MAZARIN …

 » Né en 1608 dans la ville italienne de Pescina, Mazarin grandit à Rome, faisant ses études chez les jésuites. Il entra au service des armées du pape où sa brillante intelligence fit merveille. D’abord capitaine dans un régiment pontifical, il fut secrétaire d’un nonce apostolique ( diplomate papal ) et devint rapidement un homme clé de la diplomatie du Vatican. C’est ainsi qu’il fut amené à rencontrer Richelieu en 1630. Sous son influence, il défendit de plus en plus les intérêts de la France auprès de la papauté. Enfin il changea de patrie et de cause, se faisant naturaliser français en 1639. Adoubé par un Richelieu vieillissant qui reconnu en lui un successeur à sa mesure, Mazarin poursuivit, grâce à lui, son ascension. Il fut nommé cardinal en 1641.

Après la mort de Richelieu en 1642, Louis XIII nomma Mazarin principal ministre et parrain de Louis XIV. Puis, lorsque Louis XIII mourut à son tour, son épouse Anne d’Autriche délégua au cardinal presque tous ses pouvoirs. Mais ce pacte, dicté par une mutuelle admiration, suscita la plus grande suspicion parce qu’il était tacite. Les rumeurs allèrent bon train, dénonçant la séduction coupable opérée par le cardinal sur la reine.

En 1646, Mazarin reçut de la reine la charge de surintendant à la conduite de la personne du roi. Sa très grande intelligence politique fut de ne pas s’en prévaloir ; officiellement c’est Hardouin de Péréfixe qui demeure dans l’Histoire comme le précepteur du roi. Cependant, c’est bien Mazarin qui offrit à Louis ses leçons les plus précieuses. Il lui apprit l’art de paraître, de mettre en scène son pouvoir. Ainsi organisa t-il avec Anne l’installation solennelle de la famille royale au Louvre en 1652, puis le sacre en 1654. Par ces coups d’éclats il guidait Louis vers son fabuleux destin de Roi Soleil.

Mazarin ne fut pas seulement pour Louis un froid mentor. On sait qu’il aima sincèrement ce petit roi qui le lui rendit bien. Une relation forte, filiale, s’instaura entre eux. Lorsque le cardinal s’éteignit le 9 mars 1662 au château de Vincennes, Louis était proche de lui. »

Gille TORDJMANN ( Critique littéraire, écrivain et journaliste français)

MAZARIN Cardinal_Mazarin_by_Pierre_Mignard_1659 1660 ATELIER PIERRE MIGNARD
Giulio MAZARINI dit MAZARIN – 1659/1660 – Atelier de Pierre MIGNARD

La jeune fille à la fenêtre … Salvador DALI

 » Les portraits que mon frère m’a faits à cette époque sont innombrables. Beaucoup n’étaient que de simples études de cheveux et une épaule découverte …. De longues heures à contempler le paysage qui, depuis lors et pour toujours, faisait partie de moi-même. En effet, Salvador me peignait toujours près d’une fenêtre.  » Ana Maria DALI  , soeur du peintre Salvador DALI

JEUNE FILLE A LA FENETRE SALVADOR DALI
 » Jeune fille à la fenêtre  » – 1925 – Salvador DALI (  » Heureuse Ana Maria à la fois sirène et bergère, brune couleur d’olive et blanche comme la fraîche écume. Fille chérie des oliviers et nièce de la mer ... »  Federico GARCIA LORCA ( Poète espagnol )  dans une lettre à Ana Maria DALI

Concerto pour violon OP 35 Erich KORNGOLD / Jascha HEIFETZ

ERICH KORNGOLD
Erich Wolfgang KORNGOLD – Compositeur autrichien naturalisé américain 

( Vidéo : Interprétation Jashca HEIFETZ – Accompagné par L.ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE LOS ANGELES sous la direction de Alfred WALLENSTEIN )

Ce magnifique Concerto fut composé en 1945. Il est dédié à Alma Mahler, l’Andante notamment, un moment vraiment très beau, émouvant, dans lequel le violon dialogue de façon subtile avec l’orchestre.

Dans son l’ensemble, la partition est lumineuse, d’une grande richesse mélodique, avec des couleurs un peu dans l’esprit des films hollywoodiens, ce qui, finalement, n’est pas étrange compte tenu du fait que ce compositeur a travaillé pour le cinéma ( Warner ).

 » Malgré la demande de virtuosité dans le final, l’oeuvre a été , avec ses nombreux épisodes mélodiques et lyriques, davantage envisagée pour un Caruso que pour un Paganini. Il est inutile de dire combien j’ai été heureux que mon Concerto soit interprété à la fois par un Paganini et un Caruso réunis sous les traits d’une seule et même personne : Jasha Heifetz !  » Erich KORNGOLD après la première.

JASHA HEIFETZ 2
Jascha HEIFETZ et son violon ( Photo de Irving PENN)

 

Nicolas II & Alexandra …

 » Elle n’avait que 12 ans lorsque, à l’occasion d’une visite à Saint-Pétersbourg, elle rencontre pour la première fois Nicolas, son aîné de quatre ans. Petite princesse allemande, Alix de Hesse, tel était son nom, orpheline de mère à 7 ans et négligée par son père le grand duc Louis IV, menait à Darmstardt, où elle était née en 1872, une vie solitaire et triste que rompaient toutefois de fréquents séjours en Angleterre chez sa grand-mère la reine Victoria. Comme l’une de ses soeurs, Elisabeth, dite Ella, avait épousé le grand duc Serge, oncle de Nicolas, sa famille fréquentait de temps à autre Moscou et Saint-Pétersbourg. Mais Alix n’intéressait pas la famille impériale : elle était gauche, mal fagotée, pour tout dire : elle déplaisait !

Pourtant, en 1889, le jeune Nicolas la remarque, tomba aussitôt amoureux et souhaita l’épouser.Son père, le Tsar Alexandre III fit mille difficultés : il ne voulait pas d’une nouvelle allemande pour bru et avait en tête d’autres projets, une princesse française notamment, fille du Comte de Paris qui scellerait la récente entente franco-russe. Fils obéissant, Nicolas patienta, sans abandonner la partie.

 » Mon rêve confiait-il à son journal, c’est d’épouser Alix de Hesse. Je l’aime depuis longtemps mais avec plus de force et de profondeur depuis 1889 lorsqu’elle vint passer six semaines à Saint-Pétersbourg. Je suis presque convaincu que nos sentiments sont réciproques. » Les jeunes gens se revirent et Nicolas triompha de l’opposition de ses parents. Le 8 avril 1894 ils étaient fiancés.

«  La chère et incomparable Alix  » ,  » la superbe Alix  » comme la nomme son fiancé amoureux avait déjà appris le russe qu’elle commençait à écrire presque sans fautes et après avoir déclaré qu’elle renonçait au protestantisme, se faisait instruire dans la religion orthodoxe comme toutes les tsarines d’origine étrangère avant elle. Malgré ses louables efforts, elle ne faisait pas l’unanimité. L’impératrice-mère, Maria Feodorovna lui manifestait de la froideur, les grandes duchesses la considéraient comme une intruse. Les uns redoutaient que cette petite-fille de la reine Victoria, allemande de naissance et anglaise d’éducation, inocule à la Russie la détestable influence britannique ; d’autres restaient fidèles aux impressions nées de ses précédents séjours à Saint Pétersbourg et la voyaient comme une jeune fille embarassée, froide, finalement peu aimable.

Alexandre III rendit le dernier soupir le 20 octobre 1894. Dès le lendemain eut lieu la cérémonie de conversion d’Alix appelée désormais Alexandra Feodorvna. L’inhumation eut lieu le 7 novembre, le mariage suivit de près. Le 14, les nouveaux souverains étaient unis. Nicolas et Alexandra étaient mari et femme. «  Personne ne peut souhaiter de meilleure et plus grande félicité sur terre  » confia le nouveau tsar.  » Je n’aurai  jamais cru qu’il pût exister une félicité aussi parfaite en ce monde, un tel sentiment d’unité entre deux êtres humains  » renchérissait Alexandra. L’amour conjugal, les époux le partagèrent toute leur vie durant.

… Toute leur vie durant, Nicolas et Alexandra ont donné à leurs proches une image immuable : celle d’un couple aimant, de parents attentifs, préférant une vie bourgeoise à la représentation impériale imposée par leurs fonctions. Mari fidèle, tendre père, esprit simple et sans curiosité, Nicolas fut un souverain soucieux de ses devoirs, mais à l’intelligence bornée, voire médiocre, à la volonté à éclipse. Alexandra partageait les qualités privées de son mari. Épouse aimante, mère admirable mais consciente de son ascendant sur un homme perpétuellement indécis, se croyant investie d’une mission elle entra en politique avec pour seul viatique quelques idées simplistes qui tenaient l’exaltation mystique pour de la réflexion et la fermeté aveugle pour de l’action. »

Jean-François SOLNON ( Historien, écrivain français , spécialiste de l’ancien régime )

 

NICOLAS II et son épouse ALEXANDRA
Nicolaï Alexandrovitch ROMANOV : tsar NICOLAS II ( le dernier tsar )   et Alexandra de HESSE-DARMSTADT qui deviendra ALEXANDRA FEODORVNA  son épouse. Ils furent massacrés en 1918  avec leurs enfants ainsi que le médecin Evgueni BOTKINE, la femme de chambre Anna DEMIDOVA, le valet Alexei TRUPP et le cuisinier Ivan KHARITONOV. Les corps furent retrouvés en 1990 et identifiés grâce à leur A.D.N. sauf ceux de leur fils Alexis et leur fille Maria qui le seront en 2007 dans une forêt. Les tests A.D.N. de 2008 ont confirmé leur identité. Désormais toutes et tous reposent ensemble dans la cathédrale Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg.
NICOLAS II et sa famille
NICOLAS & ALEXANDRA avec leurs filles : Olga, Tatiana, Maria, Anastasia et leur fils Alexis.

Feuilleter les pages …

 » Je n’a jamais lu un livre jusqu’au bout. Ma façon de lire est celle d’un feuilleteur supérieurement doué, c’est-à-dire un homme qui préfère feuilleter plutôt que lire, qui feuillette des douzaines, voire même parfois, des centaines de pages, avant d’en lire une seule. Mais quand cet homme lit une page, alors il la lit plus à fond qu’aucun autre et avec la plus grande passion que l’on puisse imaginer. » Thomas BERNHARD ( Écrivain et dramaturge autrichien)

blog livre page
Sculpture ( bois ) : Nino ORLANDI 

VAN DONGEN & Le Bateau-Lavoir …

VAN DONGEN AFFICHE

 » Oui j’aime ce qui brille, les pierres précieuses qui étincellent, les étoffes qui chatoient, les belles femmes qui inspirent le désir charnel….Et la peinture me donne la possession la plus complète de tout cela car ce que je peins, est souvent la réalisation obsédante d’un rêve ou d’une hantise. »  —-  » On m’a reproché d’aimer le monde, de raffoler de luxe, d’élégances, d’être un snob déguisé en bohème, ou un bohème déguisé en snob .. Eh bien oui ! j’aime passionnément la vie de mon époque, si animée, si fiévreuse …  »  – Kees VAN DONGEN

 » Le bateau-lavoir était un milieu de grand enthousiasme qui se manifestait notamment par des expositions que nous réalisions de temps en temps … » Kees VAN DONGEN

 

VAN DONGEN DANS SON ATELIER EN 1950 1952 PHOTO JO BOKMA
Kees VAN DONGEN dans son atelier dans les années 50

Il y a cinquante ans disparaissait Kees Van Dongen, né à Rotterdam, naturalisé français en 1929. A cette occasion le musée de Montmartre présente une exposition qui met à l’honneur d’une part  un dessinateur, portraitiste inventif,  ironique, caricaturiste, coloriste incroyable, un  peintre très particulier et assez déroutant il faut bien le dire,   replacé dans sa période montmartroise ( infiniment déterminante pour lui) , et d’autre part un lieu mythique où il a séjourné, certes peu de temps, mais de façon intense, lieu qui fut une cité d’artistes ayant assisté à la naissance de l’art moderne au XXe siècle stimulé par un esprit révolutionnaire, un art populaire anti-académique, un désir de liberté  artistique. Elle s’intitule :

 » VAN DONGEN & Le Bateau-Lavoir  » – Jusqu’au 26 Août 2018 – au travers de 65 oeuvres, prêts de musées européens : Allemagne, France, Belgique, Principauté de Monaco, et Pays-Bas, ainsi que des collections privées. Des huiles, des dessins, des photos, ainsi que des lithographies.

Quand on évoque l’un et l’autre, on est aussi plongé dans ce quartier bohème de Paris, un petit village à lui tout seul : Montmartre. A l’époque où le peintre arrive en France, c’était un lieu où soufflait un vent de liberté , d’effervescence et de révolution artistique.

Le Bateau-Lavoir était situé Place Emile Goudeau ( 13 rue Ravignan) , sur un terrain de la butte Montmartre, pas très loin du musée actuel. C’était une vieille bâtisse ( on pourrait presque dire une baraque ) ,  autrefois manufacture de pianos, faite de bois et de briques, divisée en plusieurs petits logements ( au total dix , réalisés par l’architecte Paul Vasseur) situés de part et d’autre d’un couloir. Il y avait un étage sur l’avant, un autre sur l’arrière, un seul point d’eau au pied de l’escalier  et une concierge Madame Coudray qui vivait là  .

Ces logements ont servi d’ateliers à de nombreux artistes français et étrangers issus du monde de la peinture, de la littérature et de la poésie. C’est là, en effet, qu’ils aimaient à se retrouver, bouillonnants d’idées nouvelles, pour peindre, échanger, refaire le monde, s’influençant, cherchant leur voie, se copiant aussi ;  là que naîtra un jour le cubisme et que Picasso peindra les demoiselles d’Avignon en 1907.

BATEAU LAVOIRBATEAU LAVOIR 2

 » Vu de face ( c’est-à-dire de l’entrée au 13 rue de Ravignan ) ce n’était qu’un rez-de-chaussée. Une fois entré, on se trouvait au troisième étage donnant sur la rue Garreau. Des couloirs se coupaient à angle droit, des portes s’alignaient, délabrées, les escaliers craquaient, les murs en bois suintaient….  » Jeanine WARNOD ( Historienne, journaliste et critique d’art française )

Le premier à occuper les lieux fut le peintre Maxime Maufra en 1892.Viendront par la suite : Picasso ( en 1904 ) , Modigliani, Derain, Van Dongen, Freundich, Vlaminck, Juan Gris, Jacob, Apollinaire, Salmon, Gauguin, Mac Orlan, Matisse, Braque, Léger, Cocteau et tant d’autres … En 1970 un incendie aura raison de lui et il sera reconstruit en dur.

Par le passé on l’appelait   » La maison du trappeur  « … Cela  changera le jour où Max Jacob y viendra et verra du linge sécher. Il lui donnera  alors le nom de  »bateau-lavoir ».

Le fauvisme est souvent nommé dans l’exposition : il faut savoir qu’il fut le premier mouvement avant-gardiste du XXe siècle. Matisse en a été la figure centrale, Van Dongen, fauve avant l’heure, se placera comme son rival. Deux personnalités bien différentes toutefois : Matisse est pluôt rangé et bourgeois, Van Dongen un anarchiste. Chez les fauvistes cependant, ce dernier sera reconnu comme un éminent coloriste du mouvement, alliant le raffinement à l’impétuosité.

Van Dongen a eu plusieurs facettes dans sa vie : un peintre avant-gardiste, fauviste, caricaturiste, un artiste majeur dans le Paris des années folles, un grand maître de la couleur , et  une personnalité complexe : d’un côté il y a eu l’anarchiste, de l’autre le mondain vaniteux, riche, aimant le luxe et les soirées jet-set de sa période  » cocktail « .

Au départ un peintre plutôt classique aimant Rembrandt, Vermeer et Hals,  qui s’écartera un jour de l’art académique (beaucoup trop intellectuel à son gôut),   pour se lancer dans une toute autre peinture, un artiste tout aussi passionné par la vie que par son art. Malheureusement, à force de côtoyer les milieux décadents de la capitale, il deviendra décadent lui-même, ce qui ne sera pas très bon pour le rendu de ses tableaux.

Par voie de conséquence, cette dualité donnera des toiles avec des changements de style assez fréquents.  En dehors de cela, il fut réputé rebelle, turbulent, cynique, provocateur, un révolté idéaliste, complètement décalé, qui a excellé toute sa vie dans les contradictions : ce qui , du reste, ne l’a nullement dérangé mais plutôt amusé.

Cornelis, Theodorus Marie Van Dongen, dit Kees Van Dongen, est né en 1877 à Delfshaven dans la périphérie de Rotterdam aux Pays-Bas. Issu d’une famille plutôt aisée ( le père dirige une malterie) dans laquelle il recevra une éducation assez stricte. Il est le second de quatre enfants.

A 13 ans, il commence à s’intéresser au dessin et à la peinture, réalise déjà ses premiers portraits au sein des membres de sa famille. Il s’intéresse énormément aux grands maîtres de la peinture néerlandaise.

A 16 ans, et faisant fi de l’approbation de ses parents, il commencera à étudier à l’Académie royale des Beaux Arts de Rotterdam où il restera quatre ans et va se parfaite au dessin, lithographie et illustration de livres. Parallèlement à la peinture, ce révolté impétueux et politiquement idéaliste, découvre l’anarchisme. Il travaillera comme illustrateur dans une revue traitant de ce sujet et de philosophie. En parallèle, il traîne du côté du port et des quartiers chauds de la ville,  croise  des matelots et des prostituées qui deviendront, avec des paysages, les sujets privilégiés de ses dessins et peintures.

L’envie le prend en 1897 de partir , quasiment sur un coup de tête, pour la France. La légende raconte qu’il serait arrivé dans la capitale en sabots … Avec le peu d’argent qu’il possède et que son père lui a donné, il s’installe dans un petit appartement mansardé de l’impasse Girardon mais dort bien souvent à la belle étoile. Il  fera des tas de métiers pour survivre ainsi que des tableaux d’enfants jouant dans des squares. Il restera deux ans puis retournera dans son pays.

En 1899 c’est le retour en France . Il retrouve celle dont il était tombé amoureux : Augusta Preitinger surnommée Guus. Elle est retoucheuse-photos.  Il l’épousera en 1901 à l’église St Pierre de Montmartre .Elle deviendra son modèle et lui donnera un fils d’abord qui , malheureusement, ne vivra pas, puis une fille : Guusje dite Dolly. Il rejoint les milieux anarchistes de Paris, rencontre certains membres éminents du mouvement dont le critique Félix Fénéon qui devient son ami et lui achètera des toiles, ainsi que le peintre Maximilien Luce lui aussi dans la mouvance anarchiste..  Il va collaborer, également, à des revues comme l’Assiette au beurre ou la Revue Blanche.

VAN DONGEN SA FEMME SA FILLE
Van DONGEN  ( à gauche ) avec sa femme et sa fille
VAN DONGEN 1907 1908 MA GOSSE ET SA MERE COLLECTION PARTICULIERE
 » Ma gosse et sa mère  » – 1907 1908 – Kees VAN DONGEN ( Collection particulière)

Grâce au rapprochement avec les pointillistes Paul Signac (c’est lui qui le parrainera pour le Salon des Indépendants en 1904)  et Maximilien Luce, il accède aux différents Salons de la capitale où il expose. C’est là que l’on commence à s’intéresser à son travail : sa palette est plus claire, il  y a davantage de couleurs,  des rouge et des jaune, les mouvements se distinguent un peu plus . Ce sont des peintures dont les sujets sont très souvent des vues de Montmartre, des gens de la rue, de la vie quotidienne, de la vie nocturne, mais aussi des forains , des gitanes,  avec leurs roulottes et des gens du cirque ( clowns, acrobates, écuyères et équilibristes)

VAN DONGEN le sacré coeur le matin 1904
 » Le Sacré-Coeur le matin  » – 1904 – Kees VAN DONGEN  ( Nouveau musée national de Monaco )
VAN DONGEN LE MANEGE DE COCHONS 1904 1905
 » Le manège de cochons  » –  1905 env. Kees VAN DONGEN (Collection particulière)

Il expose chez le marchand Vollard des toiles qui ne manqueront pas d’attirer l’attention  dès 1904. Il rencontre Apollinaire, Picasso, Derain, Vlaminck et Matisse et se met à les fréquenter. Du coup il baigne dans différents mouvements artistiques qui se manifestent à Paris. Vers la fin de 1907, les couleurs sont plus harmonieuses, intenses , subtiles, contrastées, des lignes simples  et des applications en larges aplats,  qu’on l’associera au mouvement fauviste.

Il se rapproche de plus en plus de Picasso et devient son ami. En 1906, il quitte l’impasse Girardon ( mais garde l’appartement ) , et rejoint le bateau-lavoir.La version que l’on donne souvent affirme  que c’est le maître espagnol qui lui en a fait la demande, une autre qu’il aurait été poussé à venir là par son ami le peintre hollandais Otto Van Rees.

Bref … Le voilà au bateau-lavoir dans un des petits logements ( qui lui sert d’atelier )  où il y a deux belles fenêtres donc de la lumière. Picasso est du même côté du bâtiment mais au rez-de-chaussée. Il vit là avec sa compagne Fernande Olivier ( de son vrai nom Amélie Lang) , dite  » la belle Fernande  » laquelle deviendra le modèle de Van Dongen. Les deux couples deviennent proches. Leurs voisins sont Vlaminck, Bonnard et Derain. Tous ensemble ils discutent beaucoup et échangent  leurs idées sur les règles de l’art.

VAN DONGEN FERNANDE 1904
 » Fernande OLIVIER  » – 1907 – Kees VAN DONGEN ( Collection particulière ) ( Le tableau sert l’affiche de l’expo)

La vie n’était pas facile …  » Nous essayions de vendre Picasso et moi dans les environ du cirque Medrano. Nous étalions nos tableaux par terre. On les vendait 100 sous. Nous n’étions pas riches. On allait chaparder du pain et du lait aux étages des maisons…. » Mais ce coté  bohème apporte plus de créativité à sa peinture. Il traîne dans les cafés de Montmartre, les coulisses des cabarets, fréquente les bals et les soirées et dessine ou peint ce qu’il voit.

 » Ce grand fauve n’est pas gâté par le sort. Deux bouches à nourrir : sa femme et sa fille, or ses scènes de bal et ses fêtes foraines aux couleurs flamboyantes effraient les amateurs et rebutent les marchands. Il en est réduit, certains soirs, à descendre aux Halles où il décharge des légumes. Cela ne l’empêche pas, le lendemain matin, de sourire aux marchandes des quatre-saisons de la rue des Abbesses et l’après-midi de sourire au directeur du Frou-Frou qui reçoit les dessinateurs comme des chiens. Il sait que cela ne durera pas et que plus tard on se disputera ses toiles. Alors à quoi bon larmoyer .. » Roland LECAVELÉ dit Roland DORGELÉS -Écrivain et journaliste français

Il se rend de temps à autre à Fleury-en-Bière chez son ami Van Rees qui loue  une maison  là-bas. Il s’y repose en famille et peint des paysages de campagne , des champs de blé, les récoltes, les paysans etc… qu’il expose après chez la galériste Berthe Weill.

VAN DONGEN LES LIEUSES 1905
 » Les lieuses  » – 1905 – Kees VAN DONGEN

Son approche picturale change , tout simplement au gré des rencontres et des discussions qu’il peut avoir avec d’autres artistes qui lui apportent des théories, des techniques  et des esthétiques différentes. Désormais il fait des dessins préparatoires mûrement réfléchis avant de peindre. Il s’écarte des autres picturalement parlant, et notamment de Picasso, ce qui entraîne des rivalités et des moqueries de ceux qui ne sont pas du même avis que lui. Il se voit même être refusé dans les Salons et ne peut exposer que dans une galerie de Montmartre.

Fort heureusement son ami anarchiste et critique Fénéon , devenu en 1906, directeur d’art moderne dans une célèbre galerie, va l’aider. Non seulement en exposant ses tableaux mais en lui en achetant. Entre 1907 et 1908 il connaîtra une période de succès qui sont dûs en grande partie à cette incroyable maîtrise de la couleur qu’il a eue en employant alors des tons très chauds, étincelants, vibrants, puissants, parfois à la limite du vertige.

 » Ce coloriste a, le premier, tiré de l’éclairage électrique un éclat aigu et l’a ajouté aux nuances. Il en résulte une ivresse, un éblouissement, une vibration ; et la couleur conservant une individualité extraordinaire, se pâme, s’exalte, plane, pâlit, s’évanouit sans que l’assombrisse jamais l’idée seule de l’ombre. » Paul GUILLAUME en 1918 à propos des talents de coloriste de VAN DONGEN

Il va par la suite vouloir quitter un peu toute cette agitation autour de lui, s’évader, trouver d’autres inspirations, poussé en cela par Fénéon C’est la fin de son amitié avec Picasso.

Il part pour l’Italie, l’Espagne, le Maroc, subjugué par la lumière éblouissante de ces pays, particulièrement le dernier, les couleurs chaudes des ocres, des orangés, des rouges, la brillance des tissus et tout ce qui l’entoure. Il peindra, à son retour, des femmes espagnoles avec leurs castagnettes , leurs robes et leurs grands châles et des arabes dont les yeux sont cernés de khôl … toutes empreintes d’une grande sensualité, avec des regards intenses, des couleurs très fortes et vives.

VAN DONGEN EGYPTIENNE OU HAMIDA
 » L’Egyptienne ou Hamida  » – 1913 – Kees VAN DONGEN ( colection Alberto Cortina)

A son retour  Picasso n’est plus au bateau-lavoir et sa compagne Fernande l’a quitté.   Il présente les demoiselles d’Avignon en 1907, Van Dongen lui répondra avec les lutteuses de Tabarin qui sera exposé au salon de 1908, une oeuvre dont il ne se séparera jamais.

VAN DONGEN LES LUTTEUSES DE TABARIN
 » Les lutteuses de Tabarin  » 1907-1908 – Kees VAN DONGEN ( Musée national de Monaco )

Il s’est installé dans un nouvel atelier rue Saulnier non loin des Folies Bergères

Il fait parler de lui dans les grands Salons de peinture où il est exposé. Tout simplement parce qu’il veut se démarquer des autres.C’est son côté artiste turbulent, audacieux qui aime provoquer, voire même choquer, mais en même temps lui apporte du succés. Mais tout le monde ne partage pas le même avis … Baudelaire en fait partie :

 » Les tableaux de Mr Van Dongen sont l’expression de ce que les bourgeois, souffrant d’entérite, appellent aujourd’hui de l’audace. Pour ma part, j’y vois bien quelques dons en peinture mais aussi une vulgarité que l’artiste cherche à transformer en brutalité. »

L’artiste et l’homme rebelle du début, celui qui était enclin à la caricature, l’avant-gardiste fauve, va concentrer toute son attention picturale sur les femmes. Ah les femmes de Van Dongen ! Déjà il faut savoir qu’il les a beaucoup aimées et elles ont tenu une grande place dans sa vie et dans son oeuvre. Elles seront  son sujet favori : des femmes de cabarets, de music-halls, celles qui arpentent les rues de Montmartre et puis un jour les mondaines coquettes, avec des accessoires et des bijoux.

Et bien sûr  il les a peintes avec de l’audace dans les couleurs ,  un teint clair, poudré,  fardées  ( certaines le sont parfois jusqu’à avoir un visage déformé et des gros traits ) , un regard souvent intense avec  des grands  yeux cernés et charbonneux, des lèvres rouges. Si les couleurs des vêtements sont assez criardes, la palette de maquillage l’est aussi. Au final, ce sont des portraits séduisants qui plaisaient beaucoup et dont tout le monde parlait dans Paris.

VAN DONGEN LA PARISIENNE 1906
 » La parisienne  » ( détail ) – 1906 env. ( Collection Hélène Bailly Gallery )
VAN DONGEN LE DOIGT SURLA JOUE 1910.jpg
 » Le doigt sur la joue  » – 1910 -Kees VAN DONGEN ( Museum Boijmans Van Beuningen de Rotterdam)

Il quittera Montmartre en 1912 pour Montparnasse. L’année 1913 sera celle de la fin de son appartenance au fauvisme. Sa peinture se tourne vers des nus très séducteurs, sexuels, exprimant le désir. Un gros scandale éclatera en 1913 durant le Salon d’Automne avec l’exposition de son tableau Le châle espagnol qui sera retiré.

Lorsque la guerre de 14/18 sera terminée, commencera pour lui la période des portraits de la haute société ( à noter celui de la marquise De Casati dont il a fait sa maîtresse ) . Une période qui va durer dix ans ( 1920/1930) et lui apportera richesse, célébrité, le titre de portraitiste officiel ( 1920 ) ,  la légion d’honneur ( 1922 ) et la nationalité française ( 1929)- Il sera très demandé et les commandes ne manqueront pas.

En 1916 , le couple formé avec Augusta se sépare. Van Dongen a une maîtresse ( rencontrée en Espagne en 1915 )  qui va lui permettre d’entrer dans des cercles mondains : Léo Jasmy. Nouvel atelier très orientalisé : la Villa Saïd et ses fêtes joyeuses . Puis ce sera un hôtel particulier rue Juliette  Lamber non loin de la Place Wagram où les murs sont couverts de ses tableaux. Il donne des soirées tumultueuses et décadentes avec des expositions de ses toiles etc…  C’est là qu’il va se lancer dans les portraits de personnalités célèbres : des écrivains, des acteurs et actrices de cinéma, des stars, etc…et entrer de pleins pieds dans sa période  » cocktail  » à savoir qu’il va prendre réellement goût à une vie mondaine faite d’excentricités, de scandales, de plaisirs en tous genres, le tout quelque peu caché sous une bonne couche de pouvoir et d’argent.  Il peint une société libertine à laquelle il appartient. Le succès est là, et lui monte un peu à la tête.

VAN DONGEN FEMME A L EVENTAIL 1910
 » Portrait de Madame de Plagny dite Femme à l’éventail  » – 1920 – ( Musée de Grenoble)
VAN DONGEN 1925 1930 MME MARIE THERESE RAULET
 » Portrait de Madame Marie-Thérèse Raulet  » – 1925/30 – Kees VAN DONGEN ( c’était la femme de son avocat )

En 1920 il fera le portrait du célèbre écrivain, prix Nobel de Littérature  et très réputé Anatole France. Ce tableau sera exposé au Salon des Beaux Arts en 1921, ce qui est un peu curieux compte tenu que cet endroit n’était pas très réputé pour voir arriver des avant-gardistes … Mais dans un esprit d’ouverture, ils seront acceptés. Bien entendu, la critique et les journalistes y assistent pour saisir leur moindre faux-pas.

Van Dongen va essuyer les premiers tirs : son tableau ne sera pas du tout apprécié : ce n’est pas tant le fait qu’il ait eu envie de le peindre qui va gêner, mais le fait qu’un étranger se soit permis de peindre une figure importante de la littérature française en le faisant apparaître , aux yeux de tous,  avec un air vieux, quasi sénile. En agissant ainsi, ce tableau sera considéré  comme un outrage, une offense faite à une gloire française. On lui reproche, par ailleurs, d’avoir voulu se servir d’un tel symbole français pour bien asseoir sa carrière de portraitiste mondain !

Et la critique ne viendra pas que de la France ! car d’autres pays européens donneront eux aussi leur avis et il ne sera pas favorable. Avec ce tableau il va, une fois de plus, attiré le scandale. Lui répondra que tout tout cela n’arrive que par jalousie à son encontre  ‘‘ On me blâme d’avoir fait cet toile, je n’y ai mis aucune arrière-pensée, je l’ai faite avec amour, avec dévotion.  » dira t-il à ses détracteurs.

Malgré tout il recevra la légion d’honneur en 1922. Son grade d’officier viendra bien plus tard en 1954. Il sera d’ailleurs le seul des artistes néerlandais vivant à Paris à l’avoir demandée et obtenue.

VAN DONGEN Anatole FRANCE
 » Portrait d’Anatole France  » –  Kees VAN DONGEN

A partir de 1929 les commandes vont affluer, les demandes de portraits de gens célèbres  comme par exemple Sacha Guitry, Léopold III de Belgique, Anne de Noailles,  ou l’Aga Khan. En fortune, il va perdre un peu la passion de son métier, placera son travail toujours un peu à la limite d’un scandale. Du coup ses oeuvres semblent manquer un peu d’inspiration et certains musées les trouvent même vulgaires et banales.

En 1938 il rencontrera Marie-Claire avec laquelle il se mariera quinze ans plus tard en 1953 et aura un fils Jean-Marie.

VAN DONGEN ET MARIE CLAIRE

Durant la seconde guerre mondiale, il acceptera de partir pour un voyage d’études en Allemagne, accompagné par Derain, Dunoyer de Ségonzac, Despiau, Vlaminck,  organisé par un sculpteur du IIIe Reich à savoir Arno Becker . Ce voyage avait en fait une contrepartie à savoir la libération d’artistes français qui étaient prisonniers de guerre dans des camps. Malheureusement, même si la cause était défendable, ce voyage leur sera reproché. Il  fut  très mal accepté et exposé à de très grosses critiques. Van Dongen en  paiera un peu les conséquences parce que le milieu artistique français va le boycotter.

Il se lancera alors dans l’illustration. Il devra faire profil bas jusqu’à ce que  sa réputation reprenne un cours normal .Petit à petit les choses s’arrangeront un peu lorsqu’il participera en 1959 à l’exposition  » le fauvisme français et les débuts de l’impressionnisme » .

En 1949 il s’installe en principauté de Monaco dans une villa qu’il appellera  » Bateau-Lavoir » … Signe nostalgique de sa jeunesse, d’une période de sa vie et de sa carrière qui a beaucoup compté pour lui et qui resté à jamais ancré dans son coeur …

Il décède en 1968 à l’âge de 91 ans.

VAN DONGEN ILLUSTRATION LITHOGRAPHIE 1949
1949 – Les illustrations de cette époque reflètent sa nostalgie de ses années à Montmartre  :  » Van Dongen, Fernande, Picasso, Apollinaire et Max Jacob réunis aux Enfants de la Butte rue des Trois frères  » – Lithographie 1949 – Kees VAN DONGEN ( elle fut une illustration sur l’ouvrage Au beau temps de la Butte  de l’écrivain et journaliste Roland Lecavelé dit  Roland Dorgelès )  – Il a eu beaucoup de plaisir à illustrer ce livre parce que ce fut pour lui une occasion de revivre des années importantes de sa jeunesse.

 

 

Collage de fleurs … Princesse GRACE

 » Je commence rarement un tableau avec une idée préconçue. Les collages de fleurs pressées sont comme des puzzles. En déplaçant les fleurs, la silhouette principale se dessine lentement. En commençant de cette manière, il est plus facile d’arriver au résultat final. Quand le dessin prend forme, vous avez la même impression de calme que si vous faisiez des travaux d’aiguille. » Grace Patricia KELLY ( Actrice américaine, Princesse de Monaco )

PRINCESSE GRACE FLEURS
De ce plaisir des fleurs  qu’elle considérait comme  » une forme de relaxation et non un art sérieux «  elle a fait un livre qui fut édité aux Etats Unis en 1980, puis en France en 1987 ( Mon livre de fleurs ) , ainsi que des expositions.

PRINCESSE GRACE COLLAGE

PRINCESSE GRACE COLLAGE 3