ( à contre coeur au départ ) à la danse parallèlement à ses cours de violon qu’il poursuivra d’ailleurs jusqu’en 1830. C’est lui qui lui donne en effet ses premiers cours vers l’âge de 7 ans.

 » Mon père cassa plus d’un archet sur mes épaules pour me faire entrer dans la tête les mystères du ballet. Je reconnais que mon état d’esprit rendait nécessaire un tel procédé pédagogique : je n’éprouvais alors aucune attirance pour ce domaine artistique. Le jeune penseur que j’étais alors trouvait indigne d’un homme de minauder devant un public en prenant des poses. Je n’en fus pas moins obligé de passer outre ces abîmes de réfléxion. » M.P.

Petit à petit et sur l’insistance de sa maman qui lui demandera d’écouter son père et  continuer  la danse, il se prendra de passion pour cet art.  Il se révèlera être un bon danseur ( probablement moins que ne le fut son frère, mais bon quand même et surtout excellent en tant que mime et dans les danses de caractère ) – Premier engagement seul à Nantes vers 16 ans non seulement en tant que danseur mais également maître de ballet.

Après quelques cours pris avec le très réputé Auguste Vestris à Paris , il sera engagé à Bordeaux comme danseur uniquement, mais mettra en scène, malgré tout, quelques-unes de ses créations. Il y restera quelques mois avant de partir pour l’Espagne. Quatre années de 1843 à 1846 puis  contraint de quitter ce pays à la suite d’une supposée relation amoureuse qui l’amènera jusqu’à un duel  ! ). C’est dans ce pays qu’il va tout apprendre des danses folkloriques qui lui inspireront la Perle de Séville, la Fleur de Grenade ou bien plus tard en Russie Don Quichotte !

En 1847 il est appelé pour un engagement à Saint Pétersbourg en tant que danseur. ( Son père se trouvait également dans cette ville comme professeur à l’école de danse du ballet impérial)  A cette époque, la danse là-bas n’était plus ce qu’elle avait été du temps où Marie Taglioni, l’incroyable interprète de la Sylphide, faisait battre les coeurs. C’était plutôt l’opéra italien que l’on préférait.

Marius eut envie de redonner le goût de la danse au public et pour ce faire va remonter deux ballets qui existaient déjà à savoir Paquita et Satanella qui obtiendront un très beau succès.

Toutefois, et bien qu’il le souhaitait beaucoup,  il n’était pas là en tant que chorégraphe. Le poste venait d’être occupé par celui qui avait une grande réputation à l’époque en tant que tel : Jules Perrot. Marius sera surtout son danseur et parfois son assistant. Lorsque Perrot quittera le poste, il va avoir l’espoir d’être  choisi … Malheureusement il n’en sera rien compte tenu que l’on fit appel à Arthur Saint Léon. Toutefois, on lui proposa de mettre en scène, de temps à autre,  quelques unes de ses créations.

(Jules PERROT à gauche – Arthur SAINT-LÉON à gauche )

En 1861, il fut convoqué par le directeur des théâtres impériaux de l’époque, lequel Andreï Ivanovitch Saburov lui demandera s’il se sentait capable de créer un ballet en seulement six semaines pour l’étoile Carolina Rosati qui allait faire ses adieux à la scène.

CAROLINA ROSATI 1
Carolina ROSATI

 

Petipa y voit là le moment de saisir sa chance et accepte de relever le défi. Il collabore pour la musique avec Cesare Pugni, prend un assistant en la personne de Alexander Shirkyaev et va travailler d’arrache pied, minutieusement, en élaborant des nombreux croquis, dessins, notes faits chez lui et qu’il reprend lors des répétitions.

C’est en 1862, dans les délais respectés, que sera présenté le merveilleux ballet la Fille du Pharaon , en 3 actes et 9 tableaux ( d’après une nouvelle de Théophile Gautier ) qui va tellement plaire au public ( 208 représentations ! )  et à ceux qui le lui ont commandé, qu’il obtiendra le poste officiel de second maître de ballet.

( La fille du Pharaon –  Version Pierre LACOTTE pour le théâtre du Bolchoï – Acte II/Scène 4 – Svletana ZAKHAROVA et Sergei FILIN )

Saint Léon et lui vont rivaliser, chacun proposant des ballets avec des danseuses de leur choix. En 1869 il présente au théâtre du Bolchoï  un ballet superbe, élégant, raffiné, avec une petite dose humoristique :   Don Quichotte, en 4 actes et 8 tableaux, d’après le roman de Cervantes. On y retrouve des danses folkloriques comme la Morena, la Lola, la Jota etc.. lesquelles viennent s’ajouter aux danses dites de caractère. La  musique fut confiée au compositeur et violoniste Ludwig Minkus, 1ère collaboration entre les deux. Elle donnera suite à 14 autres ballets ensemble.

( Don Quichotte  / Version Rudolf NOUREEV pour l’Opéra de Paris – Grand Pas – Aurelie DUPONT et Manuel LEGRIS )

Deux ans plus tard, il se voit attribué la fonction de 1er maître de ballet car Saint Léon est remercié. Une grande carrière s’ouvre alors à Petipa : la Cour impériale des tsars met énormément d’argent à la disposition du ballet ( et de l’école de danse) et chaque année Petipa présentera un grand ballet en plusieurs actes qui dure toute une soirée…. Mais pas que ! En effet, il eut pour fonctions également de créer des divertissements dansés dans les opéras, des spectacles pour les mariages impériaux etc…

D’incroyables ballets, désormais des incontournables du répertoire, verront le jour : La Bayadère ( 1873 – La belle au bois dormant ( 1890 ) – Casse Noisette ( 1892 ) – Cendrillon ( 1893 – Le lac des cygnes (  1895 ) – Raymonda( 1898 ) – The Seasons ( 1900 ) – Les millions d’Arlequins ou l’Arlequinade  ( 1900 – ce sera son dernier ballet avant sa retraite ) – Il y eut des reprises de ballets existant déjà et dont il a donné sa version comme Paquita ( 1847 ) – Satanilla ( 1848 ) – Le Corsaire ( 1863 ) – Faust ( 1867 ) – La fille du Danube ( 1880 ) – Giselle ( 1884 ) – Coppelia ( 1884 ) – La Esméralda ( 1886 ) – La Sylphide ( 1892 ) etc etc.. il y en eut tant !

( Vidéo Sleeping Beauty – Version du théâtre du Bolchoï en 2017 – Avec les  » pierres précieuses  » : Margarita SHRAYNER – Tsenia ZHIGANSHINA – Elvina IBRAIMOVA – Daria BOCHKOVA )

( Vidéo : Casse noisette  » La danse des flocons «  – Version Théâtre du Mariinsky de Saint Pétersbourg )

 

Vidéo La Bayadère / Version Noureev pour l’Opéra de Paris – Isabelle GUÉRIN – Elisabeth PLATEL et Laurent HILAIRE )

( Vidéo : Raymonda – Grand Pas Classique ou Grand Pas Hongrois – Pas de Dix ( Acte III)  – /Version Rudolf NOUREEV pour l’Opéra de Paris – Marie-Agnès GILLOT – Emilie COZETTE – Dorothée GILBERT – José MARTINEZ )

Vidéo Le Lac des Cygnes -Entrée et Adagio Pas de Trois du cygne noir ( Acte III ) – Version Rudolf NOUREEV – Agnès LETESTU – José MARTINEZ – Karl PAQUETTE

Après tant d’années de bons et loyaux services, il connaîtra en 1901 des moments très difficiles avec le nouveau directeur des théâtres impériaux  Vladimir Telyakovsky. Ce dernier n’apprécie pas Petipa et lui fait bien comprendre qu’il n’est pas à son goût. Compte tenu qu’il ne lui est pas possible de rompre son contrat, il va s’employer à lui faire subir différents problèmes pour l’inciter à partir de sa propre initiative … Et tous le coups seront bons pour y arriver ! Ce qui gênera beaucoup ses collaborateurs et ses danseurs qui appréciaient le travail et avaient beaucoup d’estime pour lui.

Malgré ces tracas, il continuera dans son poste de chorégraphe, composera des petits ballets  en un ou deux  actes , qu’il essaiera de penser en respectant les dernières tendances de l’époque car l’ère des grands ballets était désormais derrière lui. Il fera, également,  travailler différentes danseuses ( dont Anna Pavlova ) pour des rôles bien précis. Le dernier de ses chefs d’oeuvre sera Les millions d’Arlequin en 1900.

Petipa prendra sa retraite avec beaucoup de tristesse et déception lorsqu’il se rendra compte que l’on annule, sous de faux prétextes, certaines de ses créations  comme  la Romance du bouton de rose et du papillon chorégraphiée en 1903 avec le Vaslav Nijinski ( 14 ans) et dont la représentation sera annulée en 1904 )  . Il va se retirer  à  Gourzouf en Crimée.

Marius Petipa en crimée
Marius PETIPA à Gourzouf ( Crimée )

Il meurt en 1910 et sera enterré à sa demande au cimetière de St Pétersbourg ( Monastère Alexandre Nevsky).  » La Russie ma rendu célèbre, je veux être enseveli dans sa terre « .

MARIUS PETIPA TOMBE
Sa tombe

On re-découvrira Petipa par les Ballets Russes ( avec la présentation d’extraits de certains ballets ) , les tournées européennes du ballet du Kirov-Mariinsky et du Bolchoï,  mais surtout grâce à Rudolf Noureev pour qui Petipa représentait la quintessence du ballet et de la danse . Il connaissait parfaitement son répertoire et a eu à coeur de remonter ses plus beaux chefs-d’oeuvre.

 » Pour moi Petipa est le plus dansant de tous les chorégraphes. Dès que la difficulté de les apprendre est surmontée, c’est un vrai plaisir que d’exécuter les pas qu’il a composés. De plus tout est exprimé dans le mouvement notamment le port des bras et des épaules et par de très beaux groupes. J’admire sa capacité à composer de belles combinaisons sur une musique de second ordre …  » Marie RAMBERT ( Danseuse et professeur de danse d’origine polonaise.)

 » Marius Petipa servit de trait d’union entre le ballet romantique et celui de la première décennie du XXe siècle. Chorégraphe classique de première importance, il a protégé l’art du ballet de la contagion du mauvais goût et lui a épargné un déclin similaire à celui qu’il connaissait en Europe occidentale. Petipa ne s’est jamais écarté des valeurs éternelles de la danse classique au nom des courants à la mode en Occident …. Nous devons examiner l’oeuvre de Petipa non seulement du point de vue de son génie créateur mais aussi dans une perspective historique.  » Tamara KARSAVINA (Danseuse russe)

 » Je connais les ballets de Petipa. Je les ai vus dans mon enfance et j’en ai dansé plusieurs comme élève de la section du ballet à l’école théâtrale. Malheureusement je n’ai pas eu l’occasion d’entrer en contact personnel avec lui … Ce qui m’intéresse le plus dans l’activité de ce maestro incomparable, c’est l’étonnante alliance de l’élégance et du plus haut niveau professionnel. Chaque chorégraphe qui travaille avec une troupe stable est obligé de renouveler continuellement son répertoire. Rares sont les maîtres de ballet qui parviennent à demeurer créatifs en permanence et à maintenir leurs créations à un haut niveau en évitant la monotonie et la répétition diluée de leurs anciennes réussites. A la différence de nombreux chorégraphes, Petipa était un travailleur infatigable. Il n’attendait pas que la chance ou l’occasion l’inspirent dans la création d’une nouvelle oeuvre. » George BALANCHINE (Chorégraphe, danseur, acteur et réalisateur russe d’origine géorgienne )

 

 

 

Mots et Pensées … Blaise PASCAL

 » Qu’on ne dise pas que je n’ai rien dit de nouveau, la disposition des matières est nouvelle. Quand on joue à la paume c’est une même balle dont joue l’un et l’autre, mais l’un la place mieux. J’aimerais autant qu’on me dît que je me suis servi des mots anciens. Et comme si les mêmes pensées ne formaient pas un autre corps de discours par une disposition différente, aussi bien que les mêmes mots forment d’autres pensées par leur différente disposition.  » Blaise PASCAL ( Mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien français. – Extrait des Pensées 1670 )

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Blaise PASCAL – Marbre présenté au Salon de 1785 – Augustin PAJOU

Mary CASSATT … Une impressionniste américaine à Paris

CASSATT MARY Affiche

 » J’ai touché certaines personnes avec un sens de l’art. Ils ont ressenti l’amour et la vie. Pouvez-vous m’offrir quelque chose de comparable à cette joie pour un artiste ?  » Mary  CASSATT ( Peintre et graveuse américaine)

«  Mary Cassatt se distingue par la qualité intellectuelle de ses émotions. » Achille SEGARD(Critique d’art, romancier – Biographe de la peintre)  ….  » Melle Cassatt, une américaine je crois. Elle a fait ses débuts avec quelques travaux remarquables, d’une originalité inhabituelle  » Emile ZOLA (Écrivain et journaliste français)

 » Melle Cassatt, qui est américaine, nous peint des françaises, mais dans ses habitations si parisiennes, elle met le bienveillant sourire du  » at home « . Elle dégage à Paris ce qu’aucun de nos peintres ne saurait exprimer : la joyeuse quiétude, la bonhomie tranquille d’un intérieur. »  Joris-Karl HUYSMANS ( Critique d’art )

MARY CASSATT

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 » Auto-portrait  » – 1878 – Mary CASSATT

On connait son nom, on apprécie ses tableaux lorsqu’on les regarde, et pourtant cette magnifique peintre américaine atypique,( également pastelliste, graveuse et dessinatrice) , ayant vécu et travaillé en France, reste méconnue du public. C’est dans le but de mieux l’apprécier et  la connaître que le musée Jacquemart-André propose une très belle rétrospective la concernant . Elle s’intitule :

 » Mary CASSATT – Une impressionniste américaine à Paris  » du 9.3.2018 au 23.7.2018 

au travers d’une cinquantaine d’oeuvres qui sont des prêts de musées et  de collections non seulement de France mais des Etats Unis, Espagne, Allemagne, Suisse, Yougoslavie.

Mary Cassatt fait partie de ces femmes-peintres admises dans le mouvement impressionniste avec Berthe Morisot  , Eva Gonzales, et Marie Bracquemond, dans une époque où il n’était pas de bon ton pour une personne de sexe féminin  de faire ce métier, mais surtout d’afficher une indépendance de parole et de vie ! Ce sera plus difficile pour Mary car à la différence des trois autres ( qui ont un mari déjà installé dans le monde de la peinture) elle est américaine et ne connait personne.

Le rôle de la femme était plutôt de se confiner dans un cercle assez privé,  apprendre à jouer du piano , de faire de la borderie, à converser entre amies en buvant du thé  etc… Ces femmes-peintres se sont « émancipées  » du qu’en dira t-on mais on leur refusera longtemps l’entrée à l’école des Beaux Arts ( cela ne sera possible qu’en 1897 ) et l’opinion sera choquée si l’envie leur prenait de s’installer aux yeux de tous, en extérieur, sur un tabouret avec un chevalet … C’est la raison pour laquelle, la plupart du temps et même si elles ont signé quelques tableaux de paysages en plein air,  leurs thèmes sont souvent des scènes d’intérieur, ou des espaces privés comme des jardins, les bords de l’eau  loin des regards indiscrets, ou mieux encore des portraits de femmes, d’enfants, de familles.

Mary a voulu très tôt échapper à tout ce qui aurait pu être un frein à ses désirs artistiques et à sa vocation. Ce fut une femme de caractère, infiniment indépendante, une féministe avant l’heure dotée d’une très forte personnalité qui a souvent défendu les droits de la femme ; un esprit empreint d’une grande liberté qui,  grâce à la situation aisée de ses parents et  à l’argent qu’elle a gagné par ses toiles, a pu s’assumer seule financièrement dans sa carrière. Elle n’a absolument pas eu besoin de dépendre d’un homme . Du reste, elle ne s’est jamais mariée, fut très heureuse ainsi, profitant des enfants des autres (notamment dans sa famille)   et on ne lui connaît pas d’amants susceptibles d’avoir pu l’entretenir.

C’est une artiste qui finira par être reconnue par ses pairs à son époque ( par certains plus que d’autres ) et acceptée par la critique, une passionnée  de dessin et de peinture qui est entrée dans cet art comme entre en religion : par vocation. Elle s’est spécialisée, par choix personnel et non par obligation, dans un univers plutôt intimiste qui a souvent eu pour sujets les portraits,  la maternité , les enfants, les femmes ,  ne chargeant pas ses toiles de superflu ou d’inutile : elle est allée à l’essentiel avec beaucoup de sincérité, de profondeur, dans un style bien à elle. Ses oeuvres sont réalistes, délicates, subtiles , sensibles, élégantes dans la technique, délicieux mélange de force, de tendresse, de douceur : c’est simple oui, mais c’est grand et beau.

Elle  fut convaincue qu’il fallait beaucoup travailler pour y arriver et elle s’astreindra à un rythme assez dur de 8 heures du matin jusqu’au soir dans son atelier sans véritablement  le quitter. Elle disait souvent : «  Il n’y a que deux voies pour un peintre : l’une large et facile, l’autre étroite et difficile  » !

Elle entretiendra une grande amitié avec Edgar Degas : ils éprouveront une grande estime l’un vis-à-vis de l’autre, une admiration sur leur travail réciproque,  une amitié forte faite de hauts et de bas et qui va durer une vingtaine d’années. Tous deux sont de formation classique, ils ont la même vision de la peinture, travaillent en atelier, adorent les musées, tous deux dans le mouvement impressionniste mais en même temps infiniment indépendants.

Ils ont un caractère très fort, se disputent, se déchirent, se critiquent puis se retrouvent. Leur relation ne passera pas le cap de l’amitié et ce même si tous deux sont deux célibataires. Degas dira un jour à un ami qu’il aurait pu l’épouser mais que jamais il n’aurait pu avoir de relations sexuelles avec elle. Lorsque Degas décèdera, Mary détruira toutes les correspondances d’Edgar.

CASSATT MARY Edgard DEGAS Mary au Louvre
 » Mary au Louvre  » – Edgar DEGAS
CASSATT MARY Edgard DEGAS 1880 84
 » Mary CASSATT  » 1880/84 – Edgar DEGAS

Mis à part Degas, elle aura d’autres amitiés dans le monde de la peinture notamment avec Berthe Morisot  :  elles viennent d’un même milieu social plutôt bourgeois, traiteront toutes deux de thèmes portant beaucoup sur la femme et son univers, toutes deux ayant l’envie et l’ambition de réussir mais n’afficheront jamais une quelconque rivalité entre elles. Elles ont des similitudes mais sont différentes ne serait-ce que par rapport à leur appartenance au mouvement impressionniste .  » Miss Cassatt a autant de charme mais plus de force  » dira Paul Gauguin en parlant des deux

Il y aura aussi  Camille Pissarro qui fera également partie de ses grands amis  tant sur le plan tant professionnel qu’amical. Par ailleurs elle est une grande admiratrice de son travail. Elle collaborera  avec lui et Degas à un projet de journal sur l’art. Tout comme Pissarro,  elle sera malheureusement exclue de la 3e exposition des peintres graveurs sous le prétexte qu’ils ne sont pas nés en France !  Bien plus tard , une autre amitié se nouera avec le peintre George Bidle.

Elle est née en 1844 à Allegheny City ( de nos jours : Pittsburg ) en Pennsylvanie , seconde de la fratrie ( il y a Joseph Gardner, Lydia, Alexander, Robert ( qui décèdera assez jeune ) –  Sa maman Katherine Kelso Johnson est une irlando-écossaise qui parle parfaitement le français )Son père Robert Simpson-Cassatt est banquier ( ses origines anciennes sont huguenotes-françaises- les Cossort-). Elle vivra une enfance assez heureuse, confortable, dans une famille aisée qui voyage beaucoup avec ses enfants.

Passionnée par le dessin et la peinture, et bravant le septicisme de ses parents, elle entre à 16 ans à l’école de l’Académie de Philadelphie où elle va très vite se faire remarquer parce qu’elle est très douée. Elle va émettre le souhait de se rendre à Paris pour entamer une carrière professionnelle dans la peinture. Son père y sera réfractaire dans un premier temps (  » Je préfère presque mieux te voir morte  » dira t-il !)  puis finira par accepter en 1865 sous la condition qu’elle soit accompagnée par sa maman. Une amie Eliza Haldeman ( ayant les mêmes souhaits vis-à-vis de la peinture ) sera également du voyage.

Ne pouvant entrer à l’école des Beaux Arts, elle s’inscrit dans l’atelier du peintre Charles Chaplin, qu’elle quittera quelques mois plus tard pour celui de Jean Léon Gérôme. Ni l’un ni l’autre pourtant  ne lui apporteront  ce qu’elle recherche dans la peinture et elle dira avoir été assez déçue de leur enseignement. Elle préfère se rendre au Louvre, munie de sa carte de copiste et apprendre des Maîtres du passé. Avec son amie Eliza elles entreprennent quelques petits voyages aux alentours de Paris : à Courances en Forêt de Fontainebleau, mais également à Barbizon où elle découvrira les peintres de plein air.

Les voyages ne s’arrêteront pas là puisqu’elle se rendra en Espagne, en Italie, en Hollande. Dans chacun de ces pays elle visite les musées et découvre des grands peintres qui retiennent son attention tel que Le Courrèges, Murillo, Greco,  Velasquez, Botticelli, Frans Hals, Rembrandt, Van Dyck, etc…

Elle continue de peindre,  tente sa chance au Salon de 1867   mais se voit attribuer un refus par la très conservatrice institution . Un an plus tard elle y sera admise avec sa toile La Mandoline signé Mary Stevenson-Cassatt  ( nom de sa grand-mère maternelle – Ce n’est que vers 1870 qu’elle optera pour Mary Cassatt.

CASSATT MARY LA MANDOLINE
 » La mandoline  » – Mary CASSATT

Au moment de la guerre franco-allemande, elle repart aux Etats-Unis,  puis fin 1871 se rend  en Italie : Parme où elle va étudier durant six mois et obtenir beaucoup de succès. Un an plus tard, elle se représente au Salon de Paris où on l’accepte avec son tableau Pendant le Carnaval , puis rejoint Madrid en Espagne, Séville où elle louera un atelier dans le palais de la Casa de Pilatos. L’ambiance local lui inspirera de nombreux tableaux.

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 » Un balcon à Séville  » – 1872 – Mary CASSATT
CASSATT 1873 LA JEUNE FILLE ET LE TORERO
 » La jeune fille et le torero  » – 1873 – Mary CASSATT

C’est à son retour en 1874 que Edgar Degas s’intéressera à son travail :  » Voilà quelqu’un qui ressent comme moi  » dira t-il en passant devant ses toiles. Elle deviendra son amie et son modèle à l’occasion  Elle s’installera définitivement dans la capitale en 1875 .

MARY CASSATT LA CUEILLETTE DES COQUELICOTS
 » La cueillette des coquelicots  »  – Mary CASSATT ( Un tableau qui marque le changement qui s’est opéré dans sa peinture depuis 1873  avec des couleurs plus brillantes- On le situe aux environs de 1875 – C’est l’un de ses très rares paysages.

 

En 1877,  Degas viendra la voir dans son atelier et lui proposera  de bien vouloir se joindre au mouvement impressionniste. Ce qu’elle accepte avec plaisir car elle ressent beaucoup d’affinités artistiques avec les peintres qui le composent ( On peut dire qu’elle a réellement trouvé sa voie picturale en entrant dans leur mouvement même si elle a été d’une grande indépendance ). A partir de là, elle participera à différentes de leurs expositions. Parallèlement, elle fait parvenir des toiles à New York à l’exposition de la Société des Artistes Américains, voyage avec ses parents et sa soeur en Europe.

CASSATT PETITE FILLE DANS UN FAUTEUIL BLEU 1878
 »La petite fille au canapé bleu  » – 1878 – Mary CASSATT ( Tableau qui sert l’affiche de l’expo – Un tableau que Degas a vraiment beaucoup affectionné. –  » C’est le portrait de la fille d’un ami de Degas. J’avais peint l’enfant dans un fauteuil. Il le trouva bon, me donna quelques conseils pour le fond et même y travailla. Je l’envoyai pour la section américaine de la grande exposition de 1878 mais ils le refusèrent … Comme Mr Degas l’avait trouvé bon, j’étais furieuse, d’autant plus qu’il y avait travaillé. A l’époque cela faisait figure de nouveauté et le jury était composé de trois personnes dont un pharmacien !  »  dira Mary en 1903 à propos de ce tableau.
CASSATT MARY LYDIA COLLIER DE PERLES
 » Lydia dans une loge portant un collier de perles  » – 1879 – Mary CASSATT ( Lors du Salon de 1879 elle proposera 11 tableaux ainsi que des pastels et un grand nombre d’entre eux ( dont celui-ci fort apprécié ) ont pour thème le théâtre ou l’opéra.

Durant un certain temps , après son succès face au Salon de 1879 ,  elle travaillera beaucoup moins sa peinture , voire même cessera complètement pour ne s’occuper que de sa mère et sa soeur qui sont souffrantes. Sa mère guérira, mais en 1882 elle aura la douleur de perdre sa soeur Lydia. Elle se remet à peindre après ce décès.

Suivront deux nouvelles participations aux expositions des Impressionnistes, dont une à Londres. Après avoir vécu un temps, Rue Pierre Charron où elle avait réservé une pièce pour atelier, elle emménagera 10 rue de Marignan en 1889, un appartement qu’elle gardera jusqu’à la fin de sa vie. C’est en 1888 qu’elle fera de la maternité, de la mère et l’enfant sa véritable priorité dans ses tableaux, des oeuvres pleines de fraîcheur, de complicité, de bonheur, de sensibilité.

 » .… Ah les bébés ! Mon Dieu ! Que leurs portraits m’ont maintes fois horripilé ! Toute une séquelle de barbouileurs anglais et français les ont peints dans de si stupides et prétentieuses poses ! …. Pour la première fois, grâce à Melle CASSATT, j’ai vu des effigies de ravissants mioches, des scènes tranquilles et bourgeoises peintes avec une sorte de tendresse délicate et tout à fait charmante.  »  Joris-Karl HUYSMANS ( Critique d’art )

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 » La toilette de l’enfant  » – 1894 – Mary CASSATT
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 » La mère et l’enfant  » ( Le miroir ovale )  – 1899 – Mary CASSATT
CASSATT 1907 PORTRAIT D ENFANT
 » Portrait d’enfant  » 1907 – Mary CASSATT

 

On peut dire que l’apogée de son art se situera entre 1889 et 1899.  C’est en 1890 qu’elle décidera de s’attaquer à la gravure, pointe sèche  eaux-fortes  après avoir vu une exposition sur la gravure japonaise  et les oeuvres particulières de Utamaro et Hokusaï qui vont  fortement l’influencer. Elle produira environ dix eaux-fortes dont le tableau ci-dessous – Une exposition de ses eaux-fortes se fera un jour  à New York et à Chicago.

CASSATT MARY the-letter-1891
 »La lettre « – 1891 – Gravure Mary CASSATT

C’est sur les conseils de Camille PISSARRO qu’elle louera le château de Bachivillers dans l’Oise où elle passera plusieurs étés ( 1891/92/93), recevra sa famille, installera un atelier dans le jardin . Elle y serait bien restée car l’endroit lui plaisait beaucoup mais les propriétaires vont vouloir le récupérer. C’est en 1894 qu’elle fera l’acquisition du château de Beaufresne, datant de la fin du XVIIIe siècle, qui se trouve a lui aussi dans la même région à Mesnil-Théribus . Elle va s’y rendre tous les étés et ce jusqu’à sa mort. Elle y apportera de nombreux aménagements, des modifications (chauffage, électricité, salles de bains) et aménagera le parc (plantation de nombreux arbres fruitiers ainsi qu’un potager comme Monet et Pissarro qui vivent non loin de là eux aussi  ) et le jardin notamment avec de beaux parterres de roses. Il en fera don à sa nièce Ellen laquelle le lèguera en 1961 à l’association du Moulin Vert qui oeuvre pour la protection de l’enfant.

Les années qui suivront seront marqués par des décès qui vont profondément l’affecter comme celui de ses parents et de ses frères Gardner et Alexander, ainsi que certains de ses proches ( Degas notamment ) . Ce qui la rendra un peu dépressive parfois.

Elle continuera à exposer malgré tout, fera des voyages à l’étranger, recevra la médaille de chevalier de la Légion d’honneur en 1904 ( Georges Clémenceau dira d’elle  » vous êtes la gloire de la France ) , ainsi que la médaille d’or d’honneur de la Pensylvania Academy en 1914 pour l’aide qu’elle a apporté aux jeunes peintres américains. Elle accepte également le Normal Walt Prize qui lui sera attribué par l’Art Institute de Chicago pour son tableau La Caresse :

CASSATT MARY CARESSE MATERNELLE

 

A cause de son diabète et d’une forte cataracte, sa vue va considérablement s’affaiblir. En 1917 elle se fera opérée de l’oeil droit . Malheureusement, elle devra subir d’autres interventions qui ne donneront aucun résultat. Elle cessera de peindre et deviendra progressivement aveugle en 1921 .

Elle meurt en 1926 dans son château à Beaufresne et sera enterrée dans le cimetière de Mesnil- Theribus où elle reposera auprès des siens : son père, sa mère, sa soeur Lydia et son frère Robert.

A ne pas oublier non plus que Mary Cassatt a beaucoup oeuvré pour promouvoir l’art impressionniste aux Etats Unis. Elle a conseillé certains de ses amis américains  ( dont Mme Louisine O.Havemayer ) d’acheter des tableaux qui, aujourd’hui, se trouvent dans de grands musées comme celui de Boston, New York, Baltimore, Chicago etc…

Elle a, par ailleurs, était fortement intéressée par tout ce qui concernait la vie et l’engagement des femmes dans la société, prend part à leurs luttes et leurs demandes. En 1915 elle exposera plus d’une quinzaine de tableaux pour soutenir leur mouvement.

CASSATT AGEE
Photo de Mary CASSATT , âgée, dans son château.

 » Je n’ai jamais fait ce que j’ai voulu, mais j’ai essayé de mener un bon combat.  » M.C.

Les pyramides de Gizeh …

 » … Les énormes plans triangulaires, tout à fait polis, repoussent tout trouble lié à la mort. Les pyramides sont des symboles imperturbables. Leurs immenses surfaces immaculées constituent un miroir pour le perpétuel changement de l’atmosphère. Elles déploient ce que les yeux ne perçoivent que partiellement. Elles reflètent tout ce qui passe entre ciel et terre, et, tous les infinis et délicats changements des heures mouvantes. Aujourd’hui encore, bien que leurs surfaces soient devenues rugueuses et granuleuses, elles rassemblent la lumière. Le jeu de la lumière, sans cesse changeante, les pénètre d’un mouvement éternel. Leur couleur et leur forme passent par toutes les phases : dématérialisation presque complète à midi, énorme poids de l’ombre le matin, plan triangulaire noir s’élevant verticalement en direction de la nuit étoilée …  » Siegfried GIEDION (Historien et critique de l’architecture, suisse )

PYRAMIDES DE GIZEH
Les pyramides de Gizeh ( Egypte )

TINTORET – Naissance d’un génie …

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 » Agréable dans tout ce qu’il fait, il est, dans son art, le cerveau le plus original, le plus capricieux, le plus prompt et le plus résolu. En un mot, l’esprit le plus démesuré qu’ait jamais connu la peinture. » Giorgio VASARI ( Peintre, architecte et écrivain italien

Le musée du Luxembourg à Paris rend hommage à un grand peintre italien de la Renaissance, un des plus importants représentants du maniérisme vénitien, un idéaliste, un visionnaire, un créatif. Beaucoup diront même  » un révolutionnaire  » de la peinture ! Cette exposition a été souhaitée car 2018 sera l’année du 500e anniversaire de sa naissance.

Elle s’intitule :  » TINTORET – Naissance d’un génie  » du 7.3.2018 au 1er.7.2018 – En collaboration avec les musées nationaux français, le Grand Palais, le Wallfraf Richardz Museum et la Fondation Corboud de Cologne (au travers d’une cinquantaine d’oeuvres)

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Maison du TINTORET – Fondamenta dei Mori – Cannaregio / Venise –  C’est là, tout près de l’église de Santa Madonna dell’Oro que se trouvait sa maison avec, semble t-il, l’atelier au rez-de-chaussée ( désormais une cour). Il s’y est installé vers 1546/47
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 » Auto-portrait  » – 1547 – TINTORET ( Tableau qui sert l’affiche de l’expo )

Elle porte sur les quinze premières années de sa carrière : permet de comprendre comment il s’est construit lui qui s’est beaucoup cherché avant de se trouver réellement en peinture – comment son évolution a profondément marqué sa personnalité – comment en partant de ses origines modestes , il a réussi à gravir l’échelle sociale – comment  ce jeune artiste si plein d’audace et de fougue a décidé un jour, au travers des tableaux assez diversifiés, dessins, fresques murales et plafond, d’apporter un certain renouveau dans la Venise artistique de son époque et obtenir des commandes.

La période ciblée pour l’expo est celle  dans laquelle  il n’y aura pas encore vraiment  toutes ces grandes fresques murales et de plafonds qu’il peindra par la suite pour les édifices religieux , les palais, les confréries ou autres institutions. Ce sont juste, pourrait-on dire,  les prémices de ce qui sera. On y trouve, par contre, des tableaux à thèmes mythologiques et beaucoup de portraits  (amis, notables, mécènes, personnalités puissantes etc…)  pour lesquels il a été vraiment doué, cela lui a permis de se faire connaitre et par ailleurs s’est révélé être un moyen de gagner de l’argent.

Par son travail, il est celui qui se place le mieux entre la Renaissance et le Baroque, notamment par ses clairs-obscurs, la dramaturgie de ses toiles ; le meilleur représentant de ce qui, un jour, va basculer dans un autre monde pictural, une autre sensibilité, l’artiste du changement qui était en train de s’établir dans la Venise de son époque.

Comme beaucoup de peintres vénitiens, Tintoret a été un grand spécialiste dans l’art de la couleur (  » colorito  » ). Il lui a donné le pouvoir dans ses tableaux ! Soigneusement et énormément préparée et travaillée avant d’être appliquée. Il a largement utilisé tout ce que la couleur a pu lui donner comme moyens de s’exprimer. D’autre part, il a su parfaitement accorder les différentes teintes, quelque chose qui lui venait probablement de son père teinturier et qu’il avait vu travailler lorsqu’il était enfant.

TINTORET LE MIRACLE DE L ESCLAVE 1547 1548
 » Le miracle de l’esclave  » – 1547/48 – TINTORET  ( On peut y admirer tout l’art de ce peintre pour la couleur et la lumière aussi ) – Le tableau fut réalisé à la demande de la Scuola Grande de San Marco et se trouve désormais aux Gallerie dell’Accademia de Venise

On l’a très  souvent critiqué pour sa rapidité d’exécution  . Ce n’est pas tant qu’il ait  bâclé son travail , c’est simplement que le dessin et le coup de pinceau étaient finalement  un seul et même geste : il improvisait, peignait et concevait en même temps.C’est là toute sa particularité ! Ce n’était nullement de la négligence, ni de l’extravagance, mais l’apparition d’une liberté artistique qu’il va savoir déployer avec un grand talent.

Cette rapidité d’exécution lui permettait, de plus,  d’honorer beaucoup de commandes dans des délais assez courts, et au contraire des autres il discutera même les prix, les reverra à la baisse lorsqu’il comprendra qu’en agissant ainsi, les personnes concernées feraient à nouveau appel à lui.

Excellent en ce qui concerne la perspective, la profondeur, l’espace, sensible à l’expressivité des corps,  la gestuelle, le mouvement, l’action, la façon de se poser. Il a reproduit tout cela avec beaucoup d’éloquence afin d’arriver à ce que ses tableaux soient quasiment  » vivants  ».

Il a eu une imagination inventive et débordante. Son oeil n’a pas observé que son art, mais s’est intéressé à d’autres comme par exemple la sculpture et l’architecture, mais aussi le chant et la musique ( il jouait de différents instruments notamment de la lyre)  .

Il fut un travailleur acharné, déterminé, volontaire , qui puisera le renouveau en s’inspirant notamment des écoles réputées de Florence et de Rome que viendront apporter à Venise divers artistes.

Dans l’art de la peinture, il a aimé tout ce qui bouge, tout ce qui est impétueux, nerveux, chaotique, vif, dynamique, insolent, fougueux .. Un peu comme lui finalement … Le côté bien posé, idéal, serein, harmonieux, ordonné, équilibré que l’on pouvait percevoir dans les Maîtres du passé n’est franchement pas pour lui et ce même s’il a un profond respect vis-à-vis de tout cela.

Il fut ambitieux,  volontaire, audacieux, provocateur, espiègle,  infiniment  stratège, ouvert à toutes les opportunités picturales qui se sont un jour présentées à lui pour diversifier sa peinture. Il n’est pas très porté sur les conventions et n’a que faire des polémiques qui se trame autour de lui. Il paraît que beaucoup de ses amis le surnommaient  » le grain de poivre  » tant il était piquant à ses heures !

Il parviendra à se faire un nom et à s’imposer dans le but d’atteindre une certaine réputation auprès des personnes influentes de Venise, cette cité lacustre où il est né, qu’il n’a pas vraiment quitté mis à part quelques voyages dans des villes assez proches comme Padoue, Vicenza, Trevise ou Mantoue ( entre 1578 et 1580 il honorera des commandes requises par Guillaume de Gonzague) – Il fut, par ailleurs, très proche des milieux littéraires, intellectuels, théâtraux, musicaux et des cercles religieux.

Il donnera à sa peinture de l’expressivité, du solennel, du dramatique, de l’héroïque, de la sensibilité, de l’émotion. Les thèmes seront soit religieux, profanes, mythologiques ou bien ce seront des portraits. Dans tous les cas, ils feront preuve d’un grand talent surtout dans sa façon d’utiliser la lumière, ce fameux clair-obscur qui annoncera le baroque.

On a souvent dit que sa devise fut  :  » Le dessin de Michel-Ange – La couleur de Titien « . C’est vrai qu’il a fortement été influencé par Titien. D’autre part, il a voué une admiration passionnelle à Michel Ange : il le nommait sans cesse ( lorsqu’il parlait de l’art ) pour son admirable travail, le copiait, s’inspirait de lui.

A la différence de Titien qui fut un artiste ayant beaucoup travaillé pour des princes et dont le rayonnement  » voyagea  » dans toute l’Europe, Tintoret a été le « le peintre de Venise » car toute sa vie durant, il a travaillé pour les grands Palais de la Sérénissime, les institutions les plus importantes, les confréries, les églises de la ville.

Après Titien et Michel Ange il y aura un autre grand nom de la peinture qui va quelque peu l’influencer également,  notamment pour la lumière de ses tableaux  :  Véronèse, tout aussi doué que lui, qui arrive à Venise en 1550 . Influence certes, mais forte rivalité d’autant que Véronèse sera protégé par le vieux Titien qui le voit comme son héritier, et qu’il obtenait, par ailleurs, des commandes du Palais Ducal ce qui gênait beaucoup  Tintoret.

Jusqu’à la mort de Titien, ils seront tous trois  » en guerre  » et elle va durer une bonne douzaine d’années. La rivalité compétitrice existait à Venise comme elle a eu cours un peu partout en Italie d’ailleurs . Toutefois, la Sérénissime n’accordait  pas son attention à un seul et partageait plutôt les commandes officielles en proposant bien souvent des concours. Les peintres se lançaient alors  à corps perdu dans la bataille pour  les obtenir et pour se faire ne ménager les coups bas et autres  pratiques douteuses ! Le positif c’est que tout cela à apporter des tableaux superbes parce que chacun s’est évertué à donner le meilleur de lui-même et s’est surpassé dans sa peinture pour rivaliser avec l’autre !

Jacopo Robusti est né en 1518 à Venise. Sa vocation picturale sera assez précoce. Son père Battista est teinturier sur soie et velours ( d’où le surnom qu’on donnera plus tard à son fils  » il Tintoretto  » ) – Ils vivent modestement dans un quartier très commerçant de la ville, loin des endroits chics. Il a un frère, Domenico qui travaillera plus tard comme musicien à la Cour de Mantoue.

Bien que son père ne baigne pas dans le milieu artistique, il ne s’opposera absolument pas à la vocation de son fils, tout au contraire : il va l’encourager !

Jacopo commencera donc par le dessin, puis adolescent entrera dans l’atelier d’un Maître confirmé de Venise : Titien, de 30 ans son aîné, dont il admire les oeuvres . Il va beaucoup apprendre à son contact, des choses fondamentales en peinture, mais il ne va pas se contenter simplement et seulement de se limiter à elles. Il va les assimiler et les adapter à sa façon personnelle de voir les choses. Finalement on peut dire que, certes, il y a eu l’apprentissage mais que finalement il s’est formé tout seul et ce avec l’audace et l’imagination débordante qui furent les siennes.

l’historien Carlo Ridolfi  raconte que Titien s’inquiétait énormément du talent incroyable de son jeune élève et plutôt que de le voir un jour surpasser le sien, il va préférer le renvoyer de son atelier. Une autre version, celle du théoricien Marco Boschini  met en évidence le caractère déjà rebelle, excessif, impulsif, insolent et impétueux du jeune homme  qui aurait entraîné son renvoi car les deux hommes ne s’entendaient plus.

Il reste indéniable, malgré tout, que Tintoret admirera toujours Titien et d’ailleurs on retrouve un peu une certaine similitudes entre eux notamment dans les portraits et plus particulièrement l’intensité des regards.

tintoret-portrait-de-jacopo-sansovino-1546.architecte et sculpteur
 » Portrait de Jacopo SANSOVINO  » ( qui fut un sculpteur et architecte ) – 1546 – TINTORET
TINTORET 1550 PORTRAIT DU PROCUREUR SORANZO
 » Portrait du procureur SORANZO – 1550 – TINTORET
Jacopo_Tintoretto_-_Portret_van_Ottavio_Strada 1567
 » Portrait d’Ottavio STRADA   » 1567 – TINTORET ( Ottavio fait partie d’une famille d’antiquaires très réputée à Venise. Le père, Jacopo,  a travaillé dans le domaine de l’architecture et se révèle être, par ailleurs, un collectionneur averti et avisé. Il en fut de même pour son fils Ottavio qui sera très compétent.

Une fois parti de chez Titien, c’est son père, vexé,  qui décidera de lui financer son  propre atelier et qui lui allouera, en plus ,  une rente afin qu’il puisse continuer à travailler son art.

En 1530 le courant maniériste s’étend à Venise. Tintoret n’y échappera pas. Il travaille dans son atelier, étudie avec sérieux, de façon acharnée, de jour comme de nuit, beaucoup sur  les clairs-obscurs et pour cela place des petites figurines ( qui sont des répliques de sculptures que Michel Ange a réalisé pour le tombeau des Médicis ) à la lumière d’une torche et dessine les ombres, les contrastes de la lumière, analyse les contours, les corps.

Sa carrière à Venise sera réellement lancée aux alentours de 1540. Il a énormément de commandes, un atelier et des assistants  auxquels il enseigne sa propre façon de voir les choses. Sa fille Marietta et son fils Domenico en feront partie, mais il y en a d’autres italiens, hollandais ou allemands. Son atelier fut très réputé, prospère, actif, produisant énormément d’autant qu’un jour lorsque Titien et Véronèse décèderont il deviendra  » l’unique  » ! Et il en sera ainsi jusqu’à sa mort.

En 1546 on note deux grandes compositions en l’église de la Madonna dell’Orto : il s’agit de l’adoration du veau d’or et le jugement dernier . En 1548, il signera des oeuvres qui vont lui amener beaucoup de succès à savoir différents épisodes de la vie de Saint Marc pour la Scuola Grande à San Marco, puis ce sera Suzanne au bain en 1550, et de nombreux autres portraits.

Suzanne au bain
 » Suzanne au bain  » – 1550 – TINTORET
TINTORET LE CHRIST ET LA FEMME ADULTERE 1548 TINTORET
« Le Christ et la femme adultère » -1548 – TINTORET

Cette même année, il épouse Faustina qui est de très bonne condition sociale puisque elle est la fille du grand Marguillier de la Scuola de San Marco. Ils auront plusieurs enfants : Gian Battista ( qui décèdera assez jeune ) , Marietta ( sa fille chérie )  , Domenico , Marco , Perina et Ottavia ( qui deviendront religieuses ), Lanza et Altura.

TINTORET MARIETTA ROBUSTI AUTO PORTRAIT
« Auto-portrait »  – 1554 – Marietta ROBUSTI ( fille du TINTORET )

Marietta est une jeune femme qui aura la même grande passion que son père pour le dessin et la peinture. Elle fut même extrêmement douée ( notamment dans l’art du portrait), tout comme elle va l’être aussi pour le chant et la musique. Elle se mariera en 1578   avec un marchand d’art vénitien mais décèdera en couches quelques années plus tard. Le Tintoret va éprouver un chagrin immense en la perdant.

Entre 1550/1555 il a peint des nus assez magnifiques souvent des femmes issues d’histoires mythologiques ou bibliques.Beaucoup d’autres oeuvres majeures naîtront dans les années qui vont suivre, comme Les quatre évangélistes en 1558 , les Noces de Cana ou la Cène en 1561

TINTORET LE PECHE ORIGINEL
 » Le péché originel  » – 1551/1552 – TINTORET
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 » Suzanne et les vieillards – 1555 – TINTORET
TINTORET LES NOCES DE CANA 1561
 » Les Noces de Cana  » – 1561 – TINTORET

L’année de sa consécration se fera en 1564 lors d’un concours organisé à la Scuola Grande de San Rocco pour la décoration d’un plafond. On demandait des dessins ou esquisses, lui surprendra tout le monde en peignant directement un tableau ( ce désir de se faire remarquer a toujours été très présent chez lui) . Giorgio Vasari raconte que Tintoret se serait expliqué en disant ‘‘ qu’il ne savait faire autrement, que les croquis devaient être comme ça et que si on ne voulait pas le payer eh bien il leur ferait cadeau de son tableau !  » – La confrérie est aux anges non seulement devant tant d’audace mais surtout autant de talent et le nomme décorateur officiel de San Rocco. Il réalisera là-bas près de 65 fresques en 20 ans, notamment la merveilleuse Crucifixion en 1565.

TINTORET LA CRUCIFIXION
 » La crucifixion  » – 1565 – Scuola Grande de San Rocco / Venise – TINTORET

Tintoret a beaucoup travaillé également pour le Palais des Doges. Malheureusement un grand nombre de ses chefs-d’oeuvre furent détruits lors de l’incendie de 1577. Qu’importe ! Tintoret va travailler d’arrache-pied afin de parer, à nouveau, le Palais avec des oeuvres magnifiques portant sur des thèmes historiques, allégoriques et mythologiques.

Ses dernières oeuvres seront Le Paradis en 1588 pour la salle du Conseil dans le Palais des Doges et une nouvelle Cène en l’église San Giorgio Maggiore entre 1592 et 1594.

tintoret le paradis

TINTORET LE PARADIS PALAIS DES DOGES
 » Le Paradis  » – Salle du Conseil au Palais des Doges à Venise – 1588 – TINTORET ( C’est une oeuve aux dimensions assez monumentales ( 22 m de longueur et 10 m de hauteur)  – Il l’a réalisée en collaboration avec son fils.
TINTORET 1592 1594 LA CENE
 »La Cène  » – 1592/94 – Eglise San Giorgio Maggiore à Venise – TINTORET

Quatre ans après sa fille, il tombera gravement malade et ne se relèvera pas de fortes fièvres. Il décèdera en 1594 et sera enterré en l’église de la Madonna dell’Orto à Venise.

Madonna dell'Orto (Venice) - Tintoretto's tombe
Sa sépulture en l’église de la Madonna dell’Orto à Venise
TINTORET EGLISE MADONNA DELL ORTO.jpg
Eglise de la Madonna dell’Orto à Venise – C’est non loin de là qu’il avait son atelier et c’est à l’intérieur de cet édifice religieux que se trouve sa tombe ainsi que différentes oeuvres qu’il a peintes.
TINTORET 1588 AUTO PORTRAIT
 » Auto-portrait  » – 1588 – TINTORET (  » On ne l’approche pas, il reste toujours à distance, comme la réalité. C’est un des tableaux que j’ai le plus aimés au Louvre en arrivant à Paris. Il est le seul à se rapprocher du Fayoum, de Byzance. Il va plus loin que Rembrandt. C’est tout le crâne, l’oeil mais aussi l’orbite, la structure même de la tête. Et c’est fait avec rien. Vraiment c’est la plus belle tête du Louvre. » Dira Alberto GIACOMETTI (sculpteur et peintre suisse) , admiratif,  en le voyant un jour au Louvre

 

Le 500e anniversaire de la naissance de Tintoret sera également fêté à Washington et bien sur à Venise.