Le monde des castrats … 1ère partie

 

 » Vedro col mio diletto  » RV 717 – Antonio VIVALDI – Extrait de son opéra  » IL GIUSTINO  » en 1724 – Philippe JAROUSSKY ( Contre-ténor ) accompagné par Jean-Christophe SPINOSI et l’ENSEMBLE MATHEUS

Au XVIe siècle, les femmes étaient interdites pour chanter dans le choeur des églises. C’étaient les hommes qui étaient appelés pour cet exercice vocal. Toutefois, il fallait des tessitures très aigües, les plus agiles possible s’apparentant au mieux à celles des femmes. Cela devenait très difficile de trouver les bonnes personnes, qui plus est de sexe masculin avec une voix cristalline mais puissante malgré tout.

La castration en Italie  se fera au milieu du XVIe siècle. Elle fut même autorisée à Rome par le pape , afin  » d’honorer, par le chant, la gloire divine  » ! Avoir des voix qui puissent convaincre les âmes des mérites de la conversion.

Pour ce faire, on va castrer des jeunes garçons, avant leur puberté, à savoir entre 8 et 12 ans, en leur faisant l’ablation des testicules ( pas du pénis ) , ce qui empêchera donc la sécrétion de testostérone. La castration bloque alors la mue, le larynx ne s’étire plus, le cartilage thyroïdien devient plus dur, la voix conserve les aigüs de l’enfance et en plus, elle monte en puissance lorsque la cage thoracique masculine s’amplifie avec l’âge.

Ladite castration n’était pas sans risque car il pouvait y avoir des infections, des hémorragies ; c’était douloureux et bien sûr impossibilité de procréer. De plus, il n’était pas certain à 100/100 % que la voix reste telle qu’elle était après castration : il y a eu des cas, en effet,  où elle n’a pas tenu et où, malheureusement, elle avait complètement disparu.

Toutefois, il est à noter que cette castration n’empêchait pas d’avoir des relations sexuelles, tout simplement parce qu’elle ne bloquait en aucun cas l’émission de sperme, lequel bien entendu était dépourvu de spermatozoïdes . Les castrats ont eu de nombreuses maîtresses attirées par leur voix mais aussi par l’ambiguïté de leur personne. De plus,  leur côté androgyne et asexué plaisait beaucoup et entraînaient des attirances amoureuses chez les hommes aussi.

Ils avaient du succès, mais par contre ils ne pouvaient se marier, étaient privés de tous leurs droits civiques, on les refusait dans certaines professions et si beaucoup d’entre eux ont gagné de l’argent, une grande partie a fini pauvre et misérable.

Le but recherché fut l’obtention de voix  » hors normes « , aériennes, célestes. Dans la plupart des cas, c’étaient les familles de paysans qui souhaitaient faire castrer leurs garçons quand ils s’apercevaient qu’ils étaient dotés d’une belle voix ; tout simplement parce qu’ils voyaient là une possibilité d’échapper  à des conditions de vie difficile et en plus les parents recevaient une somme d’argent non négligeable.

On rencontrait ce phénomène à Rome, mais Naples sera la ville d’Italie reconnue pour l’expansion du phénomène castrat, probablement en raison du fait qu’à l’époque, l’activité musicale là-bas connaissait un gros essor, les conservatoires de musique étaient nombreux, et les salles de théâtre, donnant dans le lyrique, se multipliaient.

On peut réellement affirmer  que Naples s’est spécialisée dans la  » fabrication  » de ces fameux  » musici  » ( castrats ). On a recensé entre  3000 et 4000 enfants castrés chaque année dans cette ville durant un siècle ! Pour autant,  il n’y en a pas beaucoup , par rapport à ces chiffres, qui réussiront ou auront du succès, voire même avoir une carrière comme certains ont pu l’avoir .

Ils étaient très demandés en Italie, mais dans toute l’Europe également que ce soit dans les églises, les  théâtres lyriques ou à la Cour des rois et des princes. Les compositeurs célèbres les recherchaient beaucoup pour leurs opéras, mais aussi pour accompagner la partie vocale des ballets. Les castrats avaient droit à leur propre solos.

A la fin du XVIIIe siècle en France, la révolution française et les philosophes avec à leur tête Jean-Jacques Rousseau, trouveront l’acte castratif vraiment honteux et cruel . Napoléon, lui, fera interdire la castration et en 1878 un décret papal bannira cet acte.

Un jour l’histoire des castrats prendra donc  fin … Mais on gardera le fantasme de ces voix. Désormais celles des contre-ténors surtout  ( altistes ou sopranos colorature aussi quelquefois)   sont là pour nous les rappeler quelque peu. Cela se produira au milieu du XXe siècle avec les voix magnifiques d’Alfred Deller ou de Russel Oberlin par exemple qui reprendra des arias de ce répertoire baroque . Plus proches de notre époque on note Andreas Scholl, David Daniels, Russell Oberlin, Jochen Kowalski, Philippe Jaroussky ou Max Emanuel Cenci pour ne citer qu’eux.

Vidéo : David DANIELS –  » Cara Sposa  » – Aria extraite de l’opéra  » RINALDO  » de Georg Friedrich HAENDEL en 1711

De grands castrats ont traversé l’histoire comme Nicolo Grimaldi  ( créateur de Rinaldo de Haendel ) dit Nicolini , Giovanni Carestini, Domenico Annibali dit Domenichino, Gaetano Majorano dit Caffarelli, Felice Salimbeni ( qui fut le fantasme de Casanova ) , Gaetano Guadagni ( le premier qui a créé l’Orfeo de Gluck) etc etc … J’en passe et des meilleurs, et dans cette dernière catégorie il y en eut un qui est véritablement resté dans les mémoires, qui a eu le public  » à ses pieds « , qui fut, pourrait-on dire, une véritable star à son époque, adulé par toutes et tous et qui a gagné beaucoup d’argent :  Carlo BROSCHI dit FARINELL

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Au contraire des autres castrats, il n’a pas eu à passer par le traditionnel répertoire religieux parce que , très vite, de par son solide réputation et son grand talent, les portes se sont ouvertes en lui permettant de pouvoir se produire uniquement dans un répertoire lyrique.

Il était doté d’une technique incroyable, sa beauté tonale a fait sa légende. Il paraîtrait qu’il avait un don particulier pour embellir tout ce qu’il chantait. Sa voix avait de la longueur et une certaine agilité ce qui lui permettaient de faire des vocalises superbes.De plus elle était capable d’englober trois tessitures : celle de soprano, mezzo et baryton. C’était extrêmement rare.

2e partie à suivre : Carlo BROSCHI dit FARINELLI 

 

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