Trésors de Venise – La collection CINI …

Vittorio CINI (1885-1977)

« Curieux de tout, Cini ne collectionnait pourtant pas l’art de son temps. Pas un Picasso, pas un De Chirico, aucun portrait de lui par un grand artiste. Il ne cherchait pas à se glorifier. C’était une tradition familiale de ne pas mettre en avant son pouvoir. La Fondation a fait poser une plaque de marbre dans le cloître de Palladio sur l’Île de San Giorgio. Elle porte en latin cette inscription  » Si vous voulez savoir qui était Vittorio Cini, regardez autour de vous « . Luca Massimo BARBERO (Directeur de l’Institut d’histoire de l’art à la Fondation Cini)

Je ne sais si certains d’entre vous auront la possibilité de se trouver dans le sud de la France durant ce mois de décembre (ou plus tard puisqu’elle dure assez longtemps) , mais si c’est le cas, je vous conseille vivement cette superbe exposition qui nous est proposée par le Centre d’art Hôtel de Caumont à Aix-en-Provence. Elle nous permet d’admirer les merveilleux tableaux de la superbe collection de celui que l’on surnommait le dernier Doge de Venise, à savoir Vittorio Cini, riche homme d’affaires , financier, mécène, entrepreneur, philanthrope et collectionneur.

Il a beaucoup œuvré pour Venise que ce soit dans le milieu artistique en aidant et soutenant les artistes, mais également en s’investissant dans des travaux de consolidation des terres et la menace des eaux et il a activement participé à la création du port de Marghera.

L’expo, réalisée pour les 70 ans de la Fondation Giorgio Cini (fils de Vittorio) , s’intitule :  » Trésors de Venise-La Collection Cini  » …. Jusqu’au 27 mars 2022. soit 90 pièces environ, des petits trésors, (tableaux, dessins, sclptures, porcelaines, émaux, ivoires, enluminures) portant sur des grands noms de la peinture italienne toscane, mais aussi œuvres plus contemporaines , tous sont les témoins du goût raffiné de cet homme qui fut un collectionneur vraiment très avisé, très pointu, n’hésitant jamais de s’informer auprès de personnes compétentes en matière d’art, des historiens notamment . Les œuvres exposées proviennent de la Fondation et du Palais Cini à Venise.

Cette collection, reconnue comme étant l’une des plus importantes d’art ancien italien , rassemble des tableaux (notamment ceux de Della Francesca, Da Pontormo, Lippi, Veronèse, Mazzolino , di Cosimo, Botticelli, Fra Angelico et tant d’autres …. des dessins (de Guerchin, Tiepolo, Piranèse) , sculptures, manuscrits, livres, objets divers, vaisselle, porcelaines, cuivres, verrerie, enluminures, ivoires, miniatures, livres, meubles etc…

« La Vierge et l’Enfant avec quatre anges  » Fin du XIIIe siècle et deuxième décennie du XIVe siècle (tempera et feuille d’or sur bois) – Maître DE BADIA a ISOLA
« L’adoration des Mages  » de Paolo CALIARI dit VÉRONÉSE – Dernière décénnie du XVIe siècle – (Collection CINI)
« L’île de San Giorgio Maggiore » (crayon,plume,aquarelle polychrome sur papier) – Francesco GUARDI (Collection Cini)
Plat avec armoiries – Cuivre repoussé, émaillé et doré à la feuille -Ier quart du XVIe siècle (Collection CINI) – 13 des collections publiques (qui en comptent 334) se référant aux cuivres émaillés appartient à la Fondation Cini.
Saint Georges – 1475/1480 – Cosmé TURA (Collection CINI) – On sait que Vittorio Cini, natif de Ferrare(Italie) s’est beaucoup intéressait à l’art venu de sa ville natale. Un art qui s’était incroyablement développé sous le règne de la Maison d’Este. Cosmé Tura fait partie des peintres qui étaient fortement appréciés. Il cultivait l’art de l’étrange comme peut en témoigner ce tableau.
« La Pietà » 1510/15 – Ludovico MAZZOLINO (Collection CINI) -Mazzolino fut un peintre de Ferrare spécialisé dans les tableaux religieux .
« La circoncision » 1522 env. (Huile sur bois) Ludovico MAZZOLINO (Collection CINI)

Alors qui est ce Vittorio Cini et quelle est l’histoire de sa collection et de sa Fondation à Venise ?

Cini est né à Ferrare (Italie) en 1885. Il a vécu à Venise et c’est dans la Sérénissime qu’il s’éteindra en 1977. Destiné à suivre la voie familiale d’entrepreneur dans les mines et les travaux publics, on l’envoie en Suisse pour suivre des études commerciales, puis en Angleterre pour parfaire ses connaissances bancaires.

En 1915 il prend la direction de l’entreprise et il épouse, trois ans plus tard, une actrice du cinéma muet , Lyda Borelli, qui lui donnera quatre enfants : Giorgio, Mynna, Yana et Ylda. Elle mettra un point final à sa carrière pour se consacrer à sa famille, lui est connu pour être un homme certes séducteur, mais assez discret, ne s’épanchant pas trop sur sa vie privée, plutôt mystérieux. Il est, toutefois, admiré comme étant entreprenant et audacieux en affaires. Il va très rapidement faire fortune en diversifiant ses activités et en dirigeant de nombreuses autres sociétés. Il côtoie de personnalités très riches, deviendra le Comte de Monselice, et s’impliquera beaucoup dans la vie de Venise dont il deviendra sénateur, et même ministre de la Communication plus tard.

Son épouse décèdera en 1959. Huit ans plus tard, il se marie avec la marquise Maria Cristina Dal Pozzo d’Annone.

Les quatre enfants de Vittorio CINI

Installation à Venise, sur le Grand Canal, et pour ce faire, il fera l’acquisition de deux palais : le palais Foscari qui fut construit entre le XIVe et le XVe siècle, et le palais Grimani qui lui le fut entre 1564 et 1567. Il les fera réunir. Le tout est relié au Campo Vio par un pont privé. Tout l’intérieur a été également rénové . Après quoi, il se lancera dans la restauration d’autres vieux palais vénitiens , conseillé dans ces achats par des historiens de l’art, des érudits , et des éminents architectes. Ces restaurations et les différentes personnes qui travaillent avec lui, le portent à s’intéresser vivement à l’art sculptural, architectural, pictural etc… notamment lorsqu’il va acquérir le célèbre Palazzo Grassi parce que c’est à cette époque qu’il achète aussi une assez importante partie de la collection de Giancarlo Stucky.

Le Palazzo Cini à Venise

Pour celles et ceux qui se rendraient à Venise un jour, sachez que vous pouvez visiter son palais car il est ouvert au public depuis 2014. Il se trouve dans le quartier de Dorsoduro.

Ce palais ne deviendra un musée qu’en 1980. C’est Yana, l’une des filles de Vittorio, qui fera don à la Fondation d’une part de deux étages du palais, et d’autre part un important legs de tableaux, sculptures et objets, en demandant expressément de restituer l’ambiance qu’il pouvait y avoir du temps où son père y vivait. Quelques années plus tard, une autre fille du collectionneur, Ylda, va également léguer un très bel ensemble d’œuvres. Toutes ces donations (car il y en aura d’autres venues de la famille Cini) sont installées dans six salles de l’un des étages.

Il ne s’arrêtera pas là ! Les œuvres acquises, au fil des années, sont placées dans son palais du Grand Canal, dans ses demeures , un peu comme le faisaient les grands collectionneurs vénitiens de l’époque. En matière d’art, il aime le beau, le raffiné, l’ancien, notamment les artistes de la Renaissance et n’hésite pas à acheter …. encore et encore … revend pour acheter mieux etc… Il a des contacts fréquents avec des marchands d’art très connus. Ce n’est pas un simple acheteur d’ailleurs, il examine de près les œuvres avec une grande minutie, puis demande conseil sur leur origine.

Durant la seconde guerre mondiale sa vie va changer. Il va démissionner de son poste de ministre des la Communication parce qu’il ne s’entend pas avec le Duce, Benito Mussolini, et ne partage pas ses idées. Les deux hommes vont souvent se heurter. Cini était furieux de l’état de l’Italie, de sa gestion par Mussolini et ne manquait pas de le faire savoir y compris publiquement. Cela aura, malheureusement, une conséquence : il sera arrêté dans la capitale romaine par des SS, puis transféré en camp de concentration à Dachau. Compte tenu de ses amitiés avec des grosses fortunes vénitiennes, de la résistance en place, mais surtout grâce à l’intervention courageuse de son fils Giorgio à bord d’un avion, il réussira à s’évader, quitter le camp et gagner la Suisse où il se réfugiera en 1945.

Vu certaines de ses connaissances allemandes passées, il fut accusé, à tort, de collaboration, mais lavé de tout soupçon par la Haute Cour de justice, ce qui lui permettra de rentrer en Italie. Ce retour ne se fera pas dans le bonheur et la joie car, malheureusement, il apprend, en 1949, la mort de son fils Giorgio dans un accident d’avion près de Cannes. Pour la petite histoire, Giorgio était marié avec deux enfants. Ce grand combattant fit parler de lui lors de sa relation avec l’actrice Merle Oberon. Ils devaient se marier lorsque tous deux se seraient séparés de leurs conjoints respectifs. Malheureusement, son avion privé s’écrasera, après le décollage. Il venait juste de quitter l’actrice avec laquelle il avait passé quelques jours.

Une tragédie pour son père . Vittorio décide alors de créer une Fondation au nom de son fils . Ce sera chose faite deux ans plus tard. Le siège de cette Fondation, très centrée sur des valeurs humanistes, dédiée en grande partie à l’histoire de Venise et celle de l’art, se trouve sur l’ile San Giorgio. Sur l’île vivaient autrefois, dans un monastère, des moines bénédictins. Lors de la chute de la République de Venise (1797) ils durent la quitter.

L’île de San Giorgio Maggiore à Venise

Après la guerre , l’île et les bâtiments étaient sérieusement endommagés. En 1951, Vittorio Cini propose de tout restaurer pour créer sa Fondation, et faire du lieu un beau centre culturel. Il y avait beaucoup à faire que ce soit le monastère, le réfectoire, le cloitre, l’escalier monumental , le couvent (détruit par Napoléon) etc etc… Il va s’occuper de tout et devenir le lieu superbe que connaissent celles et ceux qui ont pu le visiter.

C’est un endroit qui accueillent de nombreuses expositions, des concerts, et qui possède deux incroyables bibliothèques (300.000 ouvrages comprenant des livres, des enluminures, des précieux manuscrits musicaux, environ 6000 pièces d’art graphiques, mais aussi des tableaux de grande valeur, instruments de musique et autres objets ) , des instituts de recherche, mais également une école et un centre universitaire, tous deux réputés pour l’étude des civilisations vénitiennes.

« La Vierge, l’Enfant et deux anges  » Vers 1505/1510 – Piero DI LORENZO UBALDINI dit Piero DI COSIMO (Collection CINI) –
« La Vierge et l’Enfant » 1470/75 env. Tableau attribué à Piero DELLA FRANCESCA ou LUCA SIGNORELLI qui était son élève (Collection CINI) – Cette tempera et huile sur bois illustre l’affiche de l’expo
 »Portrait de deux amis » 1522 env. Jacopo PONTORMO (Collection CINI) – Pontormo fut un portraitiste florentin très réputé de son époque, un maitre dans ce domaine


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 »Christ crucifié  » 1270/80 – (Bois de saule polychrome doré et sculpté) – (Collection CINI)

Il y a aussi un très beau jardin-labyrinthe récent puisque datant de 2011 en hommage au poète et essayiste argentin José Luis Borges, avec une vue incroyable sur la lagune.

Jardin labyrinthe Fondation Cini

Sur le mur du réfectoire du Couvent à la Fondation, vous pourrez voir une copie du célèbre tableau Les noces de Cana de Véronèse . Autrefois, au même endroit se trouvait l’original. Il fut rapatrié en France par Napoléon Bonaparte selon les accords du traité de 1797. La France avait du, en contrepartie, céder une toile peinte par Charles Le Brun. Beaucoup d’italiens et d’historiens ont souvent réclamé le retour du tableau de Véronèse en son lieu d’origine. Mais bon , un jour qui sait … En attendant, c’est donc un fac-similé auquel on a droit, mais qui a son importance car il nous rappelle l’histoire.

La copie du tableau au mur de la Fondation Giorgio CINI – La toile bénéficie d’un merveilleux éclairage naturel en raison des grandes fenêtres

Vittorio Cini est décédé à Venise en 1977 à l’âge de 93 ans . La tombe familiale se trouve en le cimetière de la Certosa à Ferrara (Italie)

« Deux apôtres » Atelier de Giotto DI BONDONE – 1320 env. Tempera et feuille d’or sur bois ( Collection CINI )
« La résurrection de Lazare » 1543 env.(Huile sur bois) – Giuseppe PORTA dit SALVIATI le Jeune (Collection CINI)
 » Tête d’Oriental » 1753/55 – Lorenzo TIEPOLO (Collection CINI)

Lire au coin du feu …

« Que la pluie à déluge au long des toits ruisselle !
Que l’orme du chemin penche, craque et chancelle
Au gré du tourbillon dont il reçoit le choc !
Que du haut des glaciers l’avalanche s’écroule !
Que le torrent aboie au fond du gouffre, et roule
Avec ses flots fangeux de lourds quartiers de roc !

Qu’il gèle ! et qu’à grand bruit, sans relâche, la grêle
De grains rebondissants fouette la vitre frêle !
Que la bise d’hiver se fatigue à gémir !
Qu’importe ? n’ai-je pas un feu clair dans mon âtre,
Sur mes genoux un chat qui se joue et folâtre,
Un livre pour veiller, un fauteuil pour dormir ? « Théophile GAUTIER (Poète, romancier, critique d’art français – Extrait de son recueil Premières poésies)

Brouillard ou brume …

 » Léger et aérien, le brouillard voile et dévoile la terre et ses habitants. Il habille les vallées, déshabille les monts. Changeant et éphémère, soumis aux vents qui le déchirent, le déforment, l’étirent en flocons laineux, il est souvent comparé à du textile. Pris dans le brouillard, on a coutume de dire qu’on  est dans du coton , que le paysage est ouaté , on parle de  nappes de brouillard, ou encore de rideau.  De la matière à l’état brut aux tissus les plus raffinés, brouillard et brume passent par tous les stades de transformation du coton en vêtements. Doté d’une vie propre, le brouillard, comme la brume, se tisse lui-même, à moins que, mélangés avec des fils de lune, ils ne soient tissés par les Dames Lacustres, à l’aide de fuseaux d’osier.

Pourquoi ces métaphores textiles ? Si nous envisageons les autres éléments, vents, pluie ou neige (mis à part cette dernière, souvent comparée à du duvet d’oie), ni la pluie, ni le vent ne sont associés à un matériau d’origine végétale. L’explication, la plus évidente, tient à l’apparence même du brouillard qui le rapproche du coton à l’état brut, matière malléable, destinée à être transformée par le travail manuel mais aussi par l’imagination et la création. Travaillé par l’acte créateur, ce matériau est alors transformé en objet fini : voile, manteau, etc. La référence au textile et particulièrement au coton, matière chaude, douce et confortable, pourrait aussi provenir de la croyance dans le caractère protecteur et réchauffant du brouillard pour la terre qu’il couvre et réchauffe de son manteau protecteur les jours de grande gelée . La brume, du fait de sa couleur blanche, est évoquée plus souvent comme un drap mortuaire, suaire ou linceul.  » Lionnette ARNODIN ( Écrivain française – Extraits : Imaginaires du brouillard )

BRUME

Quintette pour piano & cordes OP. 34 … Johannes BRAHMS

(Vidéo : Rudolf SERKIN & le BUDAPEST STRING QUARTET à savoir Joseph ROISMAN – Alexander SCHNEIDER (violons)- Boris KROYT (alto) – Mischa SCHNEIDER (Violoncelle)

Une partition très souvent revue et corrigée. D’abord pensée comme Quintette destiné à deux violons, un alto et deux violoncelles en 1862, elle deviendra une Sonate en 1864 , une version que Brahms appréciera beaucoup et qu’il fera même publier indépendamment du premier.

La version Quintette sera terminée en 1864 en tant que musique de Chambre, et créée en 1866 à Leipzig. Elle se déploie en clair-obscur, intense, évidente, poétiquement riche en thèmes. Il y a la lumière et la beauté, mais aussi la mélancolie nostalgique.

Histoire d’un ballet : DON QUICHOTTE …

C’est le ballet Don Quichotte, version Rudolf Noureev, qui est programmé cette année pour les fêtes de fin d’année (du 9.12. au 2.1.2022) à l’Opéra Bastille de Paris.

« Les aventures de Don Quichotte » , écrit par Miguel De Cervantes, furent publiées en deux volumes en 1605 et 1615. Ce chef-d’œuvre littéraire, riche en évènements et péripéties diverses, sorte de comédia bouffa à l’italienne, teinté d’exotisme tsigane et folie à l’espagnole, va inspirer les peintres, les caricaturistes, les réalisateurs de cinéma, les comédies musicales, les compositeurs de musique et bien entendu le monde de la danse avec, au départ, certains épisodes bien précis comme l’amour entre Kitri et Basile (Livre II) mais aussi la fête au village, le campement gitan, la bataille contre les moulins à vent etc… tout se fera, bien sur, autour du personnage central : Don Quichotte.

Ce ballet est au répertoire de nombreuses compagnies de danse. C’est le fleuron de la danse académique. Nombreux furent les chorégraphes qui ont souhaité donner leur version. Marius Petipa signera celle dite de référence.

Petipa avait été danseur au Théâtre du Roi à Madrid (Espagne). Il restera quatre ans dans ce pays. C’est là qu’il avait appris toutes les danses du folklore espagnol qui vont tant l’inspirer dans ses ballets comme Carmen et le torero, La Perle de Séville, la Fleur de Grenade et bien sur Don Quichotte.

Pour ce ballet, il avait encore en tête tous ses souvenirs, ainsi qu’un imaginatif très constructif et inventif. Il va légèrement s’inspirer de la version (Les noces de Gamache/1801) de Louis-Jacques Millon (Ier danseur à l’Opéra de Paris et chorégraphe). Par rapport au roman de Cervantes, il s’attachera surtout à la relation amoureuse entre Kitri et Basile, alternant, un peu comme dans Giselle, le rêve et la réalité, avec une fin heureuse.

Ce fut, diront les témoignages, un peu comme une pièce de théâtre, avec des quiproquos fort amusants, des moments féériques, de l’émotion, de l’humour. Il orientera son travail vers des danses dites de caractère, des danses folkloriques espagnoles comme la Morena, la Iota, la Lola, la Zingara, des danses avec des toreros maniant l’épée, ou celle des gitans, de la danse académique et de la pantomime. Le ballet sera créé en 1869 au Théâtre du Bolchoï.

(Vidéo :  » La danse des gitans  » Karl PAQUETTE)

Il proposera une autre version deux ans plus tard pour le Théâtre du Mariinsky cette fois, en rajoutant plus d’innovations, un acte supplémentaire et donnant un double rôle à l’héroïne à savoir qu’elle sera Kitri, mais aussi la jeune femme du rêve de Don Quichotte : Dulcinéa. Ce fut majestueux, élégant, raffiné, plus dramatique, moins humoristique, plus axé sur le côté psychologique des personnages.

La musique fut confiée à Ludwig Minkus. Elle signera le début d’une fructueuse collaboration entre Petipa et le compositeur puisqu’ils réaliseront ensemble 14 ballets ! Après le grand succès de celui-ci, Minkus sera nommé compositeur officiel à la place de Cesare Pugni qui venait de décéder.

La musique de Minkus est tout à fait charmante, utilisant beaucoup le leitmotiv pour bien appuyer sur la caractéristique de chaque personnage. Il attachera beaucoup d’importance à la substance théâtrale du ballet et ce comme le lui avait vivement recommandé Petipa.

Version Rudolf NOUREEV :

Noureev ne fut pas uniquement l’incroyable excellent danseur que l’on connait, il fut aussi un merveilleux chorégraphe, très imaginatif, créatif, fortement inspiré par celui qu’il admirait plus que tout : Marius Petipa. Don Quichotte fait partie des ballets qu’il appréciait beaucoup et ce sera le premier qu’il proposera en 1981 à l’Opéra de Paris, dans une mise en scène incroyablement riche.

Ce ballet lui plaisait énormément, notamment parce qu’il fut très souvent Basile, l’amoureux de Kitri, dans sa carrière de danseur et c’était un rôle qui le changeait de ceux de princes dramatiques qu’on lui donnait à interpréter. Basile c’était la fougue, la virtuosité, le pittoresque, la vivacité, un esprit enjoué et plein d’humour, avec pour la danse une technique à l’extrême.

(Vidéo : Rudolf NOUREEV & Noëlla PONTOIS )

Dans sa superbe version pour l’Opéra de Paris, il a renforcé le côté pittoresque avec des fêtes gitanes magnifiques, un esprit espagnol enchanteur . Il a revisité le Grand Pas de Deux entre Kitri et Basile, reclarifié la pantomime, conservé les visions de Don Quichotte pour Dulchinéa-Kitri, augmenté le côté comédie. Don Quichotte sera vif, amusant. Quant à Sancho, il ne sera plus son valet mais un moine rondouillard et chapardeur. A tout cela, il ajoutera, comme il aimait le faire très souvent, une petite touche analytique sur le caractère des personnages, une étude sur les tourments de leur âme, celle de leurs rêves. La danse masculine tient vraiment une place importante dans sa chorégraphie.

(Vidéo : Grand Pas de Deux : Dorothée GILBERT & Karl PAQUETTE)
(Vidéo : Acte I  » Variation de Kitri  » – Aurélie DUPONT)

L’ambiance générale est très colorée, enthousiaste, joyeuse. Une consigne de la part de Noureev : danser par plaisir tout en donnant du plaisir au public, s’amuser en restant virtuose et technique.

La version de 1981 pour l’Opéra de Paris sera celle qu’il avait précédemment proposée en 1970 pour l’Australian Ballet et qui avait fait l’objet d’un film réalisé par ses soins en 1972. Elle a été donnée dans de très nombreux pays et continue de l’être à l’Opéra où elle fait partie du répertoire.

Les costumes et les décors sont de Nicholas Georgiadis. A chaque fois qu’ils ont été revus au fil du temps, l’Opéra a toujours expressément demandé de respecter au mieux et le plus possible ce qui avait été pensé par Noureev.

Cantate de l’Avent BWV 36 … Jean Sébastien BACH

(Vidéo : Ière partie -John Eliot GARDINER à la direction de l’Ensemble ENGLISH BAROQUE SOLOIST et du CHŒUR MONTEVERDI)

Schwingt freudig euch emperor (Élevez-vous avec allégresse) est une cantate composée par Bach pour le Ier dimanche de l’Avent en 1723, d’après des textes du théologien et réformateur Martin Luther et du poète et compositeur allemand Philipp Nicolai.

Elle est magnifiquement festive car annonciatrice de la Nativité, expressive, pleine d’espoir, sereine malgré quelques passages tourmentés.

(Vidéo 2epartie – -John Eliot GARDINER à la direction de l’Ensemble ENGLISH BAROQUE SOLOIST et du CHŒUR MONTEVERDI)

Le calendrier de l’Avent …

 » Quand revient le temps de l’avent, qui réjouit petits et grands,

je me souviens des jours d’antan où je n’étais encore qu’enfant.

Chaque jour, j’ouvrais délicatement, une des fenêtres

et une seulement du calendrier de l’avent que m’avait offert mes parents.

Chaque ouverture cachait un présent, une friandise le plus souvent,

qui permettait d’attendre sagement noël en salivant.

Puisque aujourd’hui je suis plus grand, je me montre bien moins impatient,

mais c’est toujours mon âme d’enfant qui vibre pendant un mois durant….

Car il me plaît tant ce moment où chacun cherche en se cachant,

la nuit magique que l’on attend, celle où s’aime plus fort qu’autant, c’est pour demain, c’est maintenant.  » Robert CASANOVA ( Poète français )

Ier décembre 2021 …

Dictons du mois de décembre :

 » Tonnerre de décembre annonce, pour l’an qui vient, aux bêtes et aux gens, abondance de biens »

 » Si le mois de l’Avent est de pluie et de vent, tire ton bonnet jusqu’aux dents « 

« La voie lactée bien blanche et claire en décembre, est semée de blé et de fruits « 

« Noël sec et Pâques crotté remplissent la huche à déborder et donnent du ventre au chef de famille « 

 » Si Noël arrive un dimanche, sur le rocher sème ton lin et vends ta jument pour acheter du grain  »

Chaud là, les marrons, chaud ! …

 » Chaud là, les marrons, chaud ! Il gèle. Le bitume
Craque sous les pieds froids du passant qui s’enrhume.
Chaud là, les marrons, chaud ! La bise en sifflant tord
Les arbres dépouillés du boulevard et mord,
Féroce, tous les nez qu’en route elle rencontre.
Chaud là, les marrons, chaud ! Dans l’ombre, appuyé contre
Un réverbère éteint par le vent, un petit, 
Que sans doute décembre a mis en appétit,
 Demande en grelottant un petit sou pour vivre,
Mais il voit, un par un, tous les passants se suivre,
Et pas le moindre sou ne tombe dans sa main.
Chaud là, les marrons, chaud ! Il mangera demain.

Mais, là-bas, un monsieur — qu’une pelisse immense
Enveloppe des pieds à la tête, s’avance.
L’enfant quitte sa place et court à lui tout droit !
 Un sou ? Non J’ai faim ! Non.
Monsieur ! Il fait trop froid.
Et le monsieur,  plongeant son museau dans sa loutre,
Fait deux petits brrr, brrr, et, guilleret, passe outre.
Chaud là, les marrons, chaud ! Le savoyard du coin, 
Le marchand de marrons, voit la scène de loin :
Approche ici, petiot ! Viens-t’en chauffer tes pattes !
Et le pauvret, au feu, tend ses mains écarlates.
Il rayonne : oh ! c’est chaud ! oh ! ça brûle ! oh ! c’est bon !
Et puis il rit tout haut des tic-tic du charbon.
Prends des marrons, va, mange ; un peu de vin, tiens, liche,
Dit le vieux savoyard, j’en serai pas moins riche.
Et l’enfant mange et boit en regardant le vieux,
Le vieux qu’il remercie en clignotant des yeux… » Ernest GRENET-DANCOURT (Poète et auteur français. Extrait de ses Monologues comiques et dramatiques en 1887)