Le rideau de ma voisine … Alfred de MUSSET

 » Le rideau de ma voisine
se soulève lentement.
Elle va, je l’imagine,
prendre l’air un moment.

On entr’ouvre la fenêtre :
je sens mon cœur palpiter.
Elle veut savoir peut-être
si je suis à guetter.

Mais, hélas ! ce n’est qu’un rêve ;
ma voisine aime un lourdaud,
et c’est le vent qui soulève
le coin de son rideau.  » Alfred De MUSSET ( Poète français – Extrait de son recueil Poésies Nouvelles ( 1850)

 

Rideau 1

Bavardage et papotage …par Bernadette COSTA-PRADES

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GREGORY FRANK HARRIS

«  Mais de quoi pouvez-vous bien parler ? s’étonne la plupart des hommes quand leur femme passe des heures au téléphone avec leurs copines. Réponse : de tout, de rien … Les femmes ont l’art de discuter de mille et un sujets sur un ton léger, des propos qui paraissent à première vue insignifiants mais qui sont loin de l’être ! explique Thierry Delcourt, psychiatre. Les hommes sont les premiers à dévaloriser le bavardage, et malheureusement, les femmes ne se défendent guère. A tort, car il recèle bien des qualités cachées.

Pour Thierry Delcourt, les femmes ont toujours discuté, que ce soit dans les champs, les ateliers, au lavoir :  » c’étaient pour elles une façon de supporter les longues journées courbées sur leur métier ou les mains plongées dans l’eau glacée. Aujourd’hui le bavardage a gardé cette fonction : il lave des soucis quotidiens et , l’air de rien, sert de soupape émotionnelle »  note t-il.

Contrairement à ce que pense beaucoup d’hommes, le langage n’est pas là uniquement pour transmettre des informations. Il sert aussi à entrer en relation. D’ailleurs, dans un premier temps, le contenu ne prime pas forcément. Il s’agit d’établir une complicité qui libère de l’ocytocine, cette fameuse hormone de l’attachement. Résultat : plus on bavarde, plus on s’attache ! Les propos anodins ouvrent d’ailleurs la porte aux confidences.

Toutefois, si le bavardage est paré de toutes les vertus, ce n’est pas du commérage … Mi-dire ce n’est pas médire ! Bien sûr, tout comme le papotage, les cancans peuvent aussi les détruire : comment ne pas se méfier à terme de quelqu’un qui parle dans le dos des autres ?  » Le commérage est la vengeance du pauvre. Il traduit une impossibilité à exprimer sa révolte en direct. Le problème, c’est qu’il empêche bien souvent de prendre le problème à bras-le-corps  » met en garde Thierry Delcourt. Le lien créé par le bavardage est un soutien pour affronter les tourments de la vie. On sait par exemple, qu’en cas de cancert, les femmes entourées d’amies font moins de rechute.

Au fond, si c’étaient leurs bavardages qui prolongent la vie des femmes ….  » Bernadette COSTA-PRADES ( Écrivain, journaliste, spécialiste en psychologie)

 

Camille (  » l’homme du 14 Juillet  » ) & Lucile …

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 » Camille Desmoulins, sa femme Lucile et leur fils Horace  » – Atelier Jacques-Louis DAVID 1792 – ( Musée des châteaux de Versailles et Trianon / France )

 » Il y a foule en cette journée du printemps 1783 dans les jardins du Luxembourg. Le jeune Camille, pourtant, n’a d’yeux que pour elle : Madame D. , c’est à ce nom que, par la suite, il va dédicacer plusieurs poèmes. Belle, élégante, elle l’enchante. Elle est âgée de 32 ans, mariée à un contrôleur des Finances. Lui ? Il a 23 ans, il est célibataire et étudiant. Et c’est à peine si il remarque, auprès d’elle, la jeune Lucile. Celle-ci a 13 ans et n’est encore qu’une enfant : il est loin de s’imaginer que, dans sept ans, il va l’épouser et qu’ensemble ils vont former le couple le plus uni et le plus tragique de la Révolution.

L’heure est à l’insouciance. Camille Desmoulins est un brillant étudiant qui hésite entre le barreau et l’écriture. Sera t-il avocat ou poète ? En attendant, il s’enflamme pour la madame Duplessis, et publie ses vers dans plusieurs gazettes. Son père, lieutenant général et picard roturier, rêve pour lui d’un plus bel avenir. Il faut dire que Camille a été un élève à la scolarité exemplaire, passé par le lycée Louis-le-Grand où il s’est lié d’amitié avec Maximilien de Robespierre. Nourri de lettre classiques et d’Histoire antique, il ne jure que par Cicéron et l’ancienne Rome. Alors oui, bien sûr, le barreau serait l’occasion d’une honorable  carrière. D’ailleurs il passe sa licence en 1785 et, dans la foulée, prête le serment d’avocat. Cependant il est bègue. Ce léger handicap freine son ascension, aussi bien en Picardie qu’à Paris. Comme les mots coulent plus facilement sous sa plume, il préfère écrire. Dès poèmes, toujours, mais également des épîtres, au ton plus politique. Le jeune homme , qui n’apprécie pas la monarchie, rêve d’une République inspirée de Rome ou de la Grèce, et il l’écrit.

Désormais, Camille fréquente les Duplessis. Sa relation avec madame est toujours aussi poétique et platonique. Il commence juste à remarquer Lucile qui, a quinze ans à présent, des yeux noirs profonds, de longs cheveux blonds. Elle n’est encore que le « bouton naissant près d’une rose épanouie « . Peut-être la jeune fille s’est-elle entichée de l’avocat ? Difficile de le savoir puisqu’elle n’entamera la rédaction de son journal que trois ans plus tard. Toutefois on ne peut sans peine imaginer que son cœur bat pour cet homme qui sait si bien écrire. En jeune fille du siècle des Lumières, elle aime les livres et les mots.

En 1787, Camille Desmoulins se déclare enfin et la demande en mariage. Le père s’y oppose, trouvant qu’il n’est pas un assez bon parti. Il n’est pas riche et sa carrière d’avocat piétine. Il est vrai que la politique l’attire beaucoup plus, en particulier le journalisme d’opinion. La belle lui est refusée, il s’attache davantage. Est-ce cet amour contrarié qui lui donne la rage de réussir. Il rêve d’être élu à Paris, aux Etats-Généraux de 1788. Le pays est en évolution après la formation à l’Assemblée nationale et le serment du Jeu de Paume. Le 11 juillet, le renvoi par le roi du ministre Necker, accusé de faiblesse, met le feu aux poudres. Le peuple descend dans la rue. La révolte gronde. Au Palais Royal un jeune homme monte sur une table, appelle les parisiens à l’insurrection. Dépassant son bégaiement, il électrice la foule. Il se saisit d’une cocarde verte ( certains disent une feuille de tilleul) l’accroche à son chapeau et invite les patriotes à en faire autant en signe de reconnaissance. Bientôt la cocarde deviendra tricolore. Deux jours plus tard, les Parisiens s’emparent de la Bastille. Surnommé l’homme du 14 juillet, Camille Desmoulins vient d’inventer le journalisme et la Révolution. Il s’apprête aussi à conquérir totalement Lucile.

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 » Camille Desmoulins dans les jardins du Palais Royal  » – Félix Joseph BARRIAS

La ténacité de Camille Desmoulins et la profondeur des sentiments qu’il ressent pour Lucile l’emportent. Le 29 Décembre 1790, ils sont unis par les sacrements du mariage à l’église Sainte-Sulpice. Le marié a 30 ans, celle qui lui est destinée tout juste 20. L’état-civil n’a pas encore été créé et le passage devant le curé est obligatoire même pour les esprits libres. De toutes les façons, le révolutionnaire croit en Dieu, c’est du clergé qu’il se méfie.

Le mois suivant il fréquente le club des Cordeliers, cultive ses liens d’amitié avec Robespierre, mais aussi Danton et Marat. Sa plume se fait de plus en plus incisive, ses engagements de plus en plus marqués. Quant à la nouvelle Madame Desmoulins, elle s’enflamme pour la Révolution. Elle poursuit la rédaction de son journal personnel, dans lequel le nous remplace de plus en plus le je. Lucile s’identifie à Camille. Ses combats sont les siens. Certes elle admire cet homme de 10 ans son aîné, mais sa propre jeunesse ne l’empêche pas de donner des conseils avisés.

Aux côtés de Robespierre, Danton et Marat, Desmoulins devient une figure de la Révolution. Le 10 août la monarchie tombe. Danton devient ministre de la Justice, et le nomme son secrétaire. Lui, à qui il manquait une légitimité populaire, est élu à la Convention nationale. Il siège parmi les Montagnards. Au cœur de de l’action politique, il est un homme comblé : le 6 juillet 1792, Lucile a mis au monde un garçon, Horace, qui va bénéficier du premier acte d’état-civil. La vie semble sourire au couple …. Pourtant les jours sombres arrivent à grands pas .

Obnubilé par la peur d’un complot venu de l’étranger, le gouvernement révolutionnaire instaure le Comité de salut public et avec lui la Terreur. Malgré son appartenance aux Montagnards, Camille Desmoulins finit par se désolidariser des extrémistes et dénoncer le sang qui coule à flot. Sa voix, affaiblie par son bégaiement, est de moins en moins entendue dans les réunions. Il lui faut donc reprendre la plume rapide et haletante du journalisme. Premier numéro du Vieux Cordelier sort le 5 décembre 1793. La devise Vivre libre ou mourir. Au fil des numéros, Camille Desmoulins poursuit ses critiques. Robespierre le lâche en pleine Assemblée et propose que l’on brûle ses écrits. Leurs opinions divergent désormais. Lucile supplie son mari d’être prudent.

Dans la nuit du 30 au 31 mars 1794, Danton et Desmoulins sont arrêtés, ainsi que leurs amis, sur ordre de Robespierre. Mis au secret dans la prison du Luxembourg, Camille voit par la fenêtre les jardins où il a rencontré Lucile.  Il ne se fait aucune illusion sur la suite : à sa femme il écrit  » Adieu Loulou, adieu ma vie, mon âme, ma divinité sur terre » . Lucile ne recevra jamais la lettre. Soupçonnée de complot, elle est arrêtée le lendemain. Elle tente de faire fléchir Robespierre  » toi qui fit des vœux pour notre union, qui joignis nos mains dans les tiennes, pourrais-tu donc rejeter ma prière ?  » . Il peut. Il la sacrifie elle également. Après un procès mascarade, accusés d’être des crypto-royalistes, Desmoulins, Danton et leurs amis sont envoyés à la guillotine le 5 avril.

Incarcérée à la Conciergerie, le procès de Lucile sera aussi expéditif que celui de son époux, mené par l’intransigeant Fouquier-Tinville. Lucile est exécutée le 13 avril 1794. Dix-huit mois après leur mort, l’Assemblée constituante réhabilitera Camille et Lucile Desmoulins.  » Sophie DENIS ( Journaliste française, chroniqueuse Histoire )

 

P.S. : Camille et Lucille furent enterrés au cimetière des Errancis . Tous les ossements des 1119 personnes guillotinées durant la Révolution qui avaient été placés là, y compris les leurs, furent, par la suite, transportés aux Catacombes de Paris ( lors de la construction du boulevard de Courcelles entre 1844 et 1859). Son emplacement couvrait la rue  Monceau, la rue du rocher, et l’avenue de Valois. On peut, de nos jours, voir une plaque commémorative  qui définit l’entrée de ce cimetière .

14.7.2019 …

 »  C’est le quatorze juillet.
à pareil jour, sur la terre
la liberté s’éveillait
et riait dans le tonnerre.

Peuple, à pareil jour râlait
le passé, ce noir pirate ;
Paris prenait au collet
La Bastille scélérate.

À pareil jour, un décret
chassait la nuit de la France,
et l’infini s’éclairait
du côté de l’espérance… » Victor HUGO ( Extrait de son poème Célébration du 14 Juillet dans la forêt / Recueil Les chansons des rues et des bois ( 1865 )

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 » 14  Juillet  » ( Au Havre) – Raoul DUFY

Annie LEIBOVITZ …

« Contrairement à ce que l’on peut croire, je suis très timide, pas du tout autoritaire. La photographie a été pour moi un outil de socialisation qui m’a permis de découvrir l’autre et de garder une part d’imprévu ..Mon père était officier dans l’armée de l’air. J’ai passé mon enfance à voyager. Notre famille de six enfants s’entassait à l’arrière d’un break, nos bagages étaient empilés sur le toit. Mes parents se relayaient au volant. Un jour ma sœur m’a dit que, finalement, mon tout premier cadrage c’était la vitre de la voiture à travers laquelle j’ai vu défiler tellement de choses. Je n’ai jamais cessé de photographier en parallèle des célébrités et des déshérités, des migrants, des laissés-pour-compte du grand rêve américain … Mon travail sur l’image devient de plus en plus intéressant et complexe avec le temps, et c’est à moi de le nourrir. Je suis en perpétuelle recherche d’inspiration et totalement incapable de dire non. Je n’ai jamais su comment mettre quelqu’un en valeur, ni la différence entre le bon et le mauvais profil. J’ai fini par m’y entendre un peu en éclairage, bien que je ne sois pas une bonne technicienne. J’ai des assistants pour ça. Moi, je me contente de regarder et composer l’image, mais je n’aime pas diriger les gens. C’est à eux de se projeter » Annie LEIBOVITZ ( Photographe américaine, spécialiste du portrait )

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Annie LEIBOVITZ
LEIBOVITZ Demi MOORE
Demi MOORE – Annie LEIBOVITZ
LEIBOVITZ John Lennon et Yoko Ono 1980
John LENNON & Yoko ONO  – Annie LEIBOVITZ
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Michael JACKSON – Annie LEIBOVITZ
LEIBOVITZ 2012 Meryl STREEP
Meryl STREEP – Annie LEIBOVITZ
LEIBOVITZ Prince Philip et reine Elisabeth II
La reine Elisabeth II et  le prince Philip – Annie LEIBOVITZ
LEIBOVITZ Jennifer Lopez et Marc Antony Aladin
Série Disney : Jennifer LOPEZ et Marc ANTONY dans Aladin – Annie LEIBOVITZ
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Série Disney : Pénélope CRUZ et Jeff BRIDGE dans La Belle et la Bête – Annie LEIBOVITZ
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Star Wars : Mark HAMILL & Carrie FISCHER  / Annie LEIBOVITZ

 

 

Dans un champ de lavande …

 » Dans un champ de lavande au pays du soleil

j’ai trouvé que la vie avait un goût de miel.

Chaque cigale en fête agitait sa crécelle

et le vent du midi dansait la tarentelle.

On moissonnait les fleurs. Leur parfum me grisait,

je m’enivrais de joie et je déraisonnais.

Dans la lavande bleue au soleil de Provence

je voulais prendre un bain d’amour et de jouvence.

Tous les mots séduisants que je n’avais pas dits

se formaient dans mon cœur en joyeux gazouillis.

Dans cet air embaumé j’imaginais une âme,

je lui donnais un corps fait de braise et de flamme.

Bien au chaud dans ses bras je croyais au bonheur

et son regard de feu me caressait le cœur.

Ce champ bleu nous offrait une odorante couche !

et je buvais les sons qui sortaient de sa bouche.

Dans ce site enchanté vaporeusement flou,

ne pouvant pas le voir je le sentais partout.

Et je ne souffrais pas de cette incohérence

puisque de son amour je saisissais l’essence.

Sous l’emprise des fleurs, j’ai fait de grands projets

qui petit à petit se changeaient en regrets…

j’avais glané pour lui des épis de lavande.

Passant près d’un calvaire à Dieu j’en fis offrande. » Blanche MAYNADIER ( Femme de Lettres et poétesse française)

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 » Le champ de lavande  » – Heide PRESSE

Moi lorsque je lis … par Bohumil HRABAL

« Je m’encrasse de lettres, si bien que je ressemble aux encyclopédies dont pendant tout ce temps j’ai bien comprimé trois tonnes : Je suis une cruche pleine d’eau vive et d’eau morte, je n’ai qu’à me baisser un peu pour qu’un flot de belles pensées se mettent à couler de moi ; instruit malgré moi, je ne sais même pas distinguer les idées qui sont miennes de celles que j’ai lues. C’est ainsi que pendant trente-cinq ans, je me suis branché au monde qui m’entoure : car moi, lorsque je lis, je ne lis pas vraiment, je ramasse du bec une belle phrase et je la suce comme un bonbon, je la sirote comme un petit verre de liqueur jusqu’à ce que l’idée se dissolve en moi comme l’alcool ; elle s’infiltre si lentement qu’elle n’imbibe pas seulement mon cerveau et mon cœur, elle pulse cahin-caha jusqu’aux racines de mes veines, jusqu’aux radicelles des capillaires. » Bohumil HRABAL ( Écrivain tchèque – Extrait de son livre Une trop bruyante solitude )

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Bohumil HRABAL ( 1914 / 1997 )