Joyeuses Pâques 2019 …

 » Voici venir Pâques fleuries,
et devant les confiseries
les petits vagabonds s’arrêtent, envieux.
Ils lèchent leurs lèvres de rose
tout en contemplant quelque chose
qui met de la flamme à leurs yeux.
leurs regards avides attaquent
les magnifiques œufs de Pâques
qui trônent, orgueilleux, dans les grands magasins,
magnifiques, fermes et lisses,
et que regardent en coulisse
les poissons d’avril, leurs voisins.
Les uns sont blancs comme la neige.
des copeaux soyeux les protègent.
leurs flancs sont faits de sucre. Et l’on voit, à côté,
d’autres, montrant sur leurs flancs sombres
de chocolat brillant dans l’ombre,
de tout petits anges sculptés.
Les uns sont petits et graciles,
il semble qu’il serait facile
d’en croquer plus d’un à la fois ;
et d’autres, prenant bien leurs aises,
unis, simples, pansus, obèses,
s’étalent comme des bourgeois.
Tous sont noués de faveurs roses.
On sent que mille bonnes choses
logent dans leurs flancs spacieux
l’estomac et la poche vides,
les pauvres petits, l’œil avide,
semblent les savourer des yeux. » Marcel PAGNOL (Écrivain, dramaturge, cinéaste et producteur français °

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JOYEUX FÊTES DE PÂQUES à vous toutes et tous !

ORATORIO de Pâques BWV 249 … Jean-Sébastien BACH

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Jean-Sébastien BACH

Les convictions religieuses profondes du Cantor ont influencé son inspiration pour la composition de ses œuvres sacrées . Ces dernières sont un peu le journal intime de sa foi et elles reflètent le grande bonheur qu’il a éprouvé à les écrire.

Ce merveilleux Oratorio a toute une histoire musicale  : en effet, il  fut, au départ, une musique  pour célébrer l’anniversaire du duc Christian de Saxe-Weissenfels, laquelle sera ré-utilisée la même année, en 1725, pour être jouée le dimanche de Pâques sous forme d’une Cantate en l’église Saint-Thomas à Leipzig , cantate dite des bergers , puis reprise, à nouveau corrigée, et dédiée un an plus tard à un ami qui était l’un de ses mécènes à savoir Joachim Freidrich Von Flemming.

En 1735 il rassemble toutes les partitions de cette musique remaniée, revue, modifiée et corrigée à chaque fois qu’il en a changé l’utilisation, pour en faire un Oratorio qui nous prouve combien ce compositeur avait de génie dans cette pratique ,  et en faire, au final, une pièce magnifique. Elle sera véritablement achevée  en 1740.

C’est une page qui n’a pas été appréciée avec autant d’enthousiasme qu’ont pu l’être certaines autres à vocation religieuse et sacrée comme sa Passion selon Saint Mathieu, sa Passion selon Saint Jean, l’Oratorio de Noël, ou bon nombre de  ses célèbres Cantates,  mais elle reste, néanmoins, superbe, lumineuse, heureuse, solennelle, avec un adagio très émouvant.

( Vidéo : Ensemble COLLEGIUM VOCALE dirigé par Philippe HERREWEGHE avec Barbara SCHILK (Soprano) – Kai WESSEL( Alto ) – James TAYLOR ( Ténor ) et Peter KOOY ( Basse)

 

 

The DREAM ( Le songe d’une nuit d’été) …Frédéric ASHTON

( Vidéo ) : AMERICAN BALLET THEATRE avec Alessandra FERRI ( Titania ) – Ethen STIEFEL ( Oberon ) – Herman CORNEJO ( Puck ) – Stella ABRERA ( Hermia ) – Marian BUTLER ( Helena ) – Ethan BROWN ( Demetrius ) – Carlos MOLINA ( Lysander ) – et Julio BRAGADO -YOUNG ( Bottom )

Ashton a été un superbe chorégraphe. Il a toujours eu une grande capacité à savoir mettre en valeur le talent de ses interprètes, particulièrement celui de ses danseuses qui furent ses muses. Il n’a pas uniquement privilégié la technique, bien qu’elle fut importante pour lui. Elle n’a jamais pris le dessus sur l’expression poétique de la danse.  Un détail primordial pour lui.

The Dream est un ballet en un acte créé en 1964 au Royal Opéra House de Londres pour le 400e anniversaire de la naissance de Shakespeare. Il fut interprété, à l’époque, par Anthony Dowell et Antoinette Sibley qui, à partir de là, vont former un incroyable partenariat au sein de cette compagnie.

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Anthony DOWELL et Antoinette SIBLEY dans The Dream en 1964

C’est une chorégraphie épurée, qui sous une sorte de simplicité apparente reste, malgré tout, assez complexe. Elle est très inventive, subtile, magique, enchanteresse,  gracieuse , espiègle, exubérante, émouvante, pleine d’humour et très harmonieuse  . Même les ânes dansent sur les pointes ! Il nécessite des interprètes intenses, profonds, crédibles, jamais ennuyeux, sachant s’exprimer merveilleusement au travers de la danse.

(Vidéo : Koen HAVENITH et Maia MAKHATELI pour la Compagnie  de danse néerlandaise the HET NATIONALE BALLET )

La musique, tout à fait jubilatoire et brillante, est celle de Félix Mendelssohn, arrangée pour le ballet, par John Lanchbery.

Marguerite … Victor HUGO

 » Par-dessus l’horizon aux collines brunies,
le soleil, cette fleur des splendeurs infinies,
se penchait sur la terre à l’heure du couchant ;
une humble marguerite, éclose au bord d’un champ,
sur un mur gris, croulant parmi l’avoine folle,
blanche épanouissait sa candide auréole ;
et la petite fleur, par-dessus le vieux mur,
regardait fixement, dans l’éternel azur,
le grand astre épanchant sa lumière immortelle.
«et, moi, j’ai des rayons aussi !» lui disait-elle.  » Victor HUGO (Extrait du recueil Les Contemplations / 1856 )

MARGUERITE Mandy HARPT
Tableau de Mandy HARPT

L’amandier en fleurs … Pierre BONNARD

 » En 1920, celui qui affirma déjà du haut de ses 24 ans n’être d’une aucune école, découvre Le Cannet. Conquis par cet havre de paix qui répond à sa recherche de tranquillité, de nature et de hauteur, Bonnard passe chaque hiver dans diverses maisons qu’il loue,  puis finit par acheter sa maisonnette en 1927, avenue Victoria, dominant la baie de Cannes, avec, au loin, le massif de l’Estérel qu’il baptise Le Bosquet et dont il fait modifier les ouvertures pour que, depuis l’intérieur, la nature soit visible de partout. Il plante un amandier dans son jardin qu’il admire tous les jours en se levant. Chaque année, lors de la floraison de cet amandier, il ne peut s’empêcher de le peindre.  » A chaque printemps, il me force à le peindre  » dira t-il. Il réalise différentes toiles de son amandier dont sa dernière œuvre, achevée quelques mois avant sa mort. C’est dans ce charmant pigeonnier, selon les mots de son ami Matisse, que Bonnard s’éteint.

Cette dernière œuvre, commencée l’année précédente, est restée inachevée en raison du décès du peintre en 1947. Bonnard travaille sur ce tableau jusqu’à la fin , ne cessant de le perfectionner en y ajoutant toujours plus de bleu, toujours plus de fleurs. Perfectionniste, le peintre considérait  qu’un tableau n’était jamais fini. Il allait même jusqu’à se rendre dans les musées où ses tableaux étaient exposés, muni de ses pinceaux, d’une boite de couleurs pour les rectifier, y apporter quelques retouches, rectifier une nuance de vert sur un feuillage, à l’abri des regards du gardien. Peintre intimiste et contemplatif, le coloriste de talent pouvait retoucher inlassablement une œuvre jusqu’à plus de cent fois. La veille de sa mort, il demande même à son neveu Charles Terrasse de rectifier avec du jaune, le vert en bas à gauche de sa dernière toile. Celui-ci s’exécute, effaçant au passage une partie de la signature du peintre.

Ce qui fait le charme de Pierre Bonnard, c’est la présence, derrière la palette vive et lumineuse, d’une angoisse et de mystère donnant aux scènes de vie irradiantes de couleurs, une autre dimension. Ainsi dans la peinture de l’artiste, l’amandier revêt une signification particulière. Un lien très profond unit Bonnard à son jardin qu’il considère comme un Paradis et comme le prolongement de son atelier. Et l’amandier est l’arbre du renouveau. L’aspect anthropomorphique de l’arbre a permis à certains historiens de l’art d’y voir des auto-portraits. En effet, l’amandier symbolise l’immortalité et la solidité.

Comme dans toutes les autres versions, l’amandier occupe la quasi totalité de la toile où il déploie la majesté de sa floraison. Sur presque toute la surface, les fleurs blanches offrent un éclat particulier, accentué par une symétrie verticale centrale du tronc, mais aussi par le contraste des gammes de couleurs entre le haut et le bas du tableau : le bleu du ciel, la floraison avec des couleurs claires ( blanc, rose, mauve), le tronc et les branches en noir et blanc , puis le jardin avec des teintes plus denses ( verts, jaunes, rouges) . Bonnard joue également avec les lignes : celles brisées du tronc et des branches, la ligne verticale du tronc, la ligne horizontale du jardin. La touche est légère, aérienne et rapide, comme pour traduire l’éclosion du printemps. Nul empâtement dans cette toile composée avec des jeux de transparences et d’opacités.  » Sabine MABE ( Auteur, journaliste française sur l’Art dans la revue  Arts Magazine)

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 » L’amandier en fleurs  » 1947 – Pierre BONNARD

Collection Emil BÜHRLE …

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 » C’est exactement à cette heure-là, devant les œuvres de ces peintres français, que le caillou tomba dans l’eau, et c’est à partir de cet instant que ma décision était prise que, si jamais je pouvais songer à garnir mes murs de tableaux de maîtres, ce serait un choix de Manet, de Monet, de Renoir, de Degas, de Cézanne … Ce n’est qu’en 1936, que survint la première vague circulaire dans l’eau où était tombée la pierre : je peux acheter, d’entente avec ma femme, toujours pleine d’enthousiasme, le premier dessin de Degas et une nature morte de Renoir. Ce premier cercle comprenant des œuvres de Corot, de Van Gogh, et de Cézanne, se compléta rapidement et forma le centre de ma collection. Peu à peu , un remous , qui englobait les Fauves et les Romantiques, dont Delacroix et Daumier, me ramena à Rembrandt, Manet et Frans Hals. Arrivé aux peintres du XVIIe siècle, les Hollandais et les Flamands ne pouvaient manquer. Un troisième cercle contint les peintres français de la fin du XVIIIe siècle et les modernes. La parenté esthétique des impressionnistes avec les Vénitiens du XVIIIe siècle me suggéra les noms de Canaletto, de Guardi, et de Tiepolo. » Emil BÜHRLE ( Lors d’une conférence en 1954 )

Après avoir proposé en 2017 d’admirer la superbe collection de Paul Rosenberg, qui fut non seulement un grand marchand d’art du XXe siècle, mais également un collectionneur avisé, passionné, un agent d’artistes importants, le musée Maillol à Paris  retrace, jusqu’au 20 juillet 2019, le parcours de Emil Bührle en exposant une soixantaine d’œuvres issues  de sa prestigieuse et très particulière collection ( acquise entre 1937 et 1956 )  réunissant des grands noms de la peinture  ! Elle s’intitule :

« La Collection BÜHRLE – Manet, Degas, Renoir, Monet, Cézanne, Van Gogh, Modigliani, Picasso.  » – C’est une exposition, que l’on peut qualifier de première,  rendue possible grâce au soutien et la collaboration de ses descendants , de la Fondation qui porte son nom et plus particulièrement son directeur Lukas Gloor. Elle revêt un caractère historique en ce sens qu’elle explique comment elle s’est constituée, quels sont les liens que les œuvres peuvent avoir avec les courants artistiques de l’époque où elles furent réalisées , ce que les peintres eux-mêmes ont pu apporter à l’histoire de l’art, pourquoi certaines d’entre elles ont pu amener le collectionneur vers d’autres d’une époque plus ancienne .

L’exposition fait  partie d’un circuit qui a commencé en 2017 en Suisse, s’est poursuivi dans trois musées différents au Japon en 2018, et se retrouve en France cette année avec le musée Maillol.

Sa formation en histoire de l’Art , plus particulièrement tournée vers la sculpture gothique et les grands maîtres de la Renaissance, a permis à Emil Bührle  d’avoir une certaine connaissance pour bien  approcher l’historique des œuvres. Il a beaucoup aimé l’art ancien et n’a pas hésité à dépenser  sans compter dès le moment où une pièce lui paraissait vraiment rare, voire exceptionnelle. Sa découverte en 1913 des impressionnistes français l’a fasciné.( il a acheté en tout et pour tout 54 tableaux des peintres de ce mouvement) . Par contre, il viendra beaucoup plus tard à des œuvres d’art contemporain, type Picasso ou Braque, tout simplement parce qu’il n’y a pas été très sensible au départ, voire même réticent.

CHAMP COQUELICOT PRES VETHEUIL
 » Champ de coquelicots près de Vétheuil  » 1879 – Claude MONET ( Collection Bührle à Zurich/Suisse) – Le tableau sert l’affiche de l’exposition
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 » Le suicidé  » 1877 – Edouard MANET (  Collection Bührle à Zurich/Suisse)
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« Portrait de Mademoiselle Irène Cahen d’Anvers  » dite  » la petite Iréne  » – 1880 – ( Collection Bührle à Zurich/Suisse)  – Ce tableau a été confisqué par les nazis en 1942 , il sera rendu à son propriétaire d’origine en 1946, laquelle le revendra à Emil Bührle en 1949.
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 » Branches de marronier en fleurs  » 1890 – Vincent VAN GOGH (Collection Bührle à Zurich/Suisse)
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 » Un coin de jardin à Bellevue  » 1880 – Edouard MANET ( Collection Bührle à Zurich/Suisse)

Il a éprouvé une véritable fascination pour Henri de Toulouse-Lautrec et n’a pas manqué, à chaque fois que l’occasion d’une offre d’achat s’est présentée  à lui pour une œuvre de ce peintre,  de la saisir.

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 » Messaline  » 1900-1901 – Henri de TOULOUSE-LAUTREC ( Collection Bührle à Zurich/Suisse)

Pourquoi est-ce une collection  particulière ? Tout simplement parce Bührle était un industriel, marchand d’armes durant la seconde guerre mondiale. Il a fait fortune en vendant des canons, des armes, des munitions etc…  tout autant  aux allemands  (Wehrmacht de façon assez importante)  qu’à d’autres pays. Une partie de l’argent de ces ventes a assouvi sa passion pour l’art et a été utilisée pour ses collections.

Le point noir de l’histoire, c’est la provenance de quelques-toiles. Il faut avant toute chose se rappeler la période  : seconde guerre mondiale 1939/1945 et le contexte qui va avec . Durant cette période, de nombreux marchands d’art, pas très scrupuleux et sans état d’âme il faut bien le reconnaître, rachetaient (parfois à prix bradé – ou dérobaient ) des œuvres d’art aux juifs. L’un d’entre eux, un certain Bruno Lohse, collaborateur de Hermann Göring, un proche d’Hitler, avait été nommé pour s’occuper de cette spoliation. Après quoi, celles qui ne retenaient pas particulièrement l’attention des nazis, ou ayant été réalisées par des artistes qu’ils méprisaient carrément, étaient mises de côté, stockées ( en France ce fut au musée de l’Orangerie ) , ou bien vendues et expédiées clandestinement  par ledit Lohse à certains galéristes suisses, lesquels les revendaient à des prix cassés fort intéressants. Parmi eux : Theodor Fischer dont la galerie se trouvait à Lucerne.

Lorsque la guerre prit fin, les Alliés vont s’occuper de la récupération des œuvres appartenant à l’origine aux juifs,  stockées en France puis envoyées en Suisse. C’est Douglas Cooper qui fut nommé pour s’en occuper – Soixante dix sept, très précisément, furent identifiées. Elles ont donné suite à des procès devant la Chambre des Biens spoliés au Tribunal fédéral en Suisse. En décembre 1945, on reconnaissait l’illégitimité de ces confiscations. On a alors parlé d’art spolié –  La conclusion du procès fut une restitution rapide  et ce même si les œuvres avaient été acquises en toute bonne foi par leurs  « propriétaires  » , sans véritablement savoir d’où elles provenaient.

Sur celles acquises durant la période de guerre par Bührle, treize furent considérées comme spoliées donc contraintes à une restitution. Ce qui a été fait. Après quoi, il a pris contact avec les  propriétaires ( ou leurs descendants, ce qui ne fut pas simple et a demandé un certain temps ) pour savoir s’ils étaient d’accord pour les lui revendre . Certains ont accepté. Actuellement, dans la collection globale, il y en a sept qui furent achetées en 1941 à Théodor Fischer, le galériste suisse, puis rendues à la justice , et rachetées à ses propriétaires entre  1948 et 1951. .  Quatre sont accrochées dans l’exposition du musée Maillol.

J’ai fait référence, ci-dessus, à ces œuvres cataloguées d’art spolié. Il y a eu aussi ce que l’on a appelé l’art en fuite, lequel s’appliquait à des œuvres qui furent placées volontairement en Suisse par leurs propriétaires d’origine pour être mises en sécurité, éviter ainsi que les nazis ne les prennent ; puis mises en vente sur le marché de l’art officiel,  après guerre, par lesdits propriétaires. Trois tableaux de la collection Bührle font partie de cet art en fuite.

Il est important de noter que Emil Bührle a toujours affirmé,avec sincérité, qu’il ignorait la provenance des œuvres achetées durant la guerre, et d’ailleurs le tribunal fédéral suisse a complètement reconnu sa bonne foi dans les années 50. La Fondation Bührle veille à ce que la collection soit régulièrement soumise à des recherches  internationales sur la provenance historique des tableaux afin que tout soit clair et précis. Il a, par ailleurs, porté plainte contre la galerie de Théodor Fischer à Lucerne et gagné le procès intenté contre elle.

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 » La liseuse  » 1845/50 – Camille COROT  – ( Collection Bührle à Zurich/Suisse) -Ce tableau appartenait à l’origine à Paul Rosenberg. Il lui fut restitué. Rosenberg le vendra, à nouveau, à Bührle. Les deux hommes deviendront amis.
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 » L’été à Bougival  » – Paul SISLEY  – ( Collection Bührle à Zurich/Suisse) -Ce tableau avait appartenu à Moïse Lévi de Benzion. Il lui sera restitué. Comme Rosenberg, il revendra cette œuvre à Bührle.

Les trois quarts de sa superbe collection ont été acquis entre 1951 et 1956. Toutes l’ont été après qu’il ait pu les voir personnellement. De nombreux marchands d’art furent  de précieux conseillers durant cette période, certains feront partie de ses amis.

Emil Bührle est né en 1890 à Pforzheim ( une ville située dans l’état de Bade-Wurtemberg en Allemagne) dans une famille modeste  – Il a fait des études en littérature, et histoire de l’Art à Fribourg et Munich. C’est lors d’une exposition, en 1913,  à National Galerie de Berlin qu’il tombe amoureux de l’impressionnisme et notamment de leurs paysages.

Après la première guerre mondiale, il épouse la fille d’un banquier : Charlotte Schalk. Son beau-père le fait entrer dans l’usine d’outils et machines de Magdebourg. Quatre ans plus tard, il part, avec son épouse, en Suisse, pour s’occuper d’une filiale de cette usine qui se trouve à Oerlikon dont il deviendra l’unique propriétaire en 1937. Les commandes affluent en provenance de la France et de l’Angleterre., mais aussi à l’Allemagne.  La Suisse lui plaît, il s’y installe définitivement et obtient la nationalité suisse .

BUHRLE et son épouse Charlotte
Emil Bührle et son épouse Charlotte

 

C’est en 1937 que commence ses premières acquisitions d’œuvres d’art qu’il trouve dans des galeries à Lucerne et Zurich. Elles sont placées dans sa maison . Il est alors aidé et conseillé dans ses achats par un marchand d’art allemand Fritz Nathan.

Lorsque la guerre éclate, certaines commandes d’armes qui étaient en cours, et devaient  être livrées en France et en Angleterre, sont stoppées par les allemands. Pour rester en bons termes avec l’Allemagne, la Suisse le pousse à traiter avec ce pays en ce qui concerne des livraisons d’ armes et des munitions. Il gagne beaucoup  d’argent et achète un bon nombre d’œuvres mises en vente sur le marché de l’art en Suisse, mais également à la maison Wildenstein à Paris .

A la fin de la guerre, période difficile, sa réputation est salie : non seulement les Alliés vont voir d’un très mauvais œil son industrie, mais  la mise en place du service de la récupération des œuvres  ayant été spoliées aux juifs par les nazis arrive . Treize tableaux lui appartenant désormais  en font partie. Il les restitue comme expliqué ci-dessus, puis en rachète certains à leurs propriétaires.

Après la guerre, lorsque tout sera réglé et éclairci, il va pouvoir, à nouveau, poursuivre sa quête de nouvelles acquisitions. Dans les années 50, il donnera une autre impulsion à son usine d’Oerlikon en traitant des contrats très intéressants avec les Etats Unis, lesquels vont lui permettre de prendre une autre route dans sa passion de collectionneur et acheter quasiment les trois quarts de la collection totale ; 1954 , par exemple, sera l’année la plus fructueuse puisqu’il va acquérir plus de cent pièces dont une grande partie sont des œuvres impressionnistes et post-impressionnistes, et quelques maîtres anciens.

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 » Nature morte aux fleurs et aux citrons  » 1941 – Pablo PICASSO ( Collection Bührle à Zurich/Suisse) – L’attirance pour ce peintre s’est faite assez tard chez Bührle. Il était un peu réticent vis-à-vis de son travail jusqu’au jour où il a été convié à une exposition de Picasso à Milan en 1953. A partir de là, son avis sur lui changera car il comprendra son importance.

Il est décédé d’une crise cardiaque à Zurich en 1956. Aucun testament n’avait été rédigé préalablement .  Sa veuve va donc remettre un tiers de la collection à chacun des deux enfants, et en accord avec eux, ils créeront  en 1960 la Fondation Collection E.G.Bürhle, à laquelle ils lèguent environ 200 tableaux, pastels et sculptures représentant un tiers de la collection totale . La villa qu’il occupait est, quant à elle, transformée en musée. Dix autres œuvres magnifiques feront partie du legs d’un de ses fils ( Dieter Bürhle) à la Fondation.

C’est en 2012 que cette partie de la  collection fut  réceptionnée au Kunsthaus de Zurich. En 2021, elle occupera une aile qui a été réalisée uniquement pour elle par l’architecte anglais David Chipperfield.

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 » Appolon vainqueur du Serpent Pithon – 1853 env. Eugène DELACROIX ( Collection Bührle à Zurich/Suisse) – Bührle a toujours été convaincu que la peinture des impressionnistes avait été influencée par celle des Maîtres plus anciens –  C’est ce qui le touchait compte tenu qu’il aimait les deux. Il est vrai que le côté pictural très expressif de  Delacroix  a été fortement apprécié par ce mouvement.
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 » Le garçon au gilet rouge  » – 1888/1890 – Paul CÉZANNE – ( Collection Bührle à Zurich/Suisse)

 

« Il ne faut pas punir les œuvres en raison de leur passé, un musée n’est pas un tribunal mais un lieu de mémoire » Sylvie WUHRMANN  (Directrice de la Fondation de l’Hermitage en Suisse – Ce sont des propos tout à fait justes auxquels doivent bien penser celles et ceux qui, peut-être, ont des scrupules à voir une exposition où sont exposées des œuvres ayant un passé que l’on pourrait qualifier de difficile, et ce même si tout à fait clair désormais . Ce sont elles que l’on vient admirer et avec elles les peintres qui les ont réalisées.