Street Art … par Julien de CASABIANCA

 » Mon histoire est une histoire de prince charmant. J’étais au Louvre et dans un coin il  y avait une princesse abandonnée sur un mur que personne ne regardait. Dans un musée, il y a des blockbusters. Tout le monde se précipite vers des tableaux comme le Joconde par exemple, mais ils ne voient plus les autres. Ils courent vers des trucs essentiels, spectaculaires. Et l’impact sur la France de cette pauvre fille semble limité. C’est là que le prince charmant intervient. Je l’ai prise en photo. Je l’ai imprimée en grand, découpée de son paysage et je l’ai placardée dans la rue. Je l’ai libérée de son château. Techniquement, pas besoin d’un savoir-faire : il faut un téléphone, un ciseau et l’imprimeur du coin de la rue.

CASABIANCA Julien
Julien de CASABIANCA

Julien de Casabianca a été, au départ, un journaliste ( à l’Express notamment) et un écrivain. Il a également collaboré à des émissions télévisées sur France 2 en tant qu’animateur, cinéaste  et réalisateur ( un court métrage La Nuit après la pluie écrit par le prix Nobel de littérature Gao Xingjian,  et un film très touchant salué par la critique et les réalisateurs, notamment Costas Gavras :  Passing By ). Mais il est surtout  internationalement connu pour être  un photographe qui amène l’art dans la rue. Un travail né en 2014 avec le concept qu’il a lancé et qui s’appelle Outings Project.

Passionné par les tableaux des musées, il se laisse séduire par des détails ou des personnages de ces toiles, les photographie, les magnifie en très grand format, parfois même monumental, sur papier et s’en va les coller lui même sur des murs de la ville, avec l’aide d’un échafaudage ou une grue parfois.

Ce travail, très original, inventif, ludique, esthétique, culturel et quelque peu décalé,est l’union de l’art et de l’urbain et son action est tout à fait accepté par les conservateurs des musées,  parce que la démarche de cet artiste n’est pas de dérober une œuvre,  mais une façon d’apporter l’art dans la rue et permettre qu’il soit à la portée de tous. Non seulement son travail les enchante, mais il l’invite très souvent à venir découvrir les tableaux de leur musée et  » piquer  » quelques figures intéressantes, lesquelles seront ensuite placardées sur les murs de la ville.

Il met son concept en application dans différentes villes françaises, notamment et surtout sa ville natale, à savoir Montauban, avec l’approbation du Musée Ingres , mais également d’autres institutions muséales  à Bordeaux, Angers, Lyon,  ou Paris avec, notamment,  le musée Carnavalet qui, durant sa fermeture pour travaux de rénovation, a accepté, après un vote,  que l’une des figures du tableau Le dôme central de la galerie des machines à l’Exposition universelle de Paris en 1889, signé par Louis Béroud, soit collée et format XXL sur un mur.

CASABIANCA 8
Julien de CASABIANCA ( Personnage issu du tableau de Louis BÉROUD )

Le travail si particulier de Casabianca  ne s’arrête pas là puisqu’il a eu l’occasion de le faire également en Angleterre, Russie, Chine, Japon ( qui l’a également invité à faire des conférences à l’Université des Arts et rencontrer aussi des plasticiens japonais) , Suisse, Etats Unis, Espagne, Brésil, Pologne, Corse, Allemagne , Bulgarie,  Slovénie, Mexique et au Paraguay.

CASABIANCA
Julien de CASABIANCA  (Memphis aux USA )
CASABIANCA la femme accroupie de Georges DORIGNAC à Bordeaux
Julien de CASABIANCA (Bordeaux en France)
CASABIANCA 4
Julien de CASABIANCA (Aberdeen en Écosse)
CASABIANCA Calvi
Julien de CASABIANCA ( Calvi en Corse )
CASABIANCA La Roche sur Yon
Julien de CASABIANCA ( La Roche-sur-Yon en France )
CASABIANCA 6
Julien de CASABIANCA ( Sofia en Bulgarie )
CASABIANCA usine Hollander à Choisy le Roi
Julien de CASABIANCA ( une usine à Choisy-le-Roi en France )
CASABIANCA 7
Julien de CASABIANCA ( Bordeaux en France )
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Julien de CASABIANCA ( Lyon en France )
CASABIANCA 2
Julien de CASABIANCA ( Lübeck en Allemagne )
CASABIANCA Anger en France
Julien de CASABIANCA ( Angers en France)

 

 

 

 

 

Le tombeau de Napoléon … vide ou pas ?

NAPOLEON Tombeau

NAPOLEON sur son lit de mort par Horace VERNET
 » Napoléon sur son lit de mort  » – Horace VERNET

 

 » Après des semaines d’agonie Napoléon Bonaparte rend l’âme à Longwood, sur l’île de Sainte-Hélène le 5 mai 1821. C’est la fin d’une épopée de plus de vingt années qui a changé la donne politique en France et en Europe. Près de vingt autres années s’écouleront avant que le Petit Caporal ne regagne la patrie. Mais le doute subsiste : et si la dépouille qui repose sous le dôme des Invalides n’était pas la sienne ?

Selon les propres volontés de Napoléon Bonaparte, son corps est autopsié au lendemain de sa mort, laquelle survient le 5 mai 1821 à 17 H 49. L’examen est pratiqué dans la salle de billard de Longwood par le médecin français Antommarchi, assisté de sept confrères britanniques et en présence de témoins. L’empereur tenait à ce que soit constatée la cause du décès, un cancer de l’estomac qui avait déjà emporté son père Charles et sa sœur Caroline. Il craint que la maladie ne soit héréditaire et souhaite qu’on la diagnostique rapidement si un jour elle frappait son fils.

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Le cœur de Napoléon sera ensuite placé dans un vase en argent afin d’être envoyé à l’Impératrice Marie-Louise, ce que refusera finalement Hudson Lowe le gouverneur britannique de l’île. Le corps est revêtu de l’uniforme de colonel de la garde. Il est ensuite exposé dans la chapelle ardente. Le 7 mai, en fin d’après midi, le docteur Burton assisté d’Antommarchi, réalise un moulage de la tête. Le masque mortuaire est précieusement rangé. La mise en bière s’effectue dans quatre cercueils, emboîtés l’un dans l’autre : un en fer blanc, un en bois exotique, un en plomb et le dernier en acajou. L’inhumation a lieu de lendemain.

Lowe Hudson
Sir Hudson LOWE
Masque mortuaire de Napoléon exemplaire original du musée de l'Armée à Paris
Masque mortuaire de Napoléon – Exemplaire original qui se trouve au Musée de l’Armée à Paris –  » Le masque mortuaire dit de Malmaison

Lowe a reçu l’ordre de retenir la dépouille sur l’île de Sainte-Hélène. Les français font donc enterrer l’empereur dans la vallée du Géranium où il aimait se promener. Le tombeau est simple, dépouillé : une fosse maçonnée, profonde de trois mètres, fermée par une plaque monolithe scellée par deux couches de ciment et recouverte de trois autres dalles.

NAPOLEON tombeau vallée du géranium
Tombe de Napoléon dans la Vallée du Géranium / Île de Sainte-Hélène

Le codicille du testament de Napoléon commence par ces mots : «  je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple français que j’ai tant aimé  » …. Ce ne sera possible qu’en 1840. Adolphe Thiers, président du Conseil, convainc Louis-Philippe de faire rapatrier les cendres ( restes) de Napoléon et la reine Victoria donne son accord. Une expédition menée par François d’Orléans, prince de Joinville, prend place à bord de la goëlette Belle Poule pour se charger du transfert.

NAPOLEON transfert des cendres de Napoléon à bord de la Belle PouleEugène ISABEY
Transfert des cendres de Napoléon à bord de la Belle Poule – Un tableau de Eugène ISABEY
NAPOLEON François d'Orléans prince de Joinville
François d’Orléans – Prince de Joinville

Afin qu’aucun doute ne plane sur l’identité de l’auguste dépouille, il est décidé qu’elle sera examinée par les derniers compagnons de l’empereur, avant d’être transférée sur le bateau. Ainsi, au besoin, ils pourront témoigner sans contestation possible. George Middlemore, gouverneur de Sainte-Hélène depuis 1836 y consent à condition qu’aune image, dessin, cliché, daguerréotype n’en sorte. Le 15 octobre 1840 la fosse est ouverte, les dalles tumulaires ôtées, le ciment brisé et la première plaque est levée. Le cercueil en acajou est intact, à peinte marqué par l’humidité. Il est sorti du tombeau, puis découpé. Les autres cercueils : fer,bois, plomb sont ouverts. Le corps, en excellent état de conservation, est parfaitement identifiable.

NAPOLEON Nicolas Eustache MAURIN Ouverture du cercueil de Napoléon dans la vallée du Tombeau à Sainte-Hélène le 15 octobre 1840
Ouverture du tombeau de l’Empereur à Sainte-Hélène par Nicolas Eustache MAURIN

Après deux ou trois minutes d’observation, les bières sont refermées et l’ensemble introduit dans un sarcophage d’ébène. Il est rapporté à l’Hôtel des Invalides le 15 décembre 1840. Le 2 avril 1861, les restes de Napoléon seront déposés dans leur tombeau définitif, façonné dans du quartzite rouge et placé sous le Dôme. La cause semble entendue.

Pourtant, dès 1840, des doutes planent sur l’identité de la dépouille. Les témoins le notent, faisant état de discordances entre eux. Nul ne peut être catégorique sur la taille du corps, la couleur de l’uniforme, ou les décolorations qu’arbore la mort ; en revanche, tous sont formels : il s’agit bien de l’empereur.

En 1969, Georges Rétif de la Bretonne, dans son livre intitulé Anglais, rendez-nous Napoléon, soulève plusieurs interrogations : le 15 octobre 1840, lors de l’exhumation, il fallait ouvrir quatre cercueils : acajou, plomb, bois exotique et fer blanc avant d’atteindre le corps. Or, le procès-verbal du 7 mai 1821 mentionne  «  ce premier cercueil en fer-blanc ayant été soudé en notre présence, a été placé dans un autre en plomb lequel, après avoir été également soudé, a été enfermé dans un troisième cercueil d’acajou. » Trois bières ? Qu’est devenue la quatrième ? Ce mystère n’en est pas un ! Le fer-blanc n’étant pas très rigide, un tel cercueil est toujours doublé d’un autre en bois, considéré comme partie intégrante de l’objet. Dans la foulée, Rétif de la Bretonne spécule que les Anglais ont secrètement exhumé Napoléon quelques années après et lui ont substitué son valet Cipriani décédé en 1818. Il présentait, paraît-il, une ressemblance avec son maître. Puis, poursuit l’auteur, le gouverneur Lowe a rapatrié en Angleterre le véritable corps de l’empereur. George IV entendait ainsi s’assuré un trophée qu’il a fait enfouir dans une dalle de Westminster Abbey.

George IV d'Angleterre
George IV

Si tel avait été le cas, comment expliquer le silence des proches lors de l’exhumation ? Et quel est l’intérêt d’une telle substitution pour l’Angleterre ? Volonté de supprimer les preuves d’un empoisonnement à l’arsenic ? C’est peu crédible. Même si une nouvelle autopsie venait à en révéler la présence, cela ne serait pas probant. Après un séjour en terre, tous les restes contiennent peu ou prou de l’arsenic. Quant aux médecins d’aujourd’hui, examinant le rapport d’autopsie de 1821, leur avis est clair : l’estomac est   » rempli en partie d’un liquide noirâtre, d’une odeur piquante et désagréable, est le siège d’un ulcère cancéreux fort étendu  » avec une perforation de 6mm de diamètre. Il s’agit donc, sans doute, d’une  » anémie due à des saignements répétés, dont la cause est un ulcère de l’estomac, probablement dû à un syndrome dépressif et à une infection ancienne à Helicobacter pylon  » . Alors une substitution par qui ? et pourquoi ?  » Françoise SURCOUF (Historienne, journaliste, écrivain français)

Réponse de Franck FERRAND ( Écrivain spécialisé en Histoire )  :  » Cette hypothèse mérite notre intérêt. Notamment car elle pointe les différences de position et d’environnement du corps de l’Empereur, qui ont été constatée entre l’inhumation en 1821 et l’exhumation en 1840. Ces différences sont nombreuses et troublantes : le nombre et l’ordre des cercueils, l’uniforme qui n’est pas identique, les vases d’argent contenant le cœur et l’estomac de Napoléon qui ne sont pas à la même place, la position des décorations, les bottes qui ne sont pas du même type, le corps trop grand pour le cercueil et qu’il a fallu plier … Tout pose question ! Cela laisse entendre que la dépouille a été dérangée pendant le laps de temps de dix-neuf années. C’est un fait historique !

Selon Rétif de la Bretonne, George IV était un amateur averti de momie et passionné par Napoléon. Au point qu’il s’habillait comme lui et qu’il copiait ses comportements. Il aurait ordonné à Sir Hudson Lowe de rentrer et lui rapporter la dépouille de Napoléon. Ce corps aurait enrichi sa collection. Encore une fois … Ce n’est qu’une hypothèse. 

De nombreuses demandes de prélèvements A.D.N. sur le corps qui se trouve aux Invalides ont été demandées. Aucune d’elles n’a pour l’heure abouti car, systématiquement, la question est renvoyée à la famille impériale. Or, le prince Louis Napoléon et son épouse s’y sont toujours opposés. Le prince Jean-Christophe ne me paraît pas mieux disposé. Seul le prince Charles est acquis à cette idée. Se pose aussi la question du prestige car à la mystique Coupole se pressent 1,2 millions de visiteurs par an. Pour ma part, ne n’attache de la valeur qu’à la seule recherche de la vérité historique. Quand bien même cela se révélerait désagréable. Cette vérité ne doit jamais être scellée. » 

 

Incognito …

 » Avec vous ce matin, j’avais pris rendez-vous
à l’heure bleue où l’aurore met la nuit à genoux,
dans un village pas loin au bord de notre histoire,
une halte secrète au creux de ma mémoire.

Quand j’ai poussé la porte, les gonds ont hurlé
tel un cri de souffrance que je n’oublierai jamais
et sous mes pas pesants ont crissé les graviers
comme une déchirure à mon âme écorchée.

Au silence immobile des grands buis torturés,
tels des pans de vie à jamais ébréchés,
j’ai entendu tomber quelques éclats de rêves,
un peu vite emportés par le jour qui se lève.

Un oiseau de faïence, prisonnier de l’ombre,
grelottait de froid au bout de l’allée sombre.
J’ai voulu lui dire j’ai tant d’amour à donner ».
mais hélas on se lasse, ma voix s’est cassée.

Je vous ai laissé un morceau de mon cœur,
quelques miettes de moi imprégnées de bonheur,
juste une offrande posthume, un tout dernier cadeau.
vous ne m’avez pas vue, j’étais incognito.  » Annie KUSABIAK-BARBIER ( Écrivain et poétesse – Titre du poème  » Incognito  » / Extrait de son livre La voyageuse sur le banc) 

souvenir

Année BEETHOVEN : Bagatelle WoO 59 dite Lettre à Élise

( Vidéo : Alfred BRENDEL au piano )

Mais qui était donc la fameuse Élise de cette célèbre Bagatelle écrite en 1810 ? La partition a été retrouvée en 1865  par Ludwig Nohl, un musicologue allemand. Elle était en très mauvais état. Apparemment seules deux lettres de la dédicace ( SE ) étaient visibles. Il n’a pas donné d’explication sur le fait qu’il choisira de la faire publier , deux ans plus tard,  en indiquant «  Lettre à Élise « .

LUDWIG NOHL
Ludwig NOHL

Peut être s’agissait -il d’ Elisabeth Röckel ( dont le petit nom était Élise ) une cantatrice que Beethoven avait connu en 1808 par l’intermédiaire de son frère, ténor,  qui chantait dans Fidélio. Il semble que leur lien ait pu aller au-delà d’une simple amitié, mais sans confirmation pour autant. Quelques années plus tard, elle a épousé un autre compositeur : Johann Hummel. Toutefois, lorsque Beethoven est décédé, elle a souhaité obtenir une mèche de ses cheveux.

Elisabeth_Röckel 1814 par Joseph Willibrord Mähler
Élisabeth RÖCKEL

La possibilité que ce soit elle la dédicataire de cette œuvre a été amplement soutenue il  y a quelques années par un autre musicologue allemand,  Klaus Martin Kopitz, dans un article publié par le musée de la Maison de Beethoven à Bonn en Allemagne.  Il aurait appuyer sa thèse sur des documents retrouvés en la cathédrale Saint-Etienne de Vienne.

Pourtant, et là encore selon d’autres archives que l’on dit plus vraisemblables, la Bagatelle aurait été dédiée à l’une de ses élèves : la jeune  Thérèse Malfatti, 18 ans,  dont il était très amoureux. Une passion commune qui va durer 2/3 ans. Le SE serait donc celui de  Thérèse.

Thérèse Malfatti
Thérèse MALFATTI

L’histoire  raconte que Beethoven devait interpréter cette pièce lors d’un soirée musicale organisée par les parents de la jeune fille. Malheureusement, il avait beaucoup bu et fut dans l’incapacité de jouer. On suppose qu’il ait pu écrire cette dédicace à Thérèse pour compenser son comportement. Toujours est-il que les sentiments de Beethoven pour Thérèse  étaient très forts et qu’il lui aurait proposé le mariage . Elle refusera et épousera  un comte en 1816  : Wilhelm von Drossdik,

On aurait pu s’en tenir à ces deux femmes …. Mais c’était sans compter sur le fait que notre Beethoven entretenait, à peu près à la même époque,  des liens très étroits et forts  avec une autre de ses élèves : Thérèse Brunswick dont la  famille était très proche du compositeur. Il donnait des cours de piano aux deux filles de la maison  (Thérèse et Joséphine dite Pépi). La seconde étant beaucoup plus douée que la première. Lorsque s’éteindra son petit coup de cœur pour Thérèse, il vivra une passion avec Pépi. Alors qui nous dit que cette Thérèse ne serait pas la bonne après tout  …

Thérèse Brunswick 2
Thérèse BRUNSWICK

.

Quoi qu’il en soit cette Bagatelle en La mineur WoO 59 ( le WoO signifie œuvre sans Opus)  n’a pas connu en son temps le succès incroyable qui est le sien de nos jours. En grande partie parce que  les pièces dites Bagatelles n’étaient pas reconnues comme étant des œuvres de grande importance. Qui aurait pu croire à l’époque qu’elle le deviendrait ?  Elle est très romantique, délicieuse, assez pudique  et pleine de légèreté.

 

 

 

 

 

 

Une bibliothèque …

 » Une bibliothèque n’est pas un sanctuaire pour le culte du livre. Ce n’est pas un temple où l’encens littéraire doit être brûlé ou sa dévotion au livre relié s’exprime dans un rituel. Pour modifier la célèbre métaphore de Socrate, une bibliothèque doit être le lieu de livraison de la naissance des idées, un lieu où l’histoire se dévoile.  » Norman COUSINS (Journaliste américain, professeur et auteur)

BIBLIOTHEQUE DE DROIT DE L.ETAT DE L.IOWA
Bibliothèque de droit de l’État de l’Iowa aux Etats-Unis

Autoportraits …

autoportrait NORMAN ROCKWELL
 » Auto-portrait  » – Norman ROCKWELL

« Il serait prudent de s’en tenir à la seule définition donnée par un dictionnaire, par exemple le Petit Robert : «  AUTOPORTRAIT n.m. (V.1950 ; de auto et portrait) – Portrait d’un dessinateur, d’un peintre exécuté par lui même. Les autoportraits de Rembrandt, de Goya, de Van Gogh « . La mention faite entre parenthèses ( V.1950) atteste que ce mot n’est pas bien vieux. Le Dictionnaire de l’Académie française, plus circonspect, se garde de donner une date d’apparition de ce mot. Il s’en tient à cette seule indication « XXe siècle« .Par ailleurs, selon le Trésor de la langue française, c’est en 1928 dans Mes modèles que Jacques-Émile Blanche a eu recours pour la première fois à ce mot auto-portrait avec un trait d’union. Il  n’est pas indifférent que ce mot soit apparu à l’initiative d’un peintre. Sans doute pressent-il qu’un autoportrait est une chose singulière.

Avec ou sans trait d’union, l’autoportrait aura été, pendant des siècles, ignoré. Pourquoi se serait-on soucié de quelque chose qu’aucun mot n’avait pris la peine de désigner ? Il guère que le portrait de l’artiste par lui même ou le portrait du peintre par lui-même. Un portrait parmi tant d’autres. Pourquoi donc prêter à ces portraits de peintres une attention particulière ? Parce qu’il n’est pas sur qu’un peintre peigne comme il peint le modèle qui pose en face de lui. Rembrandt, premier nom cité par mon dictionnaire usuel, a dessiné, gravé et peint une centaine d’autoportraits. Goya et Van Gogh se sont représentés encore et encore.

Première évidente remarque : pour un peintre le modèle qu’il est lui-même est le plus disponible qui soit. Ce n’est pas le miroir auquel il fait face qui se plaindra des séances de pose qui n’en finissent pas. Qui plus est, le modèle qu’il aura été pour lui-même ne lui fera pas de reproche de ce portrait posé sur le chevalet. Si pouvoir faire face à son propre visage pour se  livrer quand on veut à ce qui peut-être est un exercice, un expérience, n’est pas indifférent.

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Comment douter que c’est par l’auto-portrait qu’un peintre prouve mieux qu’avec aucune autre œuvre sa valeur ? C’est pour donner la preuve irréfutable de son talent que Parmigianino se peint en 1524, il a vingt-et-un ans alors.

PARMIGIANINO
 » Auto-portrait  » Girolamo Francesco Maria MAZZUOLI dit PARMIGIANINO  – » Pour enquêter sur les subtilités de la peinture, il commença son auto-portrait à l’aide d’un miroir convexe de barbier ; il observa les curieuses déformations subies par les poutres du plafond et la fuite bizarre des portes et des éléments architecturaux reflétés dans la courbe du miroir. Par curiosité, il voulu reproduire ce qu’il voyait. Il fit faire autour une boule en bois qu’il divisa pour obtenir une demi-sphère de la même taille que le miroir, sur laquelle, avec grand talent, il représentait tout ce qu’il voyait dans le miroir, d’une manière si naturelle qu’on a peine à le croire.Comme tout ce qui se reflète dans un miroir convexe s’agrandit de près et diminue avec l’éloignement, il fit au premier plan sa main, un peu agrandie comme montrait le miroir, si belle qu’elle semble vraie. Francesco était très beau et avait un aspect si gracieux qu’il ressemblait plus à un ange qu’à un homme Son portrait sur cette demi-sphère avait une allure divine. Ce fut une réussite si heureuse que la peinture égalait la réalité. Tout y était : le brillant du verre, chaque reflet, les ombres et les lumières d’une vérité telle qu’on ne pouvait espérer mieux d’un talent humain. » Giorgio VASARI ( Peintre, architecte et écrivain italien – A propos de l’auto-portrait de PARMIGIANINO

L’autoportrait n’aura t-il pas, siècle après siècle, cessé d’être le même défi, le moyen le plus abouti de montrer son excellence ? Paradoxe singulier, les peintres se moquent de leur propre réalité. Il y a longtemps que les peintres savent que  » je suis un autre  » . Quand à savoir qui est cet autre, c’est une autre affaire.La question est au bout du compte toujours la même : se peindre, c’est peindre qui ? Picasso assura : «  chaque être humain est une colonie  » Comment choisir le modèle qui convient dans cette colonie ?  » Pascal BONNAFOUX (Historien de l’Art, professeur, écrivain )

ROMEO & JULIETTE … De Lavrovsky à Noureev et Béjart

Heinrich VON ANGELI
‘ Roméo et Juliette  » – Un tableau de Heinrich V.ANGELI
SHAKESPEARE William
William SHAKESPEARE

Roméo et Juliette est une magnifique,  tragique et bouleversante histoire d’amour,  née de la plume sensible et poétique de William Shakespeare entre 1594 et 1596. Deux jeunes amants( issus de familles qui se détestaient : les Montaigu et les Capulet ) vont laisser cours à leurs sentiments, malgré cette haine, malgré les interdits ; et pour n’avoir jamais à se séparer ils se retrouveront dans la mort.

Ce sujet a fortement inspiré l’univers de la danse, et ce dès 1785 avec Eusébio Luzzi sur une musique de Marescali.

Puis en 1935, la direction du  Kirov ( de nos jours le Mariinsky ) demanda à Sergei Prokofiev une musique pour un ballet qui pourrait, si possible, entrer dans l’esprit de ceux donnés autrefois. Le compositeur choisira comme sujet   Roméo et Juliette, mais verra son projet refusé. Il décida alors de se tourner vers le Bolchoi lequel se désistera à son tour jugeant la musique trop puissante, rythmiquement complexe et donc inadaptée à la danse.

PROKOFIEV Sergei
Sergei PROKOFIEV

Prokofiev va travailler et re-travailler sa partition, en faire deux Suites OP 64 pour orchestre et une transcription pour piano. Une musique jouée en concert et très appréciée. Elle est puissante,  trépidante, lyrique, toute en relief et il est vrai qu’elle peut se révéler problématique pour les chorégraphes qui décident de s’y attaquer.

Finalement, en 1938 le projet sera repris par le Ballet de Brno ( Tchécoslovaquie )et obtiendra  un gros succès, ce qui amènera le Bolchoi  à revenir sur sa décision en 1940  et se porter acquéreur du ballet et de la musique remaniée de Prokofiev  . La chorégraphie fut alors confiée à Léonide Lavrovsky. Il fait partie du répertoire de la compagnie depuis 1946.

LAVROVSKY Leonid
Léonide LAVROVSKY

Ce dernier va offrir un grand spectacle de danse, un sublime ballet chargé de passion, de beaux sentiments, d’émotion forte et pure. Il saura parfaitement recréer les mœurs et atmosphères d’une ville de la Renaissance italienne. Les adages sont pleins de lyrisme, les pas de deux empreints de grâce et de poésie. Cette année-là, Juliette fut Galina Ulanova et Roméo Constantin Sergueiev.

( Vidéo : version LAVROVSKY avec Galina ULANOVA & Yuri ZHDANOV )

(Vidéo : version LAVROVSKY – Dance of the Knights – Ballet avec Diana VISHNEVA -Vladimir SHKLYAROV – Alexander SERGEYEV et Yuri SMEKALOV )

 

 Version Rudolf NOUREEV : 

Rudolf NOUREEV

» Roméo et Juliette, c’est l’histoire d’un jeune garçon qui devient un homme. Adolescent il court après tous les jupons, mais très vite il ne veut plus se contenter des beautés froides qu’il rencontre, ni des amours platoniques qu’elles lui font vire. Il souhaite connaître des sensations fortes. C’est Juliette qui va tout décider pour lui. Elle est passionnée, volontaire, plus mûre que lui. Je suis convaincu que la Vérone de la Renaissance et de Londres élisabéthain, dans une société partagée entre vieilles superstitions et appétit d’un monde nouveau, avaient en commun le sexe et la violence. Ce qui, singulièrement, les rapproche de notre époque. » Rudolf NOUREEV

(Vidéo version  NOUREEV avec Elisabeth MAURIN & Manuel LEGRIS )

On a souvent dit que dans sa version, Noureev avait fortement  » puisé dans les inspirations du passé et qu’il avait fait un retour aux sources du classique. » Ce rôle de Roméo il le connaissait bien pour l’avoir lui même dansé auprès de Margot Fonteyn. Il va se révéler être  un magnifique chorégraphe lorsqu’il proposera sa version complète, précise et approfondie de ce ballet.

 

(Vidéo : Rudolf NOUREEV & Margot FONTEYN )

 

Il l’a vu telle une fresque de la Renaissance, narrant les amours juvéniles contrariées d’un jeune couple, et la haine farouche des adultes de deux familles opposées. On peut dire qu’il s’est tenu au plus près de l’œuvre de Shakespeare qu’il avait pris soin d’ailleurs, comme il l’a souvent expliqué, de lire et relire.

Son Roméo court d’une fille à l’autre, insouciant. Face à lui il y a Juliette, jeune fille révoltée, passionnée qui va lui faire éprouver des sensations fortes jamais ressenties jusque-là.  Ils évolueront dans une Vérone sensuelle, brutale, querelleuse.

Son ballet est d’un grand réalisme, avec une très intéressante logique historique. C’est raffiné, élégant, sensuel, théâtral, mettant en valeur le côté poétique de la danse et les suggestions du rêve. Les pas de deux sont réellement magnifiques. Il est construit sur de nombreux numéros de la partition de Prokofiev.

La première aura lieu au Coliseum en 1977 interprété par le London Festival Ballet. Il sera lui-même Roméo. Face à lui différentes danseuses se sont relayées dans le rôle de Juliette : Patricia Ruanne, Elisabetta Terabust, Lynn Seymour ou Eva Evdokimova.

La version sera reprise au Palais des Sports de Paris en 1978, puis à la Scala en 1980 avec Carla Fracci. En 1984 elle fera son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris. Cette année-là il interprétera le rôle de Mercutio face à Sylvie Guillem ( Juliette ) et Jonathan Cope  (Roméo).

Il remontera à nouveau son ballet en 1994 lorsqu’il était directeur de la danse à l’opéra.

Version Maurice BÉJART :

BEJART Maurice
Maurice BÉJART

«  J’ai voulu construire un ballet dont l’histoire marierait  le romantisme fougueux et généreux de Berlioz avec la magie, cruelle parfois aussi, de Shakespeare.  » Maurice BÉJART

En 1827 Berlioz découvre Shakespeare et se passionne pour son oeuvre. En 1839 il compose une Symphonie dramatique avec chœur  Roméo et Juliette Opus 17.

Cette musique a séduit Béjart pour son ballet créé en 1966. Elle lui semblait capter parfaitement l’intensité et la profondeur des jeunes amants de Vérone.

C’est une chorégraphie dans laquelle il dénonce la stupidité de la guerre et des querelles humaines, met en scène un prologue  qui lui sert de présentation pour les solistes, et un épilogue très moderne qui fut contesté  et qui sera lancé au son du crépitement de mitraillettes avec un leitmotiv inscrit sur scène  » Faites l’amour pas la guerre  » .

Dans ce chaos, on retient, toutefois, un très beau et harmonieux  moment de danse classique ( inhabituel chez Béjart )  : un  Pas de Deux  plein de grâce et de pureté, d’émotion aussi, avec une Juliette émerveillée, tendre, et un Roméo rêveur et amoureux.

Les deux interprètes le soir de la première au Cirque Royal de Bruxelles en 1966 furent : Laura Provenca et Paolo Bortoluzzi. Par la suite, le rôle de Roméo fut confié à Jorge Donn.

( Vidéo : Version BÉJART avec Jorge DONN  et Suzanne FARELL )