Le jardin … par Joachin SOROLLA

Copie du buste réalisé par Mariano BENLLIURE (Casa Sorolla)

« Orphelin à 2 ans, Joaquin Sorolla grandit à Valence auprès d’un oncle et d’une tante. Il se marie en 1886 à Madrid avec Clotilde. Devenu célèbre, il se fait construire une maison avec jardin à Chamberi, dans la banlieue de Madrid, où il emménage avec Clotilde et leurs enfants en 1911. Bien qu’il ait souvent voyagé, il revenait toujours chez lui où son jardin l’inspirait de plus en plus.

Chamberi est une banlieue verdoyante de Madrid. Sa maison reflète les liens de Sorolla avec le Sud de l’Espagne, entre son patio de style andalou, planté de cyprès et de lauriers-roses, et la fontaine centrale. Sorolla fait aussi honneur aux arts décoratifs traditionnels en décorant la cour de carreaux de faïences ( les fameux azulejos) blancs et bleus de Triana, un quartier de Séville, et le corridor de panneaux verts et blancs qui proviennent de la fabrique Talavera de la Reina, dirigée par son ami céramiste Ruiz de Luna qui fait revivre cet artisanat ancestral.

Pour créer son jardin, Sorolla puise dans le répertoire des jardins mauresques admirés et peints à Séville et à Grenade. La présence de l’eau , le tracé architecturé et les espaces abrités caractérisent les cours, qu’il conçoit d’une manière générale pour vivre dehors et de façon plus spécifique, pour peindre en plein air.

Le premier jardin, devant la maison, est sans doute celui qui rappelle le plus l’Alcazar de Séville. Le second jardin celui qui se réfère le plus clairement à l’Alhambra. Il ouvre sur un troisième jardin. Bien que Sorolla ait conçu chacun des jardin séparément, l’unité est assuré par les ornements et les matières qu’il a choisis, les marches, les dalles en céramique, les colonnes, les bancs de pierre, les pots, les sculptures en terre cuire et enfin l’eau présente partout.

Le jardin est devenu un lieu de détente pour Sorolla et les siens. Il lui procure aussi une toile de fond plus intime pour ses scènes de plein air. Il suit là une tendance contemporaine chez les peintres espagnols et en choisissant de travailler dehors, Sorolla est l’émule de Mariano Fortuny qui a étalement séjourné à l’Alhambra, à Grenade, pour mieux rendre les détails des végétaux.

Sorolla a livré en tout 140 tableaux de jardins y compris du sien. Chamberi est restée une banlieue aérée de Madrid, mais l’architecture de 1900 a cédé la place à des logements résidentiels de la fin du XXe siècle. Casa Sorolla est un refuge entouré de murs, bien plus ombragé que du temps de l’artiste, par la faute des arbres et des immeubles. Clotilde a légué la maison et les jardins, tels qu’ils étaient, à l’État espagnol et les visiteurs ont pu les découvrir en 1932.

Aujourd’hui la maison Sorolla est une des destinations préférées des Madrilènes le dimanche, jour où les musées de la ville sont gratuits. Le buste de Sorolla se tient sous la pergola et tout ce qui compte a Madrid continue à se réunir dans son atelier, comme au temps de sa gloire. Le maître de la lumière a retrouvé sa place dans le cœur du public. » Jackie BENNETT (Auteure anglaise ayant fait sa spécialité dans les jardins/Extrait de son livre Jardins d’artistes)

Quelques tableaux des jardins de sa maison à Séville, peints par SOROLLA :

Sonate pour flûte, alto & harpe … Claude DEBUSSY

 » C’est affreusement mélancolique et je ne sais pas si on doit en rire ou en pleurer. Elle appartient à cette époque où je savais encore la musique. Elle se souvient même d’un très ancien Claude Debussy, celui des ‘Nocturnes’, il me semble ? » Claude DEBUSSY, parlant de cette composition  en 1916 dans une correspondance adressée à l’un de ses amis, Robert GODET. – Elle est dédiée à sa seconde épouse, Emma BARDAC

DEBUSSY et Emma BARDAC son épouse.jpg
Claude et Emma

C’ est une sorte d’hommage rendu par le compositeur non seulement à la musique baroque française, mais également au clavecin et à François Couperin. Debussy était très malade à l’époque ( opéré peu de temps avant d’un cancer du colon ). Son projet initial était d’écrire un cycle de six pièces, mais trois seulement verront le jour compte tenu qu’il décède entre temps.

Cette belle Sonate fut créée en 1916 à Paris : Darius Milhaud était à l’alto, Albert Manouvrier à la flûte et Jeanne d’Alles à la harpe.

Le mélange de ces trois instruments est assez étonnant et accompagne merveilleusement cette page lumineuse, lyrique, intimiste, poétique, élégante, teintée de fragilité.

(Vidéo : Jean-Pierre RAMPAL à la flûte – Pierre PASQUIER à l’alto et Lily LASKINE à la harpe)

Chaque fois que j’ouvre un livre …

» Chaque fois que je saisis un volume et l’ouvre, il s’échappe d’entre les pages un parfum du temps passé. Les connaissances profondes , les émotions intenses qui reposent derrière les couvertures ont une odeur particulière. » Haruki MURAKAMI ( Ecrivain japonais contemporain )

 » La liseuse  » Jean-Honoré FRAGONARD

Les Iris …

 » Près des étangs où la libellule voltige,
Où, dans les soirs d’été, vient se baigner l’oiseau,
On aperçoit l’Iris, qui tremble sur sa tige
Et semble un papillon posé sur un roseau.

Du bleu foncé des mers elle reçut l’empreinte,
Prise à l’heure où la nuit noircit l’azur des cieux.
Seule parmi les fleurs elle offre cette teinte,
La plus chère à l’esprit et la plus douce aux yeux.

Sur la terre, du bleu la Nature est avare,
Et les poètes sont réduits à le rêver ;
Si le pinceau s’applique à le rendre moins rare,
C’est que vers l’Idéal l’Art tend à s’élever.

Des Zéphirs printaniers docile messagère,
Comme une voile au vent toujours prête à flotter,
La forme de l’Iris, vaporeuse et légère,
Est l’image de l’âme en train de nous quitter.

Aux rayons du soleil qui brille sur la plage,
Sa transparence émet une lueur dans l’air,
Semblable au feu follet qui court avant l’orage
Et disparait soudain, absorbé dans l’éther. » Charles ROUVIN (Poète français / Extrait de son recueil La Poésie des fleurs/1890)

Les tableaux ci-dessous sont de l’artiste ukrainienne : Gelena PAVLENKO

Expo d’été : ZAO WOU-KI – Il ne fait jamais nuit …

ZAO WOU-KI 1920/2013 – Dans son atelier devant le tableau Eclipse / Photo Guillaume DE LAUBIER

 » Je peins ma propre vie, mais je cherche aussi à peindre un espace invisible : celui du rêve, d’un lieu où l’on se sent toujours en harmonie, même dans des formes agitées de forces contraires. »  » ZAO WOU-KI

Direction Aix-en-Provence pour cette autre « expo d’été  » et plus particulièrement dans un lieu magnifique : L’ Hôtel de Réauville de Caumont, lequel se trouve non loin du Cours Mirabeau, rue Joseph Cabassol.  Il fut bâti entre 1715 et 1742 par un architecte natif de la région : Georges Vallon, sur des plans dessinés par le premier architecte des bâtiments du Roi Louis XIV : Robert de Cotte.  Plusieurs générations descendant de la famille du Seigneur de Réauville l’ont occupé jusqu’à sa vente. Ce sera alors la famille du Baron de la Tour d’Aigues : François de Bruny qui y vivra. Lorsque la dernière héritière ( La marquise de Caumont, Pauline de Bruny) décèdera, il sera divisé en plusieurs appartements, puis réquisitionné lors de la seconde guerre mondiale.

La ville d’Aix-en-Provence l’a acquis en 1964 pour en faire un Conservatoire de musique auquel on donnera le nom du compositeur Darius Milhaud en 1972. En 2013, il a été racheté par une filiale du Groupe Suez qui s’occupe de la gestion des monuments historiques  » Culturespaces  » pour en faire un musée.  A cet effet, de très importants travaux de rénovation et restauration ont été entrepris afin de rendre à l’édifice toute sa splendeur ,son élégance et son raffinement  d’autrefois. Il prendra  le nom de  » Caumont Centre d’Art  » en 2015. A l’intérieur il y a de superbes jardins composés uniquement de fleurs blanches en de nombreuses variétés.

L’expo actuelle est consacrée à un peintre chinois, naturalisé français en 1964 (C’est André Malraux, alors ministre de la Culture, rencontré deux ans auparavant, qui la lui fera obtenir) qui a travaillé pour que son art soit en perpétuel évolution, un artiste que beaucoup considèrent, à juste titre, comme faisant partie des génies de la peinture moderne et contemporaine du XXe siècle : ZAO WOU-KI. Elle s’intitule

ZAO WOU-KI – Il ne fait jamais nuit / Jusqu’au 10 octobre 2021. au travers de 80 tableaux allant de 1935 à 2009. Ils offrent la vision de ce peintre pour la couleur, l’espace, la lumière. Il a, en effet, beaucoup aimé peindre la lumière du jour et celle de la nuit.

C’est vraiment une exposition pleine de poésie, de fraîcheur, de douceur, de chaleur, une promenade dans le silence, dans laquelle on sent l’expression de tous ses ressentis que ce soit dans la colère, la sagesse, l’émerveillement, le calme, la joie, le chagrin. Tout est représenté en coups de pinceau épais ou plus légers, avec la lumière qui explose … C’est assez enivrant.

Elle se déroule en différentes sections : chacune d’elle aborde un côté de l’artiste, de sa vie, de son travail, depuis son arrivée à Paris, en passant par ses voyages avec tous les carnets qu’il remplit de dessins (comme d’autres l’ont fait) puis qui lui servent ensuite pour ses tableaux – la pratique de l’encre de Chine – les moments douloureux à l’époque du décès de son épouse May, puis la sérénité retrouvée – ses sentiments vis-à-vis de son pays natal – l’admiration portée à certains peintres comme Cézanne, Matisse et Turner – et les aquarelles sur le motif. C’est une première que ces aquarelles soient présentées car elles ne l’ont jamais été jusque là.

« Ciel 2004  » ZAO WOU-KHI (Collection particulière) Ce tableau illustre l’affiche de l’expo
Aquarelle 2008 ZAO WOU-KI (Collection particuière)
Feuille de carnet peint à St George-en-Faucigny 1950 ZAO WOU-KI (Collection particulière)
« 1.10.1973 » ZAO WOU-KI (Collection particulière)

Les œuvres de ce peintre sont un mélange de calligraphie de son pays, de peinture à l’huile occidentale traditionnelle, d’encre et d’aquarelles. Des œuvres complexes, particulières, qui ne ressemblent à aucune autre, mystérieuses. La couleur est omniprésente, dominant de façon poétique et lyrique. Elles demandent que l’on prenne bien le temps de les regarder afin de mieux les comprendre. C’est un peu un voyage en terre inconnue. La plupart du temps, elles ne portent pas de nom. Il leur en avait donné un jusqu’en 1957, puis il a cessé de le faire ( mis à part quelques exceptions explicatives de temps à autre) parce qu’il trouvait cela inutile, préférant leur attribuer une date, une année.

Sa peinture est audacieuse, vibrante, sereine et énergique. Elle porte en elle tout son amour pour la peinture mais également la relation qu’il a eue avec d’autres personnes, l’admiration pour d’autres artistes, ses rencontres, ses amis. Elles sont toutes assez éclectiques et lui ont toutes apporté quelque chose d’important. Certains de ses tableaux ont d’ailleurs été des hommages rendus à certains d’entre eux avec lesquels il a entretenu des rapports forts.

 » J’aime mes amis comme je soigne chaque matin, à l’heure du petit-déjeuner, en buvant du thé, mes bonsaïs, mes orangers et orchidées. Je cultive l’amitié car j’ai besoin de cette harmonie avec le monde extérieur. Ces amis rencontrés dans la fidélité réciproque, m’ont aidé à m’enraciner dans ce pays au point de ne plus penser retourner en Chine  » Z.W.K.

 » L’hommage à Cézanne » ZAO WOU-KI 2005 (Collection particulière)   » Picasso m’avait appris à dessiner comme Picasso, mais Cézanne m’apprit à regarder la nature chinoise. J’avais admiré Modigliani, Renoir, Matisse. Mais c’est Cézanne qui m’aida à me retrouver moi-même, à me retrouver peintre chinois »
 » Hommage à Turner » 1975 ZAO WOU-KI (Collection particulière)
 » Hommage à Matisse  » 1997/98 ZAO WOU-KI (Collection particulière)

Il a travaillé également pour la danse en réalisant des décors pour des ballets de Roland Petit notamment. Cela a représenté une nécessité et un besoin de se sentir entouré, d’échanger une aventure humaine. Il a aimé les voyages. Infiniment. Se couper du monde, comme le font beaucoup d’artistes pour arriver à créer, n’a pas été sa tasse de thé. Il a entretenu, par ailleurs, un lien étroit avec la littérature, la poésie, la musique. Ce sont des arts dont il a souvent avoué s’être totalement imprégné. Il les a absorbés dans sa vie et dans son œuvre de façon vibrante, intense, intime et c’est probablement là que réside le côté mystérieux qui émane de son travail.

Zao wou ki s’est senti tout autant chinois que français. Ce sont deux mondes, deux traditions qu’il n’a cessé de porter ensemble et de faire la synthèse : l’Orient et l’Occident se sont fondus dans sa peinture, cette peinture nouvelle qu’il a souhaité faire naître de ce corps-à-corps en y unissant ses amitiés, ses admirations, ses passions littéraires et musicales. A la fois il est resté très ancré et très attaché à son passé ancestral, aux us, coutumes et traditions de la Chine, et il a eu à cœur de les unir à celles plus différentes et énergiques de l’Occident, de l’Europe en particulier. La signature de ses tableaux est éloquente sur ce sujet : prénom en calligraphie chinoise et nom en caractères romains.

 » Si l’influence de Paris a été indéniable dans toute ma formation d’artiste, je tiens aussi à dire que j’ai graduellement re-découvert la Chine à mesure que ma personnalité s’affirmait. Dans certaines de mes toiles, elle s’exprime d’une matnière innée. Paradoxalement, peut-être, c’est à Paris que je dois ce retour à mes origines profondes. » Z.W.K

Peintre célèbre qui fascine. Les collectionneurs s’arrachent ses toiles à prix forts. Tous les tourments de sa vie intérieure sont là. Ils ont donné des tableaux qui explosent de clarté, de lumière, de contrastes. Il a dit très souvent qu’ils étaient son journal intime. Au départ, on lui reprochait de n’être qu’un peintre ou bien de l’être trop, de ne penser qu’à sublimer la couleur. Puis, petit à petit, avec les années, le succès, la compréhension de ses pensées et de sa peinture, on l’a jugé autrement et on l’a fortement admiré.

En tant que personne on le disait discret, ouvert d’esprit, abordable, un peintre toujours en quête de plus de liberté, d’expressivité, d’espace dans son art. Zao (nom de famille) You-Ki (prénom) est né en Chine en 1920 dans une famille assez cultivée d’intellectuels chinois, descendante de la dynastie Song. Son père était banquier, peintre amateur à ses heures. C’est un peu la raison pour laquelle sa famille ne s’opposera jamais à cette passion du dessin et de la peinture qui fut la sienne dès l’âge de 10 ans. Par ailleurs, il apprendra l’art de la calligraphie chinoise avec son grand-père.

La pratique de l’encre est quelque chose de très important en Chine. Elle fait partie intégrante de l’éducation. Zao Wou Ki la délaissera pourtant un jour pour ne se consacrer qu’à la peinture à l’huile. Il y reviendra avec la lithographie et surtout grâce à son ami Henri Michaux. Cette pratique s’accentuera après son retour en Chine.

 » Je crois en elle. Elle m’a beaucoup aidé à retrouver un certain moi-même que j’avais oublié, qui était enfoui sous des choses . Je suis assez dégagé d’elle. Il me semble qu’elle fait maintenant partie de mon univers. » Z.W.K à propos de l’encre

Vers l’âge de 14 ans, il entre à l’École des Beaux Arts de Hangzhou où il restera dix ans. Une institution assez académique dans laquelle sont prodigués des cours de peinture chinoise traditionnelle, la copie, la technique du pinceau et de l’encre de chine, mais aussi la peinture occidentale. Toutefois cette dernière est assez éloignée de ce qu’il préférait dans cet art à savoir quelque chose qui soit plus proche de Picasso ou de Matisse, dont il avait vu le travail sur des revues venues de France. Ses premières œuvres seront d’ailleurs influencées par eux.

A 17 ans, il s’éprend d’une jeune musicienne (qui deviendra peintre) : Lalan, 16 ans. Amour d’adolescence qui aboutira à un mariage et donnera naissance à un fils, Jialing, mais finira par un divorce très difficile et douloureux. C’est avec elle, avec l’approbation de sa famille et les conseils de certaines personnes compétentes dans le monde de l’art, qu’il part pour la France à bord d’un paquebot. La traversée va durer un mois. Arrivé à Marseille en 1948, il part pour Paris. Son épouse et lui-même apprennent le français. Dans la capitale il se rend souvent au Louvre, mais il part souvent, également, en Province, afin de visiter d’autres grands musées et acquérir encore plus de connaissances sur les grands maîtres de la peinture.

Zao Wou-Ki et Lalan

Aux Beaux-Arts de Paris, il se lie d’amitié avec des figures avant-gardistes de l’abstraction, obtient le premier prix de dessin en 1949, débute dans la lithographie et expose pour la première fois à la Galerie Creuze. Ses toiles plaisent et lui permettent de rencontrer des personnes influentes et faire son entrée dans les Salons de peinture.

Il commence à vendre plusieurs toiles. Lors d’un séjour en Suisse, il découvre l’œuvre de Paul Klee dont l’univers et la sensibilité se rapprochent du sien. Le travail de ce peintre va énormément l’influencer sur une période de deux/trois ans. « Il a fallu du temps pour me libérer, m’affirmer, trouver ma voie. Paul Klee et Matisse m’y ont aidé  »

Il voyagera beaucoup au début des années 50, notamment en Italie et en Espagne. C’est à cette époque qu’il abandonne le figuratif pour l’abstrait, bien qu’en ce qui concerne ce dernier, il n’ait jamais revendiqué appartenir véritablement à cet abstrait lyrique dans lequel on a eu tendance à vouloir l’enfermer. Changement de technique, utilisation de pinceaux beaucoup plus plats et rectangulaires à la place des ronds habituels.

En 1957 c’est la rupture avec Lalan. Un moment difficile et douloureux; Pour tenter « d’oublier » il part pour les Etats-Unis, visitera les grands musées de plusieurs villes, rencontrera différents artistes dont certains deviendront des amis. Puis il partira pour un long séjour à Hong Kong où une deuxième femme entre dans sa vie, sa nouvelle épouse Chan May Kay. Malheureusement, elle a une santé très fragile, en proie à de graves problèmes psychologiques. Elle décèdera en 1972. Ils auront une fille Sin May Roy. Durant cette période assez pénible, il délaissera la peinture :  » en 1971 May était très malade. Je ne pouvais plus peindre. Je n’arrivais plus à me concentrer. Dans certains moments de grande angoisse, il m’était plus facile de prendre un morceau de papier, de l’encre de Chine et essayer de tracer …  »

Zao Wou-Ki & May

Retour en France en 1959. Il achète un grand atelier dans le quartier Montparnasse, se lance dans la réalisation de tableaux aux formats assez importants. Ce travail va durer jusqu’en 1963. Un an plus tard, les formats s’agrandissent encore plus : 260X200 – 255X345.  » les grandes surfaces me demandaient de me battre avec l’espace. Je devais absolument remplir cette surface, la faire vivre et me donner à elle. Je cherchais à exprimer le mouvement, sa lenteur lancinante, sa fulgurance. Je voulais faire vibrer la surface. »

Les années passant, les couleurs de ses toiles deviennent plus éclatantes, plus intenses encore qu’elles ne l’étaient auparavant. Sa peinture acquiert plus de fluidité, les mouvements sont puissants, l’espace se fait vaste, aérien. Il y aura alors énormément d’expositions dans le monde. Sa notoriété va allait crescendo et les commandes affluent. En 1977 sa route croise celle de Françoise Marquet qui deviendra conservatrice au Musée d’art moderne et Petit Palais à Paris. Elle sera sa troisième et dernière épouse.

Zao Wou-Ki & Françoise

En 1980, il a été nommé professeur de peinture murale à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs à Paris. Il retrouvera sa Chine natale en 1985, enseignera l’art occidental (autrefois interdit dans son pays) dans son école de Hangzou, à de jeunes artistes chinois qui avaient fait le déplacement depuis plusieurs régions pour le rencontrer et bénéficier de son expérience, de son savoir, de ses connaissances. Si la reconnaissance de ce peintre en Chine s’est faite tardivement, elle fera de lui une réelle référence lorsqu’elle sera bien installée.

Lorsqu’il a arrêté la peinture à l’huile en 2008, il s’est vivement intéressé à la céramique et aux vitraux et pour ce faire, il a collaboré avec la manufacture de Sèvres, de Limoges. En 2011, très affaibli par la maladie d’Alzheimer dont il était atteint depuis 2006, il part s’installer en Suisse avec son épouse, au bord de Lac Léman, à Dully (Canton de Vaux). C’est là qu’ils se créent tous deux un nouveau foyer.

Il décède en 2013 à l’âge de 93 ans. Son œuvre est immense, comportant des peintures à l’huile, des encres de Chines, des lavis, des lithographies, des eaux-fortes, des estampes, des céramiques, des vitraux. Il fut un grand collectionneur. Tous les tableaux de sa collection, environ 90 pièces, ont été l’objet d’un legs fait par sa veuve au musée d’Issoudun(France).

Une Fondation portant son nom a été créée alors qu’il était encore vivant, en 2012. Il n’a jamais voulu avoir, comme d’autres, un musée, mais il fut bien conscient que son œuvre, son travail et ses recherches devaient lui survivre. Le rôle de cette institution est de promouvoir son art, de s’occuper de sa diffusion et permettre une meilleure connaissance de ce qu’il fut, de son travail, d’être présente pour collaborer aux expositions requises dans le monde entier.

 » Diptyque 2005  » ZAO WOU-KI

« Peindre, peindre, toujours peindre, encore peindre, le mieux possible, le vide et le plein, le léger et le dense, le vivant et le souffle  » Z.W.K

1949 – ZAO WOU-KI (collection particulière)

Une chanson …

 » Le challenge, pour moi, c’est de réussir à écrire une chanson que personne d’autre ne pourrait écrire. » Charles AZNAVOUR (Auteur-compositeur-interprète, acteur, écrivain français)

Charles AZNAVOUR (1924/2018)

 » Hier encore, j’avais vingt ans, je caressais le temps
J’ai joué de la vie
Comme on joue de l’amour et je vivais la nuit
Sans compter sur mes jours qui fuyaient dans le temps
J’ai fait tant de projets qui sont restés en l’air
J’ai fondé tant d’espoirs qui se sont envolés
Que je reste perdu, ne sachant où aller
Les yeux cherchant le ciel, mais le cœur mis en terre

Hier encore, j’avais vingt ans, je gaspillais le temps
En croyant l’arrêter
Et pour le retenir, même le devancer
Je n’ai fait que courir et me suis essoufflé
Ignorant le passé, conjuguant au futur
Je précédais de moi toute conversation
Et donnais mon avis que je voulais le bon
Pour critiquer le monde avec désinvolture


Hier encore, j’avais vingt ans mais j’ai perdu mon temps
À faire des folies
Qui me laissent au fond rien de vraiment précis
Que quelques rides au front et la peur de l’ennui
Car mes amours sont mortes avant que d’exister
Mes amis sont partis et ne reviendront pas
Par ma faute j’ai fait le vide autour de moi
Et j’ai gâché ma vie et mes jeunes années
Du meilleur et do pire en jetant le meilleur
J’ai figé mes sourires et j’ai glacé mes pleurs
Où sont-ils à présent?
À présent
Mes vingt ans …  » Paroles et musique Charles AZNAVOUR

Ier Août 2021 …

 » L’orthographe du mot août, quelle merveille ! Des douze mois de l’année, il est le seul qui porte un chapeau. Pour nous préserver du soleil bien évidemment. » Bernard PIVOT (Journaliste et écrivain français)

Dictons du mois d’août :

 » Temps trop beau en août, annonce un hiver en courroux « 

 » A la mi août s’il pleut, aux noisettes dites adieu « 

 » Pluie d’août fait truffes et marrons  »

 » En août quiconque dort sur midi, s’en repentira  »

 » Temps sec en août et gros nuages bleus, neige pour l’hiver  »

la Ratatouille …

« A l’origine, le mot ratatouille a d’abord désigné en 1778 un ragoût grossier, un mélange voire une raclée. Son abréviation rata a désigné à la fin du XIXe siècle, en argot militaire, un mélange de haricots et de pommes de terre, puis un mélange de légumes et de viande. Ce n’est qu’au cours du XXe siècle, que le mot ratatouille a pris le sens que nous lui connaissons. » Jean VITAUX (Médecin gastro-entérologue et auteur de nombreux ouvrages sur la gastronomie)

 » Il faut prendre quelques tomates,
Rouges, fermes, ventre bien rond,
Et dont la bedaine écarlate
Explose au fond du caquelon.

Ajoutez-y deux aubergines
A la peau lisse et violacée,
Luisant comme laque de Chine,
Chair moelleuse et couleur de lait.

Ne pas oublier les courgettes
Toutes vertes et côtelées,
D’un doux vert tendre d’anisette,
Un peu raides et recourbées.

Et maintenant de gros poivrons,
Des verts et rouges qui rutilent,
Puis épluchez quelques oignons
Avec de l’ail et du persil.

N’oubliez pas l’huile d’olive
Qui fleure bon le fruit bien frais.
Chauffez-la bien et mettez-y
Tous vos légumes découpés…

Puis humez, humez bien l’odeur
Qui vous cerne implacablement,
Et avalez, en tout honneur,
Votre salive de gourmand.  » Vette de FONCLARE (Institutrice et Poétesse française)

Quelques musiques espagnoles …

ASTURIAS Op.47 N°5 Suite Espagnole – Isaac ALBENIZ

Il y a dans cette pièce, comme dans chacune de celles qui compose cette magnifique Suite Espagnole, toute la nostalgie de son compositeur pour son pays : l’Espagne, lorsqu’il en était éloigné et se trouvait soit à Paris, soit à Londres.

Asturias est fort imaginative, évocatrice, originale, virtuose, avec une particularité à savoir celle de notes piquées et répétées qui sont très typique du flamenco andalou.

(Vidéo : John WILLIAMS à la guitare)

LAS GOYESCAS – Enrique GRANADOS

Las Goyescas est le chef-d’œuvre de ce compositeur. Il s’agit d’une suite pour piano composée de six pièces dans lesquelles Granados a imaginé le regard du peintre espagnol Goya.

C’est très coloré, enjoué, subtile, contrasté, un peu comme de la musique du XVIIIe siècle avec, à la base, une danse aragonaise du nord de l’Espagne.

(Vidéo : Alicia DE LARROCHA au piano)

FANTAISIE POUR UN GENTILHOMME – Joaquin RODRIGO

Cette superbe Fantaisie, composée de 4 pièces, fut inspirée par des danses du XVIIe siècle, en variations diverses, fut dédiée au guitariste Andres Segovia, lequel l’interprètera en 1958.

Selon la pièce choisie, elle se révèle tantôt mélancolique et lente, et tantôt plus vivace, joyeuse, lyrique.

(Vidéo : Andres SEGOVIA à la guitare)