SLEEPING BEAUTY ( La Belle au bois dormant ) … de Marius PETIPA à Jean-ChristopheMAILLOT

belle au bois dormant

 » La belle au bois dormant de Petipa et Tchaïkovsky représente l’apogée du ballet classique dans lequel la danse s’affirme comme un art majeur. Cela constitue un événement historique. Après La Belle, le ballet a pu attirer à lui les plus grands compositeurs qui n’ont plus hésité, alors, à venir travailler avec les chorégraphe. Ce ballet demeure pour moi l’accomplissement parfait de la danse symphonique. Elle exige du chorégraphe d’arriver à trouver l’harmonie avec la partition de Tchaïkovsky. Il ne s’agit pas de trouver un événement sans lendemain, mais de produire un spectacle qui retienne l’excellence d’une vie.  » Rudolf NOUREEV

La Belle au bois dormant est un conte magnifique qui a bercé notre enfance de petite fille. L’histoire d’un maléfice que vient effacer le baiser d’un prince amoureux. La princesse Aurore est l’une des plus appréciées de tous les temps. Quelle petite fille n’a pas rêvé de lui ressembler, d’être courtisée par un prince sur son cheval blanc, et de vivre dans un château au milieu des fées ?

C’est un très beau sujet qui n’a pas manqué d’inspirer le monde de la danse, en se basant sur le conte de Charles Perrault en 1697 ( dans le recueil des «  Contes de ma mère l’Oye « ) et celui des frères Grimm en 1812. Entre les deux l’histoire est quasiment la même, la fin par contre est différente.

La version dite de référence est sans conteste celle de Marius PETIPA et Piotr I. TCHAÏKOVSKY.

C’est le prince Alexander Vsevolojsky, directeur des théâtres impériaux qui contactera le compositeur en 1888 pour lui demander de travailler sur la musique d’un nouveau ballet, un de ceux que l’on n’oublierait pas. Il confia la chorégraphie à Marius Petipa, lequel s’occupera également de la rédaction du livret avec lui. Tous deux s’inspireront du conte des Frères Grimm. Le compositeur, de son côté, aura une préférence pour celui de Charles Perrault.

Tchaïkovsky se rappela avoir écrit en 1867 une petite musique à l’intention des enfants de sa sœur, monté à partir du conte de Perrault et il souhaita la réinsérer dans sa partition pour le ballet. La complexité quasi symphonique de sa musique pour La Belle au bois dormant , va radicalement changer les goûts du public plutôt habitué à entendre, pour la danse, celle d’un Ludwig Minkus ou d’un Cesare Pugni. Mais on savait aussi que les habitués du ballet comptaient parmi eux des jeunes personnes beaucoup plus exigeantes que leurs aînés et que, par ailleurs,  pour un ballet que l’on annonçait comme grandiose, il allait bien falloir que la musique le soit aussi !

Grâce au talent, au génie musical de ce compositeur  et à la grande compétence chorégraphique de Petipa, le ballet va acquérir une grande dignité s’approchant même, aux dires de certains, d’une œuvre lyrique. La chance de La Belle au bois dormant fut, en effet, d’avoir la collaboration de ces deux hommes, deux incroyables créateurs. Leur association a été infiniment porteuse et la danse conçue par le second a fait corps avec la musique du premier.  Ce ballet  amènera une grande notoriété à Tchaïkovsky dans le monde de la danse en Russie  et n’ayons pas peur de le dire : dans le monde de la danse tout court !

Les deux hommes indiquèrent au prince qu’ils souhaitaient vraiment que leur ballet représente une sorte d’hommage à la danse française des XVIIe et XVIIIe siècle et porte bien sur les fastes et splendeurs de la Cour sous le règne de Louis XIV à Versailles. Ce qu’il accepta avec un grand enthousiasme.

Tout va d’ailleurs être fait pour que ce soit fastueux en tous points. Le prince ira même jusqu’à accorder au chorégraphe un quart du bilan annuel des théâtres impériaux pour qu’il ait assez d’aisance financière dans la réalisation de  sa chorégraphie, cela représentant une somme assez importante, pour ne pas dire énorme, pour une seule pièce à l’époque.

Petita va  se montrer très rigoureux , mettant  bien mettre en évidence le « bien » représenté par la Fée Lilas et le « mal » par la Fée Carabosse. Il y aura de la danse de Cour, des éléments du ballet romantique, la technique de la danse classique, mais aussi des danses folkloriques et de la pantomime bien entendu.

Le ballet (en trois actes avec prologue) sera créé en 1890- Le tsar en personne assistera à la première représentation avec toute sa famille. La première Aurore sera une danseuse italienne de la Scala : Carlotta Brianza qui portera ce soir là des véritables chaussons de pointes. Pavel Gerdt sera son prince. Marie Petipa ( fille de Marius ) tint le rôle de la fée Lilas et Pierre Cecchetti celui de la fée Carabosse.

La Belle au bois dormant  est réellement un ballet d’une rare et incroyable beauté.  Il y a de l’élégance, du raffinement, des Pas de Deux parfaits,  des Adages ciselés, de nombreuses variations, de la grâce, une danse magnifique que ce soit les mouvements d’ensembles du corps de ballet, comme celle des solistes Il reste, sans nul doute, le chef d’oeuvre de Petipa.

La musique de Tchaïkovsky a quelque chose d’incroyablement magique. La valse par exemple, celle que l’on retrouve dans l’Opus 66, est un des moments les plus charmants de ce ballet. Le compositeur a su parfaitement s’adapter à toutes les exigences exprimées par le chorégraphe. Tous deux travailleront assez en osmose.

La version de Noureev, dans les vidéos ci-dessous, est absolument éblouissante, virtuose, créative, scintillante.

( Acte III – Pas de Deux : Aurélie DUPONT & Manuel LEGRIS / Version Rudolf NOUREEV pour l’Opéra de Paris )

( l’Adagio de la rose – Aurélie DUPONT / Version Rudolf NOUREEV pour l’Opéra de Paris : un moment superbe de ce ballet ! En tous les cas un des passages le plus célèbre et fort apprécié. Aurore arrive à la Cour, son père et sa mère souhaitent la marier et lui présentent des prétendants. Chacun esquissera avec elle un pas de danse. Il y a une grande difficulté technique dans l’exécution du mouvement. Il faut de la rigueur, de la concentration, bien savoir garder l’équilibre lorsque chacun la fait tourner sur elle-même en la confiant à un autre)

( Variations des Fées – Héloïse BOURDON – Aubane PHILIBERT – Léonore BAULAC – Laura HECQUET – Charline GIEZENDANNER – Sabrina MALLEM et Eve GRINSZTAJN / Version Rudolf NOUREV pour Opéra de Paris : c’est avec beaucoup d’audace et un zeste d’humour que Petipa avait donné à chacune des Fées des noms très originaux pour marquer leur caractère  : Fleur de Farine ( joie ) – Fée Canari ( chant et danse ) – Fée Violente ( pétillance ) – Fée Aux Miettes ( dynamisme) – Fée Lilas ( élégance et douceur ) ainsi que les Fées Or – Diamant – Argent – Saphir ( brillance éclatante ) – Une pièce de musique avait été également imaginée par le compositeur pour chaque Fée comme par exemple une polka pour la Fée Canari, un galop pour la Fée Violente, une tarentelle pour la Fée Fleur de Farine etc …

VERSION  » LA BELLE  » Jean-Christophe MAILLOT 

MAILLOT Jean Christophe
Jean-Christophe MAILLOT 

Pour son ballet  » La Belle « , Maillot va s’éloigner de la version originale qui, à son goût, étant bien trop édulcorée. Il souhaitera en faire quelque chose de plus acidulé avec deux univers : celui de l’héroïne principale, rond comme la bulle de bonheur dans laquelle elle vit, rond comme le ventre qu’elle voudrait tant avoir pour combler son désir d’enfant, un monde où règne la joie, la clarté et où elle rêve du grand amour … et puis il y a l’univers du prince : un monde castrant, noir, sévère, avec une mère ogresse qui l’étouffe en le surprotégeant, lui qui n’a qu’une seule envie : rejoindre celui de sa belle.

Maillot dirige les Ballets de Monte-Carlo depuis 1993. Il a fait ses études de danse au Conservatoire de Tours, puis à Cannes chez Rosella Hightower. Il fut danseur soliste au Ballet de Hambourg avec John Neumeier, avant d’être nommé chorégraphe et directeur artistique de la danse aux Ballets de Tours, puis à ceux de Monte-Carlo. C’est un chorégraphe néo-classique, réputé pour ses re-lectures assez modernes des grands ballets classiques.

Cette version lui aura pris dix ans avant qu’elle ne soit créée. Elle est vraiment à part,, spéciale, charnelle dans laquelle il dit  » avoir osé certaines choses et avoir pris des libertés diverses  » , comme il aime le faire souvent d’ailleurs. On entre dans l’opposition de deux mondes très différents, entre beauté et cruauté, avec une tendance psychanalytique, des thèmes durs et forts., humaine finalement car elle reprend des sentiments que l’on peut rencontrer dans la vie de tous les jours en tant que personne.

Le ballet fut créé au Forum Grimaldi de Monte-Carlo en 2001 – Il a reçu le prix Nijinski en tant que meilleure production chorégraphique en 2002, le prix Danza décerné par la critique italienne pour le meilleur spectacle de danse.

Le COLISÉE – ROME …

COLISEE ROME

 » Tant que le Colosseus sera debout, Rome sera debout. Lorsque le Colosseus s’écroulera, Rome s’écroulera et avec Rome, le monde » – La prophétie que fait, au VIIIe siècle, l’historien anglo-saxon Bède le Vénérable, en dit long au sujet de l’impact de ce monument  » colossal  » sur ses visiteurs, depuis son inauguration par l’empereur Titus en l’an 80.

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C’est sous Vespasien, après la guerre de Judée que germe l’idée de construire un amphithéâtre à l’est du Forum, là même où se situait auparavant l’étang des jardins de Néron. Baptisé  » Flavien  » du nom de la gens ( famille ) des deux empereurs, Vespasien et son fils Titus, le bâtiment est très vite surnommé Colosseus , c’est-à-dire  » gigantesque  » en raison de ses proportions impressionnantes. Sans doute doit-on aussi voir dans ce vocable une référence au Colosse de Rhodes, l’une des sept merveilles du monde antique. Achevé définitivement sous le règne de Dominitien ( 81-96 ) , il s’inscrit dans l’imaginaire des contemporains, frappant les esprits tant par ses dimensions que par son harmonie architecturale. Il est doté de 80 entrées et peut accueillir 50.000 spectateurs assis, plus 20.000 debout. La circonférence extérieure court sur plus de 500 m et la hauteur atteint 50 m. L’arène, à elle seule, couvre 4700 m/2.

Après la chute de l’empire, le Colisée est laissé à l’abandon.  Par la suite, il est devenu propriété de l’église Santé Maria Nova, laquelle en aménage l’intérieur. Elle y fait construire des petites maisons, creuse des chemins. L’ancien amphithéâtre est désormais un lieu d’habitation.A la Renaissance, il est transformé en une gigantesque carrière, ses blocs de travertin servant à construire ports et palais dont le célèbre Palazzo Farnese, aujourd’hui siège de l’ambassade de France.

Le salut du monument païen viendra finalement du pape Benoit XIV qui, au XVIIIe siècle, le voue au souvenir des martyrs chrétiens qui y ont péri. Il fait entreprendre des travaux de soutènement et restauration permettant ainsi à Rome de conserver là un de ses plus beaux fleurons.  » Françoise SURCOUF (Écrivain en histoire de l’art)

BENOIT XIV Pierre SUBLEYRAS
 » Portrait de Benoit XIV  » par Pierre SUBLEYRAS

Quelques tableaux du Colisée :

COLISEE Hubert ROBERT
 » Le Colisée  » – Hubert ROBERT
COLISEE Giovanni Paolo PANINI
 » Le Colisée  » – Giovanni Paolo PANINI
COLISEE Carlo LABRUZZI
 » Le Colisée  » – Carlo LABRUZZI

 

La MORT DE SARDANAPALE … Eugène DELACROIX

 » Présenté en 1827, ce tableau dont le sujet est inspiré par le poète anglais Lord Byron et l’historien grec Diodore de Sicile, est une transcription picturale de la folie destructrice telle que la conçoit Delacroix. Il fait partie des collections du musée du Louvre à Paris. Une «  apothéose de la cruauté  » c’est ainsi que la critique a salué le tableau d’Eugène Delacroix sur la fin de Sardanapale, roi mythique de Ninive – actuelle Irak. Le peintre lui-même, en livrant son œuvre, a fait les précisions suivantes :  »  Couché sur un lit superbe, au sommet d’un immense bûcher, Sardanapale donne l’ordre a ses esclaves et aux officier du palais d’égorger ses femmes, ses pages, jusqu’à ses chevaux et ses chiens favoris ; aucun des objets qui avaient servi à ses plaisirs ne devait lui survivre. » Cruel en effet.

Le personnage principal du tableau, mis en valeur par sa position au sommet de la diagonale de lumière qui éclaire la scène, est Sardanapale. Entièrement vêtu de blanc, allongé sur son lit, la tête reposant sur sa main, le roi semble assister, avec calme, mais non sans détermination, au massacre qu’il a commandité avant de se donner la mort. Sa sérénité contraste avec la scène d’horreur qui se déroule autour de lui. Aux pieds de Sardanapale gît Myrrha sa favorite. A demi-allongée, les cheveux épars, le cou dégagé, les bras en croix, on ne sait si l’esclave attitrée du roi est déjà morte ou si elle supplie son maître de l’épargner. La blancheur de sa nudité, qui rappelle la tunique royale, contraste avec l’étoffe rouge qui recouvre le lit, symbole de toute la violence à l’œuvre dans cette scène et du sang qui coule.  » Bénédicte CHACHUAT (Journaliste, auteur en histoire de l’art)

DELACROIX MORT DE SARDANAPALE
 » Mort de Sardanapale  » – Eugène DELACROIX

 

La POÉSIE … vue par Aldo MASULLO

 » Il ne faut jamais oublier qu’un poème est une voix, une diction, une chanson, un rythme, un balayage. Au travers de la poésie, nous attirons l’attention de ceux qui écoutent sur le cône d’ombre qu’est notre être vivant. C’est pourquoi, la poésie ne consiste pas tant dans la recherche de la vérité des choses, mais dans une existence soumise comme les frères silencieux des choses. Ce n’est ni la communication, ni l’expression,  ni la vérité. C’est la vie de la manière la plus intense, c’est la sollicitation pour la création en elle-même. C’est la grâce et l’enchantement. Dans un monde comme le nôtre, où nous sommes submergés par des forces technologiques souvent utiles et parfois nuisibles, où nous vivons à une vitesse extrême et où nous ne pouvons pas nous passer des machines, il est parfois nécessaire de s’arrêter un instant et de laisser le temps rester suspendu, de sorte que le trou noir de notre existence est circonscrit par des mots. » Aldo MASULLO ( Philosophe italien)

aldo masullo PHILOSOPHE ITALIEN
Aldo MASULLO

Symphonie N°9 OP.95 dite Du Nouveau Monde … Antonin DVORAK

ANTONIN DVORAK
Antonin DVORAK

 »J’ai appelé ma symphonie  » du Nouveau Monde  » parce que c’était la toute première œuvre que j’écrivait en Amérique. Selon moi, je pense que l’influence de ce pays ( c’est-à-dire les chansons folkloriques nègres, indiennes, irlandaises etc…) y est sensible et que cette œuvre, ainsi que toutes les autres écrites là-bas, diffèrent grandement de mes précédentes, aussi bien en termes de couleurs que de caractères …  » Antonin DVORAK en 1894

(Vidéo : L.ORCHESTRE PHILHARMONIQUE de BERLIN – Direct. Herbert V. KARAJAN °

Antonin Dvorak est un compositeur tchèque,  un de ceux (avec Bedrich Smetana, son compatriote) dont les racines de la musique furent très influencées par sa Bohème natale –  Tout ce qui touche au folklore et à la vie rurale de cette dernière, fut ancré en lui et l’a profondément influencé.

Ce qui lui a permis d’acquérir une belle renommée , de se faire connaître et apprécier en dehors de son pays, ce n’est pas l’opéra avec lequel il a débuté, mais la musique instrumentale et particulièrement le genre  » symphonie  » . Il en a écrit neuf au total ;  les trois dernières pouvant être considérées réellement comme des chefs-d’œuvres, notamment la très célèbre et populaire N°9 dite  » du Nouveau Monde  » composée, en ce qui la concerne,  aux Etats Unis.

Tout a commencé en 1890 lorsqu’il a été engagé comme directeur du Conservatoire national de musique à New York. C’est vrai qu’au départ il a un peu hésité mais, après avoir pesé le pour et le contre, il a finalement accepté ce poste  en 1891.

Une fois installé, il souhaita composer une oeuvre qui reprenne non pas des thèmes populaires du folklore américain y compris ceux des indiens, des esclaves noirs, voire même des irlandais ; mais des particularités très spéciales  leur étant propres,  et qu’il pouvait utiliser à bon escient . Au-delà de cela il y a également des parfums slaves, tout simplement  parce qu’il était  très nostalgique de son pays et qu’il  y pensait fortement.

Le succès de cette œuvre va être grandiose. Elle sera intensément applaudie lors de sa création au Carnegie Hall de New York .  C’est une partition magnifique, puissante, épique,  claire, bien équilibrée, précise, lyrique, subtile,touchante, nostalgique assurément, traversant des moments graves et tristes, mélancoliques, et d’autres plus animés, vifs, dansants, lesquels se terminent dans un final un peu étrange mais absolument brillant. C’est un travail remarquable !

Alphonse MUCHA … Musée DU LUXEMBOURG/PARIS

 » J’ai été heureux de participer à un art pour les gens et non pour les salons privés. C’était peu coûteux, accessible au public. Il a trouvé un public dans les foyers les plus modestes, et dans les cercles les plus riches.  » Alphonse MUCHA

ALFONS MUCHA AFFICHE

MUCHA en 1901 dans son studio

Alphonse Mucha est un peintre et graphiste très doué, un illustrateur célèbre, un artiste assez fascinant,  un idéaliste arrivé à Paris à l’âge de 27 ans, inconnu, qui aura du mal à percer dans le monde des illustrateurs jusqu’au jour où, en décembre 1894,  il trouvera un emploi dans une imprimerie ( Lemercier ) pour un remplacement. Bon nombre d’affichistes sont en vacances en cette période comprise entre noël et nouvel et c’est donc vers lui que l’imprimeur se tourne pour une affiche concernant la nouvelle pièce de l’actrice Sarah Bernhardt : Gismonda. Son travail plein d’originalité, la peignant en Cléopâtre va tellement plaire à la tragédienne qu’elle signera avec lui un contrat de six ans.

Il faut dire qu’à la fin du XIXe siècle, les affiches représentaient une forme de média à part entière et celles de Mucha sont, sans conteste, les plus marquantes. Par son talent évident, il  lancera alors un style que l’on qualifiera d’ Art Nouveau.

Le musée du Luxembourg à Paris a décidé de nous faire découvrir l’univers de cet incroyable artiste, en lui rendant hommage au travers d’une fort belle exposition ( la dernière datant de 1980 au Grand Palais) confiée à la conservatrice de la Fondation Mucha à Prague, à savoir Tomoko Sato. Elle s’intitule tout simplement :

 » Alphonse MUCHA  » – du 12.9.2018 au 27.1.2019 

co-produite par la réunion des musées nationaux Grand Palais et Arthemisia en collaboration avec la Fondation Mucha de Prague.

Il faut dire qu’il n’a nullement lésiné pour ce travail : d’abord le format en taille réelle et une Sarah Bernhardt montée sur un socle, telle une divine statue,  portant la palme des Rameaux, auréolée d’or,  avec une couronne fleurie sur la tête. Contrairement à beaucoup d’autres affichistes de cette époque qui utilisaient des couleurs très criardes ,  celles de Mucha sont dans des tons assez tendres, délicats, pastels ; le graphisme est novateur , raffiné, subtil, et le message publicitaire n’alourdit en rien l’ensemble.

MUCHA GISMONDA AFFICHE
 » Affiche pour Gismonda  » – 1894 – Lithographie couleur ( Fondation Mucha / Prague )

Mucha est un homme qui a reçu, très jeune, une initiation à la franc-maçonnerie, ce qui l’amènera toute sa vie à avoir une grande vision humaniste, spirituelle, pacifiste. Il pensait que «  toute personne qui a compris la franc-maçonnerie dans son être intime, connaîtra une joie de vivre, une volonté au bonheur et son cœur sera pénétré et rajeuni par la langue de ses inépuisables symboles « . Arrivé à Paris, il deviendra membre de la Loge « les Inséparables du progrès « . Il sera un jour Grand Commandeur d’une Loge à Prague.

Par ailleurs, il fut très attiré par tout ce qui concernait le modernisme, ainsi que la photographie qu’il pratique en amateur à ses heures perdues. Il a été très admiratif et un fidèle soutien du travail et des expériences lancées par les frères Lumières ; fut un ami de Rodin, de Gauguin et des artistes qui, tout comme lui pronaient cet  «  Art Nouveau  » dont il sera l’un des plus importants représentants.

En ce qui concerne sa vie sentimentale, il eut en 1896 un coup de cœur pour Berthe de Lalande qui sera son modèle et sa maîtresse , mais tout ce qui la concernait sera effacé de sa vie le jour où il épousera une de ses élèves  à Paris : Maruska Chytilova. Elle a 23 ans lorsqu’il la rencontre, lui le double; Ils se marient en 1905. Deux enfants naîtront de leur union : Muchova Jaroslava ( une fille ) en 1906 et Jiri ( un garçon) en 1915.

Alphonse ( Alphons ) Mucha est né en 1860 à Ivancice au sud de la Moravie ( de nos jours la République tchèque) dans une famille bourgeoise assez aisée. Son intérêt pour le dessin et la caricature surtout vont se développer assez tôt dans son enfance. Parallèlement à cela, il joue du violon et il a un certain talent pour le chant qu’il pratique dans le chœur de la cathédrale St Pierre à Brno.

MUCHA ET SA FAMILLE EN 1878 IL EST DEBOUT A DROITE
Alphonse MUCHA et sa famille ( il se tient debout à droite )

Son père est huissier au tribunal, un poste qui lui permettra de trouver un travail de greffier  à son fils, lorsqu’il a 18 ans. Cela ne va pas durer car vers 1879/80, il part pour Vienne souhaitant vivement devenir un peintre spécialisé dans les décors pour le théâtre. Il trouve un emploi dans la Maison Kautsky-Brioché-Burghardt qui sont des spécialistes du genre. Malheureusement elle fait faillite. Il retourne dans son pays, à Mikulov, et peint des paysages et des portraits.

Son travail attire l’attention du Compte Karl Khuen-Belassi, qui est un peu le seigneur de l’endroit. Non seulement il va lui commander des fresques pour son château à Emmahof près de Hrusovany, mais il deviendra son principal mécène. Une relation importante pour Mucha car elle lui permettra également de s’introduire dans les milieux de la noblesse locale.

C’est grâce au soutien amical et financier de cet homme qu’il pourra rejoindre l’Académie des Beaux Arts de Munich en Allemagne en 1885. Deux ans plus tard, avec l’un de ses amis, il décide de partir pour Paris afin de pouvoir étudier à l’Académie Julian et l’Académie Colarossi ( 1887 et 1888 ).

Avant d’obtenir le succès de sa célèbre affiche pour Sarah Bernhardt, la vie de Mucha à Paris ne sera pas facile. Il a peiné à trouver du travail jusqu’à ce qu’il finisse par obtenir ce  poste dans l’imprimerie Lemercier,  notamment pour des illustrations dans la revue Le costume au théâtre et à la ville, ainsi que d’autres, littéraires,  pour l’éditeur Armand Colin. Il trouvera un logement à Montmartre.

MUCHA Sarah BERNHARDT
Sarah BERNHARDT

1894 : Sarah Bernhardt entre dans sa vie – Celle surnommée «  le monstre sacré  »  » la divine  »  » la voix d’or  »  » la diva  » «  l’impératrice  » la déesse  » est une talentueuse  artiste extravagante et capricieuse. Une véritable star mondiale de l’époque. Très proche des artistes qu’elle admire, elle ne cesse de les fasciner. Elle fut le sujet de nombreux portraits, photos ou sculptures. Elle a su utiliser toutes les formes de médias qui ont pu se présenter à elle pour que son image soit continuellement mise en valeur .

Elle a une cinquantaine d’années quand elle rencontre le jeune Mucha. Il se trouve qu’entre noël et nouvel an de l’année 1894, un grand nombre d’affichistes connus étaient en vacances. C’est donc à lui, faute de mieux, que l’imprimeur Lemercier fait appel pour un travail requis par la célèbre tragédienne, à savoir une affiche pour la pièce de Victorien Sardou  » Gismonda « . Il va la voir au théâtre, fait des croquis qu’il montre à l’imprimeur. Ce dernier est septique, l’actrice adore !

Son travail va tellement lui plaire, que l’affiche est reproduite en 4000 exemplaires placardés sur les murs de la capitale ! Elles viendront en complément de ce qu’elle incarnait déjà en image et leur représentation en font une sorte  d’icône.Le succès est tel qu’elle signe avec lui un contrat de six ans.  Sarah Bernhardt va être très importante dans la carrière de Mucha. Non seulement elle va être sa muse,mais elle mettra à sa disposition tout un réseau de connaissances qui seront très bénéfiques pour l’artiste.

 » après cet heureux hasard, Mme Sarah Bernhardt ne me lâcha plus. Je travaillais pour elle pendant six ans, jusqu’à son départ pour l’Amérique en dessinant les affiches et les décors pour les pièces qu’elle donna sur sa propre scène , d’abord au théâtre de la Renaissance, et ensuite au théâtre portant son nom. Ce furent : La princesse lointaine – la Dame aux camélias – Lorenzaccio – La Samaritaine – Hamlet – Amphitryon – La Tosca – Médée. Traailler pour Sarah Bernhardt était une grande joie pour moi. Ça m’a valu son amitié et m’a fourni beaucoup d’occasions d’apprécier sa belle âme. Toujours elle allait à la rencontre de mes inspirations avec une compréhension et une camaraderie d’artiste.  » A.M

MUCHA LORENZACCIO
 » Affiche pour Lorenzaccio  » – 1896 –  Lithographie couleur – Alphonse MUCHA ( Fondation Mucha / Prague )

En 1896, il entre dans la Loge maçonnique de Paris et en devient membre apprenti. Trois ans plus tard, il illustre et commente Pater édité par Champenois et Piazza. Il souhaitait s’écarter un peu du côté  » commercial  » de son travail pour se lancer dans une création dont l’approche serait plus spirituelle. Il va, pour se faire, s’inspirer de la prière du Notre-Père . Il y fera entrer de nombreux symboles francs-maçons. Ce travail sera qualifié de chef-d’oeuvre et tiré à plus de cinq cent exemplaires :

MUCHA PATER

Après le succès obtenu avec l’affiche pour Sarah Bernhardt, il développera une force créatrice assez importante et travaillera dans bien des domaines que ce soit pour des affiches publicitaires dites des  » réclames  » : biscuits, cigarettes, bières etc… mais également pour des illustrations destinées à des calendriers, des menus de restaurants, du papier peint, des boites de rangement etc…. Il collaborera aussi avec des bijoutiers et des joailliers. Ce qui plaisait dans le travail de Mucha, c’était ce mélange subtil d’un côté très  » parisien  » teinté d’influences du folklore tchèque. La Moravie, ses racines, resteront toujours ancrées en lui et dans son cœur

MUCHA GAUFRETTES
 » Boite destinée aux gaufrettes vanille de la maison Levèvre-Utile en 1900 « – Alphonse MUCHA  (Fondation Mucha / Prague )

1896 : les célèbres  QUATRE SAISONS ( le deuxième panneau à savoir l’Été illustre l’affiche de l’expo. Avec cette série commencent les fameux panneaux décoratifs qui feront sa renommée au même titre que ses affiches. Le thème des saisons sera décliné sous diverses formes que ce soit pour des calendriers, des menus, des cartes postales.

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Il a obtenu en 1900/1901  une très belle commande du joaillier Georges Fouquet (rencontré un an plus tôt) qui lui demandera de bien vouloir concevoir, à son idée,  toute la décoration intérieure de sa nouvelle boutique Rue Royale à Paris. Le résultat sera un petit bijou, une ôde à la nature pleine de féérie et de rêverie. La clientèle va être complètement charmée et le succès au rendez-vous … Mais les années évoluent, les goûts aussi et Mr Fouquet va faire détruire le sol et les voûtes en 1922 . Tout le reste( panneaux décorés, vitraux, tables, sièges etc…) sera déposé dans un garde meuble puis remis en donation en 1941 au musée Carnavalet. Le tout a été remonté en 1980, comme à l’original, pour la rétrospective Mucha du Grand Palais.

MUCHA BIJOUTERIE
 » Reconstitution au musée Carnavalet / Paris  » de ce qu’était la bijouterie-joaillerie Fouquet dont la décoration intérieure avait été confiée à Alphonse MUCHA ( 1901 )

On aime son style très représentatif et symbolique des années 1900 avec la représentation de femmes toujours très agréables à regarder, souriantes, séductrices, avec des formes généreuses, des cheveux longs qui s’enroulent tels des lianes. Elles sont généralement entourées d’un décor très floral déployé en arabesques ondulantes très byzantines.

mucha etoiles
 » Quadriptyque sur la Lune et les Étoiles  » 1902 – Alphonse MUCHA ( Fondation Mucha / Prague )

Son Art Nouveau et ses affiches se voient dans tout Paris. Ce succès amène des expositions, beaucoup de prestigieuses commandes. Il est sollicité pour l’Exposition Universelle de 1900. Il y participera et obtiendra une médaille d’or. Durant les quatre années qui suivront il travaillera à des documents décoratifs pour la Librairie Centrale des Beaux Arts de Paris, réalisera une fresque pour une salle de concert à Prague et partira pour les Etats Unis avec son épouse en 1905.

MUCHA TETE JEUNE FILLE
 » Tête de jeune fille  » – Statue réalisée pour le stand de la parfumerie Houbigant à l’Exposition Universelle de 1900 ( Fondation Mucha / Paris )

Son arrivée sur le sol américain sera un réel événement. Il enseignera là-bas dans des écoles d’art, recevra de nombreuses commandes pour des séries de portraits de personnalités importantes  (dont l’actrice Maud Adams), et acceptera la décoration du nouveau German theater de New York . Durant les cinq années passées aux Etats Unis, il va travailler de façon intense à recueillir les fonds nécessaires pour la réalisation de sa grande oeuvre l’Épopée slave.

Dès 1910, c’est le retour à Prague où il  se consacrera à cette peinture, à savoir différents tableaux de très  grande dimension. C’est une oeuvre assez éloignée du  » Mucha publicitaire et affichiste « . Ce sont des toiles  à la fois mythiques, historiques, héroïques, et qui font référence à l’histoire du peuple slave du IIIe au XXe siècle. Il en donnera une version très réaliste, symboliste, franc-maçonne, humaniste –  Elle sera financée par un mécène américain, riche industriel rencontré en 1905 : Charles Crane.

MUCHA EPOPEE SLAVE
Mucha travaillant à l’Épopée Slave 

Onze de ces toiles seront exposées au Klementinum de Prague en 1919 – Cinq à Chicago et New York en 1921 – le cycle complet sera remis par Mucha lui-même, accompagné de Charles Crane, à la ville de Prague, pour son peuple, en 1928.

Entre temps, il a effectué d’autres travaux, notamment des vitraux pour la cathédrale Saint Guy à Prague, des projets pour des timbres poste, des billets de banque, des décorations pour la mairie de Prague etc…

De 1934 à 1936 il expose à Paris et sera promu officier dans l’ordre de la Légion d’Honneur à Paris. Deux ans plus tard il s’attelle à la réalisation de son triptyque les Trois Âges qu’il ne pourra terminer.

MUCHA AGE DE LA SAGESSE
 » L’âge de la sagesse  » Étude pour le panneau central du triptyque  » Les Trois Âges  » – 1936/38 – Alphonse MUCHA ( Fondation Mucha / Prague )

1939 la Tchécoslovaquie est envahie par les allemands. Il est très malade à cette époque-là. La Gestapo l’arrête, le soumet à un interrogatoire épuisant. Il est libéré mais en sort plus affaibli encore. Il meurt quelques semaines plus tard , le 14 Juillet 1939 à Prague. Il est enterré au cimetière de Vysehrad.

VITRAUX CATHEDRALE ST GUY DE PRAGUE
Alphonse MUCHA réalisera en 1931 les vitraux pour la Nouvelle-Chapelle de la cathédrale Saint-Guy à Prague – Au centre fut réservé à Saint Wenceslas ( Patron de la Bohême) et les panneaux de droite et de gauche font référence à la vie des missionnaires Cyrille et Méthode (Apôtres des slaves)

 

 

Les MOTS … par Oscar WILDE

 » Les mots ! Les simples mots ! Combien ils sont terribles ! Combien limpides, éclatants ou cruels. On voudrait leur échapper. Quelle subtile magie est donc en eux ? On dirait qu’ils donnent une forme plastique aux choses informes et qu’ils ont une musique propre à eux-mêmes aussi douce que celle du luth et du violon… Les simples mots ! Est-il quelque chose de plus réel que les mots ?  » Oscar WILDE (Écrivain irlandais)

oscar WILDE
Oscar WILDE – 1882 – Photo de Napoléon SARONY